DES IRRIGATIONS CONTINUES
La propriété qu'a le liquide de courir le long d'un objet aussi commun que la ficelle ou qu'une attache quelconque, et la facilité qu'on éprouve d'ajuster ces cordons , de modifier en plus ou en moins la quantité de l'eau, et de la diriger toujours à volonté ; ces considérations, dis-je, sont précieuses à saisir, et méritent d’être examinées et approfondies.
Et d'abord , l’eau suit la ficelle partout où elle se trouve placée , et la pente oblique de l’une, fût-elle même considerable , ne fait point changer le cours de l’autre. Le liquide, en effet, ne lâche guère son conducteur, que lorsque celui-ci affecte une direction à peu près horizontale, ou lorsqu'il touche à un objet, ou qu'il s'y trouve un nœud lâchement serré. |
” En second lieu, la distance à parcourir par l’eau sur la petite corde n’est d’ailleurs point limitée, et celle-ci peut s'étendre fort loin, sans cesser de revêtir les conditions de véritable agueduc.
Un troisième fait à noter, c'est que plus le conducteur fikiforme est considérable, et plus aussi le courant augmênte de volume ; de sorte que l’un est toujours en raison directe de l'autre.
Un quatrième point important, c’est que le conducteur est constamment flexible, souple, et par cela même inhahile à blesser, s’il vient à heurter des parties sensibles, ou si celles-ci sont poussées fortuitement contre l'appareil irrigatoire.
Une cinquième circonstance favorable, c’est que le liquide tombe inaperçu sur les endroits qu’on veut arroser, et ne les frappe ni ne léSirrite par sa chute ; tandis que le liquide ne s'échappe jamäis des tubes sans un choc quelconque, ressenti toujours sur le même endroit , où sur ceux qu'on veut particulièrement soumettre aux ärrosements continus. |
Une sixième considération, et qui dérive précisément de cette absence de percussion de la part de l’eau , et de’son épanouissement en nappe, ainsi que de la flexibilité et de la souplesse du conduit, c’est que l’eau arrivera à sa destination, alors même qu'il y aura quelques balancements dans le vase et le cordon conducteur, ou des mouvements variés dans les parties qui réclament l'irrigation. Rien de pareil ne peut exister avec des tubes solides, en métal ou en verre.
Si quelques uns des autres avantages peuvent s’obtenir également avec des tubes quelconques, on avouera du moins que ce sera aux dépens de la simplicité, et que ce ne sera jamais avec toute la facilité, la promptitude, l’ä-propos et l'économie désirables. Hors du procédé que j'indique , il ne sera guère; possible, en effet, que les irrigations, ce premier moyen , dans une foule de lésions inattendues et qui surviennent le plus souvent loin des secours ordinaires de l'art; que ces irrigations, dis-je, deviennent jamais ce qu'elles peuvent et doivent cependant être : un remède éminemment POPULAIRE, ef une ressource indispensable pour la chirurgie MILITAIRE. R
Figurez-vous un de ces accidents graves, dont personne ne peut se dire exempt, et qui surviennent si souvent en voyage, sur une belle route, comme dans les sentiers les plus dangereux. Le malheureux est bien loin de ces secours qui abondent dans les villes et hôpitaux , et qui, à lire et à entendre certains professeurs, devraient se trouver toujours et partout, avec autant de facilité et de profusion qu’à Paris et dans ses grands établissements. Une irrigation non interrompue, mais promptement organisée, le soulagerait à coup sûr, ou le préserverait peut-être de la perte d’un membre, de la vie même. Il connaît toute la portée des tubes et des robinets, mais il s’en trouve à cent lieues.Tout-à-coup, cependant , il voit accourir à son aide un muletier, un postillon, un guide , de grossiers paysans, ajustant un petit vase en bois et traversé de quelques bouts d’attaches ; et il se trouve inondé de cette eau fraîche, si puissante et, si désirée , au moment peut-être où il désespérait de son sort.
L’héritier présomptif de la couronne de France a parcouru tout récemment nos sites les plus escarpés ; il pouvait être exposé , ou quelqu'un de sa suite, aux lésions les plus fàcheuses. Eh bien! le duc d'Orléans aurait pu être témoin de ces arrosements improvisés , puisque je les ai fait connaitre, assez en détail, à la réunion des membres de la Société des sciences naturelles , qui a eu lieu à Aarau, en 1835, et au nombre desquels se trouvaient plusieurs médecins et chirurgiens des différentes parties de la Suisse.
Ï est probable que ce moyen énergique et si propre à :
DES IRRIGATIONS CONTINUËS. 81
prévenir et dissiper les suites sérieuses d'accidents graves, et qui permet d'attendre patiemment les secours des hommes de l’art, ne manquera pas en effet d'être promptement connu chez nous, et d'y recevoir partout une heureuse et facile application.
Si, d’ailleurs, l’on continue à recueillir des matériaux pour une chirurgie populaire, à peu près dans le genre de mes fragments, sur ce point si important et si négligé, nul doute que les arrosements , tels que je viens de les indiquer, n’y tiennent une assez belle place.
Il résulte donc de ces données sur mon procédé :
1° Que vous aurez toujours très facilement et partout un appareil excellent pour des irrigations permanentes et de tous genres.
20 Que vous pourrez augmenter ou diminuer sur-lechamp le volume de l’eau , en augmentant ou diminuant le nombre ou le diamètre des trous et des ficelles.
