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risant un citoyen à se mettré à la tète de gens armés, pour attaquer et tuer des soldats chargés de maintenir la paix publique, et cela sans déclaration de guerre. Je n'admets la possibilité d'une guerre civile en aucun cas ; mais, ici surtout, il y a une sorte de sentiment qui avertit les hommes que, même marchant les uns contre les autres, ils ne doivent pas commettre un meurtre de sang-froid. »
Barbès répondit fièrement :
€ — Je n'ai pas la prétention de discuter avec vous les situations politiques.
Mon système, c'est d'imiter l'Indien.
Lorsque la fortune de la guerre l'a fait tomber au pouvoir de ses ennemis, il n'a pas recours à des paroles oiseuses pour éviter la mort : il offre tout bonnement sa tète à scalper. Je fais comme l'Indien. »
Le réquisitoire du procureur général
Franck-Carré fut écrasant. Il traça le portrait des républicains en quelques phrases aussi justes qu'énergiques.
« Organiser la guerre civile, troubler par les armes le calme d'une population paisible, jeter dans les familles le deuil et Teffroi, faire couler en une heure dans nos rues plus de sang que les crimes vulgaires n'en répandent en une année dans toute la France ; rien ne coûte à ces hommes, rien ne les arrête, rien n'est capable de les corriger d'une obstination maudite. Leur foi suffit à leurs yeux pour les absoudre et leur audace pour les honorer. Us parlent de leur cause comme si elle était légitime, de leurs efforts comme s'ils n'étaient pas criminels, de leurs combats comme s'ils n'étaient pas impies I :»
Etienne Arago, défenseur de Barbès, s*éleva très-énergiquement contre l'accusation d'assassinat.
€ Barbès, dit-il, est un homme politique ardent ; mais c'est le modèle de toutes les vertus humaines, des vertus privées comme des vertus publiques.
Voyant autour de lui végéter dans la misère et dans la soufifrance un trop grand nombre d'hommes pour qu'il lui fut possible de les secourir tous, il leur dit : On vous a fait des promesses qui ne se réalisent pas. Depuis longtemps nous attendons, c'est trop longtemps attendre ! Et il descendit dans la rue. C'est un insurgé, ce n'est point un assassin. »
La Cour, avant de prononcer l'arrêt, crut devoir demander à Barbès s'il n'avait rien à ajouter pour sa défense.
« — J'ai, répondit-il, à protester encore et définitivement contre l'accusation d'avoir assassiné Drouineau. Si vous refusez de me croire ; si, par cela même que je n'ai pas voulu vous reconnaître pour mes juges, vous me condamnezaussi sur ce second chef, que je re-
pousse, non comme plus grave, ce n'est pas mon intention, mais parce qu'il est injurieux, je remercie le destin d'avoir été choisi entre beaucoup pour donner à la noble cause dont j'ai été le serviteur la plus grande preuve de dévouement, pour lui faire le plus grand de tous les sacrifiées. Je ne parle pas du sacrifice de ma vie, je parle du sacrifice de mon honneur. Les jeunes victimes que Tibère faisait déflorer, avant de les livrer au bourreau, en étaient-elles moins pures aux yeux du ciel et aux yeux des hommes? >
Déclaré coupable du ùât d'insurrection, Armand Barbés fut déclaré, en outre, l'un des atUeurs de la mort du lieutenant Drouineau, et la cour des pairs le condamna à la peine capitale.
L'impassibilité qu'on avait remarquée chez, lui durant les débats ne l'abandonna point pendant la lecture du sinistre arrêt. Il se contenta de dire :
« — Je m'y attendais, c'est bien ! Seulement je regrette que d'autres condamnations soient prononcées, car je suis seul coupable. »
On sait comment la clémence de la cour citoyenne, sollicitée par une famille en pleurs et par Victor Hugo, commua la peine d'Armand Barbes en celle des travaux forcés à perpétuité.
Le chef de l'insurrection du 12 mai a raconté ses impressions, au moment où il s'attendait d'une minute à l'autre à être conduit à l'échafaud, dans une brochure qui a pour titre : Deua: jours de condamnation à mort.
Bientôt on le transféra au Mont Saint-Michel. C'était là qu'il devait subir sa- peine.
