‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 40 sur 84 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

Lors d’une chute, d’un coup reçu, ou de violences particulières qui ont donné lieu à des accidents graves ou supposés tels, tout dépend souvent des premiers soins qu’on donne au blessé, pour lui éviter bien des douleurs, faciliter son rétablissement, et même quelquefois pour le FAPDEIRE à la vie et lui conserver l'existence.

Notons d'abord ce qu'on doit éviter soigneusement envers tout blessé quelconques

1° On ne s’empressera pas de lui donner du vin et des liqueurs échauffantes, dans le but de le ranimer, de lui faire du bien, et de le fortifier. I} est rare que ces moyens soient utiles, et, le plus souvent, ils sont évidemment nuisibles : l’eau fraiche, s’il demande à boire , est ce qu’il y a de mieux à lui faire prendre.

20. On se gardera bien-.de se mettre on de monde autour de lui, de peur que, dans le désordre et la confusion inséparables de la foule, on n'aggrave son mal, on ne lui imprime des mouvements fâcheux, on ne s’entende pas sur ce qu’il faut faire ou donner, et qu'on n'empêche l'application des choses les plus convenables. Deux ou trois personnes suffisent presque toujours auprès du patient, surtout s'il, est dans une petite chambre, et s’il y fait chaud.

30 On évitera de le remuer, et de le transporter inconsidérément, avant de s'être assuré si le mouvement ne lui sera pas nuisible, et s’il n’est pas préférable de lui donner les premiers soins sur la place même où il Fe y en l'y laissant bien tranquille. |

Lorsqu'on est près d’un blessé, la première chose à faire, c'est de le mettre dans une bonne position ,'et qu’il puisse y respirer facilement.

On Jui nettoiera le nez et la bouche de la terre ou du sang qui pourraient gêner sa respiration.

On placera ses membres dans une bonne direction, afin que s'il existait quelque MAGIE elle füt moins affreuse et moins compliquée,

On visitera bien le malade, afin de dessérrer sur-lechamp un mouchoir, des vêtements, et peut-être même une corde.

On examinera s’il y a une perte Æ sang, et d'ou provient cette hémorrhagie, afin que, si elle est considérable, on s'efforce de l'arrêter par les moyens indiqués dans l’article précédent. R R

Je dis à dessein, si elle est considérable, car si elle n'était que légère, bien loin de chercher à la supprimer, il faudrait, au contraire, favoriser l'écoulement du säng par des lavages avec de l’eau tiède. ù

On sait, en effet, que les saignées conviennent, en général, dans les cas graves qui nous océüpent; qu’elles sont les meilleurs moyens à mettre d’abord ên usage pour parer aux accidents, et que le sang qu’on perd par une blessure accidentelle remplace avantageusement celui qu'on serait dans le cas de tirer par la lancette, les sangsues ou les ventouses.

Après ces premiers soins, le bon sens dit qu'il faut chercher à mettre le patient à l'abri du froid, de l'ardeur du soleil, de l'humidité, etc., et qu’il est indispensable d'appeler sur-le-champ un chirurgien.

* Mais, dans les cas très graves , on fera bien, par précaution, d'envoyer des exprès vers les deux plus voisins ; .car leur présence ne sera peut-être pas de trop dans la circonstance actuelle , et l’on aura au moins une chance de plus en faveur de secours éclairés.

Si l'éloignement de ces hommes de l’art fist craindre un trop long retard, et si le mal paraissait urgent, on manderait, en attendant, la sage-femme du lieu le plus voisin, ou l'une de ces personnes intelligentes qui, faisant habituellement l'office de gardes-malades, ont acquis quelque expérience pour soigner les cas ordinaires.

Ce qu’on aura à faire ici, après avoir , au besoin, Ôté les habillements du malade, sera peut-être une saignée au bras, ou l'application de sangsues, de fomentations ou de cataplasmes émollients sur les parties®#très douloureuses et engorgées.

Mais , comme ces moyens ne sont pas si j faciles: ni toujours | indiqués, on fera bien de se contenter, dans ce premier mo-

ment, de l’eau fraîche appliquée sur les endroits coupés , meurtris et déchirés. Pour cet effet, on trempera dans l’eau ‘ froide un ou plusieurs mouchoirs ou. des serviettes qu’on étendra sûr le siége du mal, et qu'on renouvellera fréquemment.

Cette eau toute simple est, de l’aveu des plus grands chirurgiens, le meilleur de tous les remèdes, et rend superflus les baumes, les onguents et les applications de tout genre qu'on lui préfère encore trop souvent.

