‹ Banques populairesChapitre 12 sur 68 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Maximes.

Les Caisses d'Epargne et les Salles d'asile changeront la face de la société.

Rossi.

Parce que le travail et l'épargne donnent la liberté au travailleur.

Les Banques d'Epargne réformées sont et seront la conséquence de l'émancipation des travailleurs, et par conséquent de la démocratie.

Par qui les Banques d'Epargne doivent être fondées et contrôlées.

1.° Elles doivent être créées par les particuliers, les Municipes, les Gouvernements, ou mieux par des Sociétés de bienfaisance, ou encore par des Banques ordinaires, avec des fonds suffisants de garantie, surtout quand elles sont créées par les particuliers. Elles doivent être contrôlées sans cesse et avec rigueur par les fondateurs et par le Gouvernement qui ne doit pas se contenter d'en surveiller et d'en protéger l'administration, mais doit les aider au moyen de quelques privilèges et de soins attentifs; dans l'Italie supérieure, centrale et méridionale elles sont sous la surveillance des autorités provinciales, mais la plupart sont libres : qu'on n'admette les Sociétés anonimes à fonder des Caisses d'Epargne que difficilement et sur les garanties les plus solides (i).

Exemption de taxes.

2.° Qu'on exempte de taxes et de séquestres, autant que cela est possible, toutes les opérations des Caisses d'Epargne, moins leurs biens immobiliers.

Qu'on reçoive de l'argent et non du papier.

3.° Ne recevoir en dépôt que la monnaie légale effective : si on admet le papier ou les billets de banque, qu'on ouvre à ce dépôt une partie spéciale sous le nom de dépôt des billets: on ne courra pas ainsi le risque de perdre, comme l'ont fait les banques amércaines en 1857

(1) Comme on le fait pour les Caisses d'Epargne particulières en Belgique et en Prusse.

GI au moment de la crise. On y allait déposer du papier qui perdait 20 p. /^ et même plus, puis peu de temps après on allait reprendre le dépôt en argent efTeclif, pour le changer en papier avec un bénéfice de 20 p. °//, le reporter à la Caisse d'Epargne, et ainsi de suite, pour recommencer la même opération; cela fit un si grand tort à ces établissements que la plupart de leurs dépôts tombèrent en raison de la perte que le papier subissait sur la place.

Mesure des dépôts.

4.° Que le minimum soit l'unité de monnaie du pays, le maximum trois mille unités, et s'il est possible un nombre indéfini. Qu'on rembourse cent unités à vue, les sommes supérieures jusqu'à mille dans les dix jours, le reste dans les quinze jours qui suivent la demande, en faisant cesser l'intérêt le jour où le remboursement est demandé, et le faisant commencer le premier jour du mois qui suit celui où le dépôt a été fait, ou le premier jour de la décade qui va commencer ou mieux encore le lendemain du dépôt.

Manière d'employer les dépôts.

5.° Qu'on ne prête qu'avec sûreté. Le but des administrateurs des Caisses d'Epargne, doit être d'activer l'industrie avec les capitaux qu'on leur a confiés, pour augmenter en faveur des déposants les moyens de travail, d'épargne, et en conséquence de bien-être. Jusqu'à présent on a l'usage d'employer ainsi les fonds d'épargne:

a) on prête sur hypothèques, sur maisons assurées contre l'incendie;

b) sur dépôt de bonnes valeurs, sur bonnes lettres de change du pays et même de l'étranger, sur fonds publics, sur action et obligations industrielles du pays, et faciles à réaliser;

c) par contrats ou prêts avec des entrepreneurs do travaux publics;

d) aux Gouvernements; aux Départements on provinces, aux Municipes, aux Compagnies de canaux d'irrigation et de navigation;

e) aux banques particulières et publi(iucs en tenant ouverts avec elles des comptes courants ;

f) sur crédit personnel, par escompte de bons titres de crédit;

g) aux établissements de bienfaisance, cl particulièrement aux Monts de Piété et dans l'avenir aux sociétés coopératives.

La première et la dernière manière conviennent le mieux au but. la première à rnuso de la sûreté qu'elle offre, la seconde parce qu'eUe

tend à secourii" les classes mêmes des déposants. Le montant des prêts selon a et 6 doit être tel qu'on ne risque jamais de perdre, quelque baisse qu'il survienne; sur hypothèques jamais plus des deux tiers; sur les terres et sur les maisons assurées, jamais plus de la moitié de leur valeur actuelle. Si on prête sur effets particuliers, ou sur lettres de change, qu'il n'y ait pas moins de trois bonnes signatures, comme font les banques pour escompter ou prêter sur lettres de change ; sur fonds publics, sur actions et obligations industrielles, jamais plus de la moitié, pour, je le répète, ne pas perdre si les valeurs déposées viennent à baisser. La Caisse d'Epargne de Milan a coutume de se faire remettre par les emprunteurs, quand elle leur prête sur dépôt de titres publics et industriels, une lettre de change à son nom et payable à l'échéance du crédit, lettre de change qu'elle rend à la consignation du dépôt, c'est-à-dire au remboursement du capital: cette mesure est fort sage.

