MONSEIGNEUR OLIVIER BRIAND, ÉVÊQUE DE QUÉBEC, AU R. P. MEURIN
(EXTRAIT
7 Août 1761.
I v a déjà deux mois, mon Révérend Père, que je vous ai envoyé vos pouvoirs de grand-vicaire. Depuis, j'ai recu votre lettre du 23 mars de l'année courante , où vous me faites le détail de la triste situation de vos paroisses. Je ne puis que louer le zèle persévérant qui vous anime à travailler au salut de ces peuples, et je suis bien mortifié qu'au lieu des consolations qu'ils devraient vous donner par
leur conduite, vous n'ayez souvent de leur part que des chagrins et de trés-grands chagrins. Permettez-moi de vous encourager à les supporter en
vue de Dieu et des consolations éternelles qu'il vous destine, et que les hommes ne peuvent méler d'amertume. Au reste je leur écris à ce sujet ; je les exhorte, je les menace, et je vous prie d'appuyer ce que je leur dis de tous les motifs que votre piété
vous suggérera; car quoique je n’adresse mes let-
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OU
tres qu'aux habitants des Kaskakias, qui n'ont présenté requête pour avoir un prètre, je desire cependant que toutes vos autres paroisses soient instruites de mes sentiments à cet égard.
Je compte vous envoyer deux prètres au printemps prochain. Je suis bien fâché de ne pouvoir pas profiter de l'offre gracieuse qu'a faite M. Despins. Tâchez d'y suppléer l'année prochaine par quelqu'autre; car je prévois que moi, qui n'ai aueun revenu, ni les prêtres que j'enverrai, ne seront en état de fournir aux dépenses que demande ce voyage...
+ OLIVIER, évéque de Québec.
LE MÊME AU MÈME
(Date fautive dans la copie.)
Je ne puis assez vous exprimer la joie que j'ai ressentie d'apprendre par le P. du Jaunay quil restait un Jésuite dans les malheureuses contrées des Illinois et du Mississipi. Depuis que la Providence, sans avoir égard à mon indignité, m'a chargé du pesant et redoutable fardeau de l'épiscopat de Que-
bec, j'ai toujours été dans une mortelle inquiétude
pour le sort des pauvres chrétiens de vos cantons.
La nouvelle, que j'eus à Paris, et du renvoi des Jésuites et de la honteuse retraite des prêtres des Lamarois où Hlinois, m'avait jeté dans un embarras imprevu et dans une mortelle inquiétude pour le sort de cette petite et bien déplorable chrétienté. Oui, votre présence dans ces lieux me comble de consolation; car j'espère que vous voudrez bien donner vos soins à ce peuple abandonné. Je bénis mille fois le Seigneur d'avoir inspiré aux Anglais dé la bonté et de la considération pour vous, et d'autoriser votre ministére ; nous jouissons ici de la méme faveur, et à peine nous apercevons-nous que nous soyons SOUS Un prince protestant. Il faut avouer qu'il n'y a point de nation comme l'Anglais pour avoir de Fhumanité,
Je vous envoie des lettres de grand-vicaire les plus étendues Vous en userez partout où vous vous trouverez dans l'étendue de cette partie de mon diocese, dont les limites sont immenses et que je ne connais pas moi-même : au moins est-il assuré qu'elles s'étendent à tous les pays qu'ont possédés les Français dans l'Amérique septentrionale.
Je n'ai eu encore aucune nouvelle de la Nouvelle- Orléans. La difficulté de gouverner de si loin, d’y avoir des personnes de confiance, les troubles qu'y ont excités les Capucins depuis vingt-cinq ans contre l'évêque m'ont si fort effrayé, que j'ai une