Quelques personnes croient faire merveille en A AjOUANS à cette eau pure de l'extrait de saturne (eau de Goulard), de l’eau d'arquebusade, du vin, du vinaigre, du sel, etc. ; mais nous pouvons assurer que ces ädditions , bien loin d’ajouter à l'efficacité de l’eau toute simple , la rendent parfois irritante et nuisible.

La simplicité est malheureusement si peu du goût du peuple, qu'il importe d’insister de toutes manières en sa faveur, et de la reéommander en toute occasion.

: On veillera d’ailleurs à ce qué la température de la chambre ne soit ni 1rop froide , ni trop chaude ;

Qu'il n'y ait que les personnes nécessaires au service ;

Que les boissons ne soient pas échauffantes;

Qu'on ne donne rien à manger au malade; car la diète absolue est ici de rigueur, et devra probablement être observée, comme telle, pendant plusieurs jours encore ;

Que le blessé ait de évacuations libres, qu'on devra provoquer, au besoin, au moyen de lavements;

Que ses blessures soient lavées avec précaution et douceur, et ensuite recouvertes d'un linge mouillé qu'on arrosera fréquemment, ou simplement de.coton cardé ;

Que les plaies qui donnent du sang soient surveillées dans Le sens dont il a été question à l'article premier.

Dans, les accidents extrêmement graves, lorsque, par exemple, une roue de char, un choc violent, un coup de pied de cheval, ont froissé et pour ainsi dire broyé un membre, on prévient assez souyentles maux épouvantables qui en résultent par l'application dela glace pilée, de la neige, et, à défaut de ces dernières, par des arrosements continu"ls avec de l’eau fraiche.

‘ Un moyen fort simple d'obtenir ce courant non interrompu d’eau froide consiste à percer le fond d’un vase, d’un ou de deux petits trous; de faire passer de la ficelle à travers ces ouvertures; de placer le vase au-dessus du blessé, et d'y verser de l’eau.

Cette eat coulera à l'instant et rapidement le long des petits cordons, et on aura soin de la faire arriver, conduite par ses attaches, jusque sur les endroits qu’on voudra sans cesse arroser et cata lCRe

On placera sous le malade un autre vase propre à recevoir l’eau après qu’elle aura passé sur tout le mal; et on la dirigera comme on pourra, au moyen de toile cirée, ou de toile neuŸe et bien serrée , ou bien on la recevra tout uniment sur un sac rempli de sciure, de son, de foin, de paille, etc., en attendant qu’on puisse faire mieux.

L'essentiel sera toujours d'établir Le plus tôt possible ce précieux courant d’eau sur le siége même du mal; sauf à parer ensuite aux inconvénients qui peuvent résulter de ce que le liquide se répand autour du malade, et en mouille le lit.

Ces irrigations continuelles, si ‘elles sont abondantes, 1e minuent fréquemment et rapidement les douleurs, empêchent Le feu, comme on dit, de se mettre aux parties malades, etpermettent d'attendrepatiemmentles conseils du chirurgien.

On peut les continuer, non seulement bien des heures, mais plusieurs jours de suite, et, en général, aussi longtemps qu’elles se montrent utiles.

On coniprendra, du reste, que les ficelles ou petites cordes doivent être en rapport avec les trous du vase, et y glisser facilement ; que si elles sont trop grosses, elles empêcheront l'eau de couler en suffisante quantité; que si elles sont trop petites, le liquide pourra s'échapper à côté ; et que plus elles seront volumineuses,et plusaussilecours d’eausera abondant.

Dois-je ajouter que l’on peut boucher complétement, et avec une cheville, les trous dont on n'aurait que faire ; et en partie seulement ceux qui laisseraient'trop couler d’eau, ceux dont le diamètre serait trop fort, comparativement au volume de la ficelle qui serait mise usage, ou qu'on aurait trouvée sous la main?

je ne parlerai pas de l'application de la charpie sur les

blessures, quoique ce soit assurément un moyen commode

et doux pour les recouvrir et les protéger. C’est que je lui

préfère de beaucoup le coton cardé,' pourvu qu'il soit propre. Fr

Je saisis cette occasion pour rassurer les esprits sur les prétendues qualités venimeuses qu’on lui attribue siinjustement.

Bien loin d’être nuisible sur les plaies et les brûlures, il est, au contraire, reconnu aujourd'hui que cette substance végétale , si légère, si moelleuse, si souple, si blanche, si propre et si abondante, est fout ce qu'on peut employer de mieux à la suite d'un accident.

