Bannissement des Jésuites de la Louisiane
Quand l'Europe découvrit F Amérique, une de ses premières pensées fut d'en renouveler la face en lui donnant sa civilisation. Pour arriver au but il y avait deux systèmes : celui de l'Eglise et celui des politiques. Le système de l'Eglise , bien simple et bien connu , était la conversion des Indiens : et depuis bientôt quatre siècles elle n'a cessé de travailler à faire de ces pauvres sauvages des hommes vraiment civilisés , c'est-à-dire des chrétiens. Le système des pqlitiitjues fut , sinon dans la i
théorie, au moins dân#fe presque , de se dé- / barrasser des Indiens. Aux jiQassacres , à l'ex- / termination des preiwiers^ temps succéda ]$P
prétendue civilisation : elle consista , elle consiste encore , à faire passer chez les sauvages, comme si la leur ne suffisait pas , l'immoralité de l'Europe. Un des grands moyens employés pour l'extinction de la race indienne a été l'extermination par l'eau-de-vie. Ce poisou a fait plus de mal aux Indiens, que la poudre ; aussi les envahisseurs européens s'en servaient sans danger et toujours avec succès^ Maintenant encore , la civilisation coostauiment armée de sa bouteille ^ au lieu de futtl y enivre sa victime et la dépouille. Aussi la civilisation avance toujours 5 et les Indiens^ sans cesse décimés, reculent devant elle , lui abandonnant gradioellen^^nt la terre de leurs ancêtres. Avec un peu de mathématiques on pourrait calculer combien il faudrait encore d'années et de tonneaux d'eau-de-*vie pour arriver à la complète civilisation de l'Amérique ^ c'est-àdire à l'extermination du dernier IndiePir
Si l'ËgUse eût été libre en Amérique > ^\h eût couvert ces immenses régions de peuples
civilises par le catholicisme : elle a mille foi» prouvé la puissance infaillible de ses moyens civilisateurs ^ et le seul fait du Paraguay suffirait à démontrer cette puissance , cette infaillibilité des moyens employés par elle , pour la régénération des peuples.
Mais en Amérique, comme en Europe, FËglise trouva sur son chemin les politiques grands et petits. Les petits avec leur immoralité., leur eaur-de-feu tuant l'âme et le corps des Indiens. Les grands politiques , toujours eflFrayés du pouvoir divin de l'Eglise , entravant sa puissance d'expansion, soit par la force brutale, soit par cette infinie variété de moyens hypocrites, introduits sous le manteau complaisant de la légalité, et sans tenir compte des droits du souverain législateur.
Si l'Eglise catholique compte en Amérique de beaux jours et de grands triomphes , combien de fois n'a-t-elle pas vu ses plus riches cultures ravagées , anéanties par les politiques de l'Europe ? Ses plus grands revers portent
1^ dato du dix-huitième sièole. Pendant la seconde moitié de ce siècle^ le Protestantisme ei&vfiiliit et domine l'Amérique septentriotiale e(t| iComnie pour lui venir en aide ^ les puisa^jaces catholiques de PEurope envoient leurs arrêts et leurs vaisseaux saisir 9 comnae maliaiteurs et ramener capti&, en Europe , les hëf oïqnes civilisateurs de l'Amérique.
> Parmi ces victimes de la politique euro-^ pëenne, la Compagnie de Jésus eut l'honneur de figurer au premier rang. Pombal> Ghoiseul d'Aranda , Tannucci et leurs complices ^ ont acquis des noms immortels, par la destmc^ tion des naissions jaméricaines et le fait d'a^ ¥oir rendu à leurs forêts, les sauvages du Nouveau-Monde^
A l'époque où ce& grandes iniquités se codqh a^etjtaient^ l'Europe, hébétée de &asse philosophie, épuisée, avilie, comme ses princes^ par les excès de l'immoralité, regarda fiûre et sourit aux exécuteurs^ Mais alors auttî.
Dieu qui ne remet pas à l'autre vie. le cUâti^
ment des nations^ punit les puissances européennes de leur crime contre l'Amérique :
successivement , on vit la France , l'Angleterre y l'Espagne et le Portugal perdre leuns plus belles possessions du Nouveau-Monde.
Notre but^ aujourd'hui , n'est point de raconter en détail les châtiments de Dieu , mais seulement de publier un épisode de la persécution religieuse en Aufiérique. Cet épisode est la relation du bannissement des Jésuites français de la Louisiane. Yingt ans après ce glorieux fait, la France jae possédait plus un pouce de terrain dans l'Amérique septentrio* nale. Les esprits forts, leslibres penseurs ver» rônt là deux faits sans corrélation • Les catholiques, les enfants de Dièii y reconnaîtront un trait de sa justice.
Ce Document se compose : Premièrement, de la relation du Bannissement des Jésuites ^^ rédigée , sinon par les exilés eux-mêmes, au moins sur leurs notes, et destinée, non point à rimpression , mais aux membres de la Compafi;nie et à ses amis. — Secondement , de quelques Lettres iné4ites et postérieures à l'expulsion décrétée par les Parlements. — Troisièmement du Catalogue des Jésuites français , envoyés dans nos colonies de l'Amérique septentrionale , de 1614 à 1759.
La Relation nous vient de nos archives de Rome. Les Lettrès ont été copiées sur les originaux , conservés à l'archevêché de Québec, par le R. P. Félix Martin, ancien supérieur de notre collège de Montréal et qui , sur pièces oflScielles , a également rédigé le Catalogue imprimé dans notre Appendice.
Vous m écrivez, Monsieur, que vous avez été surpris d'apprendre qu'il était arrivé à Paris , des Jésuites bannis de la Louisiane par un arrêt porté contre eux dans cette colonie. Vous voudriez savoir les motifs de cet arrêt et tout ce qui a suivi son exécution. Je suis au fait de TafFaire qui vous intéresse et même de tout ce qui peut y avoir quelque rapport. J'ai demeuré près de trente ans à la Louisiane , et je n'en suis parti qu'au commencement de cette année. Je suis persuadé que votre curiosité n'a point d'autres motifs que votre amour pour la religion et la vérité. Dans le récit que je vais vous faire, je serai attentif à ne rien dire qui s'écarte tant soit peu de ces deux règles.
Au mois de juin 1 763 les Jésuites de la ^Nouvelle- Orléans, capitale de la Louisiane, étaient encore
entre la crainte et l'espérance au sujet de leur sort à
venir. Dès Tannée précédente ils avaient vu leurs ennemis répandre avec un air de triomphe des copies manuscrites de Tarrét' donné par le Parlement de Paris, le 6 août 1 761 . Mais des personnes respectables Iqb avaient rassuré^. Ils attendaient beaucoup de l'avis donné en leur faveur, et surtout de la prière adressée au Boi par les évéques de France. Ils surent enfin à quoi ils devaient s'en tenir à l'arrivée du vaisseau qui , avec la nouvelle de la paix, portait des ordres pour leur destruction .
Sur 1? vaisseau était venu M. d'Albadie, commissaire général d^ la Qiarine, et ordonnateur à la Louisiane , et avec lui M. de la Frenière, procureur général du conseil supérieur de cette colonie ; tous deu3^ nouvjellement pourvus de leur charge.-— M. le con^i^is^aire ne tarda pas à déclarer au supérieur . 4g9 Jésuites ce qui se préparait contre eux. Jecroia, lui dit-il, que M. le procureur général est chargé de quelque ordre qui vous regarde. A qui aurait pu l'entendre c'était en dire assez , mais les Jésuites trop ra^suré« voulurent bien croire que malgré l'exemple de taqt de Parlements de France , op ne ferait rien contre eux à la Louisiane ; et , dans un moment si critique , ils ne prirent pas la moindre • précaution pour mettre leurs biens à l'abri .
On commença à procéder. Il fut ordonné que riastîtut des Jésuites serait apporté au conseil pour
être examiné. C'était une grande entreprise pour ce tribunal. Il aurait fallu au moins que tous les juges qui le composaient eussent étudié la théologie, le droit civil , et le droit ecclésiastique. Mais surtout il aurait fallu qu'ils entendissent la langue dans laquelle l'institut est composé. Or, ce ne sont point ces genres de science qu'on exige dans les juges des colonies. Pour les nommer , on ne va pas chercher les élèves des universités, mais on prend parmi les habitants ceux qui montrent quelques capacités dans les affaires. Ainsi , on trouve dans ces conseils d'anciens gardes- magasin, des médecins, des officiers de troupes. Les plus instruits sont ordinairement les élèves des bureaux de la marine ; ce sont eux que jusqu'ici on a le plus souvent choisis , au moins à la Louisiane , pour les faire présidents des conseils : dignité attachée à la charge d'intendant ou de commissaire ordonnateur.
