IV. — HOMMES DE GUERRE
JE suis un « fidèle lecteur » des journaux. Ce qui ne veut pas dire que je les achète. El du pain?...
Je lis d'abord ceux qui enveloppent quelque chose dans les boîtes à ordures. Mais j'ai remarqué que le journal est, à la rigueur, inutile, du moment que ce qu'il enveloppe a bu l'encre d'imprimerie. Avec de bons yeux, on paryient à lire très bien les informalions sur un croûton de pain humide, un paleron, un morceau de gruyère. C'est même pourquoi je préfère le veau, viande blanche, au b(cuf et au mouton, (jui ne retiennent pas les caractères. Avec le veau, je nourris à la fois mon corps el mon esprit.
C'est ainsi et grâce à une charcuterie avariée dont la cuisinière elle-même n'avait pas voulu, que j'ai
appris la terril)le nouvelle : les capitaux français, nos capitaux, émigrent à l'étranger!
Dans un langage élevé, et bien élevé, cette
fuite s'appelle e\o(le.
Traduction libre : foutre le camp !
Les capitaux alarmés foutent le camp. Ils n'ont que
l'embarras du refuge. Partout on leur tend les bras!
L'exode des capitaux, c'est comme qui dirait V Inter-
nationale des riches. Mais ceux-ci ne se contentent pas de la chanter, ils hi mettent en action. Rien ne peut les en empêcher. Lorsque la rente dégringole, il n'y a plus de frontières, et c'est le cas de dire : « Ingrate patrie, tu n'auras pas mon os ! »
Quand je pense que trente milliards — on les a comptés — sont, à l'heure présente, sortis de France!
Trente milliards feraient houillir la marmite de tous les pauvres hongres qui, comme moi, meurent de faim. Trente milliards leur donneraient à manger, à l)oire, à chanter, à rire
Trente milliards ont fui... qui ne reviendront pas!... Une partie de la fortune de la France est éparpillée dans le monde entier. Cours après !...
Au fait, c'est une idée
Sans vêtements, sans chaussures et quelquefois
sans pain, les Vieux de la Vieille ont pilé du poivre
Nous sommes dans d'excellentes conditions pour faire comme eux. La marche, ça nous connaît, c'est dans nos moyens physiques. Bien entraînés, rompus aux privations, hahitués à coucher dehors par tous les temps, nous sommes très capables, au jour d'une mobilisation générale, de recommencer les campa-
gnes (lu (lonsulal et de l'Empire, et de mettre l'Europe à sac, tout comme nos aînés dans la carrière. Plus de dix milliards, rien qu'en Russie, ça vaut le voyage à Moscou!
En route, chemineaux! formez vos bataillons! Marchons ! qu un or impur abreuve nos sillons !
Mais cette fois, pas de bêtises, hein? 11 faut que ça nous fasse une ])elle jambe — Profitons des leçons
de l'histoire Instruits d'exemple, ne nous laissons
rien reprendre par la Bérézina ni parles Cosaques; et n'attendons que de nous-mêmes un partage équitable. Rappelons-nous la Convention promettant pour récompense aux sans-culottes, défenseurs de la patrie, un milliard de biens nationaux. Cette assurance renouvelée à la veille de l'expédition d'Itahe, aux soldats de la République, pouvait déjà paraître
du réchauffé Aussi Bonaparte trouvait-il quelque
chose de mieux pour les électriser. En leur montrant les plaiiîes de la Lombardie, il disait : « Soldats, vous êtes mal nourris et presque nus; le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous; votre patience, votre courage vous honorent,
mais ne vous procurent ni gloire ni avantage. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde ; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces; vous y trouverez honneurs, gloire et richesses »
Celui-là, au moins, avait le sens des réalités. Ne dupant ses troupes qu'à moitié, il leur jetait encore à ronger les os que ses lieutenants décharnaient. Et puis, ceux-ci sortaient du rang. Le conscrit avait dans sa giberne son lingot de maréchal. L'école du soldat lui enseignait que chacun en prend pour son grade. C'était à qui pillerait en chef.