On prêle aux banques pubhques, c'est-à-dire qu'on dépose chez elles des fonds, en ouvrant des comptes courants en conséquence, comme en Angleterre, en Prusse, en Russie, dans le Etats-Unis d'Amérique. Il y a des Banques d'Epargne qui escomptent des lettres de change, comme celles de Milan , de Rome , de Prague , de Vienne. Mais ces opérations exigent beaucoup de prudence, on ne doit s'y aventurer que le moins possible, pour ne pas s'encourager à la spéculation, dont les Caisses d'Epargne doivent toujours se tenir très-loin; pour ne pas s'attirer des dangers en cas de crise et courir risque de se rendre antipathiques par les procès à soutenir contre les faillis et les retardataires, pour ne pas perdre la confiance et ne pas. annuler l'efficacité de l'épargne à sa source; puis, parce que les crises sont surtout funestes aux classes ouvrières.

La principale raison pour laquelle furent compromises en 1857 les Caisses d'Epargne d'Angleterre, ou plutôt les banques qui dans ce pays font l'office de Caisses d'Epargne, fut précisément la spéculation à laquelle se Uvrèrent les banques qui hors de Londres recevaient les dépôts des Caisses d'Epargne.

Les prêts aux Gouvernements faits directement ou indirectement doivent être les plus faibles possibles, de crainte que l'oscillation de leur crédit ne fasse osciller le prix des valeurs qui le représentent; car ces oscillations produisent des crises, des désordres et affaiblissent les capitaux de garantie. Supposons une Caisse d'Epargne qui prête à son gouvernement un million à 5 p. *%; survient une crise, une guerre.

une frayeur panique quelconque, le papier perd 20 p. *%. Les déposants, toujours effrayés au-delà de la raison, se précipitent aux portes de r établissement pour réclamer leurs dépôts , diminués de 20 p. Yq. La confiance dans le gouvernement et dans la Caisse d'Epargne diminue , la crise augmente par cette défiance , il manque 200 mille francs aux fonds redemandés, et les derniers arrivés devraient s'en retourner les mains vides, si on n'y pourvoyait pas des moyens extraordinaires. L'Etat et les philanthropes viennent au secours des Caisses et ont presque toujours les moyens de remédier à ces embarras; le secours ne fait jamais défaut, comme ou le voit dans l'histoire des crises de ces établissements. Mais l'histoire avoue aussi qu'il vaut mieux les éviter. D'ailleur les gouvernements empruntent souvent pour des besoins de consommation, pour des guerres qui dans beaucoup de cas produisent des avantages, mais les Caisses d'Epargne doivent toujours penser et viser à la l'eproduction.

Par suite des mêmes principes, les Caisses d'Epargne doivent prêter le moins possible sur dépôt de fonds publics, d'actions et d'obligations industrielles ; parce qu'au moment des crises, le besoin de vendre, où se trouvent les emprunteurs qui doivent rembourser à époque hxc, provoque de plus en plus la baisse et par conséquent les crises.

Par crainte des crises, on est presque tenté de vanter les Caisses d'Epargne françaises, russes, prussiennes et anglaises, où l'intérêt des dépôts est garanti par les gouvernements. L' industrie de ces pays étant déjà aidée par d'autres établissements de crédit, c'est une bonne pensée de la part des Gouvernements d'avoir présenté aux déposants pour garantie la personne la plus accréditée: car, dans l'état normal, un gouvernement doit avoir plus de crédit que les personnes les plus riches et les plus accréditées.

Les prêts les plus avantageux.

G." Mais le prêt, selon la langue financière, de reproduction ou le prêt industriel est le plus convenable, le plus avantageux, et préférable à tous les autres. Nous avons vu qu'en prêtant sur fonds publics, sur actions et sur obligations, outre le danger d'alimenter la spéculation, on risque de voir les dépôts diminuer de prix jusqu'au dessous des sommes prêtées et même du fonds de garantie et de réserve, au grand dôlrimenl du patrimoine du pauvre.