Voilà ce qui donne droit de dire que c'était pour le conseil de la Nouvelle-Orléans une grande entreprise de vouloir prononcer sur l'Institut des Jésuites.
A la vérité, il est juste de supposer que M. de la Frenière, instruit dés sa jeunesse dans la langue latine, avait encore étudié le droit civil pendant le long séjour qu'il avait fait en France ; mais sa capacité ne pouvait pas se communiquer aux juges qui
devaient prononcer sur son réquisitoire; on pouvait leur reprocher, du moins au très-grand nombre d'entre eux, qu'ils ignoraient le langage de l'écrit dont ils allaient juger. C'était là un grand défaut de compétence : il y en avait encore un autre plus grand, je veux dire le défaut de pouvoir et de juridiction. La matière sur laquelle ces j^iges voulaient prononcer était une matière spirituelle s'il en fut jamais : or , ils n'étaient tous que juges laïques. Et après le jugement porté par le concile de Trente sur l'Institut des Jésuites, s'il restait à faire im nouvel examen , à qui cet examen pouvait-il appartenir, qu'à TÉglise universelle ?
Nulle de ces considérations n'arrêta le conseil de la Louisiane, un puissant motif encouragea les juges à entamer l'affaire; il était arrivé plusieurs volumes de réquisitoires et de comptes-rendus sur le même sujet en différents parlements de France avec les arrêts prononcés en conséquence.
A ces Messieurs, c'en fut assez pour se croire bien instruits, on ne pouvait s'égarer en suivant de tels guides. Le réquisitoire fut prononcé par M. le procureur général; l'arrêt qu'on va rapporter fera connaître ce qui avait été requis : on vint aux opinions; on n'est pas assuré si les voix des conseillers ordinaires furent entièrement unanimes; mais il est certain que hors de ce nombre, il y en eut une favo-
rable aux Jésuites, ce fut celle de M. de Châtillon, lieutenant-colonel du régiment d'Angoumois. En cette qualité il avait droit d'assister et d'opiner au conseil. Ce respectable vieillard ne craignit point de se déclarer pour ceux auxquels il restait alors si peu de protection.
L'arrêt fut porté le 9 juillet, il fut dit que l'Institut des Jésuites était attentatoire à l'autorité royale , aux droits des évéques, à la tranquillité et à la sûreté publique , et que les vœux , .émis suivant cet institut, étaient nuls. Défense faite aux ci-devant soidisant Jésuites , de prendre désormais ce nom , ni de porter leur habit ordinaire ; ordre à eux donné de prendre celui des ecclésiastiques séculiers. A l'exception de leurs livres et de quelques bardes qu'on leur laissait, tous leursbiens, meubles et immeubles, devaient être saisis et vendus à l'encan. Ordonne que les ornements de chapelle et les vases sacrés de la Nouvelle-Orléans seraient remis aux RR. PP. Capucins ; que les ornements et vases sacrés de la chapelle des Jésuites demeurant aux pays des Illinois, seraient remis au procureur du Roi, de ce pays, et qu'ensuite les chapelles seraient rasées, et qu'enfin les sus-dits soi-disant seraient embarqués pour retourner en France sur les premiers vaisseaux prêts à partir ; défense cependant à eux de demeurer ensemble. Une somme de six cents livres fixée pour
payer le passage de chacun d'eux et une autre de 1 ,500 fr. pour leur subsistance et entretien pendant six mois. Après ce .terme, il leur était enjoint de se présenter à M. le duc de Choiseul , secrétaire d'Etat au département de la marine, pour lui demander des pensions qui seraient assignées sur le produit delà vente de leurs biens.
J'ai marqué ci-dessus les motifs généraux de la condamnation des Jésuites delà Louisiane, motifs copiés sur les arrêts des Parlements de France ; mais dans celui que le conseil de la Nouvelle-Orléans donnait, il voulut mettre quelque chose de particu^ lier et de neuf, il dit que les Jésuites établis dans la colonie, n'avaient eu aucun soin de leurs missions; quils n avaient pensé qu'à faire valoir leurs habitations y et qu'ils étaient usurpateurs du vicariat général de la Nouvelle-Orléans.
S'il ne s'agissait que de leur intérêt propre, les Jésuites de la Louisiane, après la perte de leurs biens pourraient encore souffrir en silence l'atteinte donnée par cet arrêt à leur réputation , Mais il y a des temps où le silence est un aveu , et il n'est pas permis d'avouer le mal imputé, quand il doit en résulter un scandaIe<Or, quel scandale que des missionnaires envoyés en Amérique pour l'instruction des Français et des sauvages *, des missionnaires y subsistant des bienfaits du Roi et que la voix de leur conscience force-
rait à convenir, an moins tacitement, qu'Us n'ont eu aucun soin de leurs missions ; qu'ils n'ont eu soin que de leurs habitations y et de plus qu'ils sont usUr^ pateurs du vicariat général dun évêché? Mais non, la conscience n'obligera point les Jésuites de la Louisiane à convenir de ce qu'on leur impute! elle les oblige au contraire à parier, et dans ce qu'ils ont à dire pour leur justification , ils ne craignent point d'être démentis; au moins ne craignent^ils point qu'on leur opposé rien de Vr&i^ ni de solide.
Il n'est guère aujourd'hui de provinces en France où Ton ne voie quelque personne de considération qui ait vécu à la Louisiane x de ces personnes il n'y en a aucune qui n'y ait connu des Jésuites; la plupart même ofit pu les examiner d'assez près. Or> les Jésuites attendent avec confiance les témoi** gnages qu'on peut rendre , à leur égard , sur les arti* clés dont il s'agit ici; il y a pins : ils osent citer j pour témoins de leur conduite ^ trois gouverneurs de la Louisiane et un vicaîre^général de l'évéché de Québec, pour cette mène oolonie« Tous étaient encore vivants au mois de juin de cette année 1 764 : on n'a pas mendié leurs sufFiages ; on n'a pastnéme prévenu ces wessieurs snr ce qu'on va citer de leur part.
I^e premier témoin sera donc M. de Bienville^ aujom^d'hui capitaine des vateeaux du Roi^ depuis
vingt-deux ans retiré à Paris ; on doit le regarder comme le fondateur de la colonie de la T^ouisiane, c'est lui qui en 1698 accompagna M. d'Herville , son frère , lorsque cet illustre officier de la marine découvrit Teatrée du Mississipi , que le sieur de la Salle, ce fameux aventurier, avait manquée. M. de Bienville fut laissé alors sur les bords de ce fleuve pour y commencer un établissement; c'est lui qui pendant 44 ans a gouverné cette colonie, àquelques intervalles près ; c'est lui qui l'a mise à peu près en l'état où elle se trouve aujourd'hui , en bâtissant la Nouvelle-Orléans et le fort de la Mobile , et en fortnant les autres postes qu'on voit à la Louisiane. Durant un si long gouvernement , il a toujours été très-attentif à tout ce qui se passait dans les différentes parties de cette vaste province*^, il connaissait le mérite de tous ceux qui y étaient employés : or, personne en ce pays ne peut avoir oublié la bienveillance très-particulière dontil honorait les Jésuites de cette colonie : en eut-il usé ainsi envers des mis* sionnaires qui, manquant de soin à l'égard de leur mission, auraient manqué au plus essentiel de leurs devoirs ?
Le deuxième témoin sera M. le marquis de Vaudreuil , dernier gouverneur de la Nouvelle-France ; il succéda à M. de Bienville au gouvernement de la Louisiane ; les Jésuites trouvèrent encore en lui un
protecteur et même un ami très-déclaré ; il serait difficile de rien ajouter aux marques de bonté qu'il leur donna constamment ; mais qu'est-ce qui pou* vait les leur attirer ? c'était sans doute l'idée qu'ils donnaient de leur fidélité à leurs principaux devoirs. Non , la probité de M. de Vaudreuil ne lui aurait pas permis de traiter si honorablement des missionnaires qui y négligeant le soin de leurs emplois , n'eussent mérité de sa part que des reproches et de la froideur.
