‹ Bannissement des Jésuites de la Louisiane [microforme]Chapitre 7 sur 26 · SIA · texte numérisé non relu

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donnés à leur supérieur, par Monseigneur l’évêque de Québec, en même temps que la compagnie des Indes l'avait nommé à la cure de la Nouvelle-Orléans, ces deux qualités devraient être désormais inséparables et par conséquent leur appartenir ; leurs prétentions furent bien connues par Mgr de Ponbriand. Les Jésuites même (bien des gens ne le croiront pas, mais la chose n’en est pas moins constante ), les Jésuites firent tous leurs efforts pour être déchargés d’un emploi qui n’était pour eux qu'une source de déplaisirs et de contradictions; le prélat persista à vouloir absolument que l'emploi demeurât à ceux qu'il avait nommés; les PP. Capucins refusèrent cependant de reconnaitre le P. Baudoin. L'affaire fut enfin portée au conseil, lequel, après plusieurs procédures, adjugea aux Jésuites, par un arrêt, la légitime possession du grandvicariat; les registres du conseil en font foi, l'exercice de cet emploi fut continué aux Jésuites : la Nouvelle-Orléans et toute la colonie en est témoin. Le P, Baudoin, malgré les contestations passées et quelques oppositions passagères qui survenaient de temps en temps, en avait le nom et en faisait le devoir jusqu’au jour auquel fut porté l'arrêt de destruction. Le croira-t-on dans la suite, si la Louisianne mérite d’avoir place dans l'histoire ? croirat-on que le conseil établi pour y rendre la justice,

«it osé se contredire lui-même par un arrêt solennel, qui dément expressément un autre arrêt donné peu de temps auparavant sur la méme matière : matière trop importante pour pouvoir être oubliée ; matière qui durant plusieurs années avait occupé les esprits a la Nouvelle-Orléans ? Croira-t-on que ceux qui avaient été déclarés légitimes possesseurs, aient pu, peu de temps après, sans qu'il soit intervenu le moindre changement dans la cause, être condamnés comme usurpateurs? En réfléchissant sur cet arrêt porté sans informations, sans interrogatoire , sans

donner aux intéressés la moindre hberté de se

défendre, n'est-il pas naturel de penser que le con-

seil de la Nouvelle-Orléans a regardé les Jésuites

comme des gens contre lesquels on pouvait tout

dire et tout oser ?

Nous avons fini l'examen des motifs particuliers énoncés dans : la condamnation des Jésuites, savoir : Que les Jésuites n'avaient pas eu soin de leurs missions, qu'ils avaient eu soin que de leurs habitations et qu'ils étaient usurpateurs du vicariat général de la Nouvelle-Orléans. West temps de parler de l'exécution de l'arrêt: elle devait se faire d’abord à la Nouvelle-Orléans et ensuite au pays des Illinois, à une distance de quatre à cinq cents lieues. Il y avait en ce pays, comme on la dit ci-dessus , une

mission de Jésuites établie en quatre postes diffé-

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rents, Ils ne furent pas oubliés; et l'on fit partir un courrier pour y porter Flarrèt de destruction. Cependant on l'exécuta promptement contre ceux de là Nouvelle-Orléans. Leur établissement était tout proche de cette ville et proportionné aux besoins de douze missionnaires: il y avait un assez orand atelier d'esclaves pour cultiver la terre et exercer d’autres métiers, comme il est d'usage dans les colonies ; avec divers bâtiments, des troupeaux de bétail et les usines convenables, tout fut saisi, inventorié, mis à l'encan; et cette exécution dura longtemps : ceux qui ÿ étaient employés prenaient leurs repas dans la maison. C'étaient les officiers de justice les plus qualifiés, avec les moindres suppots : il'est bien à croire que les premiers se tinrent dans la décence qui leur convenait; mais les autres ne se crurent point obligés de se contrefaire : ils se voyaient bien régalés et ils étaient assurés que leur emploi était très-lucratif: ils ne dissimulerent pas leurs sentiments. Le supérieur des Jésuites était obligé d’être aux grands repas quise donnaient chez lui durant la déprédation, et il voyait la joie qu'on y faisait paraître. Après la vente des meubles et des immeubles, il restait la chapelle avec les ornements et les vases sacrés : il était dit dans l'arrêt que ces effets seraient portés chez les RR. PP, Capucins : cela fut exécuté, et c'était le moins mauvais usage N. 3

qu'on en pt faire. Aprés quoi la chapelle fut rasée, et les sépultures des corps inhumés depuis trente ans dans ce lieu et dans le cimetiere voisin, demeurérent exposées à la profanation. On à souvent demandé aux Jésuites revenus de la Louisiane en France, la raison de ce procédé ; on leur à marqué l'étonnement et l'horreur qu’on ressentait de cet événement ; ou leur a dit qu'on ne devait l’attendre que des ennemis déclarés de la religion catholique : les Jésuites n’ont pu répondre que par leur silence.