Comme l'idée domiiianlc des Caisses d'Epargne doit toujours être (|p f;ivorjsor, suivant Ins conditions du pays, l'inlérêt des classes moins

aisées, le meilleur moyeu de le faire est d'activer la force productive de leurs capitaux, en les confiant à l'industrie particulière, mais avec une garantie solide. On l'obtient en prêtant sur hypothèque, en opérant presque comme les banques hypothécaires et agricoles. L'argent que l'on prête ainsi sur hypothèque sert ordinairement à améliorer la propriété territoriale, l'industrie, le commerce. En somme, de cette manière le gain est double. Dans le cas contraire, on court risque d'augmenter chaque année la dette de l'Etat, qui par son accroissement oblige tôt ou tard, mais sûrement à une diminution de l'intérêt. C'est ainsi que le travail augmente, et l'ouvrier gagnant davantage, épargne davantage et en même temps améliore son état. Il n'y a pas besoin de faire ressortir le bénéfice que l'Etat retire en g'énéral d'un pareil emploi de fonds, sans même en avoir le maniement direct, tant du côté de la prospérité générale, que de celui de la moralité des citoyens.

Les Caisses d'Epargne, pour atteindre leur but économique et moral, ont besoin, je le répète, de crédit comme de pain. Il faut donc se garder avec soin de toute opération qui pourrait y porter atteinte. C'est pour elles une nécessité absolue, et on en a vu la preuve dans les événements dont j'ai déjà parlé, et dont je parlerai encore plusieurs fois, parce qu'ils sont la plus grande leçon qu'on puisse donner aux administrateurs des Caisses d'Epargne ou des petits capitaux des classes peu aisées. Ces malheurs arrivèrent dans les mois de novembre et décembre 1857. Les fautes des banques d'Amérique et de quelques unes d'Europe qui firent des spéculations démesurées au-delà de toute consommation naturelle, amenèrent la crise monétaire, financière et commerciale qui faillit être suivie d'une crise sociale aux Etats-Unis d'Amérique, en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, et un peu même en France. Les faillites innombrables d'industriels, de banquiers et de commerçants forcèrent des grands établissements de crédit à suspendre leurs paiements. Les Caisses d'Epargne qui avaient leurs dépôts dans ces Banques, furent entraînées dans leur ruine. Elles virent les déposants se ruer sur leurs portes pour réclamer leurs épargnes; la crise devint plus terrible et on eut de le peine à retenir la foule furieuse, agitée d'une terreur panique impossible à calmer. 11 y eut de graves désordres; on saccagea la maison où était installée la Banque de Glasgow, et la force armée ne put qu'à grand'peine sauver les employés et la Caisse : le peuple voulait reprendre violenruienl les fruits de ses sueurs, qu'il n'aurait, du reste, pas retrouvés, même après avoir fait triompher sa fureur. Sans doute, le peuple avait tort de s'a-

bandoiiner à ces actes de fureur, mais le lorl était encore plus grand de la part des administrateurs qui avaient confié les capitaux sacrés de l'épargne à des maisons de banque compromises dans le commerce international, avec l'Amérique spécialement, et qui avaient risqué des opérations pour soutenir des spéculations tout à fait anormales. C'est là la raison perpétuelle des crises passées, présentes et futures ; elles arrivent toujours à période fixe; ce sont des maladies organiques qui font rentrer dans la voie des lois naturelles l'ordre bouleversé des prix de toutes les valeurs de change. Nous devons noter ici le bien qu'a fait dans ces circonstances fâcheuses la banque de Londres, qui opéra comme armée de secours, en vraie puissance médiatrice entre le peuple et les banques. On ne devrait donc placer que dans les grandes banques, en compte courant avec intérêt, les fonds inactifs des Caisses d'Epargne. Malgré cela, à toutes espèces de prêt on peut opposer quelque critique, même au prêt hypothécaire qui n'admet pas une prompte réalisation. C'est aux administrateurs intelligents, honnêtes, qu'il appartient de régler les prêts selon les conditions du pays, et avec la balance de la justice. Les événements qui donnent de l'inquiétude aux déposants, leur font ralentir leurs épargnes, et retardent ainsi l'amélioration de leur posilion.

Intérêts aux déposants.

7." Donner aux déposants l'intérêt que les Caisses reçoivent de ceux à qui on prête, avec sûretés, les petites sommes réunies en groupes plus ou moins forts, en retenant pour réserve, si l'on ne peut pas faire autrement, ce qui est absolument indispensable pour les frais, que devraient couvrir les intérêts des quelques jours ou du mois non comptés aux déposants quand ils font leur dépôt et quand ils le retirent; il est bien entendu que les frais sont proportionnés à l'importance de la banque. Les autorités publiques feraient bien selon quelques uns de penser à payer ces frais, comme cela se fait dans quehpics Etats. Cette idée est combattue par ceux qui ne veulent pas que les Caisses d'Epargne soient des établissements de bienfaisance. En France, c'est la Caisse des consignations et dépôts, qui recevant les dépôts des Caisses d'Epargne, paie les frais avec la différence d'intérêt entre le 3 '/^et le 4 p. y^ qu'elle donne. En Angleterre, c'est la Banque, qui, recevant pour le romple de l'Etat les épargnes des divers établissements à qui elle donne un intérêt de n p. y^, pnic ainsi les frais avec la différence entre 3 et 2. 17. 9 '/^ qu'on donne ;im\ déposanis. En l'eusse cl en Uiissjc on f.iji de même.