Un troisième témoin pour les Jésuites de la Louisiane c'est M. de Kerlevec, capitaine de vaisseau et dernier gouverneur de cette colonie ; une seule preuve suffît pour montrer ce qu'il pensait d'eux : c'est unelettre qu'il leur écrivit un peu avant leur destruction ; il leur rappelait ces paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Beati eritis cùm vos oderint homineSy et persecuti vos fuerint^ et dixe* rint y ornne malwn adversum vos mentienteSy propter me : gaudete et exUltate ! Est-il croyable que M. de Kerlevec eût voulu appliquer ce texte à des missionnaires qui n'eussent pris aucun soin de leurs missions ?
Enfin un quatrième témoin sera M. l'abbé de L'Isle-Dieu. Depuis plus de 30 ans il est à Paris, vicaire général de Tévêché de Québec , et chargé particulièrement des affaires de ce diocèse, qui regardent la
Louisiane; or, c'est encore cet abbé qui a montré ce qu'il pensait des Jésuites de la Louisiane quand il leur écrivit après l'arrêt du B août 1 762 : qu'ils périssaient y avec les regrets du corps épiscopal et de tous les gens de bien. Ecrivant ainsi , il est pro* bable qu'il ne les regardait pas comme des gens qui avaient manqué de soin pour leurs missions.
Mais , dira*t-on , les Jésuites de la Louisiane ne peuvent<>ils donc se défendre que par le témoignage d'autrui ? Ne devraient-ils pas faire parler pour eux lés exercices qu'ils ont pratiqués dans leurs missions, les opérations et les fruits de leur zèle ? Toute personne estimable doit être louée surtout devant ses juges, par ses bonnes actions : Laudent eam in partis opéra ejus. Les Jésuites ne craindront point de se soumettre à ce qu'on leur demande ici ; et , pour marquer ce qu'ils faisaient dans leurs missions , je vais les séparer en deux parties. La première, contient les missions du pays des Illinois qui sont les plus anciennes , la seconde comprendra la mission de la Nouvelle-Orléans avec celle des Chactas et des Alibamons. Au pays nommé des Illinois , les Jésuites avaient quatre missions établies , la première était celle où l'on instruisait les sauvages nommés Cascakias ; et voici les exercices qui s'y pratiquaient. Au soleil levant, on sonnait la prière et la messe \ les sauvages récitaient la prière en leur langue et ^
durant la messe , ils chantaient sur le ton du diant romain des hymnes et des cantiques traduits aussi dans leur langue avec les prières convenables; à la fin de la messe, le missionnaire faisait le catéchisme aux enfants.Betourné dans sa maison il était occupé à instruire les adultes néophytes et catéchumènes , pour les préparer au baptême ou à la pénitence, à la communion ou au mariage ; dès qu'il était libre, il parcourait le village pour exciter les fidèles à la ferveur, et exhorter les infidèles à embrasser le Christianisme ; il fallait bien le reste de la journée pour réciter Toffîce divin , étudier la langue des . sauvages et préparer les instructions pour les dimanches et les fêtes ; pour tant d'exercices si variés et si continuels , il fallait assurément du soin et beaucoup de soin. Au moins les sauvages croyaient bien que les Jésuites prenaient soin d'eux ; quant à la première nouvelle de l'arrêt fk)rté contre leurs missionnaires, ils voulurent aller trouver l'officier qui commandait dans ce pays pour le prier qu'il leur laissât au moins le P. Meurin qui était chargé de leur mission; et quelle autre idée pouvaient-ils avoir des Jésuites? un seul d'entre eux pouvait les . représenter comme des hommes totalement dévoués à rinstruction des sauvages : c'était le P. de Guyenne, mort en 1752. Après avoir vécu 36 ans dans les missions de la Louisiane , il avait parcouru celle
des Alibatnons , des Arkansas , des Miatnis. Il avait été curé du fort de Chartres, et partout il avait été respecté comme un homme d'une vertu rare, d'une prudence singulière, et d'un attachement inviolable aux devoirs de missionnaire. Depuis Tan 1736, il s'était dévoué à la mission des Illinois. Appelé à des emplois plus honorables et plus commodes , il était resté avec ses sauvages; et par sa constance il avait conservé la religipn fort ébranlée dans cette nation ; il y avait même beaucoup ranimé la ferveur par son application infatigable à tous les exercices. Enfin quatre ans avant sa mort, affligé d'une demi -paralysie qui le rendait incapable de mouvement et ressentant une grande faiblesse de poitrine, maladie ancienne qui lui laissait à peine la force de se faire entendre, il ne laissait pas de recevoir à toute heure ses cbers néophytes qui, de la distance d'une grande lieue, venaient se faire instruire. Il les catéchisait , il les exhortait, il entendait leurs confessions ; il les préparait à la communion, et, en qualité de supérieur de la maison, il usait de son pouvoir pour les soulager dans leur misère. Un homme si fidèle à sou ministère jusqu'au dernier jour de sa vie ne fait-il pas présumer que parmi les Jésuites établis aux Illinois il restait du zèle et du soin à l'égard des
missions ?
A cinq, quarts de lieue du village des sauvages
Illinois était un village français nommé aussi les Cascakias : depuis 44 ans il y a dans ce village une paroisse qui toujours a été gouvernée par les Jésuites. Or^ on ose répéter ici^ de ceux qui ont été chargés de cet emploi , ce qu'on a dit plus haut de leurs confrères en général ; qu'il n'est guère de provinces en France où il n'y ait encore des témoins de l'exactitude de ces curés à leurs fonctions , c'est-à-dire, à la visite des malades et au soulagement des pauvres; des témoins de leur assiduité au tribunal de la pénitence et à l'instruction presque journalière des enfants ; à celle-ci il fallait encore ajouter l'instruction des nègres et des sauvages , esclaves des Français y pour les disposer au baptême et à la réception des autres sacrements. De plus, tous les soirs, il se faisait à l'église une prière publique avec la lecture d'un livre de piété ; enfin les dimanches et les fêtes on faisait deux catéchismes, l'un pour les enfants français , et l'autre pour les esclaves noirs et sauvages, sans compter la messe solennelle et les vêpres qu'on chantait exactement avec le salut. Mais voici quelque chose de plus que du soin : depuis l'année 1 753 , il y a au village français des Cascakias une église paroissiale nouvellement bâtie ; cette église a 104 pieds de longueur et 44 de largeur; or, jamais elle n'aurait pu être achevée, si la dépense de la bâtisse n'eût été tirée des revenus de la fabrique et
ées contributions des paroissiens. Trois Jésuites successivement curé^de cette paroisse^ le P. Tartarin, le P. Watrin, et le P. Aubert y ont employé la , plus grande partie de ce qu'ils tiraient de leur casuel et des honoraires de leurs messes. Quand les curés ont tellement à cœur la construction et Tornement de leur église, il est probable que d'ailleurs ils ne manquent pas à leurs autres devoirs.
Mais voici encore une nouvelle preuve des soins que les Jésuites ont pris de cette paroisse : depuis quinze ans , à une lieue de l'ancien village, à l'autre bord du Mississipi, il s'est établi un village nouveau sous le nom de Sainte-Geneviève. Alors le curé des Cascakias s'est trouvé' obligé d'y aller administrer les sacrements, du moins aux malades, et quand les nouveaux habitants ont vu leurs maisons multipliées, ils ont demandé d'y bâtir une église , ce qui leur étant accordé, les voyages du missionnaire sont encore devenus pliis fréquents , parce qu'il a cru qu'il devait alors se prêter encore davantage à la bonne volonté de ses nouveaux paroissiens , et à leurs besoins. Cependant pour aller à cette nouvelle église, il fallait traverser le Mississipi, qui, dans cet endroit, à un quart de lieue et demie de largeur : il fallait quelquefois se confier à un esclave qui seul conduisait le canot ; il fallait enfin s'exposer au danger de périr, si au milieu du fleuve on eût été
surpris par quelque orage violent. Nul de tous ces inconvénients n'a jamais empêché le curé de Cascakias de se rendre à Sainte-Geneviève quand la charité l'y appelait ^ et toujours il a été chargé de ce soin jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de placer à Sainte-Geneviève un curé particulier ; ce qui n'est arrivé que depuis peu d'années, lorsque Ie$ habitants du lieu ont bâti un presbytère. Ces deux villages, celui des Cascakias et celui de Sainte- Geneviève faisaient le deuxième et le troisième établissement des Jésuites aux pays des Illinois ; il n'est pas besoin de faire remarquer que pour remplir seulement une partie des exercices qui viennent d'être indiqués, il fallait des soins, du courage et de la constance.
