AVANTAGES DU COTON SUR LA CHARPIE
de l’aveugle routine, et tnAGeREnDIes aux puériles susceptibilités de l’amour-propre |
Cependant encore, les occasions’ pour expérimenter, comparer et pour juger le débat, sont, pour eux, immenses et de tous les instants ! |
Enfin, il ne faut pas beaucoup de temps, de peines, de moyens et de talents, pour arriver à des résultats certains, à des démonstrations rigoureuses !
En attendant qu’on nous révèle par quelle étrange fatalité," par.quel mauvais génie ons’est laissé conduire , ou comment on a été arrêté si long-temps dans. ces utiles recherches, je vais présenter quelques réflexions qui pourront peut-être engager des observateurs à se livrer à l'expérimentation , et réveiller en eux le désir d'éclairer tout ce qui se rattache à ce grave sujet.
Quelle que soit l’idée qu’on puisse se faire des qualités nuisibles du coton , Je ne pense pas qu’on veuille en redouter trop la maligne mucrea s'ilne s’agit que de son application sur la peau, alors qu "elle est déjà protégée par son épiderme. Ainsi, s’il n'est question qüe de préserver certaines parties contre l'impression des corps étrangers; de modérer la pression pénible de certaines pièces d'appareil; de remplir les vides que celles-ci laissent entre elles; de garnir des endroits creux, comme cela a lieu, à chaque instant, avec la charpie ; s’il ne s’agit, dis-je, que de l’intermédiaire d’un corps étranger et convenable, le coton doit assurément l'emporter sur la charpie par sa légèreté, son élasticité et la facilité qu'on a de le manier. Je ne dirai rien de son bas prix (1), de son ex-
(4) Sait-on bien ce que coûte une livre de charpie passable ? On m’a parlé de cinq francs de France; et le coton cardé en vaut, tout au plus, un ou deux. Mais qu'on mette ces deux corps, séparément, et dans les plateaux d’une méme balance, et l’on verra quelle est 12 différence de volume, et comme elle est en faveur du coton ! On récouvrirait, à coûp sûr, quatre fois plus de surface avec l’un qu'avec l’autre. Et puis, ce méme coton qui vient de servir, pourra étre lavé, lessivé et purifié exactement , et cardé de nouveau, pour servir.encore à une foule d'usages qu'il est inutile d’'énumérer, et auxquels la charpie semble se refuser opiniâtrement. S'il s’agit, d’ailleurs , d'embarras pour se les procurer, ilest nul quant au coton, et on n’a que celui d'en faire prendre chez le marchand; tandis que chacun sait assez toute la peine qu’on éprouve dés qu’il faut se procurer une certaine quantité de charpie, Tout
trême propreté, ni dé son abondance : ces avantages incontestables se rencontrantpartoutavec le coton, je m’abstiendrai
de les mentionner ultérieurement.
Qu'a-t-on à risquer encore en recouvrant une plaie avec du coton, lorsque celui-ci est lui-même enduit d’un corps médicamenteux, ou qu'on le place sur un linge recouvert de topiques variés? Il est bien évident, aux yeux de tout homme
raisonnable, qu'il doit être assez indifférent, pour l'effet, que le plumasseau, ainsi chargé, soit composé de brins de fil ou dé coton, et que tout gît, bien évidemment, en ce que ce plumassau, ou ce qui en tient lieu, soit mou et doux au toucher, et qu’il n'ait, d’ailleurs, aucune propriété nuisible. Or, le coton l'emportera à cet égard , même sur la plus belle charpie. de ie
Faut-il absterger, éponger et essuyer des plaies et des surfaces sensibles? le coton offrira toujours, dans ce but, tout ce que vous trouverez, à peine, dans la charpie de toute première qualité. Cenest, d’ailleurs, pas celle-ci dont on a coutume de faire usage en pareils cas, et la plus commune est celle ordinairement qui se présente la première sous la main.
A-t-on besoin de remplir, écarter, boucher des conduits naturels, tels que ceux de l’oreille, du nez, de l'éxtrémité inférieure du rectum, le vagin? Comme on ne saurait, avec quelque raison, assimiler leurs surfaces à celles qui sont dénudées de leur épiderme, nous devons retrouver encore ici, dans le coton, tous les avantages inhérents à la charpie le monde, alors, est en l’airet mis en a et pour quelle charpie encore? Aussi, le changement est-il radical aujourd’hui dans toutes les maisons où l'on a besoin de l’un ou de l'autre de ces protecteurs; c'est-à-dire que là où l’on ne pouvait avoir que très peu et d'assez mauvaise charpie , on trouve, maintenant, du-coton en .asondance, et
de la plus belle qualité. | Parents, amis, voisins, chirurgiens et malades, chacun, en consé-
quence , se félicile de cette heureuse substitution ,eéton ne reviendrait pas facilement en arrière. Cette réforme, du reste, n’a pas eu de peine à s'établir chez nous, et elle poursuit paisiblement son cours, malgré les clameurs de certains individus, leur mine’ailongée et ieurs profonds soupirs.