Plusieurs proposent, par économie de temps et de comptabilité, un intérêt dun centime par jour, c'est-à-dire de fr, 3. 65 par an. Disposition que toutes les caisses d'épargne et même toutes les banques pour les dépôts à intérêts devraient au moins adopter.

Administrateurs.

8.° Que les personnes préposées à l' administration appartiennent aux classes les plus distinguées par leur richesse, leurs connaissances économiques , financières et administratives ; il n'est pas nécessaire qu'elles aient un caractère officiel, au contraire, il vaut mieux que la majorité n'en ait pas. L'autorité doit être seulement l'amie et la protectrice de ces établissements, par la raison qu'il y a des moments où une action trop directe du gouvernement sur les banques, et spécialement sur celles qui nous occupent, fait diminuer le crédit dont elles ont un si grand besoin. Que le Conseil d'administration soit donc formé do nobles et de plébéiens, de conservateurs et de libéraux, de propriétaires de terres et de commerçants, d'industriels et d'hommes de loi, de commissaires du gouvernement et d'économistes. La loi, la science, la richesse, l'expérience, l'amour du pays et des classes pauvres sont les éléments que doivent représenter les administrateurs. On doit en changer un certain nombre tous les ans, pour que le Conseil reprenne une nouvelle vigueur et de nouvelles forces, et ne devienne pas une corporation trop exclusive, trop pleine d'esprit de corps, facile à rejeter les innovations utiles, si elles ne sont pas inspirées par des sentiments de partialité, par des sympathies individuelles. Ceux de ces établissements qui font des affaires de prêt sur dépôt de titres, ou qui font l'escompte des lettres de change, doivent avoir un comité spécial de personnes tout à fait désintéressées pour la conservation du castelletto ou note de l'oscillation du crédit des personnes auxquelles on fait l'escompte.

Simplicité d'administration.

9.° L'administration doit être aussi simple et claire que possible, contrôlée par un Conseil de surveillance renouvelable tous les ans, ou par des Commissions spéciales.

Les Employés; leur garantie et leur surveillance; bons émoluments.

10.° Que les émoluments des employés soient raisonnables, selon les conditions économiques du temps et du pays ; qu'on les rétribue largement, ou de manière qu'ils ne puissent être tentés ni directement ni

indirectement d'abuser à leur profit de la multiplicité des opérations et du mouvement de tant d'argent. Les accidents arrivés à plusieurs établissements de crédit et d'industrie par la mauvaise foi des employés ont peut-être eu pour cause les faibles honoraires ou la négligence des personnes chargées de la surveillance. Combien de conseils de surveillance comprenant des noms qui font illusion au public, méritent d'être surveillés avec rigueur par les Gouvernements, et ont été et sont cause de pertes incalculables! Combien d'administrateurs n'ont autre chose à faire qu'à jouir de sinécures acquises sans peine, et sucent le sang des entreprises sans travailler! Qu'on les paie ce qu'il faut, mais qu'on fasse peser sur eux une responsabilité réelle, L'occasion fait le larron; celui qui met des personnes subalternes au milieu de l'argent, fait une guerre cruelle à ces malheureux, et une partie de la faute qu'ils commettent en volant retombe sur la conscience de ceux qui auraient pu ou dû payer mieux et enlever l'occasion de faillir. Sans doute, chacun est responsable de ses actions; mais un riche qui vole, est bien plus à blâmer qu'un malheureux employé qui a deux mille francs ou moins par an pour lui et sa famille, et que le riche a mis en face de l'argent, en le poussant, pour ainsi dire, au crime. — Mais on dit: Grellet, Penod, Johnson, PuUinger, les nombreux caissiers qui prennent Ihabitude de fuir à l'étranger, étaient vicieux. Demandez-leur quand ils. ont commencé à l'être. Défendez au sommelier de boire du vin, et le sommelier s'enivrera du vin qu'il ne devait pas boire et qu'il aura bu, peut-être même sans avoir soif. Voilà les considérations que devraient toujours avoir devant les yeux ceux qui président aux administrations publiques et particulières et dont plusieurs sont imprévoyants, dissipateurs, au grand dommage de l'esprit d'association, et par conséquent de l'industrie et de la prospérité générale. Que celui qui fait le sourd, le muet et l'aveugle, n'accuse que lui-même, quand en présence d'accidents funestes, il est forcé de dire: « j'ai eu tort de trop économiser, d'être négligent: il est difticile de vivre de peu, surtout quand on est au milieu de l'argent ».