A quatre-vingts lieues des Illinois était le poste nommé de Yincennes ou de Saint-Ange, du nom des officiers qui y ont commandé . Ce poste est sur la rivière deOuabache, qui, environ soixante-dix lieues plus bas , se décharge , avec l'Ohio qu'il a joint , dans le Mississipi ; il y avait en dernier lieu dans ce village au moins soixante maisons de Français, sans compter les sauvages Miamis qui étaient tout proche. C'était encore là une matière suffisante de soin et d'occupation à laquelle les Jésuites ne se sont point refusés ; c'est ce que Ton doit juger si l'on considère que ce* poste se peuplait tous les
jours ; que la plupart de ses nouveaux habitants , voyageurs depuis longtemps y étaient peu habitués aux devoirs de chrétien , et que pour établir parmi eux quelque forme de vie, il fallait beaucoup d'instructions et d'exhortations particulières et publiques. Or, la preuve que les Jésuites s'acquittaient de leur devoir à cet égard, ce sont les plaintes que les paroissiens faisaient d'eux ; car ils prétendaient que leurs curés allaient au delà du devoir, et qu'ils prenaient trop de soin. C'est justement le contraire de ce qu'a dit le conseil de la Louisiane. Mais que faisaient les Jésuites aux Alibamons et aux Chactas ? Aux Alibamons, les Français étaient établis près des sauvages ; le missionnaire faisait auprès d'eux le devoir de curé ; en cette qualité le P. Leroi les avait engagés à ne plus traiter d'eaux-de-vie aux sauvages; la promesse en avait été faite publiquement : il est vrai qu'une résolution si utile et si nécessaire pour la religion, pour l'intérêt même temporel des sauvages et des Français, n'a pas duré longtemps, l'ancienne coutume a été bientôt rétablie : l'espérance d'un gain sordide a prévalu sur la plus juste raison. Mais les personnes sages n'ont point oublié le service que le missionnaire avait rendu.
Et que faisait-il pour les sauvages ? Il demeurait avec eux, toujours prêt à leur enseigner la doctrine chrétienne dès qu'il plaisait à Dieu d'ouvrir leur
cœur ; en attendant il les entretenait dansfalliance et l'amitié des Français ; etil y réussissait d'autant mieux que ces peuples voyaient bien^ par sa conduite, qu'il n'était point aurmilieu d'eux pour faire une fortune. Ce désintéressement établissait son crédit ; et par là il devenait utile, on ose le dire, même nécessaire à la colonie.
C'est dans la nation des Chactas surtout que les missionnaires ont rendu ce service essentiel : ceux qui connaissent la Louisiane savent de quel importance il était de maintenir cette nation dans notre alliance. Éloignée de nos intérêts et soulevée contre nous , elle pouvait un jour détruire la colonie en saccageant la Nouvelle-Orléans , ville qui est sans défense. C'était pour empêcher de tels coups, que les missionnaires supportaient Tennui de vivre avec les Chactas , peuple si barbare ; il leur faisait sentir combien l'amitié des Français leur était avantageuse, et de quel prix devaient être dans leur estime les présents qu'on leur apportait régulièrement toutes les années. Si ces présents venaient à manquer comme il est arrivé durant la guerre ^ c'était au missionnaire à entretenir leur bonne volonté en leur promettant des dédommagements. Quels services ne rendaient pas encore les Jésuites, lorsque chaque année ils allaient avec MM. les Gouverneurs au fort de la Mobile où les Chactas s'assemblaient pour la
distribution des présents? Pour la faire utilement et judicieusement, il fallait que le Gouverneur connût au moins les principaux sujets de la nation , et parmi eux les plus affectionnés et 'les plus impor«tants. Or qui pouvait donner ces notions , sinon le missionnaire qui vivait avec eux; qui entretenait des liaisons avec les plus affidés, et qui pour savoir ce qui se passait dans les trente villages des Chactas, les parcourait régulièrement. Encore s'il n'avait fallu que parcourir les villages ! Mais soit en les parcourant , soit en demeurant dans sa cabane , durant combien d'années le missionnaire n'a-t-il pas été exposé à la mort , lorsque les Chactas divisés entre eux, les uns tenant pour, les autres contre les Français, se tuaient les uns les autres ! Combien alors le niissionnaii'e ne devait-il pas craindre pour sa vie de la part de ceux qui voudraient venger sur un Français la mort de leurs compatriotes tués par les partisans des Français? Voilà à quel prix un missionnaire rendait alors service à la colonie. Voilà ce qu'a fait pendapt vingt ans le P. Baudoin qui , devenu supérieur à la Nouvelle-Orléans^ a été condamné en tête de ceux à qui l'arrêt de condamnation reproche de n'avoir eu aucun soin de leur mission.
Cependant il est difficile de croire qu'il n'y ait pas eu quelques motifs apparents de faire ce reproche .
En voici peut-être l'occasion : En 1 763 , il n'y avait plus de missionnaires aux Arkansas où les Jésuites étaient obligés d'en donner un par leur fondation. Depuis plusieurs années le P. Carette avait quitté ce poste; ses confrères avaient jugé qu'il aurait dû le quitter plus tôt ; malgré le peu d'espérance qu'il y avait d'amener les sauvages du lieu au christianisme ; le Père étudia longtemps leur langue , il travailla à corriger les mœurs des Français sans tirer presqu'aucun fruit de son travail ; il suivait cependant les uns et les autres dans leurs divers établissements occasionnés par les débordements du Mississipi , proche duquel le poste est situé. Malgré tant de > dégoûts , le missionnaire ne se rebutait point de voir ses efforts rendus inutiles par la conduite de ceux qui devaient les soutenir , il prit patience jusqu'à l'accident qu'on va décrire. Dans le fort des Arkansas , il ne se trouvait plus de chapelle , plus d'appartement où Ton pût dire la messe, excepté la salle où le commandant prenait ses repas , lieu peu décent y non-seulement parce que c'était une salle à manger , mais par la mauvaise conduite et la licence des discours de ceux qui y fréquentaient ; tout ce qui était dans le fort entrait là, jusqu'aux volailles : une poule volant sur l'autel renversa le calice qui y était demeuré après la fin de la messe : les spectateurs n'en furent
pas émus; un de ceux qui devaient le plus s'y intéresser s'écria : u4h ! voilà la boutique du bon Dieu à bas. A des sentiments aussi peu religieux, répondait une vie aussi peu chrétienne. Le P. Carette jugea enfin qu'il fallait se retirer , au moins jusqu'à ce que l'on vît une chapelle bâtie dans le fort et qu'on fut disposé à y respecter la religion : de plus , il était nécessaire ailleurs pour des emplois dont on espérait de meilleurs succès.
Puisque nous avons marqué les occupations des Jésuites dans les différents postes de la Louisiane , il est juste de parler aussi de ce qu'ils faisaient à la Nouvelle-Orléans. En cette ville, il y a un hôpital royal établi pour les troupes / le titre d'aumônier de cet hôpital fut donné au P. d'Outreleau en 1 737, et toujours depuis , il a été continué aux Jésuites de la Nouvelle-Orléans; c'était un emploi suffisant ^ur occuper un missionnaire. Dans la même ville est un monastère de religieuses Ursulines : par leurs fondations elles sont chargées de l'éducation de trente orphelines entretenues aux dépens du Roi , et ' il y en avait toujours plusieurs de surnuméraires ; on sait que par leur institut, les Ursuhnes doivent encors instruire dans leurs écoles des filles de dehors , et dans leur maison elles recevaient plusieurs demoiselles pensionnaires. Or le supérieur des Jésuites, depuis trente ans , Tétait aussi de cette mai-
son y et ne pouvant seul suffire pour y rendre tous les services nécessaires ^ il fallait qu'il se fit aider par quelqu'un de ses confrères.
Enfin les Jésuites avaient sur leurs habitations cent vingt ou cent trente esclaves; le soin de les instruire et de les gou verner ne devait-il pas donner assez d'occupation à quelques-uns de ces missionnaires? quatorze familles suffisent pour l'érection d'une paroisse.