Soyons moins égoïstes et propageons les Droits de l'homme à notre manière, meilleure. Si nous nous inspirons de nos grands-pères lâchés à travers l'Europe, où ils élisaient le geste auguste et naïf de semer la liberté, que ce soit pour semer, à notre tour, la fortune, l'aisance, en montrant aux peuples la façon d'ouvrir les coffres-forts, d'en répandre le contenu et de remplacer l'effusion du sang par l'effusion de l'argent.
Mais n'y a-t-il pas des besognes moins illusoires que ces reprises lointaines?
Souvenons-nous que la terre promise aux soldats de l'an II n'a été mesurée qu'à leur cercueil..., et soyons persuadés qu'ils eussent bien davantage changé la face du monde, si, avant de courir aux frontières, ils avaient exigé leur part de biens nationaux.
PAROLES DANS LA VALLEE
CXI. J'ai fait, moi aussi, k gesk augusk du Si'meur, sur des gardeusa d'oio; de Haches, de moutons.... Jîutant en emportait le -Oentî Ça me permet de dire aujourd'hui, en tous lieux
•i5-i PAROLES DA>;S LA VALLEE
OÙ yc passe cl où il y a des hommes : « Bonjour, fis! »
CKII. Jamais, quand j'étais jeune, Ven-^ie de posséder une femme ne m'a lorhtré comme, à présent que je suis Dieux, te désir inassou-Oi d'embrasser un i^isage d'enfant.
Je fais peur..., je suis .sa te..., ma barbe pique..., je n 'ose pas.
J'ai t'aspeet d'un .satire et te cœur d'un grand-père. Un de ces jours, j 'irai en pnson pour ça. . . .
CKIII, t^our tes hommes comme moi, toutes tes femmes s'appettent Désirée.... Si l'une s'était appelée Marie-Madeleine, j'aurais .sans doute l'âme et les pieds plus propres.
CXI\). La cbaskté de l'Autn.... Comme cV.y/ malin! Il parla il...; il élail entouré de diseiple.s, de badauds.... On ne lui lais.sail pas le temps de pen.ser à ça....
L'homme .silencieux et .seul e.st une caserne de lubricités.
CK\). La plupart des loqueteux de mon espèce ne peui)ent pas ^oir passer une femme jeune, élégante et jolie, .sans a^ifoir à .son adre.s.se une parole ou un geste orduriers.
Mais c'est quand la femme a disparu, qu'il faut les regarder. Leurs bras, leurs lèi^res et leurs paupières .se referment : ainsi le cbat ramène la cendre sur .ses .saletés.
PAROLES DANS LA VALLEP
Honh'ux d Ir/sks, au fond, inconsolabks di' passer inaperçus, ils font mstindNemi'nl tout ce qu'its peuvent pour qu 'on n 'oublie pas qu 'its sont des hommes. . . comme tes autres!
ex VI. Anges purs, anges radieux,... i}ous n'êtes pas tà-haut!
Un petit chaperon rouge aux ^eux duquet on m 'aHait fait passer pour te Loup, s'est tout de même approché de moi, afn d'en aS)oir te cœur net.
Et it m'a dit :
« Loup..., comme tes dents sont u.sées!
— C'est pour que tu n 'aies pas peur que je te morde, mon enfant!
— Loup..., comme tes oreittes .sont petites!
— t^our que tu me partes bas, mon enfant!
— Loup..., tu as t'air affubtè d'une peau qui n'est pas ta tienne....
PAROLES DANS LA VALLEE
— Pour k faire rin', mon enfant!
— Alors, pourquoi me regardes-tu ai^ec ces ^eux tristes?
— î^our que tu me reconnaisses, mon enfant! »
CX\)II. J 'apprécie tes distances comme pas un. tl ■;^ a si longtemps que je ^ois des cibles à tout bout de champ!...
C K \) 1 1 1 . Je n'ai fait, somme toute, que changer de prison.
Depuis t^once Pitate, je suis enfermé entre quatre murs d'hommes.
Âh! qui me déHrera du peuple qui m'a délabré!