Dans le volume qui concerne Blanqui, nous raconterons les traitements barbares ordonnés, ou tout au moins autorisés par le ministère de l'époque^ contre les captifs retenus dans cette prison d'État. Mieux valait dresser pour eux Téchafaud que de leur accorder une grâce dérisoire qui se traduisait en un martyre incessant. Tantôt l'on apprenait qu'un de ces malheureux, n'y pouvant plus tenir et perdant tout à la fois force et patience, avait eu recours au suicide. Tantôt c'était un autre dont la raison venait de s'enfuir, ne laissant plus aux gardiens des geôles qu'un corps à supplicier,
Fulgence Girard, dans son Histoire du Mont Saint'Michely nous donne à ce sujet d'horribles détails. Jugez-en par le récit de l'étudiant Béraud que nous lui empruntons :
€ Je vis ma chambre envahie par
vingt bourreaux, le sabre nu, la fureur
30 BâBBÈS.
dans les yeux. On me saisit et on me mit les fers aux pieds et aux mains. Le sertiirier fat appelé pour les river; m me traîna ensuite aux loges par les tmtB des pieds et en me frappant à plusieurs reprises. Arrivé aux loges, je demandai Finspaeteuf; on me menaça du bâillon si je ne me taisais pas. Les fers avaient fait enfler mes pieds et mes mains. J'essayai, au bout de vmgt-qnatre heum^ d'arracher un clou à la muraille ; j'j parvins avec mes dents, et, après deux bevnm #^OFb, |é réussis, en tournant la viB) à âeiserrer un peu mes fers. Mm ce fut pour mon malheur. Le soir, une ronde de gardiens vint les visiter, et TttTgot, s*fqp^?c^rant qnSk étaient desserrés, me maltraita et envoya chercher un tourne-vis. Avec Taide de Gaillard, il fonma irigooreiasementlaris, et aussitèt le sang jaiUit. Je sentis mes os broyés. La doulenr m'arrachait des cris; mais ils loiiniaieôt toi^ours.
« Voyant que j'avais encore mes lunettes, il me les arracha.
« Des misérables comme vous, me dit-il, ne doivent rien avoir.
Puis, tirant son sabre, il ajouta d'un ton furieux de menace :
— Le premier qui raisonne, je le lui passe à travers le ventre !
« Je tombai évanoui sur les dalles et je restai sans connaissance, tant les douleurs que j'éprouvais étaient vives.
Us me laissèrent ainsi, et pendant la nuit ils revinrent régulièrement visiter les anneaux qui m'entraient dans les chairs. Ainsi firent-ils toute la journée, de deux heures en deux heures, et la nuit suivantè. Le surlendemain , huit heures après la visite du médecin qui vint pour juger de mon état, on m'enleva ces fers. Déjà malade d'une affection de poitrine avant d'aller aux loges, ma situation empira beaucoup. Je fis de nou-
veau appeler le docteur et je réclamai ses secours.
« — C'est inutile, Monsieur, fut sa réponse.
« — Comment, inutile ?
« — Eh ! sans doute. Vous n*avez plus que onze mois à rester en prison ; d'ici là, vous ne mourrez pas.
« — Mais je puis mourir le lendemain démon départ.
« — Cela ne me regarde plus !
« Et il sortit. »
La cellule où on retenait Barbes était située à Tétage inférieur du local connu sous le nom de Grand exil et plus vulgairement appelé Cachot des doubles grilles. On y entre par le bas du grand escalier, dont la construction est due à Guillaume de Lamps. Cet escalier mène à la plate-forme du SatU-Gautier et à réglise.
Barbès était en proie, lui aussi, à une affection de poitrine.
II ne se plaignait pas et souffrait sans espérer de remède à son mal. Enfin le gouvernement, effrayé des révélations indiscrètes des journaux, lui accorda Fautorisation de respirer un air moins meurtrier que celui du Mont Saint-Michel.
On le transféra dans une prison de Nîmes.
Ce fut là qu'il reçut la nouvelle de la révolution de 1848 et l'annonce de sa mise en liberté.
U vole aussitôt à Paris, où il arrive le i^f mars.
A sa descente de la voiture de Clermont, il est reconnu par trois hommes
du pmfie qui M ûmimi upmdâSâéDamt au cou. L'ex-captif du Mont Saint-Midiel ne peut maîtriser son émotion et pleure de joie*
~ Mes amis, dît-îl aux ouvriers, ce
n'est pas tout que d'avoir été grands pendant le combat, il fmt se montrer généreux après la victoire. Pour moi, je mourrais de diagrin, si je savais fiôrt endurer à mes ennemis vaincus le quart de ce qu'ils m'ont fait souffrir depuis neuf ans.
