‹ Bannissement des Jésuites de la Louisiane [microforme]Chapitre 8 sur 26 · SAISIS · texte numérisé non relu

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sens qu'on voulut donner à l'arrêt: ils n'entreprirent, ils ne dirent rien pour leur défense. Qu'auruent-ls pu faire ? protester contre l'arrét et contre son exécution ? Le notaire qui aurait dû recevoir la protestation était intéressé à leur destruction ; il servait de greffier dans l'exécution de l'arrêt, il n°1 gardait pas même les mesures de bienséance. Auruent-ils affiché publiquement leur protestation? On n'eût pas manqué de les traiter comme des gens révoltés contre l'autorité publique : on les aurait saisis et peut-être mis aux fers comme des malfaileurs ; il y avait sur cela des ordres donnés. Enfin les Jésuites n’eurent soin que d'exécuter ce que leur supérieur de la Nouvelle-Orléans leur avait ordonné, ou plutôt de se rendre à la prière qu'il leur avait faite, au nom de Jésus-Christ, de se soumettre à tout , et de se rendre tons à la ville sans avoir égard à aucune raison qui semblerait les en

dispenser. Ils se souvinrent qu'ils étaient disciples

du divin Maitre qui s'est livré à celui qui le jugait injustement, et qui, comme l'agneau devant celui qui le tond , n’a pas ouvert là bouche, Peutétre, qu'au moins pour cette fois, on ne leur sut pas mauvais gré d'avoir pratiqué lobéissance aveugle |

Ils firent plus : craignant que les requêtes présentées par les habitants ne fissent naître contre eux

le soupçon d'une intrigue et d'une semence de ré. volte, ils écrivirent à M. le Commandant et à M. le Commissaire pour les prier de n'avoir aucun égard aux représentations qu'on leur faisait et de hâter le départ ordonné par l'arrêt. Mais ces messieurs firent moins d'attention à cette lettre , qu’au danger d'une émotion dont ils étaient menacés, et ils ordonnérent que le Père Aubert, curé de Cascakias , demeurerait jusqu’à ce que le conseil de la Nouvelle-Orléans en eût décidé.

Cependant l'encan était fini, on avait vendu la maison, les meubles, les bestiaux, les terres; les esclaves devaient être conduits à la Nouvelle-Orléans pour y être aussi vendus au profit du roi; et la chapelle devait être rasée par celui à qui la

maison était adjugée, On permit alors aux Jésuites

de rentrer dans leur ancienne maison dont l'usage

jusqu'à leur embarquement leur était réservé par une clause stipulée dans la vente. Ils la trouvérent bien dégagée; on n'y avait laissé que les bois de lit et les paillasses ; et pour s’y loger, ils furent obligés d'emprunter de leurs amis, chacun une chaise et une petite table, Tls trouvérent leur chapelle dans un état encore plus triste : après qu'on eût enlevé les vases sacrés et les tableaux, les gradins de l'autel avaient été Jetés par terre ; les doublures des orne-

ments avaient été données à des négresses décriées

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figuré sur l'autel et les chandeliers se trouvaient

placés sur un buffet, dans une maison dont la répu-

tation n'était pas saine. À voir les marques du dépouillement de la chapelle, on aurait pu penser que c'étaient des ennemis de la religion catholique qui \ avaient travaille.

Ce fut en ce temps-là que les Jésuites des Tinois urentarriver leur confrère, le P.de Vernay; il venait du poste de Saint-Ange éloigné de soixante-dix ou quatre-vingt lieues. On y avait envoyé l'ordre d’exécuter aussi l'arrêt à son égard; cet ordre fut si exactement suivi, que de ses meubles saisis et vendus, on n'exceptä pas une petite provision de noisettes qui se trouva dans sa maison. Cependant le P. de Vernay avait la fièvre depuis six mois : elle lui dura encore Jusqu'à son arrivée en France, six autres mois aprés. Ce ne fut pas une raison pour différer son départ; l'ordre de partir était donné ; et comment serait-il demeuré dans une maison démeublée et dénuée de provisions ? Il se mit en marche: on était au mois de novembre; il fallut voyager au travers des bois et des prairies bien mouillées, exposé au froid et à la pluie : ce fut en cet état que le P. de Vernay vint joindre la troupe des missionnaires bannis qui attendaient leur embarquement. Il était de leur intérêt que cet embarquement ne fût pas