On lui donnera donc hautement la préférence sur la charpie, les onguents, les baumes, les eaux spiritueuses, celles dites vulnéraires, etc., qu’on emploie trop souvent.encore. :

On devra, en conséqueñice, se servir du coton cardé en toute confiance, comme on le fait foujours, et depuis nombre d'années , à l'hôpital de Lausanne, où cependant les opérations les plus graves et les accidents les plus sérieux ne manquent pas.

J'irai plus loin, et je puis affirmer que des observations nombreuses, bien constatées et de tous les jours, m'ont révélé que ce même coton cardé , dont on nous a fait peur si long-temps, est le topique par excellence, et ce qu'on peut appliquer de mieux sur une blessure.

Le coton est donc un précieux résolutif, c'est-à-dire un excellent moyen à mettre en usage sur-le-champ, pour dissiper les meurtrissures , les extravasations, les engorgements, et tout ce que l’on connaît sous le nom de contusions.

Les plaies contuses et déchirées, même celles des organes les plus délicats, tels que, par exemple, les yeux, peuvent être recouvertes et protégées avec succès par cette substance.

En conséquence, on pourra et on devra en recouvrir largement, par d'épaisses couches, et en quelque sorte comme d'un CATAPLASME sec, toutes 168 blessures dont ie viens de faire mention.

Ainsi, au lieu de l’eau que j'ai si fort recommandée, ou immédiatement après celle-ci, lorsqu'elle ne soulagerait pas ou qu’elle ne pourrait pas être mise en usage sans inconvé-

“nients,ons empresserd de recourir au coton, et de le laisser en CA jusqu’à l'arrivée-du chirurgien.

Les gardes-malades conserveront leur présence d'esprit et le calme nécessaire, de manière à rassurer le blessé. +

- Elles ne permettront pas’ qu’il soit inquiété mal à à propos par les pleurs et les lamentations des assistants, et en général par le bruit, le babil, et tout ce qui peut fatiguer le malade, ou troubler le repos de corps-et d'esprit dont il a un si pressant besoin. |

C'est dans ces circonstances , et lorsqu'il existe des contusions générales et graves, qu’un bain tiède serait particulièrement utile ; et si l'on peut se le procurer, on y plongera le blessé , et on l'y tiendra une ou plusieurs heures. |

Mais lorsque ce moyen serait difficile à obtenir, ou se ferait trop long-temps attendre, on pourrait y suppléer par une nappe, un drap, et mieux encore par une couverture de laine qu’on trempera dans de l’eau chaude, et dont on enveloppera le patient ; on.aura soin de tordre ces objets, pour en exprimer la trop grande abondance d’eau.

C'est à cet excellent moyen que s’en rattache un autre non moins précieux et bien connu , la peau d’un mouton fraichement tué, dont on entoure le malheureux, et dans laquelle on le laisse aussi long-temps au’on le juge convenable.

S'il s'agissait cependant d'un individu surpris par le froid et gelé, il serait très imprudent de chercher de suite à le réchauffer, en le mettant d’abord en contact avec des corps chauds. Par cette conduite , on s'exposerait à coup sür à lui donner la mort, ou du moins à faire tomber en gangrène ses membres glacés, et en fui occasionnant des douleurs atroces.

Il faut ici commencer au contraire par frotter les membres avec de la neige, ou les laver avec de l’eau très fraîche, et on ne les approchera du chaud que lorsqu'on les aura en quelque sorte dégelé:, et mis en état de supporter un léger degré de chaleur. Celle-ci pourra alors être graduellement augmentée, et sera amenée insensiblement à la bonne température qu'on jugera nécessaire. ;

Il en estici du corps humain comme des fruits pris par le gel, et qui tombent immédiatement en pourriture, si l'on

PREMIERS SECOURS DANS LES ACCIDENTS. 179 n'à pas soin de les faire dégeler doucement dans l’eau froide. Du reste, nous savons tous, par expérience, combien l’on : souffre, lorsqu’ayant seuùlement bien froid on approche les mains inconsidérément du feu ou d'un poële chaud. |

Si le blessé a froid aux pieds, on y appliquera des linges chauds, ou une bouteille remplie d’eau chaude.

S'il a des frissons et de la peine à se réchauffer, on lui donnera quelques tasses de thé chaud ou d’eau chaude sucrée, auxquelles on pourra ajouter, ou quelques cuillerées de vin, ou quelques gouttes d'eau de cerises, d’eau-de-vie , d’eau de Cologne , d'eau darquebusade, etc.