Vous élevez trop le prix de la ferme que le paysan vous paie pour le fonds qu'il cultive; il est forcé, comme cela arrive en plusieurs endroits, de cultiver le froment, le raisin, les fruits, les vers à soie, et de se contenter du blé turc et du fourrage, en vous remettant le reste à vous, son maître, pour sa ferme ou pour les impôts publics. La premii'ic, aiinéo il aura peut-être la force de résister à la lentalion quand il se rend chez voii=; avec sa charge de froment, de raisin, do fruits,

de cocons, de poulels, de pigeons et d'œufs; puis dans un jour de faim, d'épuisement, il prêtera l'oreille à la tentation qui lui dit intérieurement ou extérieurement: « tu manges du pain noir et tu bois de l'eau, et lu portes à ton maître le pain blanc, le vin, la soie que tu as produit à la sueur de ton front; prends, prends ta part ». Pourquoi voulez-vous que les pauvres soient des martyrs quand on a vu tant de ministres, tant de présidents d'établissements mettre une main sacrilège dans le sac des finances publiques, produit de fatigues, de travaux, de sacrifices? Soyez donc justes dans la répartition des traitements.

Sunmllnncc du mouvement dea Caisses.

H ." Le mouvement de l'argent et des titres doit être continuellement surveillé, mais ne doit pas l'être seulement par les commissaires du gouvernement. Le Conseil de censure, les Administrateurs, le Comité de vigilance, doivent d'après les statuts, vérifier, chacun à leur tour, l'état des caisses, des portefeuilles, et le confronter autant que possible avec les inscriptions des livrets. On doit savoir chaque jour ce qui est entré et ce qui est sorti, et publier même chaque semaine la marche générale de l'Etablissement.

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Publicité des opératiom.

12.° Que les Caisses d'Epargne publient, tous les ans, tous les mois, toutes les semaines, des rapports sur le mouvement particulier ei général de leurs caisses, sur les dépôts reçus et remboursés, sur la quantité et la qualité des prêts, sur les bénéfices, en les accompagnant dexphcations utiles et faciles à comprendre. Que ceux qui y sont intéressés puissent ainsi s'éclairer et s'assurer encore mieux des avantages que leur procure l'épargne; qu'on voie ainsi se conserver et s'accroître cette confiance qui est le pain quotidien des Caisses d'Epargne. Qu'on publie de temps à autre de petites brochures pour exposer, dans un style clair et populaire les avantages que produisent ces établissements.

Que chaque Caisse ait près d'elle un Mont de Piété, ou un bureau pour l'achat ou la vente des livrets.

4 3." Qu'il y ait auprès de chaque Caisse d'Epargne un Mont de Piété, comme à Vérorie, à Metz, à Avignon, etc. Les résultats avantageux de cette mesure sont trop clairs pour qu'il soit nécessaire de les expliquer. On fait ainsi déjà dans plusieurs pays: qu'on généralise donc cet usage.

Qu'il y ait des succursales même dans les plus petites villes et villages.

14." Que l'on fonde des succursales ou des sous-succursales dans les plus petits centres de population, où l'ouvrier, soit en vendant un produit, soit en encaissant une créance, puisse mettre ses épargnes en sûreté, avec intérêts et sans frais. Dans les endroits où il n'y a pas de succursales, ni d'établissements subalternes, on peut se servir des percepteurs des impôts publics, des commissaires du cens, ou des employés des établissements de bienfaisance. Il serait plus simple encore de se servir des curés et des conseils municipaux. La Caisse d'Epargne du chef-lieu aurait un compte général avec le municipe dont elle recevrait, toutes les semaines, les épargnes, et qui serait chargé de donner au déposant un livret au nom de la Caisse d'Epargne. Le déposant serait libre de se rendre aussi à la caisse principale pour faire d'autres dépôts ou demander le remboursement de ceux qu'il aurait faits. La Caisse n'aurait qu'à faire une annotation sur le livret de la personne, au compte du municipe, soit pour l'encaisse d'autres dépôts, soit pour leur remboursement en tout ou en partie.

