CHAPITRE VI
Siles cataplasmes sont appliqués directement sur la peau,
ils s’y attachent en partie get , en se desséchant , ils donnent lieu à la formation de croûtes, difficiles, parfois douloureuses à enlever, et qui, avec un air de malpropreté , sont accompagnées, souvent encore, d'autres inconvénients bien connus. Pour y parer, on a coutume de recouvrir d’un linge la matière pultacée ; mais celui-ci est ordinairement tissu de fils grossiers, durs et serrés, qui interceptent plus ou moins l'effet du topique émollient. Entre ces deux écueils , se présente, comme terme moyen, avec le crèpe, la gaze, le tulle, etc., la MOUSSELINE.
Certes , ce n’est pas la raison, et encore moins l’observation ; qui voudront prétendre qu'une couche aussi fine et aussi inaperçue que celle que présente la mousseline , puisse apporter des modifications dans le médicament dont il est ici question. Cette toile claire n'est-elle pas, d’ailleurs , intimement pénétrée par le même principe sur lequel on fonde laction médicamenteuse du cataplasme? Et que deviendraient, je vous prie , Les fomentations émollientes et autres, si l’on s’avisait de faire le procès à un tissu léger, à un intermédiaire innocent , tel que la mousseline? Ne serait-elle pas , au contraire , le conducteur le plus simple et le plus approprié de la chaleur douce et humide , et des principes divers qui font
la base des cataplasmes ?
Si l’on trouve que me je suis trop étendu sur ce sujet, que chacun comprend de reste, qu'on s’en prenne à l’incurie de la plupart des auteurs et des chirurgiens , et qu'on en accuse Ja prétention singulière de certains d'entre eux!, qu'un cataplasme, pour agir bien, doit toujours être appliqué & nu sur les téguments.
Cette mousseline sera, dans les Hôpital du moins, la
même que celle que j’applique sous le coton, dans les pansements; et elle ne servira qu’à recouvrir ce qui touche im médiatement la peau.
Je suis, au demeurant, bien loin de m arroger les titres de gloire dus au premier chirurgien qui peut avoir eu l’idée de faire usage d’un moyen aussi connuque commode. J'ignore même si c'est un homme de l’art; s’il existe quelque patricien qui m'ait devancé, en se servant foujours d’un moyen analogue à celui queje propose ; et si, au lit des malades, en chaire ou dans les livres , on à RQ LE insisté sur cet objet.
Si j'en parle i ici, c'est essentiellement pour le rappeler et le recommander à tout le monde, et surtout afin de contribuer par là à vulgariser la mousseline dans les hôpitaux. Elle mérite d'y être introduite, aussi bien pour recouvrir la surface du cataplasme et des téguments, que pour les pansements des plaies et des ulcères, et. dont j'ai traité dans un des chapitres précédents. Je n’aurais cependant pas dit un mot des avantages qui résultent de son association avec les cataplasmes , si je n’avais à traiter de ceux-Ci, sous un rapport bien autrement important, et qui se rattache à l'un de mes sujets favoris.
On connaît assez les difficultés d’asseoir les cataplasmes, et de les maintenir étendus , comme il convient , sur certaines parties , telles, par exemple, que le creux de l’aisselle, le périmée, le cou, ete. On sait encore que ces moyens de première nécessité sont parfois trop lourds pour des parties enflammées, et où la sensibilité est portée à son comble. Mais on gémit de voir, surtout, que ce corps pulpeux, lorsqu'il est appliqué sur des parties proéminentes où il doit rester appuyé plus ou moins exactement , ne tarde pas à s'échapper en tous sens , au lieu de rester en place. Le linge finit le plus souvent, en effet, par se trouver seul, tout sec et dur, précisément sur l'endroit du mal qu’on tient si fort à recouvrir d’un corps mollet, humide et souple.