Faut-il s'étonner et s'inquiéter de cet émoi et de ces doléances kuma-
nitaires? Hé non! Tout cela est toujours prévu; Car c’est dans l’ordre accoutumé ? |
AVANTAGES DU COTON:SUR LA CHARPIE, 63 la plus propre, la plus légère, la mieux confectionnée et la : plus parfaite. : -:. +
. Voilà donc, à bon compte, une assez belle majorité de cas où l'emploi du coton, quelle que soit l'opinion qu’on puisse en avoir, l'emporte décidément sur la charpie, et où il y aurait déjà un immense avantage à le réserver etdle faire servir «exclusivement, Cependant allez dans les hôpitaux, suivez la pratique des meilleurs chirurgiens, et voyez s’il est question du coton dans aucune de ces cifconstances. Osez davantage, et prononcez timidement le mot interrogatif : Pourquoi?.. a UM
Voici, du este, un moyen fort ingénieux et bien innocent, qui pourra tendre encore à généraliser le coton de plus en plus aux dépens de là charpie. C’est un arrangement de juste milieu et qui rentre tout-à-fait dans la catégorie des cas qui viennent d’être cités.
Les chirurgiens donc qui tiennent à la charpie consciencieusement, et qui pourtant ne se font plus illusion, ni sûr ses inconvénients, ni surtout sur quelques petits avantages que peut offrir le coton, étendront d’abord une large et épaisse couche de belle charpie sur la surface dénudée, et recouvyriront ensuite ce premier plan normal hardiment, et sans scrupule aucun , d'une modeste quantité de coton. Par ce petit artifice, ils auront charpie et coton; mais ils mettront l’un hors d'état de nuire par la puissante médiation de l'autre. 1
Ces hommes de l’art seraient certes bien difficiles et d’un esprit très peu conciliant, s'ils ne reconnaissaient pas que ce mode de pansement offre, à peu de chose près, tous les avantages que j'ai déclarés inhérents au coton, et qu'ils n’attribuent, eux, qu'à la belle charpie. Ils conviendront en même temps et sans trop de répugnance que, dans cet‘état, le coton ne peut présenter aucun des graves inconvénients dont on leur a fait peur, comme pouvant résulter du contact immédiat de &e | coton avec des tissus privés de leur épiderme.
Ce n’est pas moi assurément qui déconseillerai un pareil mode de faire ; car j'arriverai par cette innocente concession, comme par une pente rapide, aux heureux et infailli-
bles-résultats que voici : j'apprivoiserai d’abord et doucement les esprits à. la vue et à l'usage prudent du coton; je ne tarderai pas ensuite à voir diminuer graduellement l'épaisseur de la couche obligée de charpie, jusqu'à ce qu’on en vienne à oublier, par-ci par-, l'application de ce-mince intermédiaire. E ( | NU EM On s’apercevra sans doute alors que cette négligence sera restée impunie , et l’on finira donc par croire qu'on pourra négliger, encore et de temps en temps, uñe substance qu'on n'aura pas actuellement à sa disposition. Enfin, de conséquentes en conséquences, on verra tomber en désuétude une antique et trop absolue légitimité, pour acclamer êt bénir une grandeet belle usurpation. in Mais pourra-t-0n, vraiment et sans danger, recourir au coton pour tamponner momentanément, et boucher en l'écra- ‘sant l'ouverture d’un ou de plusieurs vaisseaux sanguins ? Et osera t-on un jour pousser la témérité jusqu’à recouvrir de coton un ulcère, une plaie fraiche, une surface récemment dénudée ? En d’autres termes : lorsque des tissus vivants sont privés de leur protecteur naturel (lépiderme), peut-il jamais être permis de mettre en Contact immédiat avec eux un monstre aussi redouté et aussi redoutable que le coton? ; | Pour résoudre à priori cette grave question,-je dois d’abord revenir, et insister de nouveau sur ce fait incontesté et incontestable , que la charpie n’a pas de propriétés extraordinaires , de vertus calmantes ou cicatrisantes proprement dites, et que tout son office consiste seulement à protéger les ‘parties contre l’action nuisible des’ corps étrangers, afin que la force médicatrice puisse déployer paisiblement et librement tous ses effets. Lo ©. J'ai besoin ‘ensuite de rappeler au lecteur que. le coton ‘possède au suprême degré toutes les qualités qui distinguent la, charpie la plus parfaite ; que les sens, aidés par la chimie et l'observation, ne découvrent dans ce corps aucun principe qui soit ou nuisible ou même actif, et que cette substance végétale est tout aussi inoffensive et inerte que peut l'être la charpie la mieux soignée. | - Mais s'il s'agit, en faveur du coton, d'arguments tirés, SOit
AVANTAGES DU COTON. SUR LA CHARPIE. : 65 de l’expérience et de la pratique, soit de faits cliniques Lien observés, et d'effets dûment constatés, d'arguments enfin qui, seuls, doivent prévaloir dans cette importante affaire ; je suis réduit à citer, tout d’abord, ce qui'est connu de tout le monde, c’est-à-dire l'action remarquable et si bienfaisante du coton, dans le plus grand nombre des brülures.
