DES NOMBREUX OBSTACLES A L'ADOPTION DU NOUVEAU SYSTÈME DE DÉLIGATION
Je puis d'autant mieux compter sur le triomphe de mes doctrines , que tout ce qu’on vient de lire, bien loin de n’être que du spéculatif et de la pure théorie , est au contraire émimemment pratique, et l'exposé fidèle de ce qui se fait depuis long-temps à l’hospice de Lausanne. J'y exerce la chirurgie
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depuis plus de trente ans, et cet établissement, qui honore notre canton, est au centre d’une population d'environ cent quatre-vingt mille âmes. On conçoit dès là que des cas chirurgicaux de toute espèce doivent y être observés, et qu'une’ surveillance républicaine ne permettrait guère des pansements, des appareils et des procédés contraires aux principes de l’art, à l'humanité , à une sage économie et.au bon ordre qu'on est jaloux de voir régner dans cet asile.
J’ajouterai que cette maison qui, sous quelques rapports, peut servir de modèle, est fréquemment visitée par des chirurgiens étrangers; que je m’empresse de leur expliquer et de leur faire voir tout ce qui est spécial dans mes procédés déligatoires ; qu’ils. ont pu se convaincre que les bandes, la - charpie et les attelles sont presque tombées en désuétude et inusitées dans cet hôpital; qu'ils m'ont paru contents de la réforme établie et de l'incroyable simplicité et facilité qui en sont la suite. Je pourrais ajouter que mon Mémoire sur la déligation populaire et la première édition de mon Nouveau Système de déligation , ont été traduits en allemand par M. le docteur Finsler, de Zurich; enfin, que la Diète helvétique a daigné l’accueillir honorablement , et m'a voté des remercie- ments en termes très flatteurs. .
Je rougis de me croire obligé d'écrire ces pauvretés pour une chose importante et que tott chirurgien peut vérifier sur l'heure, ou du moins en peu de jours, avec la plus grande facilité et sans aucun inconvénient. Mais, ce qu'on observe partout, en fait de force d'inertie et de prévention; le sort qu'ont eu toutes les découvertes ; la répugnance qu’on a toujours mise à les-constater et utiliser; quand on réfléchit d'ailleurs aux causes sans nombre qui nous courbent sous le ‘joug de la routine et du laisser-aller , il est permis, il est nécessaire de présenter tout ce qu’on croit pouvoir être propre à faire quelque impression sur les incrédules, à ébranler les apathiques, et à décider les amis de la vérité. (
Toutefois, il faudrait pour réussir une meilleure plume que la mienne: il faudrait, du moins, pouvoir espérer d’être Ju
et compris ; et au milieu de ce déluge de livres insignifiants qui inondent la science, le mien aura probablement le. sort qu’à juste titre tant d’autres ont mérité.
&i cependant le contraire avait lieu , et si on ne croit pas devoir se refuser à. faire l'essai de ma méthode, avant d’en contester l’application possible et utile à la pratique chirursicale ; alors la cause du nouveau système sera gagnée, et il ne tardera pas d’être substitué au règne, déjà trop long, des bandes, de la charpie et des attelles. .
Néanmoins , je suis loin de m’abuser sur les résistances que cette heureuse révolution rencontrera et devra vaintre. J’indiquerai même quelques uns des obstacles qui s’opposeront nécéssairemetit et partout à son adoption définitive.
15 Chacun est trop satisfait de ce qu'il a appris avec tant de peine, et de ce qu’il croit exécuter avec tant d'adresse, peut#ètre depuis quarante à cinquante ans, pour être disposé
à changer d’allure et de routine.
20 Pourquoi, dira-t-on, se dessaisir de moyens bien connus , qui ont rendu et rendent encore chaque jourles services les plus signalés, pour se mettre en quelque sorte sur les bancs de l’école, et faire le sot apprentissage de choses toutes vulgaires, et que le commun des hommes peut appliquer aussi bien qu’un très habile professeur : dl
30 Un dé mes confrères m'écrivait à ce sujet : « Votre Système ne fera pas fortune, il est évidemment frop simple. » J’ajouterai qu'aux yeux de certaines notabilités, cette simplicité a presque l'air d'une miaiserie. J'ai en main une note d’üun membre d’une académie .des sciences qui semble , tout au moins, conclure dans ce sens.
