R. FLOQUET
À Montréal , 29 août 1770.
LE MÊME AU MÊME
Montréal, le 15 juin 1716.
MONSEIGNEUR
M. Montgolfier me lut hier quelques fragments d’une de vos lettres , où Je crus entrevoir que votre cœur aimait encore, et que votre bonté paternelle craignait de trouver criminel, celui que vous aviez à juger selon ses mérites, Fortement accusé, cou-
pable ou non, plus ou moins coupable , il consent ,
Monseigneur , à recevoir de votre tribunal la sen- ul tence la plus convenable au bien public et surtout el au bien spirituel de votre diocèse, Si je puis servir êl Dieu et le prochain dans une de vos plus petites [E paroisses, les moins lucratives, les plus éloignées b
des villes et des grands chemins, mais en même | :
| temps des plus faciles à desservir (parce que je C ii deviens infirme et pesant), la re 1 moins recher- Ù | chée, la plus redoutée me pluire ;rmais pius | s l que Montréal. S'il faut être banni dela province, Ù j'en sortirai, comme je l'espère , muni d’un certi- |
ficat de vie et mœurs , que Votre Grandeur aura la
agents ue votre ternelle US aviez jé, COUonsent , la sensurtout s servir petites ignées même que Je
echer--
is pius vince , certiaura la
charité de m'accorder , pour me mettre en état de faire mieux ailleurs que je n'ai fait en ce pavs Voici ma confession publique :
Je n'aime point le bill de Québec, et je m'en suis trop déclaré. Cela me fait des ennemis de tous ceux
* qui l'ont attiré.
J'ai ménagé les Bostonais par respect humain. Si j'avais paru aussi violent contre eux que beaucoup | d'autres, comme j'étais seul Jésuite à Montréal , le
fort de l'orage serait tombé sur ma tête. J'aurars servi d'exemple aux autres: et j'aurais peut-être occasionné une persécution à nos Messieurs de Pensylvanie et du Maryland.
Après le départ des Gens du Roi, les députés de Montréal promirent aux Bostonais une véritable ou une fausse et trompeuse neutralité. Je crus qu'ils en avaient promis une véritable et qu'elle devant être gardée Je l'ai gardée et conseillée ; ce qui m'a rendu tolérant, entre les deux parties, dans le tribunal de la pénitence.
+ M. Flagen, colonel Bostonais, a commandé quelque temps à Montréal. Il m'a rendu la partie de notre maison que M. Murray avait changée en prison. J'ai joui de ce bienfait, que je n'avais pas demandé, et j'en ai remercié l’auteur. M. Flagen m'a invité par écrit à diner; j'y ai été une fois avec un prêtre Irlandais royaliste, qui demeurait chez moi et
qui avait été ci-devant familier chez M. et Mme Flâgen.
Les Bostonais avaient levé , sur la fin de l'hiver, deux compagnies de milice canadienne , Lieber et Olivier. Ces nouveaux enrolés étaient en garnison à Montréal, quand les Pâques s'ouvrirent. Etant prié de les confesser , je consentis à les recevoir, si l'on pouvait m'assurer qu'ils n'iraient point au siége de Québec et qu'ils feraient un service pacifique à Montréal. M. Olivier me l'ayant assuré, je me laissai gagner. Le mardi de Pâques, après diner , je commencai à confesser les moins mauvais sans les approuver à beaucoup près. Ceux qui eurent permission de communier passérent dans la foule, à la paroisse, jusqu’à Quasimodo inclusivement.
Le mardi après Quasimodo, trois miliciens traineurs recurent de moi l’absolution et furent se présenter à la paroisse. Ils y furent refusés publiquement. Je les consolai et je les communiai secrétement, Januis clausis.
Tels sont, Monseigneur, les principaux prétextes
que J'ai donnés, l'hiver et le printemps, aux suppo-
sitions, aux exagérations, aux interprétations malignes, aux détractions, aux calomnies, à l’animosité de bien des gens.
Au vrai, en conscience et devant Dieu, suis-je Bostonais, rebelle, ou l’ai-je été? — Non, Monseigneur.
ne Flâgen.
e l'hiver, Lieber ct garnison it. Etant recevoir, point au ice pacissuré , Je S, apres mauvais lieurent la foule, emnent.
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rétextes suppos maliimosité
suis-je lonsei-
L'automne passé, lorsqu'on assemblait à Montréal les habitants de bonne volonté, pour une expedition qui a manqué, personne ne les à mieux reçus, n’en a plus confessés et communiés que moi. Je disais aux consultants qu’on faisait trés-bien de s'offrir pour le service du Roi, et que ceux qui résistait aux ordres faisaient mal.
Je n'ai jamais cessé de faire chanter à nos saluts le Domine salvum et d'y chanter l’oraison pour le Roi.
Un P. Carroll, missionnaire de Maryland, étant venu à Montréal avec deux députés du congrès, se fit connaitre à moi pour une lettre du P. Farmer, premier missionnaire à Philadelphie. Le séminaire a vu cette lettre, qui ne contenait rien de mauvais. Cependant je n’y ai point répondu. Le P. Carroll n’a point logé chez moi, et il n’y a mangé qu'une fois. Il y a dit la Messe avec la permission de M. Montgolfier.
Je n'ai jamais rien dit, rien écrit, ni rien fait pour ? 9
le service du congrès ou des colonies-unies. Je n’en
ai jamais rien reçu que notre maison bien délabrée.
J'ai reçu deux conseils qui tendaient à ma condamnation, L'un, de quitter la province à la retraite des Bostonais ; l’autre , de faire en chaire Je ne sais quelle rétractation de mes erreurs et réparation de
mes fautes. J'ai rejeté le premier conseil et je ne sais que faire du second.
Disposez de moi, Monseigneur. Vous trouverez très-soumis aux ordres, aux avis, aux inclinations de Votre Grandeur,
Monseigneur,
Votre très-humble, très-respectueux, trèsobéissant serviteur,
À Montréal , le 15 juin 1776.