Toutefois si, pour cet objet, on s’obstine. à ne voir dans la coopération ou l'intervention salutaire du coton, qu’un fait à part, isolé, exceptionnel et sans portée ultérieure, force me sera bien d’invoquer, contre ces prétentions bizarres, mon expérience particulière. Or, les résultats pratiques que j'obtiens depuis un très grand nombre d'années, à lhôpital de Lausanne, au grand jour de la publicité, au vu et au su des chirurgiens du premier ordre, tant indigènes qu’étransers, sont incontestables.
Du reste, je n’ai pas besoin de faire ici cette préalable profession de foi, que si je ne crois pas à une vertu occulte ou magique du coton, je suis convaincu, d'autre part, qu’il ne l'emporte sur la charpie que parce qu’il possède à un plus haut degré de perfection toutes les qualités qu’on a reconnues aux effilures COTONNEUSES des tissus de lin et de chanvre, et qu'il n'a aucun des défauts et des inconvénients que j'ai signalés dans ces derières.
Mais une réflexion se presse sous ma plume, et à l’occasion du mot qu’elle vient de souligner : c'est qu’il est hors de doute, qu’on n’a recours aux toiles de lin où de chanvre mi-usées, pour en extraire la charpie, que parce que, dans cet état, celle-ci se rapproche davantage du coton, et qu’elle perdrait incontestablement de ses propriétés chirurgicales si, au lieu d’attendre cette usure, si recommandée et si importante, on s’avisait d'effiler ces toiles lorsqu'elles sortent des mains du tisserand ou du marchand, quelque fine, souple et déliée qu'on veuille en supposer la trame.
Cette circonstance tend sans doute à nous révéler pourquoi le peuple, lorsqu'il veut se procurer de la charpie, rdcle les toiles neuves avec un couteau, et fait encore la même Opération, s’il n’a sous la main qu’un tissu dur , grossier, plus ou moins neuf: c’est qu'il ne résulterait, en effilant les
uns et les autres de ces rudes tissus, que des brins roides
ou presqué semblables à des bouts de ficelle. I obtient au contraire , par son procédé, un produit assez sembläble au coton, et qui, dans nos campagnes, a même reçu, tout comme la charpie, le nom de coton de linge (de pattes). Ces réflexions n’échapperont pas, je pense, aux expérimentateurs , et je les livre tout entières à leurs méditations.
Je pourrais borner ici mes déductions sur ce sujet si vital de la Chirurgie-pratique ; mais on à cru trancher la question qui nous occupe, en se retranchant derrière cette exclamation banale : La charpie absorbe le pus, ce que ne fait pas le coton !
Aucun des objets de l'immense série que j'ai mise en regard de la charpie, et qui sont destinés, par l'art ou la na-
ture, à protéger les cicatrices naissantes, depuis les croûtes les plus épaisses jusqu'aux bandelettes agslutinatives les mieux imbriquées, AUCUN de ces protecteurs n'a de faculté absorbante! Eh qu'importe! la surabondance du pus saura bien se faire jour au besoin , et vous pouvez être à cet égard sans aucune inquiétude.
Mais vous, qui n’avez jamais fait usage du coton en lieu et place de la charpie, de quel droit osez-vous prétendre qu'appliqué mollement sur une plaie, il va servir de mastic ou de digue aux matières diverses qu’elle est appelée à sécréter ? N'y a-t-il pas quelque peu de légèreté et de suffisance dans ces étranges assertions, dans ces déclamations ridicules? Ravisez-vous donc, croyez-moi, et vous verrez ce qui n’échappe plus à personne , que le pus filtre et coule tout aussi bien sous le coton que sous la charpie.
