‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 31 sur 84 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Îl est heureux , sans doute, d’avoir à sa disposition, pour le soulagement des malades, quelques appareils doux et commodes, et des agents thérapeutiques appropriés et sa-

(4) 11y a quatorze ou quinze ans que j'ai fait connaître et établir ce cadre , et qu’on s’en sert à l'hôpital de Lausanne. Aussi, j'ai été quelque peu surpris d'apprendre qu’un Parisien dont j'ignore le nom avait obtenu, pour ce même objet, un belet bon BREVET D'INVENTION !

Taut mieux, si, par là, le moyen a pu faire fortune, et si, en servant l'intérêt de l'humanité, il a pu tourner au profit d’un adroit plagiaire , quel qu'il soit.

DU CADRE CLINIQUE. | 129 lutaires ; mais encore faut-il pouvoir faire usage des uns et appliquer à propos les autres, Or, il est certaines <irconstances si fâcheuses et tellement désespérantes, qu’on est presque réduit à l’inaction ou à ne donner que des soins horriblement douloureux.

Il existe, en effet, un certain nombre d'affections graves, qui non seulement forcent les malades à rester au lit, mais les mettent hors d'état d’être transportés de ce lit de douleur dans un autre, sans être exposés aux plus vives souffrances, à des dangers même. Qu'ils soient étendus sur le mol édredon, ou gisants sur un dur grabat, ces malheureux éprouvent bientôt le besoin de changer de position, d’avoir leur lit mieux arrangé , et d’y être placés d’une manière supportable.

ils sont meurtris partout, et particulièrement au bas du dos, aux hanches et dans toutes les parties où les os font saillie. La peau, privée du tissu graisseux sous-jacent, et fortement pressée contre les os, ne tarde pas à s'irriter, et finit bientôt par se mortifier. Il en résulte ces vastes et profondes plaies qui, sas cesse entretenues par une position invariable et fâcheuse, par la difficulté d’être soignées et pansées, et par le contact continuel des matières fécales et des urines, finissent, le plus souvent, par compromettre à elles seules l'existence, et par en abréger rapidement le Cours,

Pour se ménager les moyens de parer à ces graves inconvénients, on a imaginé différents lits mécaniques, dont les plus ingénieux tendent à soulever, doucement et en masse, ‘ les infortunés qu’on ne peut remuer avec les mains ou de quelque manière que ce soit, sans leur arracher des cris.

On conçoit, en effet, que les mains d’une, de deux ou de trois personnes sont loin de suffire, pour appuyer sur le corps fout entier d'un adulte ; que les parties qui n'en sont pas soutenues s’affaisseront, tandis que les autres se trouveront relevées, et qu’il résultera nécessairement de cette manière inégale d’agir des tiraillements très douloureux.

“Notez, en outre, que les doigts pourront blesser par leur dureté, qu'ils n’appuieront que sur un point, et que pour soulever le corps, le porter, le déposer sur un autre lit; et

pour le reprendre, le reporter encore, et le replacer dans le premier lit qu’on viendra d’arranger mieux, il y aura, ‘A COUP SUR, dei saccades et peu d'ensemble dans les mouvements, si l'intelligence ne préside pas à ces opérations délicates ; de là les cris , les douleurs les plus atroces.

Aussi les malades préfèrent, en général, supporter tous les graves inconvénients attachés à leur position actuelle, invariable et pénible , plutôt que de s’exposer , en la changeant, à de véritables tortures , surtout lorsqu'elles doivent se renouveler fréquemment.

Des circonstances aussi tristes ont dû réveiller la soïicitude des praticiens, l'industrie des maladés , la compassion de tous les témoins de semblables tourments, et suggérer quelques idées heureuses , afin de soulager ces malheureux, ou du moins d'atténuer les fâcheux effets de leur pitoyable position.