Rien ne manquait plus à l'exécution de l'arrêt, que de renvoyer les condamnés en France : ceux qui se trouvaient à la Nouvelle-Orléans n'attendirent pas qu'on leur intimät l'ordre de partir. Le P. Carette s'embarqua pour passer à Saint-Domingue, le P. Roy se retira à Pensacole , dans le temps méme où les Anglais entraient dans ce port pour en prendre possession , et que les Espagnols l'évacuaient en vertu du traité de paix ; ilentra dans le vaisseau qui devait porter le Gouverneur de cette place, à la Vera-Cruz. Le Pére y fut accueilli par les Pères espagnols du collége, avec la plus grande charité; peu après il fut associé à la province que les Jésuites ont au Mexique, par le P, François Zéballos, supérieur de cette province; sa lettre écrite à ce sujet exprimait les sentiments les plus géné-

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des terres de la domination francaise y étaient invités a la même retraite, Le P. Le Prédour était aux Alibamons à une distance d'environ deux cents lieues ; il fallut beaucoup de temps pour lui faire parvenir la copie de l'arrêt ; et, apres qu'il l'eut recue, il fut obligé d'attendre des occasions pour se rendre au lort de li Mobile, et de là, à la Nouvelle-Orléans. On a appris depuis peu qu'il est de retour en France. Il ne restait donc plus à faire partir que le P. Baudoin, supérieur de toutes les missions ; mais il était âgé de soixante-douze ans, infirme comme on le peut croire d'un homme qui avait passé trente-cinq ans dans la Louisiane ; et de ces trentecinq ans, vingt environ, au milieu des bois, avec les Chactas ; iln'avait ni parents, ni habitude en France ; étant né au Canada, on lui permit de demeurer. On lui constitua un pension de neuf cents livres qui équivaudrail en France à la somme de trois ou quatre cents francs M. Boré, ancien babitant du pays, lui offrit de se retirer avec lui sur sa terre, et prouva ainsi la sincérité de l'amitié qu'il avait tou- Jours marquée envers les Jésuites.

Cependant, le courrier dépèché aux Illinois pour y porter l'arrêt, arriva la nuit du 23 septembre au fort de Chartres , éloigné de six lieues de la résidence des Jésuites. Il remit au procureur du roi

la commission qui le chargeait d'exécuter l'arrêt,

et dés le lendemain, cet officier de justice se rendit sur les huit où neuf heures du matin chez les Jésuites, accompagné du greffier et de l'huissier de la juridiction ; quelques jours après 11 à tâché de faire valoir la modération dont il avait usé en n'arrivant pas durant la nuit, comme ses ordres le portaient, disait il: à cela près on dut être content de son exactitude, I lut au P Watrin, supérieur, l'arrêt de condamnation , et lui en ayant donnée copie, le tit sortir sur-le-champ de sa chambre pour y mettre le scellé; on en fit de même à légard des autres missionnaires qui se trouvaient dans la maison. Il restait une salle où ils pouvaient demeurer ensemble, quoique avec une grande incommodité, mais cette grâce leur fut refusée, parce que les gardes, établis pour la sûreté de la saisie, s'y opposérent; ils ne voulurent pas que les Jésuites pussent éclairer de si prés leur conduite. Le procureur du Roi eraignit de mécontenter ces gardiens , il ne voulut pas même permettre aux Jésuites de demeurer chez un de leurs confrères, qui étant curé du lieu, avait son logement particulier près de l'église paroissiale : on n’y avait pas mis les scellés parce qu'il n’y avait rien à saisir. Les missionnaires chassés de leur maison se cantonnérent comme ils

purent. Le supérieur, âgé de soixante-sept ans,

partit à pied pour se retirer à une grande lieue chez

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son confrére missionnaire des sauvages, et les Franais qui le rencontrérent sur cette route gémirent de voir la persécution commencer par lui.

Dés que les sauvages le surent arrivé chez . 2x, ls vinrent Jui marquer et au P. Meurin son confrère, la part qu'ils prenaient à l’affliction de leurs Péres : la nouvelle de leur condamnation avait déjà fait répandre bien des larmes dans le village. On leur demanda pourquoi ils étaient traités ainsi, surtout dans un pays où tant de désordres étaient souflerts depuis si longtemps; l'ancien missionnaire, aprés plusieurs interrogations réitérées, répondit enfin : Æ4rechi Kiécouegane tchichi Ai canta man: ghi ; c'est que nous querellons bien fort la folie. Is comprirent le sens de cette réponse, ils savaient en effet, qu’en quelque lieu qu'ils soient établis , les Jésuites se croient obligés par leur état à combattre le vice, et qu’en le combattant ils se font des ennemis.