Mais ce pus, objet de tant de sollicitude et d’alarmes, at-il donc des qualités si pernicieuses pour qu'il faille, à tout prix, en débarrasser les surfaces qui sont en voie de guérison? N’est-il pas bien plutôt et en général un liquide onctueux, et qui, semblable à d’autres produits animaux, le mucus, le lait, la salive par exemple, amène assez souvent de rapides cicâtrisations? A-t-on réfléchi d’ailleurs à ce qui se passe dans les guérisons spontanées et souvent si promptes des ruptures du périnée ? des incisions que nécessitent l'opération de la fistule à l'anus et celle de la lithotomie? des Lésions profondes des viscères, du poumon, entre autres par
AVANTAGES DU COTON SUR LA CHARPIE. 67 les armes de guerre? les ulcéralions que présentent les glandes de Brunner et de Pleyer, dansies affections typhotdes? Où sont, dans toutes ces circonstances , les corps qai absorbent le pus, etceux quis "empressent de débarrasser de l'ennemi communes surfaces suppurantes qu'il envahit, dégrade et poilue?
En cherchant à nous rendre compte de la marché de la nature , pour amener à bien des états pareils, ne sommesnous pas forcés de rabattre quelque peu de nos idées fixes, sur l’action délétère du pus, sur les avantages si prônés de la charpie, et même, si on ose Le dire, sur la valeur de nos pansements , et sur les hautes prétentions que nous fondons en faveur de ces derniers ?
Que nous disent, après tout, les partisans de l'appareil
inamovible, sur l'effet, non pas du pus, mais de la sanie la plus iafecte ? Demandez plutôt à M. Larrey! Et convenez que le pus a presque toujours des propriétés salutaires, et telles que da mature les désire pour s’aider à atteindre le but qu'elle se propose.
Non, certes, vous ne pensez pas que ce soit ung croûte solide «et adhérente , un emplâire , une lame de plomb, votre plumasseau de charpie, qui fassent disparaître la solution de continuité que vous avez sous les yeux! Vous êtes, au contraire, convaincus avec moi que, quel que soit le protecteur, le modificateur (le cicatrisaht, si vous voulez), auquel sous ayons recours, fût-ce même le coton le plus exquis, nous ne pourrons jamais expliquer le travail spécial et mystérieux, non plus que les anomalies de la nature, dans l'acte admi-. rable de la cicatrisation.
Contentons-nous donc de savoir que, si la charpie doit être confectionnée avec beaucoup de soins, pour mettre le moins d'obstacles possible aux procédés curatifs de la bonne nature, le coton doit, de même, être bien choisi et de première qualité. -
Celui qui sera dépouillé de tout corps étranger, et cardé exactement , comme lorsqu'il doit être filé, ne laissera rien à désirer. Il se manie avec une si grande facilité, qu'on l’applique et f’étend, en couches minces, épaisses , longues , courtes , régulières, irrégulières , etc., avec une rare simpli-
cité et: promptitude , et sans avoir besoin d’en former préalablement des gâteaux ou des plumasseaux. Il se laisse, pour ainsi dire , filer et tisser, sur-le-champ et sur place, au gré du chirurgien et du malade.
La ouate, préparée avec ce coton choisi.et de la gomme arabique nous offre , d’ailleurs , un quasi-tissu, bien supérieur au lint des Anbliée et qu'on peut envisager comme un vaste et double plumasseau. Il suffit de la dédoubler pour avoir à l'instant même deux surfaces moelleuses , et dont .on pourra se servir, soit pour panser à sec, soit pour l’enduire d’un corps gras quelconque.
Ce tissu bâtard et moelleux est susceptible, comme on sait, d'être confectionné en grand , à l’instar de la toile ; mais ila , sur celle-ci et le int, et sur tous les tissus connus, la prérogative précieuse d'acquérir, au gré de l’homme de l’art et du fabricant, les degrés d'épaisseur les La variés, les plus utiles et les plus commodes.
La ouate se manie, du reste, exactement comme le linge lui-même , pour constituer des compresses, des coussinets, des remplissages ; et ces objets sont bien autrement avantageux Que tout ce qui est fait, dans ce genre, avec la toile la plus fine et la plus souple. L'épaisseur coisterable et le précieux fourré de ce corps le mettent, à cet égard, dans les conditions les plus favorables, et qu'on chercherait en vain partout ailleurs.
I] faut bien ledire toutefois, si le coton s'attache aux surfaces suppurantes beaucoup plus que la charpie la plus fine, celle-ci y adhère davantage aussi que la charpie qui est plus grossière. Du reste , la même remarque peut se faire également avec la charpie réduite à l'état purement cotonneux, soit qu'on l'ait cardée, soit qu'on l'ait obtenue en ratissant de la toile avec un instrument tranchant. En effet, plus les brins de ces différents corps seront déliés, et plus aussi ils auront de tendance à être retenus sur les plaies, et accrochés à leurs saillies et à leurs anfractuosités.
Cette circonstance, inséparable de l'état cotonneux, et qu’on retrouve aussi bien dans le coton de linge que dans la charpie soumise à la carde, fait donc: que l'enlèvement par. fait de. ces fils sera d'autant plus difficile, qu'ils offriront