trop différé; ils avaient sujet de craindre les glaces, qui des la fin de novembre se trouvent quelquefois en abondance sur le Mississipi, où ils devaient s'embarquer, Ces glaces venant à se serrer pourraient bientôt fracasser la voiture qui s'en trouve environnée : du moins elle pouvait l'arrêter et réduire les voyageurs à une grande disette de vivres. Enfin arriva le Jour fixé pour lembarquement; c'était le 24 de novembre ; le bagage des Jésuites n'embarrassait pas beaucoup le bateau oùils entrerent : ils n'avaient que leur lit et leurs hardes en petite quantité, avec quelques vivres qu'ils avaient épargnés pour le voyage, etqui servirent non-seulement à eux, mais à quarante-huit nègres embarqués avec eux, Ces esclaves qui se ressentaient beaucoup de la disette répandue dans la colonie n’appartenaient plus aux Jésuites, étant confisqués au profit du Roi. Mais leurs anciens maitres conservaient toujours la méme attention à leur égard, et ils partagérent bien volontiers avec ces misérables les provisions qu'ils avaient ménagées. Cette charité était alors bien nécessaire: les vivres qu'on avait embarqués par l'ordre du Roi étaient fort modiques; on les avait données comme pour un voyage de quinze à vingt Jours : et, dans la saison, on aurait dû compter ce voyage de quarante à quarante-cinq jours ; l'expérience de plu-

sieurs années devait Île faire estimer ainsi. Heu-

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reusement M. de Volsey, officier des troupes, pourvut par lui-même à ce qui manquait : il était dans un autre bateau avec environ vingt Anglais, que les sauvages révoltés contre eux avaient pris quelques mois auparavant et qu'ils avaient conduits au pays des Illinois pour les livrer aux Francais. Le commandant du fort de Chartres les envoyait alors à la Nouvelle-Orléans; c'étaient tous gens de grand appétit. M. de Volsey qui, en qualité de commandant, reolait la marche, avait soin tousles soirs après qu’on etait débarqué, d'entrer dans les bois pour y chasser, La peine qu'il se donnait ne fut point inutile : accompagné de quelques autres chasseurs, il tua des ours et des bœufs sauvages, qui furent le supplément de la provision trop médioc,

M. de Volsey eut une autre aitention : dans cette saison d'hiver, il fallaitun temps considérable pour embarquer et débarquer un si grand nombre d'esclaves, vieillards, femmes et enfants ; il fallaitle soir, en sortant du bateau, grimper sur les bords du fleuve, clevés , escarpés et glissants , en danger de tomber dans le Mississipi, et de s’y noyer. Après avoir gagné le haut du rivage , il fallait aller chercher dans les bois dont ce fleuve est bordé partout, un lieu convenable pour y camper; souvent on ne le trouvait

qu'après avoir défriché la place tout hérissée de

halliers, de ronces , et de squine; il fallait encore

EN faire une provision de bois suffisante pour allumer et pour entretenir sept à huit grands feux pendant la nuit; enfin il fallait travailler à se mettre à l'abri des injures de l'air en dressant des tentes bien nécessaires dansla saison la ‘lus rude de l’année; et les Jésuites , trés-à propos, s'en étaient pourvus pour eux et pour leurs esclaves ; dans la saisie de leurs meubles on leur avait permis de prendre cette précaution; M. de Volsey eut toujours la complaisance d'accorder le temps qu'il fallait pour toutes ces manoœuvres.

Le voyage qui pouvait être bien long ne fut que de vingt-sept jours, parce que le temps ne fut pas aussi mauvais qu'il est d'ordinaire dans cette saison. Les Jésuites trouvèrent le moyen de dire la messe tous les dimanches et toutes les fêtes. Dans cette route qui est environ de quatre cents lieues , on ne trouve que deux postes établis, celui des Arkansas , et celui de la Pointe-Coupée, car on ne compte pas ici le poste des Allemands qui est trop près de la ville. En passant aux Arkansas, village distant de cent cinquante lieues des Illinois, M. Labaret d'Estrépy, commandant de ce poste, fit aux Jésuites un accueil gracieux et honorable. A la

Pointe-Coupée , M. d'Esmazilières, capitaine com-

mandant de ce poste, les traita de même ; mais sur-

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l'eues d’étendue , fit pour les recevoir tout ce qu'il

aurait pu faire pour les plus chers de ses confréres. Enfin, à sept ou huit lieues de la Nouvelle-Orléans, ils entrèrent à l'habitation de M. de Maccarty, ancien lieutenant du Roi, dans cette ville, qui par ses bontés leur rappela le souvenir de la bienveillance qu'illeur avait toujours marquée aux Illinois, où il avaitété major commandant général. Depuis qu'ils lurent arrivés à la ville, il leur donna encore plusieurs autres marques de son amitié.