Que si Ton demande à présent quel fruit les Jésuites de la Louisiane ont recueilli dans leurs missions , on pourrait répondre que les missionnaires doivent leur travail , et que c'est Dieu qui donne les fruits quand il lui plaît ; que les missions les plus laborieuses ont paru souvent les plus ingrates ; ainsi dans le Canada , les missionnaires qui se sont dévoués à Tinstruction des Outouas, des Pontouatamis, des Sauteurs, des Outagamis ou Renards , et des Miamis , n'y ont produit presque aucun fruit sensible; et cependant , ils n'en ont pas été moins révérés comme des ouvriers vraiment apostoliques ; tel était l'opinion que feu Mgr de Ponbriand , évêque de Québec, avait de l'un de ces missionnaires , le P. Chardon , durant un trèsgrand nombre d'années qu'il avait passées à la baie avec les Outagamis et d'autres sauvages. Ce Père n'avait vu aucun succès apparent de son travail;
retiré à Québec, dans son extrême vieillesse , le pré* lat daigna l'honorer de sa visite lorsqu'il fut près de mourir, et lui demanda sa bénédiction. L'humble missionnaire se jeta aux pieds de son évéque pour lui demander la sienne , et l'ayant obtenue, il fut obligé de consentir à ce que Mgr de Ponbriand exigeait de lui.
Cependant les missionnairesde la Louisiane n'ont pas absolument travaillé sans fruits ; dans les missions, les fruits les plus précieux sont les vertus qu'on y pratique ; la principale sans doute est la charité , surtout quand elle atteint le degré éminent; quand elle engage un ministre de Jésus- Christ à donner sa vie pour ses frères ; or , c'est à quoi sont parvenus plusieurs Jésuites morts à la Louisiane^ dans l'exercice actuel de leur ministère.
Ainsi, en 1 729, le P. du Poisson, établi chez les Âr^ causas, se trouvant au fort des Natchez le jour même qu'ils avaient pris pour égorger les Français , il fut enveloppé dans le massacre général. On peut bien comparer cette conspiration aux Vêpres siciliennes ; les Français établis dans ce poste traitaient avec la dernière insolence cette nation des Natchez , la plus utile à la colonie et la plus dévouée. Elle voulut se venger : le P. du Poisson avait été prié de rester un jour pour quelque fonction du ministère
qui se présentait, en l'absence du curé; il y consen* dt et fut la victime de son dévouement et de sa charité.
Un mois après, les Yasous, autre nation sauvage, étant entrés dans la même conspiration , tuèrept aussi les Français habitués auprès d'eux; leP. Souél, leur missionnaire, ne fut pas épargné; il était si aimé du nègre qui le servait, que ce fidèle esclave se fit tuer en voulant défendre ou venger son maître. • Vers le même temps, le P. d*Outreleau descendait avec plusieurs voyageurs du pays des Illinois , pour les affaires de la mission ; il s'arrêta sur les bords du Mi$sissipi pour y dire la messe ; une troupe de ces mêmes Yasous , qui avaient tué le P. Souèl , arriva au même lieu avec d'autres sauvages leurs alliés , ils observèrent le temps où les Français et le Père surtout , étaient occupés du saint sacrifice ; ils firent une décharge de leurs fusils qui tua quelques Français et en blessa d'autres. Le P. d'Outreleau reçut un coup au bras et plusieurs grains de gros plomb dans la bouche ; on regarda comme un effet bien singulier de la protection de Dieu qu'il De fut que légèrement blessé; ce coup ne l'étonna point ; sa fermeté rassura ses compagnons de voyage, ils échappèrent aux sauvages et se rendirent à la Nouvelle-Orléans. Bientôt après il fut question de venger sur les barbares la mort des Français , sur-
tout de ceux qui avaient péri aux Natchez ; on y envoya une aroaée , le P. d'Outreleau en fut Tau* mônier , et il s*y montra toujours avec la même résolution .
En 1736 , le P. Sénat , missionnaire aux Illinois, fut nommé pour accompagner M. d'Arlaguiette , qui conduisait contre les Cbacachas un parti de Français. L'entreprise fut malheureuse : les Français étaient sur le point d'être enveloppés par les sauvages , lorsqu'on avertit le missionnaire qu il • avait encore le temps de se retirer ; on lui offrit un cheval , il le refusa ; il se souvenait du motif de son voyage , et du besoin que les Français captifs auraient bientôt de son secours ; il fut pris avec eux , et mené comme eux au supplice; une femme sauvage ignorant totalement la religion chrétienne, fut témoin de leur mort; elle rapporta peu de temps après, que les Français pris par les Cbacachas avaient été jetés dans un bûcher allumé dans une grande cabane , après qu'ils eurent chanté pour aller en haut\ en voyant leur air et leurs gestes , elle avait compris que les prières qu'ils chantaient étaient pour les conduire au ciel.
Quatre ans auparavant en 1732 , le P. Auneau était avec M. de la Vérenderie fils , qui commandait un parti de voyageurs , pour découvrir la mer d'Ouest ; ce jeune officier s'était joint à une troupe
de Christineaux , sauvages qui allaient en guerre contrôles Sioux, autre nation très-barbare; ceuxci reconnurent les Français tnéiés avec leurs ennemis , ils résolurent d*en tirer vengeance ; quelque temps après ils dressèrent une embuscade à d*autrès Français aussi voyageurs , et en tuèrent vingtdeux. Le P. Auneau fut du nombre des morts.
Au mois de Juillet 1759 , lorsque le fort de Niagara était vivement pressé par une armée anglaise qui l'assiégait, niille deux cents Français fiu*ent envoyés au secours de ce poste, si important pour la conservation du Canada. Le P. Virot était aumônier de Tarmée française; elle fut mise en déroute , et le missionnaire, tombé entre les mains des Iroquois , fut taillé en pièces.
Enfin, au mois de juillet 1763, au temps de la révolte des sauvages du Canada contre les Anglais , les Sauteurs de Michilimakina se jetèrent sur la garnison anglaise qui occupait ce poste; ils en avaient déjà détruit une bonne partie, quand le Père du Jaunay , Jésuite, ouvrit sa maison pour servir d'asile à ce qui restait de soldats et de commerçants anglais; mais pour sauver leur vie , il exposa beaucoup la sienne. La jeunesse sauvage, irritée de se voir arracher la moitié de sa proie , voulait se dédommager aux dépens du Père du Jaunay. Les anciens de la nation eurent peine à les adoucir.
Voilà à quelles épreuves les Jésuites missionnaires en Canada et à la Louisiane ont été exposés, et voilà ce qu'on peut compter pour des fruits très*précieiix de leurs missions, car c'est à quoi doivent s'attendre nécessairement tous ceux qui vont s'établir au milieu des barbares, surtout quand ils voyagent sur leMississipi. Depuis la révolte des Natchez en 1729 , il ne s'est plus trouvé aucune sûreté à monter ce fleuve ; presque chaque année y a été mar* quée par la mort de quelques Français; et il est vrai que les précautions qu'il faudrait prendre durant ce voyage qui est de trois mois , pour arriver aux Illinois, ne peuvent être assez exactes pour écarter le danger : or, depuis la triste époque de 1729, on peut compter au moins vingt-six à vingt-sept voyages faits par les Jésuites sur le Mississipi ; au reste on a joint ici les Missions de la Louisiane à celles du Canada, parce que, anciennement, ces missions étaient unies, et qu'encore aujourd'hui on y pratique les mêmes exercices et on y court les mêmes risques.
Que si quelqu'un persistait à demander aux Jésuites de la Louisiane de ces fruits qu'on désire et qu'on attend dans les missions , les voici. I}ans les trois paroisses françaises du pays des Illinois, on pourrait compter un assez grand nombre de véritables chrétiens ; c'étaient ceux qui résistaient aux
mauvais exemples et aux mauvaises maximes que le voisinage des autres colonies avait commencé à répandre à la Louisiane; mais aux Illinois du moins, les missionnaires en arrêtaient les progrès; on y voyait beaucoup de personnes très-sobres , malgré la foule des ivrognes , parmi ceux qui pervertissaient les sauvages par Teau-de-vie qu'ils leur fournissaient. Il y en avait plusieurs autres qui aimaient mieux se priver des provisions les plus nécessaires que de faire un commerce si pernicieux. On voyait , il est vrai , des pères de famille qui négligeaient beaucoup le soin de leurs enfants et de leurs esclaves, mais on en voyait aussi beaucoup d'autres qui leur donnaient par eux-mêmes ou qui leur procuraient les instructions nécessaires, et qui savaient les contenir dans le devoir : il y avait des chrétiens qui semblaient avoir oublié les préceptes du jeûne et de l'abstinence, de la communion , de la confession , et l'obligation même d'entendre la messe ; mais d'autres en grand nombre étaient très* fidèles à ces devoirs et fréquentaient les sacrements. Combien de curés en France à qui l'on sait bon gré de leur travail , quand ils peuvent recueillir des fruits pareils.
