‹ Bannissement des Jésuites de la Louisiane [microforme]Chapitre 10 sur 26 · EUR · texte numérisé non relu

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là divine Providence vous destinait, Louée soit à jamais sa grande miséricorde envers le diocese de

Quebec l Cette nouvelle me fit presque oublier ma

vieillesse et mes infirmités, tant elle me remplit de

joie, surtout en apprenant qu'il doit partir demain

une occasion par laquelle je puis vous écrire et

vous demander du secours pour ce peuple des

linois.

Depuis plus de quatre ans qu'on arracha à ce pays la plus grande partie de ses missionnaires, et que les autres crurent avoir raison de s'en retirer : voyant qu'il allait être abandonné, et sans pasteur, je sollicitai pendant un mois et j'obtins, surtout en considération des sauvages, d'y revenir. Je laisse à part les conditions que l’on voulut n'insposer pour cela : le temps ne me permet pas d'entrer dans un si grand détail.

Ce pays des Illinois n’est plus que de six villices, d'environ cinquante à soixante feux chacun , non compris les esclaves en assez grand nombre , lesquels villages, à cause de leur distance et situa lion, demanderaient chacun un prêtre, surtout dans cette partie anglaise. La paroisse de lImmaculee- Conception aux Kaskakias , celle de Saint-Joseph à la prairie du Rocher (qui n'est que succursale de Sainte-Anne, au fort de Chartres, que les habitants

ont abandonnée) et la paroisse de la Sainte-Famille

— tb) — des Kaokias où Tamaroas, et les sauvages , titre de la Sainte-Famille. Du premier village au dernier il y à vingt-cinq lieues. Dans la partie française ou espagnole, au delà du fleuve , sont situés le village de Sainte-Geneviéve, titre de Saint-loachim, dont dépendent la Saline et les mines , et à trente lieues plus haut, le nouveau village de Saini-Louis , qui s'est formé des débris de Saint-Philippe et du fort de Chartres. Ces deux villages sont aussi considérables que les premiers en habitants ou en esclaves rouges et noirs. Saint-Joachim ou Sainte-Genevieve est le lieu de ma résidence, ainsi qu’il me fut ordonné par les conditions de mon retour dans le pays. C'est de là que tous les printemps je viens et je parcours les autres villages pour les Pâques. J'y reviens encore les automnes et toutes les fois qu'on m'y appelle pour les malades. C’est tout ce que mes infirmités et mes moyens peuvent me permettre , encore cela est-il désagréable et préjudiciable à ceux de Sainte-Geneviève, qui seuls me nourrissent et nr'entretiennent, et ils s'en plaignent. Avec cela les peuples, et surt ut les enfants et les esclaves manquent d'instruction suffisante , et, privés de la vigilance pastorale, perdent insensiblement la piété et s'abandonnent aux vices.

[ya encore ici beaucoup de familles où la reli-

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s etelgne avec eux. Ils vous supplient avec moi d'avoir pitié de leurs enfants et de leur envoyer au moins deux ou trois prêtres, si Votre Grandeur nen peut envoyer quatre où cinq, qui seraient nécessaires, dont un avec le titre de grand-vicaire de Votre Grandeur.

Je tâche d'entretenir en mon absence l'usage des offices et prières publiques, pour aider à la sancufication des dimanches et fêtes. Il y en à déjà nombre qui ne fréquentent plus l'église ou qui semblent n'y venir que pour y manquer de respect. Quelques-uns, indociles ou insolents, disent assez hautement que je n'ai aucun titre, que je ne suis pas leur pasteur, que je n'ai pas droit de leur donner des avis et qu'ils ne sont pas obligés de m'écouter. Ils n'eussent pas osé parler ainsi du temps de MM Sterling et Farmart, commandants , dont j'avais toute protection. Sous le commandement de ces deux premiers , personne n'etût osé commettre la moindre indécence.

L'église de Sainte-Anne est, depuis un an, presque sans couverture, portes , etc.

Le poste de Vincennes sur Ouabache, chez les Miamis-Pinghichias , est aussi considérable que nos meilleurs villages d'ici et a encore plus besoin d'un missionnaire, Le désordre y à toujours été grand :

mais il auwmente depuis trois ans. Quelques-uns

viennent 1C1 pour se marier ou pour faire leurs

Paques. Le grand nombre ne le veulent ou ne le

peuvenr. Le gardien de l'église v publie les bans

par trois dimanches. À ceux qui veulent venir ici, il donne des certificats, que je publie moi-même avant de les marier. Ceux qui ne veulent pas venn déclarent hautement dans leur église leur mutuel consentement, Un tel mariage peut-il leur cire permis