4e On trouvera qu'il ne faut pas, sans opposition, céder à l'envahissement des simples linges, et qu'il convient d’en arrêter le Cours importun aussi long-temps qu’il sera possible. Cette usurpation menaçante ne pourra donc prendre pied qu'avec une extrème lenteur, timidement et à petit.bruit, dans les hôpitaux des capitales, et elle devra être brayement EE comme indigne de la chaire et de l'enseignement
scientifique.
bo Le rôle de. conservateurs n'est-il pas acquis à ceux-là même qui n’ont pas assez de foudres et d’anathèmes pour un gouvernement et un ministre lorsqu ils entrent ou persévèrent dans les mêmes systèmes de conservation ?
6° On connaïit l'empire de la mode et de l'entraînement ,
même en matière de médication ; et ne serait-il pas de mauvais ton et de mauvais goût de faire ce que les notabilités chirurgicales affectent si bien de dédaigner?
sf Ne- se trouvera-t-il pas encore quelques intérêts lésés par un changement complet dans le matériel des pansements? Et tel grand fournisseur de bandes, de compresses et de charpie, ne mettrait-l pas, par hasard, tout en œuvre pour conserver un statu quo dont il fait son profit, et dont il pourrait être früstré par quelques nouvelles dispositions administratives ?. je
8° Les mots déligation et déligatoire, que Percy seul avoulu consacrer, effaroucheront même certaines gens qui, comme j'en ai la preuve, $’en sont scandalisés. Ajoutez enfin les préventions de toute espèce, les monstres ordinaires à combattre, chaque fois qu'il est question d'innovation ; les susceptibilités individuelles, voire même NATIONALES! ! l’amourpropre, l'esprit de secte et de coterie qui se glissent partout et qui peuvent se cacher même dans les plis et replis d’une simple bande, etc., etc:; et vous aurez la mesure des. contrariétés sans nombre et des entraves infinies qui attendent mon malheureux système , et qui menacent irrémissiblement son imprudent auteur. |
Ce sont là, du reste, de ces choses trop communes et trop inhérentes à l'esprit humain, pour qu’on puisse.rai-
sonnablement s’en indigner , et n’en pas prendre lestement son parti.
Je suis résigné à tout, même à ce que je vois clairement venir ; c’est.qu’on adoptera sans doute enfin mes idées, mais en les modifiant légèrement , afin de les produire comme une création nouvelle. Ou bien, ce qui est plus prebable, on signalera toute cette affaire comme une vieillerie renouvelée des?.. de?.. du? et suffisamment connue. Eh bien! qu’on s'explique ! et surtout... qu’on agisse! c’est tout ce que je désire. Ou bien, voudra-t-on attendre peut-être que quelque nouveau personnage ait obtenu, lui aussi, un brevet d’invention ?
Laissons donc dire les détracteurs, agir le temps, et consolons-nous en pensant que la raison finira toujours, tôt ou tard, par l'emporter sur des obstacles mal fondés et ridi-
cules , et par se faire j jour à travers les faiblesses et D 4e puériltése
Je dois être pourtant quelque peu flatté que les bases de “mon nouveau système soient depuis quelques années enseignées publiquement à Paris , et en regard des moyens déligatoires anciens , par les soins de M. Ribaïl. Mais ce qui est d’une immense signification en faveur de mes idées, et bien propre à m’enorgucillir, c’est le prix que l'Académie royale des sciences m'a fait l'honneur de me décerner pour la première édition de cet ouvrage.
M. Munaret, dont on connaît le zèle et les lumières, s’est prononcé avec talent en faveur de mes moyens, etil les manie fort adroïitement. La France lui devra l'importation et probablement encore quelques remaniements de ces procédés nouveaux. |
Voilà done qu'ils ont franchi le Jura! C’est un grand pas sans doute ! Mais Châtillon est sur la route de Lyon; et l'Hôtel-Dieu de la seconde ville du royaume pourrait bien leur accorder incessamment une bienveillante hospitalité. Du moins j'ai quelque espoir qu'ils ne se recommanderont pas en vain à la protection d’une notabilité chirurgicale naissante; que M. Bonnet ne leur refusera pas son puissant patronage ; et que ce passeport leur vaudra le droit de cité, et leur permettra le libre établissement dans quelques autres villes de France. M. Bonnet, en accueillant mes procédés et mes appareils, peut compter, du réste, qu’il n HAE pas des ingrats, et qu'il rendra service à sa patrie.
Je ne puis donc être tranquille sur l’avenir de ce travail, et sur Ja part qu’il aura dans la réforme que j'ai en vue, et que je ne cesserai de poursuivre avec ténacité.
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