LIVRE III. — DE LA CAUSE PREMIÈRE
Cette théorie métaphysique de l'acte indélibéré ({m sort de la volonté considérée comme nature^ une fois comprise, établissons la théorie métaphysique de l'acte délibéré^ en tant qu'il dépend de la volonté considérée comme faculté du libre arbitre.
Ici, les mots : motion et détermination^ prennent un nouveau sens. La volonté se meut ellemême, dit saint Thomas, car elle est maîtresse de son acte ; elle en est maîtresse, parce qu'en elle est le vouloir Qi le non-vouloir (1). C'est nous dire que le propre de la volonté, considérée comme libre arbitre, est de posséder la liberté de contradiction. Car ce vouloir et ce non-vouloir consistent uniquement dans le consentir ouïe dissentir à l'acte indélibéré. « La volonté, dit en effet saint Thomas, ne peutpas faire que le mouvement de concupiscence ne surgisse pas, mais elle peut ne pas vouloir avoir de la concupis-
hocvel illud, quod est verè bonum vel apparens bonum. Sed tainen interdùm specialiter Deus movet aliquos ad aliquid determinate volendum quod est bonum; sicut in his quos niovetper gratiam. (I. II. q. 9. a. 6. ad 3um.)
(i) Voluntas domina est sui actùs, et in ipsà est velh et non DeWe. Quod non esset, si non haberet in potestate movere seipsam ad volendum. Ergb, ips^ movet seipsara. \Eâd. q. a. 3. sed contra^
cence, ou ne pas come;z^/r àlaconcupiscence (1). » Encore une fois, dans l'ordre des vouloirs délibérés^ la liberté de « vouloir » est la liberté de « consentir» à l'acte indélibéré; « ne pas vouloir », est « ne pas consentir ».
Ceci posé, étudions métaphysiquement: 1° la nature du consentir; 2° la liberté de ce même consentir.
1° La nature du consentir.
Consentir est l'acte du libre arbitre. Or le libre arbitre ne diffère pas physiquement de la volonté; il n'en est qu'une manière d'être; l'acte propre de cette faculté n'est donc qu'une manière d'être de l'acte physique produit par la volonté. Donc toute la réalité physique de l'acte délibéré provient de la volonté considérée comme puissance physique. Donc l'acte déli- J)cré ne diffère pas physiquement de, l'acte indélibéré ; il n'y a pas plus d'entité physique dans l'un que dans l'autre , ces deux actes ne se distinguant que par leur manière d'être dans la volonté. Donc, \& consentir n'est pas un acte de la volonté existant on soi-même; c'est un nouvel état de l'acte physique et primitivement indélibéré; c'est ce
(i)I. II. q. 10. a. 3.ad1iœ,