Avant de remonter aux Illinois, on in'assurait à la Nouvelle-Grléans que KR Louisiane n'était et ne serait plus du diocése de Quebec On m'y fit promettre et signer que je ne reconnaitrais plus d'autre supérieur ecclésiastique que ie R. P. supérieur des Cäpucins, qui 7 avait et aurait seul toute juridiction; qu'à la premiere occasion, on n'en certifierait, ainsi que je le requérais. C'est à cette condition que J'ai signé, ajoutant que , quand il plairait à Sa Sainteté de donner la juridiction au plus chétit des nègres , Je lui serais soumis comme au plus méritint des évêques. Conséquemment à ma signature, donnée sur fa promesse d'un constaté qui n'est pas encore venu, je ne dois plus avoir aucun rapport ni avec Rome, ni avec Québec. C'est ce qui ma, jusqu'a présent, empéché d'écrire aux grands-vicaires du diocèse, surtout n'ayant

pas trouve d'occasion sûre par terre, Comme Je

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trouve aujourd'hui celle des sieurs Despins et

Beauvais qui vont à Montréal et doivent revenu

cet automne prochain, ils se chargeront volontiers

L la conduite et dépense de vos missionnaires

pour ici, dont tes paroisses ont promis de les rem- LICIITCPT.

Le grand besoin de missionnaires pour ce paysci n'a fait frapper à toutes les portes pour en avoir : la celle des RR. PP, Capucins, surtout du R. P, Dagobert, dont je n'ai pu encore obtenir, depuis {rois ans, un mot de réponse; 2" à Philadelphie, doat j'ai recu plusieurs lettres obligeantes ; 3° à M. l'abbé de Fisle-Dieu , qui me faisait la grace de me demander ma situation et mes besoins, pour Y pourvoir autant qu'il pourrait. Peut-être aurat-il eu l'occasion de vous faire part de ma réponse, Enfin, je m'adresse à vous, Monseigneur, le plus tot qu'il m'est possible et avec plus de confiance qu'à tout autre, puisque vous y êtes plus intéressé que moi-même,

En attendant les effets de votre charité pastorale, je continuerai à me set des anciens pouvoirs que j'ai reçus de M. Mercier , il y a vingt-cinq ans, lesquels m'ont été continués par MM. Laurent et Forget, qui verbalement me laissa à son départ tout ce qu'il avait reçu Le grand-vicaire, que vous en-

verrez, en retranchera ce qu'il jugera à propos et

SU me trouvera , Comme ses prédécesseurs , avec tout le zele et respect possibles ,

de Votre Grandeur,

le trés-humble et trés-ohéissant serviteur ,

SÉBASTIEN-Louis MEURIN ,

prétre IUSSONHLAUE.

LE MÊME AU MÈME

Sainte-Famille, aux Kaokias ou Tamaroas, colonie anglaise, 9 mai 1767.

MONSEIGNEUR

[y a environ deux mois que j'eus l'honneur de vous écrire par les sieurs Despins et Beauvais de la paroisse de l'Immaculée-( ‘onceptionaux Kaskakias.

de représentais alors à Votre Grandeur une partie

de ma situation dans le pays des Iinois, où je suis

demeuré seul prêtre (et, à ce que pensent plusieurs) sans nom, Sans aveu, sans protection d'aucun gouvernement temporel, ni ecclésiastique , n'ayant pu depuis trois ans avoir recours et recevoir de secours

que de Dieu seul, qui m'a soutenu contre les ca-

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s OÙ lomnies, les méchancetés et impiétés de plusieurs , qui, grâce à Dieu , n'ont pu triompher, mais aussi que Je n'ai pu réprimer autant qu'ilaurait été bon

pour leur salut, et peut-être celui de bien d'autres.

Je n'ai que soixante-et-un ans; mais Je suis épuisé,

ruiné par vingt-cinq années de missions dans ce pass, desquelles prés de vingt années de maladies et d'infirmités me montrent les portes de Hi mort. Ce nest que depuis cinq ans que je puis faire usage de la vie, Je ne suis plus capable d'une lon gue application, ni de fatigue de corps. Je ne puis donc plus fournir aux besoins spirituels de ce pays, où l'homme le plus robuste ne pourrait suffire longtemps, surtout le pays étant coupé par un fleuve trés-rapide et dangereux.

I faudrait quatre prêtres. Si vous n'en pouvez donner qu'un, il le faudrait destiner pour les Kaokias

A ce moment on vient me demander pour un homme dangereusement malade à Sainte-Geneviève, à trente lieues des Kaokias , où je ne suis que depuis trois jours. Je suis forcé de laisser ici plus des trois quarts de l'ouvrage à faire.

Je vous supplie, Monseigneur , d'avoir pitié de cette partie de votre troupeau et de moi qui ai l'honneur d’être , avec tout le respect et la soumission possibles, etc.

Le P. du Jaunay pourrait vous instruire plus en détail de ma situation.

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