Si le blessé est pris de vin, ou s’il a l'estomac chargé d'aliments, on lui fera boire de l’eau tiède en abondance, et on cherchera à provoquer le vomissement en introdui- ‘sant au fond de la bouche la barbe d'une plume, avec laquelle on chatouillera le gosier à plusieurs reprises.

Cette opération, ou pour mieux dire l'évacuation qui en. est la suite , est souvent de la plus grande utilité ; elle calme et prévient maints symptômes fâcheux. .

Si le blessé est sans comaissance, et si les moyens que nous venons d'indiquer ne le rappellent pas à lui, ou si l'épuisement et la faiblesse causés par la perte du sang le plongent dans un profond évanouissement, on PRE de

le ranimer : ° Par l'application de linges baie sur le creux de l’estomac ; ù

Par celle d’un fer à à repasser suffisamment chaud, et enveloppé d’un mouchoir qu'on proménera, avec jugement et prudence , sûr les membres, l’épine du dos, etc. ;

Par des frictions sur les membres, avec une Had ou des linges un peu rudes ;

Par du fort vinaigre ou des liqueurs les qu'on mettra dans la bouche , sous le nez, et dans ce dernier , au moyen de la barbe d'une plume ;

Par la fumée de plumes ou de cheveux qu'on brülera sous le nez; 3

Par un lavement ayec moitié eau et moitié vinaigre ;

Par des aspersions brusques d’eau froide, qu'on jettera fortement , avec les doigts ou la main, sur la figure et sur

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la région du cœur, en ayant soin de bien essuyer d’abord après avec des linges chauds.

On aura soin surtout d'établir un courant d'air frais sur le malade ; en ouvrant une porte, une pee et même porte et fenêtre.

Mais le meilleur etle plus énergi que de tous les moyens, quand les autres semblent avoir été inutiles, c’est sans contredit l’eau bouillante. Pour la ‘faire agir commodément et sûrement, on en aura près du malade, et on y plongera un corps métallique quelconque, qu'on portera brusquement et alternativement de la manière suivante sur les différents endroits que nous allons indiquer.

Le manche d'une cuillère ou d’une fourchette, une tenaille, une pièce de métal quelconque et facile à manier, etc., pourront servir à Cette application; mais un marteau ordinaire est linstrument le plus commode, parce qu'il conserve mieux sa chaleur, et qu’il se manie aisément, à raison de son manche.

On le plongera un instant dans l’eau bouillante, et on le portera rapidement d’abord à, la plante d'un des pieds. Au bout de quelques minutes, plus ou moins, on l’appliquera dela même manière à l’autre pied; puis successivement à la nuque, sur le creux de l'estomac, aux mollets, le long de l’épine du dos, et sur les différentes parties de la tête.

On continuera de la sorte, jusquà ce que la connaissance soit revenue, ou que le médecin soit arrivé, lequel : prescrira les choses ultérieures à faire.

L'application du fer chaud ne durera guère qu'une seconde, c’est-à-dire qu'on ne fera que d'en toucher légèrement la nsau, quoique, dans certains cas très graves, on doive laisser l'instrument plus long-temps en contact avec la partie qu'on veutirriter , afin de procurer par là une imp'ession plus profonde et plus forte.

Si l'on a des raisons pour ménager la susceptibilité du malade, et pour ne faire que Je légères impressions , il convient d'interposer une feuille de papier ou une pièce de linge entre la peau et l'instrument; mais alors on devra appliquer, celui-ci ua peu plus long-temps, et y revenir plus souvént.,

Ces brülures légères, et circonscrites d’un demi-pouce À un ou deux pouces d'étendue, sont au ‘reste absolument sans danger et sans aucun inconvénient; mais, répétées fréquemment, elles offrent un des plus puissants agents qu& la médecine possède pour réveiller la sensibilité anéantie, et ranimer le feu de la vie prêt à s’éteindre.

C'est dans ce but que je recommande ici ce moyen si simple, toujours à la portée de tout le monde, et qui imite sur-le-champ l'effet heureux et salutaire des sinapismes , du vésicatoire et du moxa.

Il n’a pas les inconvénients de ces derniers, qui sont plus difficiles à appliquer, qui n'agissent pas aussi rapidement, et qu'on est d’ailleurs bien loin d’avoir aussi vite et aussi sûrement sous la main que l’eau bouillante et un morceau de métal.

ARTICLE IIT.

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