Les sauvages chrétiens proposèrent ensuite de députer les principaux d’entre eux à M. Neyon, commandant, et à M. Bobé, commissaire subdélégué du pays, pour demander qu'au moins le P. Meurin, leur missionnaire, füt conservé dans sa mission , les deux Jésuites leur dirent nettement de n’en rien faire, parce que cette démarche serait méprisée et sans effet, comme ayant été suggérée.

Ils voulurent donc demander qu'au moins on conservat la chapelle et la maison du missionnaire, afin que le plus instruit d'entre eux püt assembler les enfants et leur répéter les prières, et que tous les Dimanches et fêtes, il appelat les priants, c'esta-dire les chrétiens, au son de la cloche, pour satisfaire du mieux qu'il serait possible aux devoirs de la religion ; ils firent en effet cette démarche et ls obtinrent ce qu'ils demandaient.

Cependant le Procureur du Roi se relâächa un peu de sa rigueur : vers le même temps ñl reçut en un seul jour quatre lettres de M. Bobé, commissaire, qui le priait de modérer son zèle , et consentit que les Jésuites se réunissent chez leurs confrères curés des Français. Ils v étaient fort à l’étroit dans une maison bâtie pour un homme seul: on avait ouvert leurs chambres, afin que chacun püt en tirer son matelas et ses couvertures qu’ils étendirent sur le plancher dans la maison du curé. Cette manière de prendre leur repos, laquelle dura près d’un mois, les prépara au vovage qu’ils devaient faire bientôt sur le Mississipi, car on ne campe guêre autrement sur les bords de ce fleuve. On permit aussi aux Jésuites de prendre leurs hardes et leurs livres que l'arrêt leur avait laissé, Enfin on pourvut à la suhsistance de ces Pères, jusqu'au temps où ils devaient s'embarquer pour descendre à la Nouvelle-

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Orléans. On leur abandonna la plus grande partie des vivres qui se trouvaient dans leur maison, et cette provision fut en effet suffisante pour le temps qu'ils passérent encore aux Illinois.

Ov en vint enfin à faire l'inventaire ; 11 fallait du temps pour ramasser et mettre en ordre les meubles d'une grande maison et d’une habitation considérables, les bestiaux dispersés dans les campagnes et les bois ; d’ailleurs il y avait raison pour ne pas se presser : plus les vacations étaient longues, plus elles valaient à ceux qui s’y trouvaient employés.

Durant cette longue exécution , les gens du pays raisonnaient sur ce qui se passait sous leurs yeux ; la nouvelle de la condamnation des Jésuites avait fait gémir les sauvages. Elle jeta la plupart des Français dans la consternation , on la regarda comme une Calamité publique; des paroissiens justement attachés à leur pasteur se voyaient sur le point de le perdre, sans qu’on eùt même pensé à lui donner un successeur. On ne tarda pas à présenter au nom de presque tous les habitants une requète adressée au commandant et au comfissaire du pays , pour obtenir que du moins le P. Aubert , curé des Cascakias français, füt conservé; et comme la réponse par it différée trop longtemps, peu après il partit une seconde requête. En attendant qu'on y répondit, les habitants les plus sensés demandaient

et

de quel droit on s'était empare des biens des Jésuites, et quel pouvoir on avait sur leur personne, dans un pays cédé par le traité de paix à la couronne d'Angleterre? On demandait encore par quelle raison les lésuites étaient exceptés du bénéfice accordé indisüinctement à tous les habitants des Hinois, d'avoir dix-huit mois pour opter ou de demeurer dans ce pays, ou de se retirer ailleurs ? Surtout on était indigné de la saisie faite des vases sacrés, d'une chapelle appartenant aux Turons du détroit, que Île P. Saleneuve, missionnaire de cette nation, avait apportés au pays des Iinois quand il s’y était réfugié deux ans et demi auparavant. Autre sujet d’étonnement : ce Pere venu du détroit, et le P. de li Morinie, venu du poste de Saint-Joseph, n'étaient pas de la Louisiane, mais du Canada ; c'était l'extréme disette qui les avait obligés de se retirer au pays des Hlinois ; ils n'v étaient restés que par le défaut des occasions nécessaires pour retourner à leur poste. Le P. Salleneuve n'avait point d'emploi dans la mission des Illinois, et le P. de la Morinie ne s'était @hargé de l'église de Sainte-Geneviève, que par le motif d'un zele qui ne se refuse à rien ; il étut visible que le conseil de la Nouvelle-Orléans ue devait ni les connaitre ni penser à eux; mais ceux qui avaient l'autorité, aux Hinois, n'en Jugérent

point ainsi; et les Jésuites se soumirent à tous les

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