C’est surtout en faveur du très petit nombre, c'est-à-dire des gens opulents , que les efforts ont été couronnés de quelques suécès. Mais les campagnards, les militaires, et tous ceux qui constituent ce qu'on appelle les classes inférieures de la société , restent encore privés des bienfaits de machines propres à les secourir. C'est que tous les moyens indiqués, et connus sous le nom de lits mécaniques, sont si compliqués et si dispendieux, qu'ils ne peuvent être mis qu’à la disposition des personnes aisées. Dans les hôpitaux même, ces lits sont en très petit nombre, et leur usage y est toutà-fait restreint.

Le but qu'on se propose avec ces machines, est, ainsi que je viens de le dire, de soulever le malade, de la manière la moins pénible , au-dessus de son lit; de le maintenir, à une certaine élévation , tout le temps nécessaire pour qu’on puisse le panser, faire son lit, changer s’il le faut, ses draps, son matelas; et, enfin, pour l’abaisser ensuite doucement, et le replacer, aussi bien que possible, dans le même et seul asile qui s'offre à ses regards, pour dévorer de dures souffrances , et pour y attendre le terme de sa longue agonie.

On a donc dù avoir recours à-un cadre solide, et en rapport de longueur et de largeur avec la taille de l'individu souffrant. Cette pièce qui va cerner le malade, et dans la-

quelle celui-ci sera, en effet, comme encadré , est destinée à offrir des points d'appui convenables à des sangles ou à de la toile, lesquelles doivent constituer le fond de ce cadre.

Lorsque, d’une manière quelconque, ces pièces diverses auront été olissées immédiatement sous le malade, elles le soulèveront , si on parvient à soulever le cadre lui-même, puisqu'elles sont fixées à ce dernier.

Telle est bien, en effet, la marche qu'il faut suivre, et-tel

est le meilleur moyen de suppléer aux bras et aux mains d'aides intelligents, chaque fois qu'il s’agira d'enlever un individu tout d’une pièce , et dans la position qu'il a actuellement." Avant d'indiquer la manière de placer ce fond de cadre, j'arriverai tout droit à dire un mot des moyens d'élever le cadre lui-même. Cette partie est essentielle, et rendra les lits mécaniques plus ou moins simples ou compliqués , c’est-àdire, d'un usage plus ou moins général ou restreint, suivant qu'efle sera elle-même plus ou moins facile à exécuter.

On s’est imaginé jusqu ici que, pour enlever perpendiculairement un cadre sanglé et chargé d'un malade, il était nécessaire de fixer une corde à chacun de ses quatre angles, de la faire passer sur autant de poulies placées audessus de ces angles ,et de les ramener vers un cylindre, pour qu’elles y soient entortillées au moyen d’une manivelle.

On avait besoin ,en conséquence, d’un lit à quatre colonnes solides, propres à recevoir les poulies et à permettre le jeu des quatre cordes et du cabestan.

Mais ce lit, comme il est facile de s’en convaincre à ce simple aperçu, a évidemment les inconvénients suivants :

Il doit être très massif, puisqu'il sert de base à quatre fortes colonnes , et que celles-ci, faisant un seul et même tout avec ce lit, auquel elles sont fixées , le rendent encore plus lourd et plus embarrassant.

A moins de le démonter et remonter chaque fois pour le transporter péniblement ailleurs, un pareil lit est fait, en général, pour rester en place, et par conséquent pour un établissement public, ou pour un usage tout particulier.

Il est très difficile , le plus souvent, de s’en procurer un d'emprunt.

Un pareil meuble est au-dessus des facultés du plus grand nombre; car son établissement à neuf exige un temps assez long et une dépense très considérable.

Son mécanisme compliqué peut, d’ailleurs , n'être pas facilement saisi, et exiger des explications plus ou moins difficiles à comprendre.

Et lors même qu’on voudrait passer sur toutes ces difficultés, ce lit et ses bienfaits pourraient bien , faute de place, n'être pas applicables à certaines localités, notamment dans l'asile de l’indigence.