Ces inconvénients et ces difficultés vont disparaître complétement ; car les objets les plus doux, les plus mous, et en apparence les plus antipathiques avec le fer , la bouillie et la pâte émollientes , sont allées rechercher Yalliance de ce mé-
tal ; et ce n’est pas sans sourire que je les vois, chaque j jour, non pas hurlant de se trouver ensemble , mais disposés à se prêter un heureux et mutuel secours.
C’est sous la forme de châssis légers, que le fil de fer deyra se réunir aux cataplasmes , pour les encadrer convenablement , et pour leur fournir, 1° un moyen commode de se maintenir toujours bien étendus ; 2° une résistance insurmontable à tout dérangement ; 3° un support assuré pour les empêcher d'incommoder par leur poids ; #° en un mot, un fidèle représentant d’une main sûre, délicate et "légère, qui serait chargée d'appliquer et maintenir le cataplasme exactement sur l'endroit même où il doit agir et rester.
Cette pièce métallique, destinée à protéger le cataplasme, n'est d'abord qu'un simple cadre , le plus souvent circulaire , et en rapport avec l'étendue qu’on veut donner au cataplasme. Mais ce châssis sera traversé ou garni, en forme de treillis, par quelques fils destinés à affermir le cataplasme, à l'empêcher de se répandre au dehors et de changer de place. Pour cet effet, attachez, par quelques points d’aiguille , le corps émollient aux contours du réseau, mais de manière que ce dernier soit débordé par le premier ; et l’un et l’autre , désormais inséparables , resteront unis ensemble sur tous les endroits que vous leur aurez assignés.
Il n’est point nécessaire cependant, dans la plupart des cas, de coudre le cataplasme au métal: la nature pâteuse de ce topique le forcera bien d’entrer dans les mailles du réseau , et d'y adhérer fortement et invariablement. Ce n’est que dans quelques circonstances dont je dirai un mot; et dans d’autres qu'on saura apprécier, que l'on pourra avoir recours à l'aiguille.
La manière d’assujettir ce réseau, ainsi doublé par un cataplasme , est toujours si facile, qu’elle contribuera, pour beaucoup , à faire ressortir la commodité du moyen. Un linge triangulaire ou plié en cravate, un bout de ruban ou de ficelle, suffisent, le plus souvent, même lorsqu'il s’agit du ventre entier. C'est que le métal et le cataplasme ne forment qu'un seul et même tout ; qu'il a de la consistance ; qu’on peut donc le manier tout à son aise et comme un corps s0lide; et qu'on a donné en effet par là du corps au cata
plasme. Sa fixation est, d’ailleurs, d'autant plus facile à obtenir, qu'on peut le mouler assez exactement sur'les endroits qu'il doit recouvrir, et qu'il y adhèrera très bien, pour peu qu’il y soit retenu par quelque petit moyen. On pourra même employer, pour cette fixation, un certain degré de pression, sans agir cependañt sur les téguments d’une manière pénible , attendu que les contours métalliques n’appuieront que sur des parties peu sensibles, et qu’à travérs le cataplasme qui les débordera.
Au reste, et pour éclairer mieux ce sujet, reprenons successivement les trois buts qu’on doit se proposer, et que j'ai dit pouvoir être atteints avec mes châssis, tout aussi facilement qu'avec la main et les doigts.
19 Comme moyen propre à maintenir le corps pulpeux exactement étendu, le réseau n’a pas besoin d'explication ; car, puisque ce dernier ne peut varier de forme, le prémier, quelle que soit sa mollesse, ne pourra pas non plus en changer; il est la doublure de l'autre et identifié avec lui, Les circonstances qui, d'ordinaire, provoquent des dérangements dans la position, la forme et le développement du cataplasme, seront donc ici de nul effet, et viendront échouer contre le métal, comme contre le bouclier naturel des corps doués de mollesse. Aussi, voyez ce qui se passera au périnée, à la vulve, à l'aisselle, au cou, etc., si votre cataplasme y est garanti par un corps résistant, et pourtant souple et léger, tel que je le compose avec le fil métallique : rien du tout ! Le topique y restera immobile tout le temps que vous voudrez et tel que vous l'aurez posé,
20 La résisiance insurmontable à ces dérangements résulte de la nature du réseau , et de la facilité qu'on éprouve à le fixer bien sur place , même en employant une constric- “hon plus ou moins forte.
