‹ BarabbasChapitre 2 sur 34 · BAR A H BAS · texte numérisé non relu

BAR A H BAS

Alors, par l'élroile lucarne, s'esl envolée dans la eampagne, qui l'a recueillie et propagée comme une haleine, la première plainte de la créature étonnée

de vivre

c< Est-ce un gars? a demandé faiblement la mère inquiète.

— ("/est un gars >^, a répondu le vieux. Elle a soupiré : « \h! tant mieux! » Mais il a haussé les épaules : « C'est tant mieux, ni tant pis, c'est la même chose... ».

H a porté l'enrant dans la brèche de lumière que la chandelle a péniblement ouverte, et les deux hommes, le jeune et le vieux, penchés sur celte argile dont euxmêmes sont faits, en

modèlent une figure à leur ressemblance

Or, cette nuit-là, à plusieurs lieues à la ronde, tous les chemineaux qui dormaient dans les bois, les carrières, les huttes abandonnées, les trous; tous les

chemineaux qui n'avaient J^ entendu ni l'appel de leur frère, ni l'aboiement des ehiens, entendirent la plainte du nouveau -né.

Elle passa sur leur chair eomme le premier souffle du malin et les réveilla.

Et tous, en même temps, sortirent de leurs abris pour s'orienter vers elle.

Ils n'avaient point, eomme d'habitude, les yeux bouffis de sommeil amassé, les membres gourds, la

bouche fade Ils étaient allégés et transfigurés, au

contraire, par une joie intérieure dont ils se demandaient entre eux le motif, car ils la voyaient éclater sur les visages dans les- (juels ils se regardaient.

Mais la merveilleuse nouvelle, irradiant de ces visages

ordinairement éteints, tirait toute sa vertu de son imprécision même. C'était un apéritif sans nom, un jus de plante amère, hors du commerce, un sérum

magique Il n'v avait rien de changé dans le

monde, il n'v avait qu'une créature de plus, née quelque part, de père inconnu et de mère ohscure. Mais cette créature de hasard, issue de leur misère et de leurs rancunes, comptait sur eux comme ils comptaient sur elle. Ils avaient dans les oreilles l'arrière-goût de son cri aigre et délicieux. Ils en espéraient encore de la fraîcheur et une excitation, ainsi que d'un alcool étendu de rosée. Pour cela, ils devaient éviter avant tout que cet innocent ne devînt la proie de l'hydre aflfreuse dont les sept têtes sifflaient

déjà sur son indigence Il fallait la

préserver de la bienfaisance et lui en inspirer l'horreur. C'était ])ien assez que ses veux se fussent ouverts sur le décor hypocrite et l'appareil le plus sordide de l'assistance organisée. Cette vision initiale suffisait à son dégoût et il n'était point nécessaire, pour l'en

NATIVITE

;ii)reii\er, (ju'il connût ensuite les asiles, les crèches, les oiivroirs , les orphelinats et autres lieux d'apprentissage entre tenus à granrls frais poui' endormir la souffrance humaine et peupler de locataires résignés et même reconnaissants — comment doue! — l'enfilade de casernes, de bagnes industriels, de prisons et d'hospices, où l'existence des pauvres se traîne et se consume.

« Un petit homme est né ! Un petit homme est né ! »

Ils se bornaient à répéter cette proclamation, que leurs gestes et le vent semaient.

Tout criait : Délivrance ! à leur espoir frémissant— Au bord du chemin, dans la boue, un grand exemple de liberté et d'orgueil venait d'éelore, vers lequel ils se dirigeaient, pour lui faire un rempart de leur amour, de leurs colères et de leur confiance

« Lu petit homme est né ! In petit homme est né ! »

Ils étaient les pigeons voyageurs lilessës qui rasseml)laient leurs ailes, pour porter aux assiégés dans la vie un messaee de salut.

T.a eoloinie s'est formée, grossie, à tous les carrefours, des gueux, des trimardeurs, aux silhouettes dclormées par la besace et semblables à des arbres fantastiques ébrancliés, noueux, toidus par les rafales et, à la fin, déracinés.

l".t de cette forêt d'iiommes en marche, par la iiiiil claire, s'élève tout à coup la chanson de route improvisée pour donner l'éveil au loin :

Vieux ti'oncs, siw pied nous séc/to/is^ Marchons !

Marchons légère, légère, marchons Icgèrenieni.

Cendres si nous nous couchons, Marchons I Marchons légère, légère, marchons légèrement.

Flammèches si nous voulons^ Marchons !

Marchons légère, légère, marchons légèrement.

Mieux vaut torche que torchons.

Marchons !

Marchons légère, légère, marchons légèrement.

Aux gueux tous moyens sont bons — Marchons I Marchons légère., légère, marchons légèrement.

Dans le vent que nous fauchons.

Marchons !

Marchons légère^ légère, marchons légèrement.

Au but enfin nous touchons, Marchons !

Marchons légère, légère, marchons légère/aent.

(j est une crèche^ approchons.

Marchons !

Marchons légère, légère, marchons légèrement.

Préservons-la des cochons.

Marchons !

Marchons légère., légère., inarciions légèrement!

BAKABBAS

Cependant, là-l^as, par la liieaine du refuge communal, les prisonniers, voyant briller au manche d'un arbre le croissant de la lune, pareil à une faux étincelante, pensent que l'armée de secours n'est pas loin, puisqu'en voici lavant-garde

« Us arriveront pour le baptême », dit le vieux chemineau.

Il crache dans ses mains, pommade la tète de l'enfant et reprend :

« Nous l'appellerons Barabbas, et je serai son parrain. »

Mais la mère, consternée :

« A quoi bon, si c'est pour perpétuer le mensonge de sa délivrance ? »

PAROLES DANS LA VALLEE

I. Au temps du GaJiUi^n, la mendia té était une ■^ertu. Le pauvre mendiait son pain à la sueur de son front.

1 1 . L'Autre parcourait la Galilée, monté sur une mule. 11 na'Oait pas à ré.soudre le dur problème de la cbau.s.sure/...

34 l>AROLES DANS LA A'AI.LÉE

III. Nos biens sont de ce monde,... mais ce n'esl pas nous qui en aidons la jouis.sance.

IV. La question pour nous n'est pas de mettre la poule au pot, mais de la prendre. Chemineaux, Vagabonds, besaciers, nous -Oisons tous .sous le régime de la communauté réduite aux acquêts.

\). Il y a un enfer Croyez-moi, car J'en parle, non pas par .superstition, mais par expérience.

\)I. Quelle chance elle a, cette -oieille nature! Chaque année, au prm temps, un complet neuf et, l'hiUer, une chemise blanche !. . .

Vil Je ne dors Jamais impunément au bord des "ailles.

« Tu fais du mal! » me crk la i)oix bouiriu' qui m 'ri)alk'.

Vn jour, pouiianî, une femme se peneha sur moi et me dit :

« Où a-Oez-'Oous du mal, mon paui^re homme F » Ce malin-là, je me sentis le cœur d'un petit enfant, et il me sembla que je -Oenais au monde....

\)III. 7/3) a des jours où les clochers aussi fuient devant moi....

PAROLES DANS LA VALLKE

IX. Des miracles F J'en accomplis un tous les jours : je S)is.

X. TVc dites pas de la soupe dont on nous fait l'aumône à la porte des casernes : « Les chiens n'en -Ooudraient pas! » Ils sortent d'en prendre.

XI. Un -Vagabond résolu passait sur la route entre deux gendarmes.... Qui sait où il les conduisait!...

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