Quant à la mission des sauvages Illinois , la parole de Dieu n'y a pas été non plus annoncée sans fruits. Malgré l'inconstance de ce peuple, la reli-
gion qu'on y avait établie depuis longtemps a été conservée jusqu*à présent, la superstition qu'on appelle jonglerie y était presque anéantie ; les infidèles même étaient zélés pour faire baptiser leurs enfants; plusieurs néophytes jugés dignes de la connnunion ne déshonoraient point, par leur conduite, le jugement qu'on avait fait d'eux; plusieurs résistaient à la passion si forte que ces peuples ont pour Teau- de-vie , et se retenaient exactement dans les bornes de tempérance , même quand ils pouvaient boire sans qu'il leur en coûtât rien. Combien d'autres fruits n'auraient pas été produits dans cette mission , si l'on avait voulu sérieusement arrêter le commerce de l'eau-de-vie , qui , dans ce pays, est la ruine de la religion. Il est vrai que ce commerce était prohibé par la loi de l'Église et par les ordonnances du Roi ; mais plusieurs de ceux qui faisaient publier ces dernières défenses et qui devaient tenir la main à leur observation , étaient les premiers à distribuer la boisson défendue.
Le premier grief marqué dans l'arrêt du conseil de la Louisiane qui condamne les Jésuites, est celuici : Qu'ils n'ont pas eu soin de leurs missions. Par tout ce qui vient d'être dit , l'on a pu voir si cette imputation est bien fondée.
Le deuxième grief : Que les Jésuites de cette colonie n'ont eu soin que d'étendre leurs habitations.
Mais en répondant au premier grief ^ n'a-t-on pas en même temps répondu au deuxième ? Car si les Jésuites ont eu soin de leurs missions , comme on Ta fait voir , ils ont donc eu d'autre soin que celui de leurs habitations. Mais peut-être a*t-on voulu dire qu'il ne convient pas à dei missionnaires de posséder de grandes habitations j parce que c'est une distraction au ministère spirituel , ou veut bien Tavouer ; mais pour éviter cet embarras , il aurait donc fallu pourvoir d'ailleurs à leur subsistance , aux frais de leurs voyages , à la construction et à l'entretien de leurs maisons et de leurs chapelles; or par leur fondation , les Jésuites recevaient peutêtre chacun une pension de huit cents livres (celui qui écrit cette lettre n'est pas bien assuré de cet article); et pour bâtir et entretenir six maisons et six chapelles , ils avaient reçu quinze mille livres , une fois payées, par un engagement hasardé , il est vrai j mais dont ils n'étaient plus libres de se délivrer. Où auraient- ils donc trouvé des fonds pour ces dépenses, pour leur nourriture même et leur habillement, lorsque dans les besoins de l'Etat , les trésoriers de la colonie ne payaient plus les dettes les plus privilégiées? Lorsqu'une aune d'étoffe, une aune de toile très-commune coûtait cinquante écus à la Nouvelle-Orléans, un mouchoir médiocre cent francs , une barrique de vin se vendait deux mille
cinq cents francs, et n'était rendue aux Illinois, qu*au prix de cinq ou six cents livres , qu'on demandait pour le fret ; alors n'était-il pas nécessaire d'avoir une habitation et d'en prendre soin pour y trouver les moyens de subsister ? Eh ! comment donc le conseil de la Nouvelle-Orléans leur en a-t-il fait un crime, un motif de condamnation dans son arrêt?
Il reste à discuter un troisième motif de condamnation, c'est l'usurpation du vicariat général de l'évéché de Québec. Pour la Nouvelle-Orléans , les juges de cette ville l'imputent aux Jésuites ; mais ils ont donc cru que tout le monde aurait oublié que^ peu d'années auparavant, eux-mêmes avaient prononcé tout le contraire.
Voici le fait: ily aenviron dix-huit ou vingt ans que feu Mgr de Ponbriand, évêque de Québec, écrivit au P. Vitry, supérieur des Jésuites de la Nouvelle-Orléans, pour l'y constituer son vicaire général. Ces lettres furent enregistrées au conseil supérieur; le P. Vitry étant mort en 1750, le P. Baudoin reçut la même commission et il en exerça tranquillement les fonctions pendant quelque temps ; mais ensuite il s'éleva des contestations : les RR. PP. Capucins crurent leurs droits lésés par la nomination des Jésuites au grand- vicariat ; ils se persuadèrent que le nom et la fonction de vicaire général ayant été
donnés à leur supérieur, par Monseigneur l'évéque de Québec , en même temps que la compagnie des Indes l'avait nommé à la cure de la Mouvelle-OrléanSyCes deux qualités devraient être désormais inséparables et par conséquent leur appartenir; leurs prétentions furent bien connues par Mgr de Ponbriand. Les Jésuites méroe (bien des gens ne le croiront pas , mais la chose n*en est pas moins constante ) , les Jésuites firent tous leurs efforts pour être déchargés d*un emploi qui n'était pour eux qu'une source de déplaisirs et de contradictions; le prélat persista à vouloir absolument que l'emploi demeurât à ceux qu'il avait nommés; les PP. Capucins r^usèrent cependant de reconnaître le P. Baudoin. L'aifaire fut enfin portée au conseil, lequel , après plusieurs procédures, adjugea aux Jésuites, par un arrêt, la légitime possession du grandvicariat; les registres du conseil en font foi, l'exercice de cet emploi fut continué aux Jésuites : la Nouvelle-Orléans et toute la colonie en est témoin. Le P. Baudoin, malgré les contestations passées et quelques oppositions passagères qui survenaient de temps en temps, en avait le nom et en faisait le devoir jusqu'au jour auquel fut porté l'arrêt de destruction. Le croira-t-on dans la suite, si laLouisianne mérite d'avoir place dans l'histoire ? croirat-on que le conseil établi pour y rendre la justice ,
ait osé se contredire lui-même par un arrêt solennel, qui dément expressément un autre arrêt donné peu de temps auparavant sur la même matière : matière trop importante pour pouvoir être oubliée ; matière qui durant plusieurs années avait occupé les esprits à la Nouvelle-Orléans ? Croira-t-on que ceux qui avaient été déclarés légitimes possesseurs, aient pu, peu de temps après , sans qu'il soit intervenu le moindre changement dans la cause, être condamnés comme usurpateurs? En réfléchissant sur cet arrêt porté sans information^, sans interrogatoire, sans donner aux intéressés Nia moindre liberté de se défendre, n*est-il pas naturel de penser que le conseil de la Nouvelle-Orléans a regardé les Jésuites comme des gens contre lesquels on pouvait tout dire et tout oser ?