Ces inconvénients , auxquels on pourrait en ajouter quelques autres non moins saillants, suffisent , sans doùte, pour confirmer ce que j'ai dit plus haut, sur l'impossibilité d’adapter ces lits mécaniques aux besoins des classes les plus nombreuses de la société. Ces classes , cependant, sont les plus exposées aux affections qui réclament un pareil meuble, et elles restent privées, d’ailleurs, des secours et des douceurs qui abondent chez les personnes opulentes.

Il est donc nécessaire d’aviser à d’autres moyens que ces lits mécaniques , et de chercher ce qu'on semble avoir, jusqu'ici, perdu complétement de vue, c’est-à-dire des choses beaucoup plus simples, et qui soient toujours faciles à se procurer : des objets à la portée de tout le monde, et applicables partout. Je crois y être parvenu à l’aide de mon CA- DRE CLINIQUE, qu’on établira comme suit :

On se procurera ce qu’on a toujours à sa disposition : deux planches étroites, ou deux perches , à peu près de la lonsueur du malade; et deux traverses, de même nature, de deux à trois pieds seulement.

Au moyen de ces quatre pièces de bois , qu’on peut facilement réunir par leurs extrémités, avec des clous, des chevilles, ou simplement avec des bouts de corde ou des mouchoirs, on aura aisément, et en peu d’instants, un cadre suffisamment solide , et très propre au but que nous cherchons.

I ne s’agira plus que de le garnir convenablement entre ces quatre pièces de bois. Pour cet effet, on pourra sans doute avoir recours à des sangles; mais, si on ne peut s'en procurer, ou si on ne les a pas sous la main, quelques cra-

vates ou carrés longs , plus ou moins larges, mais solides, suffiront toujours. |

On les clouera ou attachera au cadre, de manière que cette toile, ainsi fixée, constitue un fond résistant et propre à soutenir le malade , sans que le poids de celui-ci fasse céder trop sensiblement ce linge ou ces sangles. Les sangles, ou les-pièces de linge qui en tiendront lieu, seront, en conséquence , suffisamment tendues et larges, et ne devront pas être trop éloignées les unes des autres. Des serviettes , une nappe , un drap,un demi-drap, ou même un filet, pourront encore être choisis , afin d'être fixés au cadre , et pour représenter ainsi ce fond solide et doux qui doit recevoir le malheureux blessé.

Après ces données simples , je crois assez inutile d'indiquer comment les ouvriers distingués des villes pourront en tirer parti, lorsqu'ils voudront arranger un cadre plus élégant, et plus en harmonie avec leurs talents, leur besoin de briller, et la fortune de ceux quiles mettront en œuvre.

Il m'importe d'avertir, au contraire, que je veux réduire mon cadre clinique à sa plus simple expression, et qu'il en sera de même des moyens de le soulever. Assez d’autres sauront appeler à leur secours le luxe des machines, et croiront avoir perfectionné , lorsque d’un instrument simple- “ét facile ils en auront fait un bien compliqué et difficile à manier.

Pour soulever le cadre ainsi que le malade, qui est. supposé être étendu sur le fond sanglé, ou convenablement sar-* ni, on peut sans doute se contenter de quelques personnes intelligentes , qui s’entendront bien entre elles, et comme on en trouve dans les hôpitaux. Mais, si ces aides sont rares , si leurs efforts combinés sont accompagnés de saccades ou de faux mouvements, si ces derniers sont fatigants ou incommodes, il vaudra mieux avoir recours au moyen que j'ai indiqué pour la suspension hyponarthécique, et appliquer au corps tout entier ce qui réussit si bien à l'une de ses parties seulement.