Nobles paroles dont nous garantissons l'authenticité, et qui peignent le cœur de cet homme étrange.
Barbës fut nommé colonel de la douzièaia légion de la garde nationale. Il eut en outre la présidence d'un club installé dans la salle du bal Molière.
Ce club se mit en rapport avec h So^ eîMi des Droits de Vhomme, reconstituée par le citoyen YiUaiiii avec l'appui
d'une portion du gouvernement provisoire, pour contrebalancer l'influence du club Blanqui.
On sait qu'un des plus somptueux locaux du palais ci-devant Royal avait été mis à la disposition de l'état-major de ladite Société des Droits de Vhomme»
Elle prenait pour drapeau politique la fameuse déclaration de Maximilien Robespierre. Son but était de réunir le plus d'adhérents possible, afin de les grouper en clubs-succursales dans tous les arrondissements de Paris, dfins les principaux centres de la banlieue, et de les organiser en sections armées.
Le club de Barbès s'appelait Club de la Révolution,
Séuis contredit c'était le plus tumultueux et le plu^ bruyant de tous. Il était rare qu'on pût s'y expliquer, avec la parole du moins.
Un soir, le président trouva sur son fauteuil le quatrain qu'on va lire :
C'est à qui dans ton club parlera le plus haut.
De ce concert cacophonique Je conclus que toujours, malgré la République, Noui a-roos une eour, U cour da roi Pétaad.
La très-tgrftAâe majorité des ménibres de ce club étaient de véritables sans-ciilotteSy dans toute l'accepUon du mot. Ils se donnaient pour mission d'élaboi^ une multitude de décrets, qui, à ravèneiiiêiit du dictateur Barbes, devaient trouver Jeur application immédiate.
Néanmoins fl y avait des impâti^ts que cela ne contentait qu'à demi* L'un d'eux formula ses griefs par cet autre quatrain jeté dans Turne :
Ah ! que nous serions satisfaiU,
Si, toujours patriotes»
Au lieu de faire des décrets,
Vous faisiez des culottes!
Ce terrible club avait donc son côté ridicule.
Ainsi, par exemple, Barbes avait dé-
cidé que les candidats choisis pour figurer à l'Assemblée i\ationale seraient portés en triomphe. Et, désirant que la chose se nt en bon ordre, il avait désigné deux des citoyens les mieux membrés de l'assistance pour prêter leurs épaules aux triomphateurs.
Voilà ce qu'on appelle un impôt établi sur la vigueur musculaire.
Barbès, après chaque séance, payait leur travail, à cinquante sous l'ovation.
De ce qui précède, on ne doit pas conclure précisément que le Club de la Révolution n'était qu'une assemblée de fous et d'énergumènes. * Il s'y prononça
1. Un des membres les plus violents de ce club était le citoyen X..., ex-commis chez un illustre éditeur de la rue de Seine, qui l'avait cité en police correctionnelle pour abus de confiance. Un frère et ami révéla tout à coup que ledit citoyen était inscrit à la police sous le numéro mille. Sommé de s'expliquer, X dé-
parfois de belles paroles, et notre devoir est de les recueillir. Certain démagogue épileptiq^ue ayant osé crier un soir à la tribune :
— Il faut deux cent mille têtes !
— Ah ! mon ami , tu as perdu la tienne, lui dit Barbës.
Une autre fois, quelqu'un ayant. prononcé le nom de la citoyenne Sand :
— Ne me parlez pas de cette femmelà, dit le président. C'est un Ijas-bleu usé qui fraternise avec les tricoteuses pour se refaire.
Lors de la distribution des drapeaux à r Arc de l'Étoile, le colonel Barbès à cheval s'avança au milieu des plus vifs applaudissements, et dit au gouvernement provisoire :
Clara à ses collègues du club qu'il ne reconnaissait pas leur juridiction et prit la fuite. (Voir à ce sujet le livre de M. Alph. Lucas, intitulé Cluffs et Clubistesj pag. 230.)
« Si la légion que j'ai Fhonneur de commander est la dernière par son numéro d'ordre, elle sera la . première, soyez-en surs, à défendre la République! »
Élu représentant du peuple par le département de l'Aude, il alla s'asseoir à l'extrême gauche, à côté d'Étienne et d'Emmanuel Arago. Dès le début, il se posa en républicain socialiste et jeta la terreur dans les rangs de la droite. Les journaux du temps recueillent à ce sujet un détestable calembour, prononcé en pleine chambre.