Nous avons fini l'examen des motifs particuliers énoncés dans : la condamnation des Jésuites, savoir : Que les Jésuites n avaient pas eu soin de leurs missions j quils n^ avaient eu soin que de leurs habitations et quils étaient usurpateurs duvicariat général de la Nouvelle-Orléans. Il est temps de parler de l'exécution de l'arrêt : elle devait se faire d'abord à la Nouvelle-Orléans et ensuite au pays des Illinois, à une distance de quatre à cinq cents lieues. Il y avait en ce pays, comme on l'a dit ci-dessus , une mission de Jésuites établie en quatre postes diffé-
reDts. Ils ne furent pas oubliés; et Ton fit partir un courrier pour y porter l'arrêt de destruction. Cependant on Texécuta promptement contre ceux de la Nouvelle-Orléans. Leur établissement était tout proche de cette ville et proportionné aux besoins de douze missionnaires ; il y avait un assez grand atelier d'esclaves pour cultiver la terre et exercer d'autres métiers^ comme il est d'usage dans les colonies ; avec divers bâtiments, des troupeaux de bétail et les usines convenables, tout fut saisi, inventorié, mis à l'encan ; et cette exécution dura longtemps : ceux qui y étaient employés prenaient leurs repas dans la maison. C'étaient les officiers de justice les plus qualifiés, avec les moindres suppôts : il est bien à croire que les premiers se tinrent dans la décence qui leur convenait; mais les autres ne se crurent point obligés de se contrefaire : ils se voyaient bien régalés et ils étaient assurés que leur emploi était très-lucratif: ils ne dissimulèrent pas leurs sentiments. Le supérieur des Jésuites était obligé d'être aux grands repas qui se donnaient chez lui durant la déprédation, et il voyait la joie qu'on y faisait paraître.. Après la vente des meubles et des immeubles^ il restait la chapelle avec les ornements et les vases sacrés : il était dit dans l'arrêt que ces effets seraient portés chez les RR . PP. Capucins : cela fut exécuté, et c'était le moins mauvais usage
ttii^A^ri en ^tit faire. 'Adirés quôi'la'cHàtî^élle ftit rasée, ét'l^s sépultures (ïés 'corps i'tîftum^ depuis trenfe ans dans ce Heu et daris !e cimètièbe voisin, demëurei'ènt exposées a la profanation /.On a sfohvertt demandé 'aux Jésuites* rève'nùs' de la L'6ûisiâne en France, la raison de ce procédé ; on leur a mài^c^oé î*étonhement' et l'horreur qii'on ressentait de cet 'événement; on lëiii^'a dit qu'on ne devait l'attendre "^é^ùè des ennemis déclkrés de la religion catholrc^ue : lés Jésuites n*onf pu répondre que par lëur'i^ilënce. Âiën ne ' manqusfit pliis H l'exécution de Tàrrët, qiie de renvoyer les* condamnés en Frâtice :' ceux
* ^uf se trouvaient à la Nouvellé-Oriéans ri'kttëndirent pas qu*on leur inftiûiât l'brdre' de partir. Le
^ PrCar^tte s^febbàVqua Jiour passer * à 'Saint-DonHn- ' gîift,' le P. Roy èe retira à Pensacole , dàhrf lé teints **rnéme* où Tes Anglais entraient' 'dà^s ce pirfrt pôiir ' en prëhdi'cf 'possession , et que les Espagnols Téva- ' ciiaienïfen Vertu du traité de paix ; il entra dans le Vaisseau' qui devait porter le Gouverneur dé cette '^ placé ," à^'la^ Vëi'â-Cîruz. te Père y fut accueilli par 'les Itères espagnols 'du collège, aVeé lai' plus gHiiide ' charité; peu 'après il lut associé à ïa province 'que "lês'JésUitës ont au'Mexiquei'paMe P. François Zé- ■^ï)yilos* "supérieur de cette province; sa lettre écrite
* à ce sujet exprimait les sentiments les plus géiié- 'reûx et Tes plus chrétiens, et tous les Jésuitesfbàtinis
de^ jterre^ ^de; la flppi^^tion firançaise y f tricot ipj^tîés à la,ij[ké;mc;retniite.^Le,P. Le Prçi^our était ajipc AlijbjamoQs à une distance d'environ ^eux cents lieues ; il fallut beaucoup de temps pour lui faire parvenir la copie jde l'arrêt ; et, après qu'il l'eut reçue, il ^ut obligé ^d'a^tendre des occasions, pour se rendre au fort de la jVl^o^ile, et <de là, ^à la Nouvelle-Orléans. On a appris depuis , peu qu'il ^t .de retour en France. Il ne restait donc plus à faire partir que le P. Baudoin, supérieur de toutes les missions ; mais il était âgé de. soixante-douze ^ns , ^ infirme comme on le peut, croire d'un hppame qui av£^it passé trente-cinq ^ps dans la Louisiane ; et de ces trentecinq ans, vingt environ, au milieu des bois, avec les Chactas ; il n'avait ni parents, ni habitude enFrance ; étant né au Canada, on lui permit de demeurer. Qn lui constitua un pension de neuf cents livres qui équivaudrait en France à la somme de trois ou quatre ceints francs. M. Bore, ancien habitant du pays, lui offrit de se retirer avec^ l^i sur sa tewe, et prouva ainsi la sincérité de Tamitié qu'il avait tonjours marquée envers les Jésuites.
Cependant, le courrier dépêché aux Illinois pour y., porter l'a^rrét , arriva la nuit du 23 septembre au fort de Chartres , éloigné de six lieues de la résidence des Jésuites. Il remit au procureur du roi ^la. commission qui le chargeait d'exécuter l'arrêt ,
et dès le lendemain , cet officier de justice se rendit sur les huit ou neuf heures du matin chez les Jésuites, accompagné du greffier et de Thuissier de la juridiction ; quelques jours après il a tâché de faire valoir la modération dont il avait usé en n'arrivant pas durant la nuit, comme ses ordres le portaient, disait il : à cela près on dut être content de son exactitude. Il lut au P Watrin, supérieur, Varrêt de condamnation , et lui en ayant donnée copie , le fit sortir sur-le-champ de sa chambre pour y mettre le scellé ; on en fit de même à l'égard des autres missionnaires qui se trouvaient dans la maison. Il restait une salle où ils pouvaient demeurer ensemble , quoique avec une grande incommodité, mais cette grâce leur fut refusée, parce que les gardes, établis pour la sûreté de la saisie , s'y opposèrent; ils ne voulurent pas que les Jésuites pussent éclairer de si près leur conduite. Le procureur du Roi craignit de mécontenter ces gardiens , il ne voulut pas même permettre aux Jésuites de demeurer chez un de leurs confrères, qui étant curé du lieu, avait son logement particulier près de l'église paroissiale : on n'y avait pas mis les scellés parce qu'il n'y avait rien à saisir. Les missionnaires chassés de leur maison se captonnèrent comme ils purent. Le supérieur , âgé de soixante-sept ans , partit à pied pour se retirer à une grande lieue chez
soo confrère missionnaire des sauvages, et les Français qui le rencontrèrent sur cette route gémirent de voir la persécution commencer par lui.
Dès que les sauvages le surent arrivé chez eux , ils vinrent lui marquer et au P. Meurin son confrère, la part qu'ils prenaient à l'affliction de leurs Pèces : la nouvelle de leur condamnation avait déjà fait répandre bien des larmes dans le village. On leur demanda pourquoi ils étaient traités ainsi, surtout dans un pays où tant de désordres étaient soufferts depuis si longtemps; l'ancien missionnaire, après plusieurs interrogations réitérées , répondit enfin : Arechi Kiécouègane tchichi ki canta man * gA/ ; c'est que nous querellons bien fort la Jolie. Us comprirent le sens de cette réponse , ils savaient en effet , qu'en quelque lieu qu'ils soient établis , les Jésuites se croient obligés par leur état à combattre le vice , et qu'en le combattant ils se font des ennemis.
Ijes sauvages chrétiens proposèrent ensuite de députer les principaux d'entre eux à M. Neyon, commandant, et à M. Bobé, commissaire subdélégué du pays, pour demander qu'au moins le P. Meurin, leur missionnaire, fût conservé dans sa mission , les deux Jésuites leur dirent nettement de n'en rien faire , parce que cette démarche serait méprisée et sans effet , comme ayant été suggérée*.
Ils voulurent donc demander qh'au moins on conservât la' chapelle et la maisoti du missionnaire , afin que le pluk* iki^t'ruit d'entre eux pût assemblai*' les enfants et leur répéter les prières , et qtie tous les Ditnanches et fêtes, il appelât les {^riants, c'està-dire lès chrétiens , au sort de la cloche , pour satisfaire du tnieû^ qu'il serait possible aux devoirs de la religion ; ils érent en effet cette dén^af che et ils ôbtirtrent ce qu^ls demandaient.
Cependant le Procureur dû Roi Sfe i^élâcha un peu de ^ i^iguèùr : vers le même temps ff reçut en liii seul |oar (Quatre lettré^deSÏ. É*ôbé, ôdmVrifesàiré, qui le priait de modérèf son ikle , eï consentit! iftië les Jésuites' se réunissent chèsK lëiiè^ côYifrèrès curé)^ des Ffan^çais. Ils y étaient fort à Féifoït dans une malsbn bâtie pour un bômfihie seul : oh avait od^éri leurs chàtnbfes , afih qiië khsitiiii pût eni tirer sôtt tii'atelàs èi ses cbuVertùrès qù'ilà étendirent sli/* lé plancher dans la maison du curé. Cette tiiàhië'réd^ prendre leur rëJDds^ laquelle dura prëé^ d'tin tiidis , les jirépara ati vBVagë tju'iW dèvàiéiit fdire Bientôt sur le Miësissipi , bar oii ne bâitipé guère àùtfeniènt sur les bbrdk de ce fleure. Otà perniii atissi aux Jésuites de prendre lélii'S hsitdeis et lèutt livres cjdë Hbvéï feiir dVâit Idissé; Enfin dn t)bûrvnl â la éhbsistanc'é de Ceà t^érës, just]U*âli télhp^ bù ils devaient s'fenib^rttlieb pàtii^ dtesceHdrë à là Wduvëllè-
Orléans. Op.leuf, abandonna la^ pl,u^,gf^4g pîij^g d^ vivres qui s|S.trouya^eDt,dafis le^r, ilifiisoi]., et« c^tte provision ffit en effet suffisante ppur.lp^ ^^V^^ qu'ib plissèrent eqtpçre ai|x Ulinois^
On en vint enfin à faire l'inventaire ; il fallait du temps pour r.apass<çr et, ipj^ttre en ordre les meubles, d'une grande maison et d'une l^bitation considérable^ , les bestiaux disp^irsés dg^p.s Ips ^mpagi^es, etj les l^ois ; d'ailleyrs^ il, y avait; ^l^f^ pouf^ '^^,Pf^^. î}e presser.: plus^le^ vaca^t^ons ét^ief^tjpiy|;ues , çlfis ^Ue^f vala^çpllj à cçji^ ^ui s'y trouvaient, employés.
