LIVRE III. DE LA CAUSE PREiMIÈRE
même acte, en tant qu'il est accepté par la volonté après réflexion sur elle-même.
Donc, non seulement le consentir^ pris en lui-même, n'est pas une réalité physique, dépendant immédiatement de la Cause Première des réalités physiques ; mais il répug^nerait que le consentir considéré dans son concept formel fût l'effet propre d'une motion spéciale du Premier Moteur. Donc enfin, si l'on emploie ici le mot mouvoir^ il faut dire, avec saint Thomas, que c'est la volonté qui se meut elle-même au consentir ; si l'on emploie le mot déterminer^ il faut dire que c'est la volonté qui se détermine elle-même au consentir. C'est par là qu'elle est maîtresse de son acte, non pas encore une fois en tant qu^il est indélibéré, mais en tant qu'il est délibéré, consenti, accepté, voulu. « La volonté ne peut pas empêcher l'acte indélibéré de concupiscence; mais elle peut ne pas vouloir cet acte ou n'y pas consentir. »
2" Etudions maintenant la liberté du consentir, et procédons de la même façon. Cette liberté appartient à la volonté considérée comme faculté du libre arbitre. Or, encore une fois, cette faculté n'a pas en elle-même une réalité physique autre que la réalité de la nature. Donc la liberté n'est pas une puissance physique spéciale; c'est un état de la puissance
ap(3étenle. Donc, c'est dans la volonté considérée comme nature, et dans son activité physique, que nous devons trouver la raison même de sa liberté. Et par là nous arrivons à une merveilleuse conclusion : « C'est par la manière même dont est mue physiquement la volonté qu'elle acquiert de se mouvoir librement ; elle est d'autant plus libre qu'elle subit davantage l'influence du Premier Moteur. »
C'est de saint Thomas que j'apprends cette splendide explication de la liberté. Le Premier Moteur , dit-il , meut physiquement l'homme vers le bien et vers la Fin Dernière et , sous ces deux aspects , la motion divine est le principe de la liberté humaine.
Dieu meut vers le bien , comme Moteur universel. Dans tous les cas où apparaît le bien, il y a motion; d'où résulte que si le bien se montre dans toute sa perfection, s'il apparaît comme le bien complet, comme le bien qui n'est que bien, la volonté se porte nécessairement vers ce bien et ne peut pas nepasle vouloir. — Mais tous les biens finis sont incomplets, par là même qu'ils sont finis. Donc la raison peut y considérer, soit le bien qu'ils contiennent, soit le bien qu'ils n'ont pas, c'est-à-dire leur non-hien. La volonté peut les aimer pour leur bien , elle peut ne pas les aimer à cause de leur non-bien. Donc la