Mais au sortir de cette habitation ils se trouvérent fort en peine. Ils se voyaient près d'entrer dans la Nouvelle-Orléans, et ils ne savaient pas où ils pourraient loger; ils n'avaient garde d'approcher de leur ancienne maison , bien instruits qu'elle était vendue et occupée par d’autres maitres; ils n'osaient plus compter sur leurs anciennes connaissances ; la Providence de Dieu pourvut à ce besoin. M. Foucaut, contrôleur de la marine, qui commandait à la Nouvelle-Orléans pendant l'absence de M. le commissaire ordonnateur, avait appris par M. de Volse; l'embarras des Jésuites; il les fit venir au gouvernement où il demeurait, et leur indiqua le logement qu'il leur avait procuré chez M. le.Sassier , assesseur du conseil : ils s’y rendirent et furent

traités avec beaucoup de politesse; ce Monsieur Eu

les invita même à demeurer chez lui jusqu'à leur départ pour France.

Cependant les RR. PP. Capucins sachant l'arri-

vée des Jésuites étaient venus à six heures du soir je, (c'était le 21 décembre)" :r débarquement, pour na leur témoigner la part qu ils prenaient à leur dis- poin urace, et le dessein où ils étaient de leur rendre de d de s s les s offices qu'ils pourraient, Ce fut pour tous les bons offices qu ils pourr I és les Jésuites un motif pressant d'aller, dès le lende- ich main matin, remercier ces Pères, qui les reçurent — { avec toutes les démonstrations par lesquelles la cha- jui { rité peut se faire connaître : ils les priérent de ne Cho; hoi prendre point d'autre table que la leur. Les Pères 7e dev:

Capucins ne purent pas les loger dans la maison | V ’ . a , . , , , . dem:

ou ils étaient; ils l'avaient louée, et n’y étaient ee

pas eux-mêmes tous logés, mais les Jésuites prirent il y une maison voisine ; ils acceptérent avec grande É duitd

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Joie invitation qui leur fut faite: et durant six semaines qui se passérent jusqu'à leur embarquement, il n'est pas de marques d'amitié qu'ils n'aient reçues cn de ces Révérends Pères. Touchés d'une vive recon- nr naissance, ils souhaitérent de la témoigner de a quelque manière ; ils en trouvérent le moyen: leurs Bay

livres de. la Nouvelle-Orléans leur avaient été laissés Lie

par la disposition de l'arrêt porté contre eux, ils

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cins de les accepter.

D'autres personnes encore , même des plus distinguées de la ville, donnérent aux Jésuites des marques d'amitié, qui, dans cette occasion, n'étaient point suspectes. M. le Procureur général les honora de sa visite et leur témoigna la peine qu'il avait ressentie en remplissant à leur égard un ministère ficheux, Un peu avant leur départ, M. d’Albadie, commissaire ordonnateur , leur remit une lettre qu'il avait écrite en leur faveur à M. le duc de Choiseul , secrétaire d'État pour la marine, et qu'ils devaient présenter eux-mêmes : par cette lettre , il demandait, pour chacun d'eux, une pension, et avant de la fermer , il en fit la lecture à l’un d’er ; il y rendait un témoignage favorable de leur conduite.

Cependant les Jésuites comprirent qu'on souhaitait de les voir partir. La saison était faâcheuse , on etait encore au mois de janvier; c'est le temps des grosses mers. Mais il se présentait un vaisseau tout neuf et bien construit: c'était La Minerve, de Bavoune, commandée par M. Balanquet, armateur fumeux dans la derniére guerre, et fort estimé pour sa probité. Ces raisons déterminérent les Jésuites à s'embarquer sur ce vaisseau. Cependant de six qu'ils

étaient, il y en eut deux qui se séparerent. Le Pére ma de la Morinie se souvenait qu'il avait souffert, sur ben la mer, tout le mal qu'on \ peut ressentir, à la mort eur prés ; il remit son départ Jusqu'au printemps pour du trouver la mer plus douce. Le P. Meurin demanda | éctl à Messieurs du Conseil la permission de retourner À lan aux Illinois : c'était une grande résolution après la dot vente de tous les biens des Jésuites; il ne pouvait ma compter sur aucun fonds pour sa subsistance, les 4 les Français ne lui devaient rien, les sauvages ont plus qui besoin de recevoir qu'ils ne sont en état de donner; cch de plus, la santé de ce Père était trés-mauvaise, eût comme elle l'avait toujours été depuis vingt et un rer ans qu'il était à la Louisiane ; mais il savait le dan- nai

