INTRODUCTION
Nos populations tout entières vont prendre les armes; la guerre défensive, celle des guérillas , des corps-francs et détachés, est celle que nous serons dans le cas de faire. Nous devrons, pour garder de longues et étroites vallées, des gorges et des rochers de difficile accès, nous disséminer beaucoup. Le zèle et l’intrépidité de nos adroits carabiniers les exposeront à des périls, à de nombreux accidents.
* Cependant , le nombre de nos chirurgiens est très borné, etles moyens ordinaires de l’art sont beaucoup trop compliqués pour nos besoins.
Ces circonstances s’opposeront nécessairement à l’application des secours réguliers et prompts, tels qu'ils sont encore organisés partout.
D'ailleurs, les hôpitaux nous manquent, ou ne pourront pas être établis et concentrés comme il convient à nos troupes et à nos localités, et chaque maison pourra être appelée à en tenir lieu. L'organisation sanitaire , helvétique, calquée sur ces considérations, confie, en conséquence, à tous les fraters,
© (4) J'ai fait réimprimer ces fragments au printemps de 1834 ,et au moment où un bouleversement général pouvait amener des luttes: sanglantes , autour de nous et chez nous+Les cantons suisses s'empressaient, à cette époque-là, d'organiser leurs milices, et de les préparer au COmbat. Du reste , cette instruction, ainsi que quelques mots d'introduetion, quoique destinés à mes compatriotes seulement, peuvent fort bien s'appliquer aussi à tous les peuples armés pour la défense de la patrie.
Croira-t-on qu’un certain docteur Richeter a publié en allemand, et presque mot pour mot, ces mêmes fragments, sans daigner me citer? Malheureusement pour lai, il s’est lourdement fourvoyé, aussitôt qu'il a Cru pouvoir s’écarter de son texte. Le plus court est de Iui pardonner son grossier plagiat , et de l'engager à faire mieux une autre fois.
IT
et dans des boulques, certains moyens et des appareïls particuliers , ainsi que leur première et provisoire application, même dans des cas graves, s’ils sont urgents. Ces hommes, privés de connaissances chirurgicales , ont donc besoin d’une instruction spéciale, si leur coopération à l'égard des blessés de tout genre ne doit pas demeurer allusoire, devenir même dangereuse, et aggraver encore les maux auxquels ils sont chargés de porter secours. |
Le but de ces fragments est précisément d'éclairer les premiers pas de ces tout premiers éléments de notre chirurgie militaire , et de guider ces hommes étrangers à l’art, afin qu'ils né fassent pas faussé route lorsqu'ils seront hors d'état de cheminer seuls.
Toutefois, la simple lecture de cette étruté oh sera loin de suffire , et il faudra l'expliquer, la commenter, la rendre sensible par des exemples et des démonstrations ; et il sera nécessaire de former les fraters HE des exercices manuels et réitérés.
Tout doit, en un mot, contribuer à ce but important : « d’avoir, autant que an des personnes capables de » porter, avec intelligence et bon sens, un premier secuurs, » ou d'empêcher de mauvaises manœuvres.»
Les chirurgiens des différents corps devront donc mettre le plus grand soin à atteindre ce but, à le rendre palpable, et à le faire toucher de leur mieux. Mais, heureusement que les détails de cette instruction sont si peu nombreux , si simples et si faciles À saisir, qu'ils pourront bien vite devenir familiers.
Peu de leçons , peu d'heures suffiront, jen ai la conviction , pour mettre mes procédés et mes moyens à la portée, non seulement de ces fraters', mais encore de tout individu. Antelligent.
Si les officiers et sous-officiers s’'empressent d'assister aux démonstrations que les hommes de l’art en feront aux fraters et aux infirmiers ; si cet exemple est insensiblement suivi par les caporaux et les soldats ;:tous seront bientôt en état de se porter mutuellement les secours les plus pressants , les plus opportuns, et ils se rendront réciproquement les services les plus signalés.
Lei
Cette instruction chirurgicale, pratique, élémentaire et toute intuitive, n’aura , du reste, rien de pénible ni d’ennuyeux : elle pourra même être récréative, et remplir avantageusement quelques unes de ces heures de désœuvrement qui sont si fréquentes et si funestes chez les militaires.
