LETTRE DU P. RENÉ FLOQUET ! A MONSEIGNEUR BRIAND
Montréal, 29 août 1770.
MOnNsEIGNEUR ,
Mon avant-derniére lettre à Votre Grandeur
supposait que notre Société allait être détruite , et
J'y insinuais que je n’avais point envie de me donner
* Le P. Pierre-René Floquet naquit le 42 septembre 1716 : il entra dans la Compagnie le 6 août 4735, et le 17 août 1744 il arriva au Canada. En 1752 et les années suivantes il remplit la charge de Procureur au collége de Québec; puis en 1757 il devint Supérieur de la Résidence de Montréal et conserva cette charge pendant bien des années.
Après la suppression de la Compagnie, le P. Floquet eut le malheur de se trouver mêlé aux affaires politiques, et les rapports qu'il eut avec les envoyés américains en 4775 le compromirent aux yeux du parti anglais et de l'Évèque de Québec.
Après s'être affranchie du joug de l'Angleterre, la nouvelle république américaine voulut s'annexer le Canada qu'elle avait contribué à mettre sous la domination des Anglais. Les Américains S'emparèrent de Montréal en 4775 et leurs émissaires se répandirent dans le pays pour le gagner. Le célèbre Franklin , Chase et Charles Carroll étaient chargés de cette mission politique. Ce dernier, pour mieux réussir auprès du clergé, s’adjoignit son frère l'abbé Carroll , ex-Jésuite, mort en 1845, premier archevêque de Baltimore:
L'abbé Carroll, en qualité d'ancien confrère, se présenta au P. René Floquet qui occupait encore la maison des ex-Jésuites , à Montréal. Mgr Briand vit ces rapports avec peine : il était affectionné à l’Angleterre , qui sut si mal récompenser son dévouement; mais fidèle
à une autre communauté (par exemple), au séminaire de Montréal ou de Québec. Ma derniere lettre espérait la conservation de notre Compagnie et pro-
mettait que je n’en serais pas moins le sujet et l'enfant très-soumis de Votre Grandeur, J'avais en outre une petite curiosité de savoir où je me trouverais au temps du prochain jubilé, Votre Grandeur parait
à son serment d'évèque , il fit un appel à la loyauté du clergé et du peuple canadien, et cet appel eut un plein succès.
Quant au P. Floquet, comme il avait blessé, au moins par imprudence , les sentiments de son évèque, il fut sévèrement blâmé et même interdit. Nous en avons la preuve dans sa correspondance. Cette correspondance, nous ne craignons pas de la publier ; elle ne saurait mal édifier. Le tort du P. Floquet, quel qu’il soit (et nous ne voyons point assez clair dans son procès, incomplétement instruit, pour le juger) son tort, quel qu'il soit, a été religieusement réparé. Voici la lettre qu'il écrivit à son évêque pour le prier de lever l'interdit :
« MONSEIGNEUR
« Pour satisfaire à ma conscience, je soussigné , confesse que les circonstances fâcheuses dans lesquelles je me suis trouvé l'hiver dernier, à Montréal, m'ont occasionné plusieurs fautes, dont je me repens sincèrement. Je supplie très-humblement Votre Grandeur de me les pardonner et de lever l’interdit qu’elles m'ont fitiré. Si j'obtiens cette grâce de Votre bonté, Monseigneur , j'espère que ma bonne conduite convaincra mes Supérieurs et le public, que je veux rendre, et travailler, selon mon état, à faire rendre à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
« À Québec , ce 29 novembre 4776.
« RéNÉ FLOQUET. »
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avoir décidé que j'hivernerais à Montréal. 4men. le suis très-content d’y travailler tant que vous m'\ trouverez utile.
Si j'avais, Monseigneur, des chagrins domestiques, comme vous avez la bonté de le craindre, je serais trop heureux de pouvoir pousser librement des soupirs et répandre des larmes discrètes , sans préjudice d’un tiers, dans votre sein paternel ! Mais, Dieu merci, je suis content dans mon état. J'ai depuis longtemps à gémir pour notre Compagnie et avec elle; mais je n'ai à me plaindre que d’un de ses sujets. Vous le connaissez, Monseigneur , et vous l'appelez votre ami. Pardonnez-moi , si je me plains de lui. Je souhaite trés-ardemment qu'il continue d’avoir et qu'il mérite de plus en plus les bonnes grâces de Votre Grandeur.
J'ai l'honneur d’être , avec le plus profond respect, de Votre Grandeur ,
Monseigneur :
le trés-humble et très-obéissant serviteur ,