30 Qu'un seul et même réservoir d’eau pourra servir, à la fois, à un grand nombre de blessés, puisqu'il sera facile de diriger vers chacun d'eux un courant d'eau convenable, au moyen de cordons appropriés (1).
ko Que ce réservoir commun pourra être placé dans une grande salle , une grange (en temps de guerre), et qu'on en obtiendra, dans un hôpital ou une ambulance, tous les bons résultats attachés à ce genre de pansement.
5° Que, dans un transport de malades, un tonneau placé convenablement pourra distribuer à chacun d’eux , et comme provenant d’une même source, un filet d’eau pour rafraîchir leurs blessures, et, probablement aussi, pour étancher leur soif.
6° Que, si l’on tenait à avoir un choc en forme de douche,
(4) Nous avons distribué, à plusieurs individus à La fois, de l’eau provenant du même vase. C’est que celui-ci était percé d’une quantité de trous, par où passaient autant de bouts de ficelles, fixées au bord du réservoir par l’une de leurs extrémités. Mais chaque trou non utilisé était bouché avec une petite cheville qu’on enlevait et remettait à volonté, et qui livrait ou interceptait le passage au liquide, suivant les besoins. C'est à un arrangement semblable et bien simpie qu'on pourra avoir recours, lors d'une réunion de blessés, dans une ambu-
lance, dans un hôpital et sur une voiture, quand celle-ci serait destinée À transporter un ou plusieurs blessés,
sur la partie à arroser (ce qui doit bien rarement avoir lieu), il suffirait , ou de couper la ficelle à une distance quelconque de la susdite partie, ou de la recourber sur'elle-même, où de la nouer.
7° Que si le courant ne cesse pas d'avoir lieu sur les mêmes parties, quoiqu’elles soient dans un mouvement continuel, et qu'elles changent de position, ou quoique la ficelle soit balancée et agitée en tous sens, il est clair que l'irrigation pourra s'appliquer dans une voiture , ou lors même que le malade ou l'un de ses membres serait fort agité.
8° Qu'on n'a ‘jamais à redouter, dans un de ces mouvements, que le malade se blesse en heurtant contre un corps solide de métal ou de verre.
90 Qu'on peut, à volonté, faire usage d’eau froïde , tiède . ou chaude ; mais que s'il s’agit d’un liquide froid , il sera, en descendant la ficelle, très divisé, et, en conséquence, disposé à l'évaporation, et amené à baisser encore de température. HN
Du reste, je me sers beaucoup moins de ce précieux moyen, depuis que je fais usage d’un plus précieux encore, du coton cardé, et comme je l'ai indiqué dans le chapitre précédent. Mais il est clair que, si l’on ne peut pas arriver par le raisonnement, et encore moins par l'induction, à mettre l’eau froide et le coton à peu près sur la même ligne thérapeutique, l'expérience et l'observation ne tarderont pas, néanmoins , à nous révéler auquel de ces deux moyens il faudra accorder la préférence, dans tel cas donné, ou quand il conviendra de tenter le remplacement de celui qui n'ira pas au but, par l’autre qui pourra se montrer plus efficace.
Il est assez probable sans doute qu’on n’aura fort souvent que l'embarras du choix entre l'eau et le coton; maïs, parfois aussi, on sera réduit à l'usage exclusif et forcé d’un seul de ces agents, de celui qui se trouvera le premier sous . main. Ce qui du moins paraîtra tout-à-fait rassurant, pareilles circonstances, c’est que ni les blessés, ni les dir giens ne seront jamais fort à plaindre de se trouver dans cette heureuse alternative.
Moi seul je me suis placé dans l'embarras et dans une fausse position ; car, tous ceux qui sont avides d'explications
DES IRRIGATIONS CONTINUES. 83 précises, chaque fois qu'il s’agit de l'action des remèdes ; tous ceux qui ne comprendront rien à une médication abandonnée au pur hasard, telle que je viens de la proposer; tous ceux surtout qui n'apercevront dans mes deux
moyens, que des agents antipathiques dans leurs effets, et en opposition directe l’un avec l’autre ; tous ceux, en conséquence , qui trouveront inconcevable et ridicule, qu’on les propose, sans distinction et en quelque sorte à l'aventure, pour le même mal ; tous ceux-là, dis-je, et bien d’autres encore, devront me prendre pourgm homme inconséquent et léger, pour un empyrique et un routinier.
En leur laissant cette liberté pleine et entière, je me contenterai de leur rappeler quelques faits de pratique et d’observation de tous les jours. Je leur dirai, par exemple, que, dans les mêmes circonstances, les uns prescrivent les gom-
.meux et les saignées coup sur coup ; tandis que les autres ne jurent que sur le vésicatoire, le tartre stibié, le mercure; que dans une succession de cas Les plus identiques ; tel chirurgien guérit très bien avec la glace et les affusions d’eau froide, lorsque tel autre emploie, exclusivement et avec le plus grand succès, des sangsues et les cataplasmes émollients.
Peut-être me fera-t-on observer qu’entre deux'médications opposées , actives ou perturbatrices, il s'en présente une troisième, non moins précieuse, celle d'EXPECTATION, et qui consiste à agir en ne faisant rien ! Mais je demanderai alors qu’on veuille bien admettre le coton comme ce tiers-parti, et qu'on lui accorde, en conséquence, tous les honneurs dus au corps le plus négatif et le plus propre à laisser déployer en paix les efforts salutaires, et toutes les belles ressources de la force médicatrice qu’on ne cesse d'admirer dans Ja bonne nature.
Re
8h PANSEMENTS,
mm rm tn mn à POSER RTE CEE RS RES EP |
ne ee 20 rt es 2 eee A nn =