Elle sera d’ailleurs une acquisition précieuse , qui restera et trouvera, même en temps de paix, d' heureuses applications partout. |
Et puis, on'sait assez que toutes les blessures des militaires n’ont pas lieu en présence de l'ennemi et par les hasards de la guerre : un très grand nombre d’entre elles, et des plus graves , sont purement accidentelles , et tout-à-fait ndépendantes des combats.
ÆElles réclament cependant des secours prompts qù il importe de trouver et d'organiser partout, et pour les AN de toutes armes.
La plupart de ces lésions seront sans doute jose h' et cèderont, par conséquent , à des moyens simples et bien entendus , à l’absence même de tout soin. Cependant, de mauvaises pratiques ou des mesures prises en dépit des règles de l'art et du bon sens, pourront en transformer plusieurs en des maux graves , de long cours , et que d'affreuses mutilations seront seules capables de dissiper, si l’on veut conserver à la patrie les jours de braves défenseurs, eu jeunes gens pleins de vie et d'espérance.
C'est donc dans le but de faire quelque bien, et surtout d'empêcher de faire beaucoup de mal, qu’on “ea l'instruction dont il est ici question.
Mais cette même instruction, destinée à servir À nos milices , en campagne , dans les çamps, en détachements et en route, a encore pour but de poser les bases d’une chirurgie domestique ou populaire. *
Celle-ci est de la plus haute importance pour les habitants des campagnes , des moritagnes, et presque partout, dans les cas d'urgence, dans le plus grand nombre des blessures et des accidents graves, et chaque fois qu’en l'absence d'un chirurgien il faudra porter des secours prompts et provisoires.
Si, jusqu'ici, l’on n'a pu parvenir à organiser de pareils secours ; s’il a été impossible de les indiquer ; s’il fallait, de
toute nécessité, être du métier pour les appliquer : c’est qu'on ne savait disposer d'aucun moyen facile, et qu'on n’en connaissait point qui fût à la portée du plus grand nombre, toujourssous la main et constamment prêt à être mis en œuvre. Hors du système déligatoire que j'ai établi, toute chirurgie populaire est évidemment impraticable; mais elle deviendra, au contraire, d'une application facile, à l’aide des procédés et des moyens simples que je présente dans ces fragments.
Je dois, en conséquence, recommander instamment à tout militaire qui entre en campagne , ou qui se met en route, - d’avoir dans son sac une pièce carrée de linge , de deux pieds environ, c’est-à-dire un mouchoir, bon ou mauvais, et quelque peu de coton cardé.
Avec ces deux objets qu'aurait chaque soldat , il sera toujours facile de faire un pansement provisoire et suffisant, quelle que soit la blessure qu'on ait sous les yeux, pourvu qu'il se trouve quelques hommes réunis autour du blessé, et qu’ils s’empressent de fournir les chétives pièces d'appareil qu'ils auront , et de les mettre à la disposition du chirurgien ou de quelqu'un qui pourra en tenir lieu.
C’est surtout immédiatement après une affaire un peu.considérable, qu'on pourra se féliciter d'avoir partout et sous la main ces précieux matériaux de pansements, et unssi grand nombre d'individus qui sauront les appliquer avec discernement. ;
Je voudrais, en conséquence, qu’on n’eüût plus tant de bandes et de charpie à la suite de nos bataillons. Il est trop difficile de se procurer ces objets, de les avoir de bonne qualité ; leur application et réapplication sont trop longues, trop embarrassantes , et peu faciles à bien saisir et à réaliser. Ils sont d’ailleurs trop sujets à se déranger.
Il serait bien plus simple et plus avantageux d’avoir, dans les hôpitaux et les ambulances, une quantité suffisante de toile souple , propre, avec laquelle on aurait là facilité de faire de suite des carrés, des fichus et des cravates.
J'indique d’avance ces trois objets, parce qu'ils peuvent suppléer aux bandes, et qu’ils valent mieux que.celles-ci, ainsi que nous le verrons bientôt.
On en aurait constamment et sur-le-champ, dans toutes les