ger où étaient les néophytes Ilinois d'oublier bien- | ren tôt la religion s'ils demeuraient longtemps sans | éloi missionuaires ; il compta donc pour rien tous les bot autres inconvénients, pourvu qu'il püt reprendre br: les exercices de sa mission : on lui accorda sa de- for mande, et on lui promit de demander pour lui à | le la cour une pension de six cents livres. Les quatre ro

autres Jésuites qui s'embarquérent le G février nt

eurent l'agrément de se trouver avec M. l'abbé

Forget du Verger, des Missions-Étrangères, qui

venait aussi du pays des Illinois, où il était vicaire

général de l'évêché de Québec. Durant dix ans de

sé our en ce pays, il avait donné aux Jésuites nulle

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marques de son amitié, et sa compagnie les aida beaucoup à supporter les peines du voyage Ils eurent un temps assez favorable jusqu'aux environs

du canal de Bahama, mais il fallait passer le fameux

ecueil de FTle du martyr; le capitaine, trés-vigi-

lunt, fit le possible pour l'éviter : durant près de douze heures il fit porter à l'est, et cependant , malgré cette précaution, le vaisseau emporté par les courants se trouva vers minuit sur les roches qui bordent le Martyr. Les secousses du bâtiment echoué étaient terribles; un vaisseau moins fort y eut été brisé ou du moins se serait ouvert; La Miavrve ne fit pas un pouce d'eau plus qu’à l'ordinaire; on eut recours à la priére, et l'on fit différents vœux. Au lever du soleil on était déja un peu éloigné des rochers ; tout le jour on courut d'un bord sur l’autre, on eut le soir quarante cinq brasses d'eau , et peu après on ne trouva plus de fond ; on respira, et le lendemain on chanta le le Deum en action de grâces; tout le reste de la route fut assez tranquille, excepté le jour et la nuit du 6 mars: dés la veille, le feu Saint-Elme avait annoncé le mauvais temps; la tempête fut violente et s'élendit si loin, qu'a Bayonne, à mille lieues du vaisseau, on la ressentit également,

Enfin le G avril La Minerve entra dans la rade de

Saint-Sébastien en Espagne , parce que le temps ne

permettait pas d'aller se présenter à la Barre de Bayonne. Les Jésuites du collége Saint-Sébastien recurent les missionnaires français avec la charité qu'on ressent naturellement pour des étrangers , surtout quand on les voit injustement persécutés. Ces Pères étaient bien étonnés qu'on füt allé chercher jusqu'au milieu de l'Amérique septentrionale des missionnaires qui n'y étaient que pour convertir les infidèles, etentretenir les Français dans la religion et la piété. Un autre sujet d'étonnement pour eux c'était ce qu'on à déjà dit : quelles prétentions l'on pouvait avoir sur des sujets cédés à la couronne d'Angleterre par le traité de paix. A cet étonnement des Pères espagnols succéda réciproquement la surprise des Jésuites nouvellement débarqués : on les envoyait en France et ils voyaient leurs confrères de France, bannis du royaume, tout pres à arriver en Espagne; car on leur apprit les arrêts du parlement de Paris et des autres, qui avaient ordonné cet exil contre ceux qui ne voudraient pas devenir apostats en abjurant l'institut. Is virent arriver deux jours aprèsle P Nektous dernier provincial des Jésuites de Guyenne. Ce fut pour eux un nouvel embarras; comment se présenter aux frontières de France tandis qu'on en chassait leurs confréres? Ils se rassurèrent cependant, et ils se souvinrent qu'ils étaient porteurs d'une lettre

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ecrite à M. le duc de Choiseul et qu'ils devaient la présenter eux-mêmes; ils se résolurent donc à traverser les Pyrénées , et à Saint-Jean de Luz, ils trouverent trois Jésuites qui faisaient la route d'Espagne. Les deux plus anciens avaient chacun prés de quatre-vingts ans ; le troisième qui était jeune s'était chargé de conduire les deux vieillards au passage des montagnes. Leur tranquillité et leur gaité fut pour les missionnaire: d'Amérique un motif qui les encouragea à contiauer la nouvelle route où ils entraient ; ils arrivérent à Bayonne la veille du dimanche des Rameaux ; ils y trouvérent diverses troupes de leurs confrères fugitifs qui se retiraient en Espagne: les uns et les autres furent accueillis avec la plus grande bonté par Mgr l'évéque de Bayonne. Ce prélat leur fit l'honneur de les communier de sa main le jour du Jeudi-Saint dass

la cathédrale, à la suite de MM. les Chanoines de

cette Église ; et le lendemain il reçut douze d’entre

eux à sa table; il leur donna encore depuis plusieurs autres marques de sa bienveillance; les Jésuites en reçurent aussi de beaucoup d'autres personnes , mais singulièrement de M. le baron d'Oriol, durant leur séjour à Bayonne , qui fut de quinze jours. Ce Monsieur ne les quitta presque point, et leur rendit tous les bons offices qu'ils auraient pu attendre d’un confrère le plus zélé. En partant de

