Bannissement des Jésuites de la Louisiane [microforme]
Quand l’Europe découvrit l’Amérique, une de ses premières pensées fut d’en renouveler la face en lui donnant sa civilisation. Pour arriver au but il y avait deux systèmes : celui de lEglise et celui des politiques. Le système de l'Eglise, bien simple et bien connu, était la conversion des Indiens : et depuis bientôt quatre siècles elle n’a cessé de travailler à faire de ces pauvres sauvages des hommes vraiment civilisés, c’est-à-dire des chrétiens, Le système des politiques fut, sinon dans la théorie, au moins dans la pratique, de se débarrasser des Indiens. Aux massacres , à l’ex-
termination des premiers temps succéda la
prétendue civilisation : elle consista , elle consiste encore, à faire passer chez les sauvages, comme si la leur ne suflisait pas, l’immoralité de PEurope. Un des grands moyens employés pour l’extinction de la race indienne a été Pextermination par l'eau-de-vie. Ce poison a fait plus de mal aux Indiens, que la poudre; aussi Jlesenvahisseurs européens s’en servaient sans danger et loujours avec succès. Main- Lenant encore , la civilisation constamment armée de sa bouteille , au lieu de fusil , enivre sa victime et la dépouille. Aussi la civilisation avance toujours , et les Indiens, sans cesse décimés, reculent devant elle, lui abandonnant graduellement la terre de leurs ancêtres. À vec un peu de mathématiques on pourrait calculer combien 1} faudrait encore d’années et de tonneaux d’eau-de-vie pour arriver à la complète civilisation de l'Amérique, c’est-àdire à l’extermination du dernier Indien.
Si l’Église eût été libre en Amérique, elle
eùt couvert ces immenses régions de peuples