Ainsi, au lieu de fixer et de tendre une corde perpendiculairement vers chacun des quatre angles du cadre, et de faire glisser ensuite ces quatre cordes, sur autant de poulies assujetties à quatre colonnes, je me contente de percer un

trou à chacun ou près de chacun des angles de ce cadre. Or,en faisant passer une seule corde à travers ces quatre trous ; et après en avoir assujetti les deux bouts , il en résultera deux espèces d’anses collatérales, une de chaque côté du cadre; ou deux transversales, une à chaque extrémité de ce cadre.

Je puis même n'avoir recours qu'à une seule anse, qui donnera au cadre clinique, outre la suspension, le jeu de bascule ou le va ef vient de la balance. Ces derniers mouvements pourront, dans certaines circonstances, être très avantageux, notamment s’il s'agissait d'élever au-dessus de l'horizon’ le haut du POERE ou même sa partie inférieure seulement.

Une seule corde verticale, bien solidement établie , et qui passera sur une poulie , nous suffira alors pour soulever et la machine et le malade; on fixera cette corde de la même manière que celle pour Phyponarthécie dès membres.

Ainsi, dans la demeure des pauvres et des campagnards, dont le plafond est en général garni de poutres ou de boiseries solides et peu élevées, rien ne sera plus facile que d’y assujettir une poulie ou tel autre moyen qui puisse en tenir lieu. On pourra, dans d'autres circonstances, avoir recours à une potence ou à une traverse, l’une et l’autre si commodes pour soutenir l'appareil hyponarthécique.

Mais lorsque ces ressources simples nous manqueront, ou qu’elles ne pourront pas être employées sans quelque désavantage, rappelons-nous ce que font certains ouvriers, et principalement les maçons, lorsqu'ils ont besoin d’ MAN un lourd fardeau dans le sens de la perpendiculaire. Le trépied , connu sous le nom de chèvre, est en effet la machine la plus facile à confectionner, la plus solide et la plus commode pour le but que nous nous proposons.

Le pied de chèvre le plus simple sera fait au moyen de trois montants de bois, percés chacun d'un trou à l’une de leurs extrémités, et réunis ensemble dans cette partie, au moyen d'une corde qui enfiléra les trois trous. C’est à ce sommet du trépied , mis à cheval sur le lit, que sera ajustée une poulié, pour recevoir la corde verticale qui doit enlever le cadre.

Afin que l'ascension ait lieu d’une manière bien insensible et douce, cette corde sera assujettie à un cylindre, qu'il sera facile de faire tourner au moyen d’une manivelle. Mais, au lieu de cette description , j'inviterai mes confrères à s'arrêter un instant auprès de ces grossiers manœuvres chargés de soulever des blocs de pierre , et à jeter un coup d'œil sur le procédé ingénieux qu'ils mettent en usage : c’est ainsi queje conseille de soulever mon cadre clinique.

Comme le trépied pourrait glisser sur le plancher, il sera convenable de l’assujettir, en passant un bout de corde de l'un des pieds à l’autre, et de les empêcher par là de s’écarter.

Au lieu du tour et de la manivelle pour soulever sans secousse le cadre clinique, on peut avoir recours à un moyen plus simple et assez bon : c'est de fixer le bout libre de la corde verticle à un des montants du trépied, ou à tel autre point d’arrèt solide , et de tourner, ou tordre ensuite cette corde , au moyen d'un bâton cylindrique plus ou moins épais. Chaque.tour ou torsion raccourcira sensiblement cette corde , et élèvera d'autant le malade.

Une autre manière, bien facile encore, de faire monter doucement le cadre clinique, c’est de se servir d'un simple levier du premier genre c’est-à-dire d’une perche en forme de balançoire, qui aura son point d'appui à côté du lit, et à l’un des bouts de laquelle viendra s'attacher la corde verticale. En exerçant alors sur l’autre bout de ce balancier une pression convenable, on l’abaissera , et par conséquent on fera monter le cadre qui tient à l’autre extrémité de cette bascule. Le point d'appui placé ainsi entre la puissance et la résistance sera, par exemple , une corde fixée.solidement au plafond même ou au trépied dont je viens de parler. Celui-ci ne sera plus, dans ce cas, mis à cheval sur le lit, mais on le placera à côté de ce dernier.