« — Ma parole d'honneur, c'est un vrai BarbèS'Blexi ! » s'écria un représentant légitimiste.
Et, puisque nous en sommes au chapitre des calembours, on accuse formel- * lement le député de l'Aude d'en avoir commis une kyrielle à propos de l'arrivée au pouvoir des citoyens, Bûchez, Trélat et Recurt.
« — Puisque nous avons trois médecins au gouvernement, aurait dit Barbés, qu'a-t-on besoin de moi ? Voilà le pays gouverné par des ordonnances ^ et nous verrons les remèdes que ces genslà vont apporter au corps-social* Malheur à eux s'ils ne nous font pas jouir d'une bonne constitution ! »
Le héros du 12 mai a commis bien des fautes, et il pouvait se dispenser d'en accroître le nombre, en blessant le bon goût par cette atroce équivoque pharmaceutique et sociale.
Arriva le 15 mai 1848. Il est notoire que Barbes, dans son club, s'opposa vivement à cette manifestation dangereuse.
Le témoignage du représentant Hip-
polyte Détours au procès de Bourges en est une preuve évidente.
« Vers le 47 mai, dit-il, j'assistais au banquet des élèves de Sorèze. l'ne place vide était à côté de moi ; le citoyen Barbes vint l'occuper. Il me demanda quelles étaient mes opinions ; je lui dis que j'avais des idées arrêtées sur les choses, mais non sur les personnes. Il m'invita à assister à une réunion qui aurait lieu, le 24 au soir, chez le citoyen Louis Blanc. Pendant le dîner, il m'exprima les sentiments les plus modérés et les plus généreux, et je dis à un de mes amis :
« — Tu le vois, ce Barbès dont on {lous faisait peur, est aussi modéré que nous.
m On parla des Montagnards et des Gi* rondins. M. Barbès repoussa cette distinction et déclara qu'il ne devait y avoir ni Montagnards ni Girondins, du moins
parmi les élèves de Sorèze. Le 14, je me rendis chez M. Louis Blanc. On y développa des principes qui sont les miens : une seule chambre, pas de président. Jugeant à propos de donner quelques explications, je dis que j'avais l'honneur d'être catholique et que je voulais la plus grande liberté religieuse.
M. Barbès parut s'étonner qu'on put douter que ces sentiments fussent les siens. Le citoyen Thoré soutint que la liberté de discussion devait être entière, quand même elle irait jusqu'à nier la République. Un membre de la réunion dit que la manifestation du lendemain serait beaucoup plus grave qu'on ne pensait. Barbès s'écria que sans doute c'était Blanqui et son club qui cherchaient à donner ce caractère à la manifestation.
Il parla de Blanqui avec hostilité et manifesta chaleureusement le désir de s'opposer à tout désordre. On comptait si peu sur la gravité du mouvement qu'on
s'ajourna pour dîner, le lendemain, 15.»
Ainsi finit la déposition de M. Detours.
Revenons à l'histoire de l'Assemblée envahie. Barbës, au moment où les émeutiers parurent, s'élança aussitôt à la tribune, disputant la parole à plusieurs de ses collègues.
— C'est dans votre intérêt à tous que je veux parler I s'écria-t-il.
— Nous n'avons pas besoin de votre protection ! répondit le représentant Lacrosse.
Il parvint néanmois à se faire entendre.
— Citoyens, dit-il, que l'Assemblée prenne en considération la requête qu'on lui présente ; qu'elle s'associe au vœu du peuple, et que par conséquent elle déclare que le peuple a bien mérité de la patrie. Vive Barbës I » cria la foule.)
Quelques minutes après, comme le bruit des tambours arrivait aux oreilles de l'Assemblée, Barbes, dont le cerveau s'exaltait de plus en plus, s'écria :
— Pourquoi bat-on le rappel ? Qui a donné Tordre de battre le rappel ? Que celui-là soit déclaré traître à la patrie et mis hors la loi! (Immense acclamation.)
Le malheureux se laissait eniv rer par les applaudissements populaires, lui qui, nous le répétons, avait été complètement étranger à l'organisation de l'émeute. Il cédait à une sorte d'ivresse et se grisait avec ses discours mêmes.
