‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 4 sur 84 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Remplacer les bandes par des linges pleins ; protéger avec le coton les surfaces privées de leur épiderme ; donner et assurer, au moyen du fil métallique, une posilion convenable aux os et aux membres fracturés; redresser des arcs rachidiens et costaux, dans les gibbosilés ; simplifier le matériel et le manuel des pansements; faciliter ceux-ci ; indiquer, pour le fil de fer et le coton, la place éminente :que la chirurgie leur assignera un jour; rattacher tous ces points à des principes clairs, à des règles précises et d’une application exempte de difficultés : telles sont les formules, les idées qui m'ont constamment guidé dans l'établissement de ce Nouveau Sys- TEME DE DéLrGation. Tel est aussi mon PROGRAMME.

Mais avant d'édifier , il est presque toujours indispensable de détruire on de déblayer la place, et j'ai dû, en conséquence, révéler aux chirurgiens la plupart des inconvénients attachés aux bandes , à la charpie, au mode actuel de traïter les fractures, les déviations de la colonne vertébrale, ainsi que ceux de certains lils dits mécaniques, * |

Si le plus grand nombre des hommes de l’art ne semblent guère se douter de plusieurs des mauvais effets de Icurs moyens et de leurs manœuvres, c'est que, pareils à de dociles esclaves, ils y sont habi. lués. dès le début de leur carrière, ou que, n’apercevant rien de mieux ils se rangent sans murmurer sous le joug de la nécessité,

Mais quels ont été mes motifs, quels sont mes titres pour me poser comme rélormaleur ? Y a-t il nécessité, y a-t-il seulement utilité à ce bouleversement déligatoire? La réponse à ces graves questions ne se fera certes pas attendre, et la solution du problème ressortira d’ailleurs presque à chaque page de ce travail.

La déligation chirurgicale , ou l'art de conslraire et d’ appliquer

VIH INTRODUCTION.

des bandes, des bandages, des appareils , et de faire un pansement convenable, estune des bases de la chirurgie techuique,ou, du moins, un des éléments essentiels de la médecine opératoire.

Bien ou mal faite, plus ou moins simple on compliquée. composée de matières conyenables où de substances plus ou moins grossières ou nuisibles, cette parlie importante de l’art de guérir, complète on fait échouer la plupart des opérations , et peut, à elle seule, en prévenir ou en occasionner de graves, conserver ou compromettre l'existence des malades. Celle-ci ne dépend que trop souvent, non seulement de la présence d'nn homme de l'art, mais encore de ce que certaines pièces d’apparcil, jugées nécessaires, se trouvent facilement et promptement à sa disposition.

C’est surtout dans les villages et les campagnes, dans l'asile du pauvre et dans les armées, que tout ce qui tient à la déligation présente de graves difficultés, et qu'on peut bien apprécier tous les avantages dont on jouit à cet égard dans les villes, les hôpitaux et les établissements publics. Car, indépendamment des objets divers que réclament la plupart des pansements, ceux-ci exigent encore quelque habitude, et surlout un certain degré d’adresse et d'intelligence qu'on est loin de rencontrer toujours. |

Les jennes chirurgiens, ceux qui débutent dass l'exercice de l'art, et même les personnes exercées, ou qui du moins devraient l'être, éprouvent assez souvent, dans l'application d’un appareil, des embarras ou manifestent une certaine gaucherie qui ne décèle que trop le côté faible du praticien, etsans aucun doute aussi une lacune ou une imperfection dans ses moyens habituels de déligation.

Cependant la chirurgie a dû faire des progrès immenses dans cette partie, et trente ans de guerres, aussi extraordinaires que meurtrières, ont pu en parliculier exciter de nos jours le zèle et l'industrie, et épuiser toutes les ressources du génie, afin de porter au dernier degré de perfection tout ce qui concerne les appareils, les pansements, les objets dont ils se composent, et la manière de les construire et de les appliquer.

La simplicité des moyens, la facilité de se les procurer partout, ou de suppléer toujours à leur absence ; la forme à leur donner en îes rattachant à un principe fixe el à quelque uniformité ; la manière d'en faire un facile usage, leur mode d'agir, etc., toutes ces choses n'ont pas suffisamment occupé les esprits, ni dirigé les efforts des hommes de l'art. Ils auraient dû cependant être sans cesse ramenés vers ces buts divers, à l'aspect des scènes épouvantables et chaque jour reproduites, où la pénurie des:choses ct des aides éclairés, et la disproportion des ressources avec les besoins urgents, mettaient

INTROPUCTION. IX si souvent la chirurgie daus l'impuissance de faire le bien, et dans la nécessilé de céder à l'empire du mal.

Rien n’a été fait, et malgré les grandes occasions d’apprécier l'insuffisance de nos moyens déligatoires ordinaires , et le besoin qu'on a dû éprouver de s’en créer de nouveaux et de chercher à se frayer une route plus facile, plus courte et plus sûre, il est digne de remarque et fort extraordinaire que les pansements soient à peu de chose près les mêmes qu’il y a un demi-siècle, et qu'ils se composent toujours et presque exclusivement des mêmes pièces et des mêmes substances que jadis, Tout a marché autour de nous, et la chirurgie, dans ses moyens principaux et de chaque instant , est seule restée slationnaire.