Je suis redevable de ce balancier pour écarter le cadre clinique du lit, à l'intelligence d’un simple paysan qui en a lui-même faitle plus heureux usage pour sa nièce. Elle avait une affection tellement douloureuse du genou, que le moindre mouvement autour d’elle lui arrachait des cris, et que son lit n'avait pu être fait depuis près de deux mois.

Le problème à résoudre, dans ce cas, con£istait d'abord à

faire passer sous cette jeune fille un linge assez fort, au moyen duquel on püt la soulever sans la blesser. Ce passage derrière un dos enfoncé dans le lit devait avoir lieu d’une manière imperceptible pour le malade, et non seulement sans déranger la position qu'elle avait prise , mais sans occasionner ni ébranlement, ni même de mouvement chez cette malheureuse.

Un second point du problème résultait du besoin de fixer par ses deux bouts, et de chaque côté de la malade, le linge ainsi placé, et d'établir cette fixation sur un cadre solide.

Une troisième exigence était relative au mode de soulever bien insensiblement et bien doucement le cadre et la petite personne , tout en conservant à celle-ci cette même position dont elle ne pouvait dévier sans souffrir cruellement.

La plus grande difficulté n’était pas d'expliquer et de faire sentir le besoin d'arriver à ces trois buts ; mais il fallait surtout pourvoir à la meilleure manière de parvenir à une exécution exempte de toute fausse manœuvre.

Pour cet effet, j’appelai à mon secours quatre allumettes, avec lesquelles je procédai à mes démonstrations de la manière suivante :

J'en plaçai deux parallèlement et à deux pouces de distance l’une de l’autre. Je fis ensuite, avec une troisième allumette, deux portions qui, placées aux extrémités des deux premières formèrent le cadre dont je voulais donner la figure à mon homme. Je lui fis voir, en même temps , comment on pouvait assujettir ces quatre petites pièces de bois, en les attachant aux quatre coins avec du fil.

Je cassai alors la quatrième allumette par le milieu; j'en appliquai une moitié dans le cadre, et, l’assimilant ainsi à la pauvre malade , ilne me resta plus qu à indiquer le moyen de passer par derrière elle les linges en question, et qui étaient destinés à former le fond du cadre.

Je poussai donc, et avec la portion de la quatrième allumette que je tenais en réserve, quelques chiffons sous la prétendue nièce, que figurait le petit tronçon de bois. Je rasai sous ce dernier, avec les mêmes précautions que j'eusse employées s’il se fût agi réellement de la jeune infortunée, Et comme j'avais eu soin d'établir encore, avec un

bout de fil, deux anses collatérales, je répétai facilement sur le coin de la table et avec mon élève ce qu'il a réalisé dès lors maintes fois, & dire d'experts et en maître. Cette dernière partie, l'élévation graduelle du cadre, fut, au reste, d'autant plus facile à formuler, qu'il était sur son terrain, et que nous nous trouvions l’un et l’autre sur celui de lénseignement mutuel. R

Un simple vigneron a également soulevé seul et chaque jour son pauvre fils, pendant plusieurs mois , pour panser un large décubitus au dos, suite d’une étions iléo-fémorale. Cette affection cruellement douloureuse, et qui forçait le jeune homme d’être constamment immobile sur le dos, n’a été supportable que depuis l'usage du cadre clinique, qu'il a suffi de montrer au père pour qu’il en fit, aussitôt et chaque jour, la plus heureuse application.