Ces bureaux alfiliés aux Caisses seraient très-utiles dans les jours de fête, de foire et de marché. Un campagnard, par exemple, va au tnarché avec un veau, un peu de légumes, de la volaille, des fruits, du laitage, avec des produits de son industrie, pour les vendre ; supposons, qu'il en retire en tout quatre-vingt-dix francs. Il en consacre aussitôt une partie à acheter quelques provisions nécessaires à sa famille, du sel, du riz, quelque vêtement, un instrument de travail, quelque matière première de son industrie, une brebis, un porc à engraisser. Supposons qu'il dépense GO ou 70 francs, et qu'il ait l'intention de porter le reste chez lui. Mais en s'en retournant, il dépenserait quelques sous ou quelques francs, pour se donnçr un peu de bon temps au cabaret, cédant à la tentation, à ses compagnons de route ou à l'argent même qui lui brûle les poches. Si au marché il y a un bureau ou une main directe ou indirecte qui recueille ce reste et si le travailleur rénécliit que ces vingt francs mis en sûreté et avec d'autres qu'il a déposés, ou qu'il déposera dans la suite, deviendront un capital toujours grossissant, qui pourra lui servir dans l'avenir à faire qucUpie boime affaire, à améliorer son état; s'il réfléchit qu'en portant chez lui cet argent, il peut le perdre, le prêter à quelipie intrigant ((ui ne le lui rendra pas, il sera bien aise de ne conserver que quelques sous pour se rafraîchir en route, et de mettre le reste à la Caisse d'Epar-

gne. Toutes les semaines en retournnnl au marché, dominé par celle idée de prévoyance, il fera la même chose: l'épargne devienl une heureuse habitude qui produit des bénéfices infinis. Bénéfices aux déposants, moralité, prévoyance, sérénité d'esprit, courage personnel, indépendance et bien-être ; bénéfices à l'industrie générale du pays, fécondée de plus en plus par les épargnes les plus précieuses qui, réunies, deviennent des capitaux fructueux, c'est-à-dire des instruments de travail toujours progressifs; bénéfices à l'Etat qui s'élève à un haut degré de civilisation, en pénétrant profondément dans le sein de la population, pour l'amélioration des classes ouvrières. Il est certain qu'une nation est riche, puissante, civilisée en raison des bonnes habitudes, des bons principes, des bons sentiments, de l'habileté, de l'activité, de la force de production, de la prospérité de ses habitants, et en particulier des classes moyennes et inférieures, c'est-à-dire en raison des sacrifices des épargnes que chacun est capable de faire.

Si, au contraire, les travailleurs des campagnes, si ennemis (fait providentiel) de la locomotion, si indolents, si inclinés à vivre tranquilles et même misérables à l'ombre de leur clocher, qui ont presque honte de se rendre dans les lieux habités par les riches citoyens, dans les villes; si donc ces travailleurs doivent se mettre en route pour porter en lieu sûr les fruits de leurs épargnes, ils se laissent prendre par la paresse, ils diffèrent leur départ jusqu'au lendemain. En attendant, ils sont victimes de faits, de tentations, de besoins imaginaires, de fraudes qui dissipent en fumée les épargnes et la pensée prévoyante et bienfaisante d'en faire. Si le travailleur a une résolution bien arrêtée d'économiser, il cache son argent qui devient une pierre, et si, pour vouloir trop gagner, il se laisse, comme je l'ai déjà dit, soutirer sous forme de prêt son argent par des enjôleurs , ses sacrifices restent inutiles ; il grossit à ses dépens les valeurs des autres, et ainsi le résultat obtenu est diamétralement opposé à celui qu'on avait désiré obtenir de l'influence des Caisses d'Epargne.

Est-il nécessaire de parler des pays où il y a quelque industrie manufacturière et commerciale? Ces établissements y sont indispensables. Les Caisses d'Epargne ne se contentent pas d'y opérer comme une pompe qui aspire les plus petites molécules du numéraire économisé, elles servent, en l'absence de banques succursales, de caisses de dépôt fort commodes pour les industriels. A peine eut-on établi à Monza, à Busto, à Varèse, à Lecco, pays lombards de grande industrie pour la soie, le coton, le fer, les chapeaux , des Caisses afliliées aux Caisses

d'Epargne, qu'elles devinrent aussitôt les caissières des marchands, des fabricants, qui y déposent spécialement l'argent destiné à leurs dépenses ordinaires et aux salaires de chaque semaine. Le samedi matin ils envoient leurs livrets à la Caisse d'Epargne en demandant l'argent dont ils ont besoin et qu'on leur remet immédiatement ou dans la journée; le soir ils paient leurs ouvriers, et de cette façon il n'y a pas une molécule de métal monnayé qui reste inactive.

Que les Caisses d'Epargne aident à fonder des banques d'ouvriers et d'artistes.

15.*^ Qu'elles aident h fonder des banques ouvrières, de beaux-arts et surtout des Banques de Piété améliorées, même des banques d'avances de Prusse et des sociétés de coopération anglaises.

Qu'elles prêtent aux Monts de Piété.