La charpie et ses composés, tels que les bourdonnets, plumaceaux, gâteaux ; les tentes , les mèches, les remplissages de tous genres, les fanons, faux-fanons , altelles, porte-altelles , compresses, bandes à un ou deux globes et à plusieurs chefs, bandelettes, lacs et rubans ; teis sont toujours, pour constituer nos appareils, faire nos pansements et construire nos bandages nombreux et variés, les objets dont on croit ne pouvoir guère se passer, et qu'on ne sait trop comment remplacer avec quelque succès.

Bon nombre de chirurgiens en sont même à ce point, que sl malheureusement ils sont privés, en tout ou en partie, du matériel ci-dessus , ils s’envisagent presque comme dénués des moÿens nécessaires pour venir au secours des blessés, et se croïent réduits en conséquence à l'impossibilité de remplir dignement leur ministère. On les voit, dans les armées. par exemple, et à la suite d'une grande affaire, déplorer dans les bulletins ce fatal dénuement, gémir sur ce nombre considérable de malheureux qu’on a dû abandonner sur le champ de bataille et sans appareil pendant plusieurs. jours. On accuse de ce malheur le pelit nombre de chi: rurgiens el d'aides intelligens; on se plaint surtout qu'on n’a plus de charpie , plus de bandes, plus de compresses, el plus rien de ce qui est nécessaire à un apparcil; et chacun de s’écrier qu'il est dès lors impossible de suffire aux premiers secours.

Les blessés eux-mêmes se soumettent à leur sort avec d'autant plus de résignation, qu’ils partagent la conviclion commune et bien naturelle que, sans compresses , bandes ct charpie, et surtout sans CHIRURGIEN , il est inutile de songer à um pansement quelconque, et quil est impossible qu'ils reçoivent quelques soins qui puissent leur teoir lieu d'un premier appareil, et les garantir, en attendant mieux, des accidents inséparables d'un abandon absolu.

Peut-il en être autrement? et comment ces intéressantes viclimes

Lo INTRODUCTION.

de la guerre oseraient-elles espérer de suppléer aux-mains exercées et aux objets précieux dont elles se croient dépourvues? Les a-t-on, par hasard , éclairées au moyen de quelques préceptes vagues, de certaines directions simples, ou de démonstrations à leur portée, et qui puissent leur servir en pareilles circonstances? A-t-on cherché peut-être pour les militaires a populariser la chirurgie, et à leur faire part d’une instruction facile , qui les mit en état de parer aux premiers accidents possibles et probables? S'est-on, dans ce but, appliqué du moins à simplifier les moyens déligatoires, et à en élaguer tout ce qui n’est pas rigoureusement nécessaire? Et si l’on a reconnu que le mode de pansement usilé jusqu'ici n’est nullement propre à être bien saisi par le grand nombre, et encore moins à Jui être confié, a-t-on pensé à faire quelques essais ou quelques efforts pour lui en substituer un ‘autre, moins embarrassant et essentiellement pratique ? N’a-L-on pas, au contraire, mis tout-à-fait de côté ces combinaisons utiles aux soldats, et donné presque tous ses soins à leur enseigner des choses-passablement futiles, de vaine parade et peu utiles en présence de l'ennemi ?

Je laisse aux hommes de guerre le soin de répondre à ces questions, et aux hommes de l’art celui d’en apprécier le mérite et la valeur. Je dirai seulement que si l’on se fût avisé de chercher à faire descendre la chirurgie des hautes régions où elle semble reléguée, pour meltre ses bienfaits à la portée des masses , et si, au lieu de maintenir à cet art tous ses procédés déligatoires dans l'état si singulièrement stationnaire où nous les voyons, on eût fait quelques tentatives pour les rendre moins compliqués ; nul doute qu’il en serait enfin résulté une chirurgie plus simple et populaire, dont les militaires en particulier eussent fait leur profit, et qui eût présenté des avantages immenses pour les armées. Et cependant, cetle chirurgie, ainsi simplifiée dans ses procédés et ses moyens, aurait eu incontestablement une très grande influence sur l’art en général, et la science, non moins que l'humanité. y auraient gagné sous une foule de rapports.

Mais ces considérations touchent à une grave question, qu'il vaut la peine de discuter avant tout. ®

Depuis long-temps, le mérite des traités de médecine populaire est apprécié à sa juste ÿaleur, et l’on convient généralement aujourd'hui qu'il est extrêmement dangereux d’initier le vulgaire dans la manière de traîter les maladies internes, Outre que la tâche est trop difficile, on est assez d'accord en ceci, c'est que, dans la plus grande partie de ces affections , si elles ne sont pas accidentelles, comme les asphyxies, les émpoisonnements, elc., on a presque

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