Si l’on hisse le malade au moyen d’une poulie, d’un cabestan ou de quelques tours d'un:cylindre, il sera comme isolé et en l'air au-dessus de son lit; celui-ci pourra donc être arrangé convenablement , et celui-là sera pansé commodément , ou satisfera sans difficulté à quelques besoins pressants. Mais si l’on se contente de faire soulever le cadre en recourant aux bras de quelques individus , ceux-ci auront l'alternative, ou de tenir le malade suspendu au-dessus du lit, ou de le déposer momentanément sur deux chaises, auxquelles ils confieront les deux extrémités du cadre pendant le temps nécessaire aux arrangements divers qu’on voudra prendre.

Avec les anses mobiles du cadre clinique, et dont le point où doit se fixer la corde verticale peut varier à volonté, on obtient aisément de pouvoir enlever le cadre dans toutes les directions qu’on jugera convenable de lui donner, soit dans le sens de l'horizon, soit en l’inclinant vers lune cu l’autre de ses extrémités et de ses bords ; avantage qui peut trouver son utile application dans quelques occasions particulières.

Je n’ai pas besoin de dire que , pour obtenir ces ares effets , il suffit de placer la corde verticale vers le centre de gravité du cadre, ou plus ou moins près de la tête ou des pieds, et pour l’inclinaison latérale, de faire les anses plus

courtes d un côté que de l’autre. Dans ce but, ces anses seront Collatérales ; car tous ces petits avantages ne sont pas faciles à obtenir, lorsque les cordes qui font l'office d’anses sont placées transversalement aux deux extrémités du cadre.

Comme tous les cadres destinés à l’usage clinique , celui que j'indique peut rester continuellement en place, afin d'être soulevé lorsqu'on le désire ; c'est-à-dire que le malade restera toujours couché immédiatement sur le fond même du cadre. Ou bien, on n’appliquera cet élévateur qu’au moment même où l’on en aura besoin.

Dans le premier cas, qui sera le plus ordinaire, on aura soin que les sangles ou les pièces de toile qui constituent le fond du cadre ne blessent pas et soient maintenues aussi propres que possible. La chose n’est pas très difficile ; et si l'on a donné la préférence à de grandes pièces de linge , elles blesséront d'autant moins, qu’elles pourront être tendues à volonté, et qu’il ne s’y fera aucun pli fâcheux. Il va sans dire qu'on voudra , avec cette disposition, mettre à découvert les parties ulcérées , et se ménager les moyens de les surveiller et de les panser, en enlevant du fond du cadre la partie ou le fragment qui masquerait les endroits affectés. On aura égard pareillement à ce que pourront exiger les soins de propreté et les fonctions indispensables auxquelles il faudra pourvoir.

Lors, au contraire, qu'on voudra chaque af appliquer en enlever le cadre, on aura recours à des sangles qu’on fera glisser sous le malade, et au moment même, au moyen d'une pièce de bois mince et souple, et à peu près comme on change une bandelettede Scultet. Ges sangles, fixées d'avance à l’un des côtés du cadre par l'une de leurs extrémités, seront ainsi ramenées sur le côté opposé, vers lequel on les assujettira par leur extrémité libre au moyen de rubans, de boutons ou de boucles.

Ce moyen simple et facile de faire glisser et traverser des sangles sous un malade sans le tourmenter; d'interposer de cette manière, entre son drap et lui, un fond quelconque propre à lui servir de soutien pendantle temps qu'on lui fera quitter son lit, qu'on le soulèvera ou le hissera ; ce moyen, dis-je, peut s'obtenir également avec des cravates et des

carrés longs, de quelque tissu qu'ils soient composés, et quelle que soit la largeur qu’on voudra donner à ces liens.

Le cadre clinique peut non seulement être envisagé comme uñe espèce d'hyponarthécie, destinée à soutenir momentanément le corps tout entier de telle ou telle manière et dans telle ou telle direction, mais j'ai reconnu que, lors même qu'il n’est pas mobilisé, il peut offrir encore une ressource précieuse dans une grave circonstance que voici : il s’agit de ces affreux décubitus au bas du dos, que la pression contre Île drap rend insuoportables, et tend sans cesse à exaspérer.