16.° Que les Caisses d'Epargne prêtent aux Monts de Piété qui, comme je l'ai dit, devraient avoir leur siège près d'elles ; car ces deux établissements sont frères, et il est bien qu'ils aillent deux à deux. Le prêt aux Monts de Piété est très-sûr et donne même un honnête intérêt.

Qu'elles donnent gratuitement des livrets aux ouvriers, comme le font, par exemple, les Gouvernements d'Angleterre et d'Espagne.

17." Qu'elles encouragent, par des m(iycns extraordinaires, par des prix, les ouvriers les plus humbles à déposer leurs plus faibles épargnes. Henri Mylius, fondateur de la Caisse d'encouragement d'arts et métiers de Milan, promoteur d'un grand nombre d'autres établissements d'instruction, de secours mutuel et de bienfaisance, qui dépensa, de son vivant, des centaines de mille francs pour soulager rhumanilé souffrante, Henri Mylius, type de vertus domestiques, patriotiques, professionnelles, élevé à l'opulence par une économie bien entendue, par une industrie éclairée, vrai modèle comme négociant, comme citoyen, comme ami, fut le premier à donner gratuitement aux ouvriers de la Lombardie des livrets de la Caisse d'Epargne. En France cet usage est suivi par plusieurs établissements; en Angleterre le Parlement a fait décréter qu'on rérompense généreusement les déposants pauvres des Caisses d'Epargne: on accorde une pension viagère à ceux qui pendant un nombre déler-

miné d'années augmentent tous les mois leurs dépôts. Un grand nombre de manufacturiers, au lieu de faire cadeau de sommes d'argent à leurs ouvriers le premier jour d'août et le premier jour de Tan, feraient bien mieux de leur donner des livrets de la Caisse d'Epargne, avec promesse de les augmenter, si, après un certain nombre d'années, ils présentaient encore leur livret. C'est ce que devraient faire aussi les personnes qui ont des subalternes à qui elles font des cadeaux. Si les Caisses d'Epargne donnaient gratuitement des livrets aux bons ouvriers, elles agiraient selon l'esprit de leur institution. En septembre 1860 la Banque de Barcelone en a donné ainsi 512 pour 20,000 réaux à des ouvriers déposants.

Mais oîi trouver les fonds pour ce but? Toutes les Caisses d'Epargne font des profits annuels; au lieu d'accumuler ces profits au-dcjà du fonds nécessaire de garantie et de réserve pour faire face aux demandes de remboursement immédiat et aux événements extraordinaires, qu'on en emploie une partie à faire des prêts aux ouvriers sur crédit personnel, ou à donner en prix aux ouvriers les plus méritants directement ou par l'intermédiaire de sociétés formées exprès; qu'on les remette aux établissements qui s'occupent de semblabes opérations, et cet emploi sera peut-être le plus profitable et le plus propre à favoriser, à leur' source, le travail et le bien-être des classes peu aisées. On pourrait encore partager le surplus, à titre de dividende, entre certains déposants.

Favoriser, autant que possible, les prêts sur probité i^ersonnelle.

18.° Qu'elles favorisent, dans la sphère de leur pouvoir, les prêts sur probité personnelle, et les Comptes de caisse (i) qui seront mieux décrits dans le chapitre sur les Banques Ecossaises.

Banques des Serfs.

19.° Elles existent en Russie depuis 1859; elles ont été fondées dans le but de procurer, tant aux maîtres qu'aux serfs, les moyens de hâter la grande œuvre de l'émancipation. En Amérique il a déjà paru des banques semblables qui se développeront à mesure que la vraie ci-

( ) J'appelle romples de caisse le compte courant h découvert qu'ouvrent lc> banques e'co.ssaisns aux petits industriels et même nux ouvriers liahiles et lionnètes.

vilisalion chrétienne s'enracinera dans le cœur de ces républicains, dont plusieurs font encore cultiver leurs champs par des esclaves. A Rome ces banques existent depuis longtemps, et dans l'Italie méridionale elles fournissaient et fournissent encore les moyens de racheter des esclaves chrétiens des mains des Musulmans.

Que les Caisses d'Epargne s'adaptent aux besoins des différents pays.

20.° Les Caisses d'épargne doivent s'adapter aux besoins des pays où elles se trouvent, encourager par conséquent les industries les plus favorables aux conditions spéciales du pays; prendre le caractère de Banques foncières, agricoles, comme en Italie et en Allemagne, ailleurs celui de Banques d'escompte, de lettres de change, de prêts sur dépôt de valeurs, comme en Ecosse, à Trieste, à Rome, à Milan, et dans plusieurs autres villes d'Italie; ailleurs encore tenir, directement ou indirectement, des comptes courants avec les Banques publiques et le Trésor de l'Etat , comme en France , en Russie , en Prusse et en Angleterre.

