SCENE III HONORINE, puis BLANCHE
HONORINE reste un instant suffoquée et sans voix, sur le point de défaillir.
Oh! oh!... [Revient Blanche, des vêtements sur les bras.) Vous voyez, Blanche, il m'a encore chatouillée!... Dix ans qu'il m'inflige cette plaisanterie presque chaque jour !... Oh!... [Elle suffoque. Retrouvant tout à coup sa voix.) Ah ! quand M. Lacourelle se présentera, je vous prie de lui dire que monsieur est sorti... Vous entendez, même s'il est rentré.
BLANCHE
Bien, madame.
HONORINE
Donnez-moi mon chapeau.
(Elle le met et se dirige vers la porte.)
BLANCHE
Madame... Je crois que Lucien... enfin, votre cousin, madame, doit venir ce matin.
A quelle heure?
BLANCHE
Il a dit qu'il passerait maintenant... avant de sortir.
HONORINE
C'est bon, je vais l'attendre un instant. [Elle revient.) Il est encore ici?
BLANCHE
Oui, madame, il est là-haut.
HONORINE
Là-haut!... Quand je pense que j'ai accepté... cela ! Là-haut! [S' approchant.) Le rendez-vous heureux, au moins?
BLANCHE
Madame...
HONORINE
Je n'en suis pas convaincue. Depuis quelque temps... [Elle examine Blanche.) Ce serait un comble !... Un homme comme lui!... Vous rendezvous compte que Lucien est un des esprits les plus distingués qui puissent être?... Un cerveau! [Haussant les épaules.) A votre âge, on est si peu capable d'apprécier chez un homme ses qualités morales... les seules ! 11 suffit d'une moustache qui passe...
BLANOHK
Mais, madame....
Oh ! je ne vous accuse pas... Vous ne voyez personne... Tant que vous serez sous ma garde, je crois que Lucien n'a rien à craindre. [Blanche va mettre les vêtements dans l'armoire. Honorine la
considérant avec mépris.) Tout de même !... uu professeur!... vous ! {On sonne.} Faites-le entrer. [Elle enlève son chapeau.)