^tVm c^e inefW «Ç^^^î^».» les çei\s dupay^ ^^a^fjps^eat sy/f ce. q^ise passait so^s leqi^ yçux; 1^ nQUYieUe àa ^^ çp^^mns^^QjO de$ Jésmf,es avail; ^i^ géiflir. \^ ^V(V;age^. Çlle. je^^ la plupart des
FçîWÇW 4??% te ÇÇ^ïs^er^a^o?^ j ^Vi 1^ regarda çomtç^ Mçe çs^cnité pmb^que ; des^ paroissiens jus-
tç(^ien| ^ttac|;i^ à le,^r, p^aste^r se voyaient sur le point de Iq per.drp , spns qu'oq eût même pen^é à lui fjqflfte^r \ifl ^^pces^îenT. pn oç tarda pas à pré- ^entfx a^ po^) dç; presque touç les t^abitant^ uqe requête fidres^fiç fii^ cpnii^andant et ^u commissaire
ri" Rayp , ppw qbtpnir. quç du moin§ le P.. 4ubert ,
ppr^ d^ Çfi^PA^ias français, fut conservé ; ef: çoq^fiie la répop^ p^iri^t (lifférée trop }pngtemps, peu ^près il p^r^^ HPQ second^ r^imé^?- ^^ atjencjant qu'on y r$pppdit , Iç? habitigpt^ les plus censés demapdaiepj^
de quel droit on s'était emparé des biens des Jésuites, et quel pouvoir on avait sur leur personne, dans un pays cédé par le traité de paix à la couronne d'Angleterre? On demandait encore par quelle raison les Jésuites étaient exceptés du bénéfice accordé indistinctement a tous les habitants des Illinois, d'avoir dix-buit mois pour opter ou de demeurer dans ce pays , ou de se retirer ailleurs? Surtout on était indigné de la saisie faite des vases sacrés , d'une chapelle appartenant aux Hurons du détroit, que le P. Saleneuve, missionnaire de cette nation^ avait apportés au pays des Illinois quand il s'y était réfugié deux ans et demi auparavant. Autre sujet d'étonnément : ce Père venu du détroit , et le P. de laMorinie, venu du poste de Saint-Joseph, n'étaient pas de la Louisiane , mais du Canada ; c'était l'extrême disette qui les avait obligés de se retirer au pays des Illinois ; ils n'y étaient restés que par le défaut des occasions nécessaires pour retourner à leur poste. Le P. Salleneuve n'avait point d'emploi dans la mission des Illinois , et le P. de la Morinie ne s'était chargé de l'église dé Sainte-Geneviève , que par le motif d'un zèle qui ne se refiise à rien ; il était visible que le (5onseil de la Nouvelle-Orléans ne devait ni les connaître ni penser à eux ; mais ceux qui avaient l'autorité, aux Illinois, n'en jugèrent point ainsi ; et les Jésuites se soumirent à tous les
sens qu'on voulut donner à Tarrét; ils n'entreprirent , ils ne dirent rien pour leur défense. Qu'aurâient-ils pu faire? protester contre l'arrêt et contre son exécution ? ïje notaire qui aurait dû recevoir la protestation était intéressé à leur destrucHon ; il servait de greffier dans l'exécution de l'arrêt , il n'y gardait pas même les mesures de bienséance. Auraient *ils affiché publiquement leur protestation? On n'eût pas manqué de les traiter comme des gens révoltés contre l'autorité publique : on les aurait saisis et peut-être mis aux fers comme des malfaiteurs ; il y avait sur cela des ordres donnés. Enfin les Jésuites n'eurent soin que d'exécuter ce que leur supérieur de la Nouvelle-Orléans leur avait ordonné, ou plutôt de se rendre à la prière qu'il leur avait faite, au nom de Jésus-Christ, de se soumettre à tout , et de se rendre tous à la ville sans avoir égard à aucune raison qui semblerait les en dispenser. Ils se souvinrent qu'ils étaient disciples du divin Maître qui s'est livré à celui qui le jugait injustement, et qui, comme l'agneau devant celui qui le tond , n'a pas ouvert la bouche. Peutêtre, qu'au moins pour cette fois, on ne leur sut pas mauvais gré d'avoir pratiqué l'obéissance aveugle !
Ils firent plus : craignant que les requêtes présentées par les habitants ne fissent naître contre eux
le soupçon d*une intrigue et d» upQ. semence cje.r^volte, ils écrivirent à M. le Commandant et à M. le. Commissaire pour le& prier de n'ayoir aucun égardi aux représentations qu'on leur faisait et de hâter le départ ordonné par Tarrét. Mais ces messieurs firent moins d'attention à cette letitre , qu'aa danger d'une émotion dont ils étaient menacés , et ils ordonnèrent que le Père Aubert j cpré de Cascakias , denseurérait jusqu'à ce que> le conseil dq la NouveUe-Oriéan» en e^l décidé.
Cependant l'encan était- fini , 00 avait x^ndta kt maison y tes meublée , les bestiaux , les terres 'f le& esclaves devaient èlre œnduils à la VouvellerOrléans pour y être aussi veiutus au profit du roi ; eft la ehapette devait être rasée (lar cflui 9 qui la maison était adjugée. On permit alors aux Jésuites de rentrer dans leur ancienne maison dont l'usage jusqu'à leur embarquement leur était réservé par une clause stipulée dans la vente. Ils la trouvèrent bien dégagée; on n^y avait laissé que les bois de lit et les paillasses ; et pour s'y loger j ils furent obligéi^ d*emprunter de leurs amis, o|iacun Une chaise et une petite table. Ils trouvèrent lei^r chapelle dans un état encore plus triste : après qti'oq eût enlevé le^ vases sacrés et les tableaux , les gradins de Fautel avaient été jetés par terre ; le^ doublures des ornements avaient été données à des aégnesses décriées
podKlëuKirt^ovai^ vie ;' un grand eraeifi» qui^avait» figuré sur l'âUtfel' et les chandeliers^ se trouwient> placés sur un bufFet, dans une maison dont la répm* tation n'était pas saine. A voir les marques dw dé^ pouillèmént de la chapelle, on aurait pu' penser que* c étaient des ennemis dé là religion cafholique qui> y avaient travaillé.
Ce fut en ce teitips-là que les Jésuites des Illinois virent arriver leur confrère, le P. de Vernay ; il* venait du poste de Saint-Angé éloigné de soixante-dix ou quâ^rie-vîngf Reues. On y avait envoyé Tordre d'exécufer aussi f arrêt à son égarrf ; cet ordre fut si exactement suivi , que de ses nieubles^ saisis et vendus , ou n'excepta pas utfé petite provision de nohsettes qui se trouva dans sa t'naison. Cependant le P. rfe Vernày avait la fièvre depuis six mois : elle ïuï dura encore jusqu'à son arrivée en France, Six autres mois apTrès. Ce ne fût pas iine raison pôUf différer son départ ; iWdre de partir était donné ; et comment serait-il demeuré dans Une maison démeublée et dériuée dé provisions? Il se mit en marche: on était au mois de novembre; il fallut voyager au travers deà bôi^ et des prairies bien mouillées, exposé au froid et à là pluie : ce fut en cet état que le P. de Vernay vint joindre la troupe des missionnaires bahnis qUi attendaient leur enibarquement. Il était de léui* intérêt què Cèi émbarquettient ne fût pas