Bavonne , les Jésuites de la Louisiane prirent un passe-port de M. le marquis d'Ainou, commandant en cette ville; c'est une précaution dont les étranuers sont obligés d'user pour entrer dans le royaume et pour y voyager surement. Les Jésuites se regardaient commie désormais étrangers en France ; etils voulurent se mettre à Fabri des mauvais traitements qui pouvaient leur arriver A Bordeaux ils trouvérent encore un grand nombre de leurs confrères , qui étaient incertains de leur sort, et qui craignaient que le parlement de cette ville ne suivit l'exemple que le parlement: de la Capitale venait de donner ; les uns et les autres se consolérent mutuellement de leurs aventures,

Jusque-la les Jésuites de la Louisiane avaient voyagé ensemble au nombre de quatre; en partant de cette ville ils se quittérent; chacun se rendit dans la province où ses affaires particulières l’attiraient. Deux se rejoignirent à Paris. Sur leurs différentes routes 1ls trouvérent encore beaucoup de personnes qui leur donnérent des preuves d'amitié, particuliérement à Orléans où, comme il était arrivé à Bordeaux , les RR. PP. Chartreux renouvelerent à leur égard les témoignages de l'attachement que de tout temps leur saint ordre a fait paraitre envers les

Jesuites.

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que li cession faite aux Anglais n'avait pas mis les lesuites à l'abri; on était encore plus étonné de leur tranquillité à l'égard des événements passés et des peines qu'ils avaient à craindre pour l'avenir ; est vrai qu'ils sentaient {a difficulté de trouver des retraites qui leur convinssent et en mème temps les moyensde subsister; mais ils mettaient leur confiance en la Providence de Dieu qui jusqu'alors ne les avait pas abandonnés , et ils étaient intimement persuadés que, quand le secours des hommes vient « manquer, c’est alors que la main bienfaisante du Seigneur se fait mieux sentir.

Enfin arrivés à Paris, quoiqu'ils n’y fussent point connus, ils reçurent les mêmes marques d'amitié qu'on leur avait données pendant tout leur voyage. Des personnes de différents états, même des plus

distinguées, de tous temps attachés aux Jésuites, se

signalérent en cette occasion par de nouvelles preu-

ves de leur bienveillance. Ensuite ils se rendirent tous à Versailles pour présenter à M. le duc de Choiseul la lettre dont ils étaient chargés : et parce que le jour marqué pour sa première audience était encore très-éloigné, ils firent rendre cette lettre par la voie ordinaire, et se retirérent chacun aux lieux ou ils espéraient recevoir le secours que la justice demandait pour eux.

Je crois, Monsieur, avoir rempli exactement la

promesse que Je vous ai faite au commencement de

celte lettre, de ne m'écarter en rien de la vérité, et je ne crois pas non plus qu'il n’y ait rien dont personne ait le droit de s'offenser ; vous pourrez donc la communiquer à tou. ceux qui souhaiteront

de la voir.

J'ai l'honneur d'être , etc.

A Paris, le 3 septembre 1764.

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Aprés avoir lu la relation du bannissement des Jésuites, on souhaiterait sans doute connaitre les résultats de cette mesure inspirée par la haine des 'arlements. On voudrait savoir si l'expulsion de la Compagnie a grandement contribué au bien de la religion et à la prospérité de notre colonie? Nous devons l'avouer , les documents nécessaires à ce chapitre de l’histoire ecclésiastique de la Louisiane nous font défaut. Cependant nousavons pu recueillir quelques lettres des Jésuites restés dans notre

ancienne colonie, passée entre les mains des Espa-

gnols et des Anglais. Ces derniers se montrèrent moins hostiles aux missionnaires catholiques que le gouvernement du roi très-chrétien. Nous publierons seulement les lettres des PP. Meurin et Floquet conservées à l’archevêché de Québec : elles suffiront à donner une idée du courage des missionnaires restés sur les bords du Mississipi, pour v maintenir le catholicisme au milieu des ruines causées par les arrèts parlementaires.

LLVTRE DU P. SEBASTIEN-LOUIS MEURIN , A MONSEIGNEUR

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