^'I(;^^A. Ran'ivft fnpulnirti. \(S

CHAPITBE 111/

Quelques données statistiques sur les Caisses d'épargne.

La Caisse d'épargne ....

Le grand livre de l'avenir.

Lahirtine.

Les Banques d'épargne naquirent donc presque en même temps dans toutes les nations civilisées de l'Europe, en Italie, en France, dans la péninsule Ibérique, dans les Etats-Unis d'Amérique, en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en Russie.

Italie. Les Banques d'épargne les plus importantes de ce pays, que nous voyons entrer maintenant dans la troisième époque de sa grandeur, sont celles de la Lombardie, de Rome, de Florence, de Bologne, de Forli, de Turin, de Naples W. Parmi les premières du monde peut-être est celle de Milan qui a des comptoirs dans toutes les villes et les principaux villages de la Lombardie. Elle a été fondée en 1823 par des particuliers, avec un capital de 300,000 francs, économisés sur le prêt fait par la propriété foncière d'un centime par écu (d'estimo) à l'occasion de la disette de 1817. Cet établissement a toujours" été si bien administré, il a rendu tant de services aux propriétaires qui avaient fourni les fonds, à l'industrie en général et à la classe des déposants, que le pays lui a accordé une eonfiance immense, et que, le 31 décembre 1859, il avait presque 75 millions de dépôts fournis par une population d'environ trois millions d'habitants; peu de temps après il en avait presque pour cent millions.

Cette Banque a des succursales à Lodi, Crème, Pavie, Chiari, Gasalmaggiore, Bergame, Brescia, Mantoue, Come, Sondrio, Monza, Varese, Godogno, Lecco, Busto, etc. (2). Elle fait plusieurs sortes d'opérations:

(1) La Banque de Naples est Caisse d'épargne parce qu'elle reçoit de l'argent à partir d'un ducat, mais sans payer d'intérêt. Cette grande Banque, qui a plus de cent millions de dépôts, a été confirmée par décret du 27 avril 1863 , et elle sera réformée. On lui a enlevé la trésorerie et on a tenté de l'embarrasser dans les escomptes. Mais avec les dépôts elle pourra contipuer cette opération si utile. — "Une vraie Caisse d'épargne a été instituée en 1862 par disposition du général Garibaldi et du roi Victor Emanuel: j'en parlerai dans le Supplément.

(2) Une quarantaine comprise celle de Mantoue.

elle prête principalement sur hypothèques, sur papiers de crédit public, sur lettres de change et fonds industriels ; elle convertit une partie de ses capitaux en efïets pubhcs du pays, aide par des prêts les corporations morales, les Communes, les établissements ou sociétés pour canaux d'irrigation, fait des œuvres de bienfaisance; elle n'a jamais souffert ni pendant les disettes ni dans les crises poUtiques, toujours prête à recevoir de l'argent et à le rendre à l'époque et de la manière fixée par ses statuts. Sous les regards envieux d'un gouvernement étranger, elle sut toujours conserver son indépendance, et garder les trésors sacrés épargnés par les classes peu aisées. En 1859, avant qu'éclatât la guerre d'affranchissement, quand le gouvernement autrichien faisait transporter à Vérone et à Mantoue les dépôts sacrés des tribunaux, l'Administration, pour sauver une grande partie de ses fonds de ce périlleux voyage, eut l'heureuse idée de les convertir en lettres de change anglaises. Par cette opération hardie, la Caisse d'épargne s'attira encore plus la reconnaissance du pays, et, après le départ des Autrichiens, elle encaissa ses valeurs à leur échéance et fit même un bénéfice. Elle paie aux déposants le 3 /^ P- %> ^^ capitalisant à la fin de l'année les intérêts qu'ils n'ont pas retirés W.

Voici comment elle a employé ses fonds pendant quelques années.

Prêts sur gage

Subventions

Prêts sur

Titres

de titres publics,

accordées à des

Décembre

hypothèques

de crédit public

sur lettres de change, sur bons du Trésor

établissements de bienfaisance

(1) Depuis le premier Janvier 1864 la Caisse d'e'pargne de la Lombardie paie aux déposants le 4 p. "f^. Voir le Supplément.

[2] Y compris fr. 304,000 de prêts stipule's avec la condition de iramortis.scraent graduel.

(3; Au cours de la Bourse du 31 décembre 1862.

(4; Dans cette somme les prêts sur effets publics entrent pour fr. 8.014,001 09, y compri.s les bons du Trésor pour fr. 4,803,500.

Balance do patrimoine de la Caisse d'épargne de Milan le 31 décembre 1861.

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