Avec les cataplasmes , tels qu'on les emploie actuellement, je l’ai déjà fait observer, la plus légère pression fait fuir et expulse la matière pultacée des endroits qui font saillie , et qui, dans ce cas, reçoivent tout particulièrement laction du lien compressif ou de l'appareil contentif, quel qu'il soit. Or, ces parties saillantes abondent naturellement; et, sans compter presque toutes les régions de la tête, dont la roton:
dité les expose à l'inconvénient que je signale, nous avons surtout le moignon de l'épaule, le coude, le genou, la vaste région de la hanche , quelques parties des mains et des pieds, le sein. e
Mais nous voyons également que les tumeurs osseuses et les engorgements inflammatoires des autres régions sont le plus souvent soulevés et en relief; que la pâte dont on les recouvre ne peut continuer à les coiffer comme un boniet, et qu'elle court la chance de s'échapper du point culminant que forment les points saillants , s’il sy passe la plus légère pression. Le cataplasme tout entier sera , cependant, trop sujet à se déranger, si un certain degré de compression ne contribue pas à le retenir mieux en place.
Avec le réseau métallique, au contraire , on est parfaitement à couvert contre l'effet de ces deux alternatives ; car il s’attache très bien et sans nul effort là où on l’applique, et si une pression quelconque est nécessaire, elle ne se déploiera que contre le corps résistant, contre une espèce de voûte en fer. Dans l'un et l’autre cas, la pâte émolliente, protégée par le métal comme par une cuirasse, se trouvera nécessairement en dehors et à l'abri de l’action compressive des corps extérieurs.
3° La garantie contre le poids du cataplasme se trouve, précisément, dans cette même voûte dont je viens de parler, et vous pourrez y suspendre aisément le corps pultacé, s’il est trop lourd pour les parties sous-jacentes.
C'est surtout pour le ventre, la poitrine , l'œil et quelque énorme sein, que ce moyen sera de la plus grande utilité. En y fixant le cataplasme par quelques points d’aiguille, vis-à-vis des parties où toute pression est incommode et presque insupportable, vous obtiendrez en même temps cet autre avantage analogue , de protéger ces mêmes parties contre le poids des couvertures , ou contre l’action de quelques pièces de vêtement.
On re me demandera pas, j'espère, des observations à l'appui de ce que je viens d'avancer; chacun peut éprouver le moyen. Le bon côté de cette résistance ; ajoutée au corps si éminemment mou dont nous usons et abusons à chaque instant, est d’ailleurs évident, Son seul inconvénient est dans
le métal lui-même, qu'on n’a pas toujours sous la main, et dont on croira neut-être ne savoir pas faire usage. Mais il est hors de doute que le fil métallique sera , maintenant et de jour en jour, plus commun et mieux apprécié ; qu'on le maniera avec plus de facilité et d'intelligence ; en un mot, que mon Dessin linéaire ne sera pas toujours relégué parmi les aperçus chimériques d’un visionnaire.
J'ajouterai déjà, cependant, qu’il m’a suffi d’en dire deux mots à madame de T..., pour qu’elle ait établi à l'instant une carcasse métallique très bien conçue, afin de servir de soutien à un large cataplasme, destiné à emboîter et protéger le ventre tuméfié de sa fille ; et que celle-ci, peu de jours après, se promenait avec cet appareil placé sous ses vêtements. J'ai de même rencontré des femmes, en toilette assez recherchée,
qui avaient serré impunément un épais cataplasme sur leur sein.