On a sans doute divers moyens d’atténuer cette horrible pression ; mais ils manquent le plus souvent le but, et sont difficiles à se procurer et à maintenir en place et propres: Le

cadre sanglé pare à ces inconvénients sans trop d’embarras, de la manière suivante : soit donc un individu couché sur des sangles placées transversalement derrière son dos ; or, en supposant que ces sangles sont bien tendues d’un côté du cadre à l’autre, il est clair que le pauvre malade pressera sur toutes les sangles et de tout Son poids. Mais si on‘détache celles de ces sangles transversales qui répondent aux ulcérations , et sien même temps ôn enlève assez de crin ou de paille à l'endroit du matelas qui se trouve sous les sangles que vous venez de mettre de côté, on obtiendra sur-le-champ un creux ou vide quelconque, où la surface ulcérée sis dos n'atteindra que très légèrement,

Il sera même possible de faire l'excavation assez profonde pour que la partie affectée soit comme en l'air, et isolée dans ce trou sous-pelvien. En effet, les sangles placées au-dessus et au-dessous du mal soutiendront exactement le corps, et laisseront le décubitus en liberté, et au degré d'élévation qui sera jugé convenable pour le soustraire plus ou moins à l'influence pernicieuse de Îa pression qu'on veut éviter.

J'ajouterai cependant, à ce sujet, qu’au lieu de faire creuser le matelas, comme je viens de le dire, j'ai quelquefois donné le conseil de le couper en travers, et de confectionner, avec ses deux moitiés, deux petits matelas di tincts. En les plaçant alors derrière le dos, de telle manière qu'ils laissent entre eux un espace transversal vide, en rapport avec l’é-

tendue du mal qu'on cherche à mettre à l'abri de pressions douloureuses, on aura dans quelques circonstances un moyen plus commode que la perforation que j'ai indiquée plus haut: on pourra même aussi se passer du cadre clinique.

Je me suis permis de rappeler dans ce chapitre beaucoup de petits détails déjà connus ; mais ils ne le sont pas assez généralement pour qu'on les trouve trop déplacés. — Je prie qu'on me pardonne encore les suivants, qui se rattachent à mon sujet.

Le cadre clinique peut, dans les campagnes et à l'armée, très bien servir de brancard pour le transport des malades et des blessés, et il a l'avantage de pouvoir être établi sur-le-champ et presque partout. Dans ce cas, au lieu de sangles , de bandes ou de toile, on pourra n’avoir recours, pour former le fond du cadre, qu’à de simples cordes recouvertes de foin, de paille, de feuilles, d'herbes, de pièces de vêtements, de couvertures, d’une paillasse, d'un matelas, etc. Rien ne serait plus facile encore que de fixer à cette espèce de brancard un pied-de-chèvre pareil à celui que j'ai indiqué , et qui offrirait le double avantage : 1° de pieds solides pour reposer ledit brancard; et 2° de ciel-delit propre à recevoir un drap ou telle autre pièce de linge qui ferait l'office de rideau , et garantirait ainsi du soleil , de la pluie, du vent, etc.

On trouvera sans doute plus d’une autre bonne occasion d'utiliser encore le cadre clinique , tel que j'en ai indiqué la simple et facile suspension. Je crois déjà devoir signaler un cas intéressant, où cette espèce de lit suspendu ou de hamac, devrait être accueilli, et pourrait rendre des services importants.

Dans un camp, par exemple, tout semble inviter les officiers à établir sous leurs tentes un pareil cadre suspendu à un pied-de-chèvre , et sur lequel ils étendraient au besoin un manteau ou des habits pour se mettre encore mieuxà l'abri de Ja pluie, du soleil , etc. Ils seraient au moins élevés au-dessus du sol , et préservés de cette manière de l'humidité, des insectes et d’autres désagréments inséparables d’un lit placé immédiatement à terre.

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