Bañes et Molina
Depuis un quart de siècle environ, il s'est produit une grande réaction en faveur de la Scolastique, et N. S. P. le Pape Léon XIII a imprimé à ce mouvement un élan nouveau et une direction magistrale, en proclamant saint Thomas patron des écoles catholiques. C'est là un grand événement, et l'ardeur avec laquelle on se livre à l'étude du Docteur Angélique fait espérer une véritable renaissance des hautes doctrines théologiques et philosophiques.
Mais cette heureuse réaction a donné lieu, comme toutes les réactions, à des exagérations nuisibles ; le zèle a entraîné trop loin les esprits plus ardents que considérés.
VI I>'TRODUCTION.
On sait que l'école Dominicaine, légitimement fière de saint Thomas, s'est constituée d'office la gardienne de ses doctrines et a pris le nom d'école Thomiste. Or qui peut ignorer la puissance des mots ? Bien des gens-v sans se préoccuper d'examiner d'abord si le Maître était responsable de toutes les opinions soutenues par les commentateurs de son Ordre, ont cru qu'on ne pouvait mieux faire que d'étudier saint Thomas dans les auteurs thomistes, et l'on s'est déclaré thomiste pour honorer saint Thomas.
Le mot : « Thomisme », pris dans son acception la pi us générale, exprime l'ensemble des doctrines propres à l'école Dominicaine. Mais l'histoire des disputes célèbres entre deux ordres religieux a donné à ce terme une signification spéciale, en l'opposant au terme : « Molinisme ». Dans ce sens plus restreint, le Thomisme exprime l'opinion particulière des Dominicains au sujet de l'efficacité de la grâce, du mystère de la prédestination et de la part d'opération divine dans tous les actes humains.