Barbes est incapable de mentir, et nous allons l'entendre, au procès de Bourges, expliquer sa conduite dans un sens analogue.
— J'étais, en effet, contre la manifestation, dit-il à ses juges. Mais quand j'ai vu la tournure que prenaient les choses,
j*ai compris que je devais suivre le mouvemént et aller là où se constituent les gouvernements populaires. J'accepte donc la responsabilité de tout ce qui s'est passé ce jour-là. Quand j'ai vu les représentants confirmer en quelque sorte la dissolution et se sauver j'ai pensé que ma place était à l'Hôtel-de- Ville.
Au milieu de la confusion indescriptible qui régnait à la chambre, des hommes du peuple s'emparèrent de la personne de Barbès, malgré sa résistance énergique, et le portèrent en triomphe.
En luttant contre eux, il fmit par se trouver mal.
On lui apporta un verre d'eau sucrée.
Pendant qu'il buvait, la foule lui cria plusieurs noms pour constituer un
i. Les représentants ne s'étaient pas sauvés; ils s'étaient retirés dans les saUes de conférence.
gouvernement provisoire. Entre ces noms était celui de Blanqui.
Barbës, déjà fort pâle, devint livide: Il regarda autour de lui comme s'il cherchait quelqu'un et dit :
— île me parlez pas de cet hommelà ! S'il ose se présenter, je lui casse la tête^ ! * Nous serons tous tombés, je le jure, avant qu'il monte au pouvoir.
Il fut alors entraîné par le flot populaire.
Tout en marchant, sa tète s'enflamma de plus en plus. Le vieux journaliste Claudon, qui humait sa demi-tasse au café d'Orsay, le vit passer se dirigeant à grands pas vers l'Hôtel-de-Ville.
— Diable I diable ! ah! ça ils veulent
1. Déposition du témoin Eugène Guyon, sousinspecteur de chant dans les classes primaires, alors chef de bureau du gouverneur de FHôtelde-Ville.
donc faire un nouveau gouvernement ?
murmura Claudon. Décidément, c'est un parti pris !
Ce jeu de mots traduisait à merveille l'expression de stupeur profonde de la population parisienne, stupeur qui allait se changer bientôt en indignation et en colère.
Beaucoup d'ouvriers, voyant passer Barbés^ haussaient les épaules et se disaient à voix basse :
— Le malheureux 1 il est perdu î
Quanl la colonne d'insurgés déboucha sur la place de, Grève, elle y trouva la 9« légion, qui stationnait le long du quai, et dont le colonel donna l'ordre de croiser la baïonnette ; mais aux cris que
l'Assemblée était dissoute, il fit mettre la crosse en Tair.
Aux portes de rHôtel-de-Ville, la garde républicaine fut surprise. Les sentinelles ordinaires en défendaient seules rapproche, et le commandant Rey ne se doutait de rien.
Voyant arriver la bande révolutionnaire, il descend et se trouve en face de Barbès son ami personnel. Ils n'étaient séparés que par l'épaisseur de la grille.
— Que viens-tu faire ? dit le commandant. Retire-toi, tu vas compromettre la République.
— L'Assemblée est dissoute, répondit Barbès exalté. Nous venons former un gouvernement provisoire et prendre des mesures pour arrêter l'anarchie.
Rey demeura confondu.
Néanmoins la chose ne lui parut pas
impossible, à une époque où chaque jour était marqué par un événement.
— Mon ami, continua Barbès, je t'en conjure, ouvre-moi la grille !
Le commandant flottait indécis.
— Eh bien, dit-il, attends-moi ; je vais chercher des ordres.
Il partit tout courant trouver Marrast, afin de savoir de lui ce qu'il y avait à faire dans la circonstance.
Or, la porte de la grille contre laquelle s'appuyait Barbès avait une serrure, brisée jadis en Février, et dont on avait depuis lors négligé la réparation.
Au bas de la porte, un simple verrou, glissant dans le pavé, consolidait, ou plutôt ne consolidait pas la grille. Les insurgés poussent ; le faible appui cède, et plusieurs centaines d'individus pénètrent dans l'intérieur de l'édifice, en criant :
\ — Vive Barbès ! Vive Albert !
BÂR6ÈS.
Maig la masse du peuple refmm d» Jm suivre et reste sileneieiise surlaplaee de Grève.
Ne s'apercevant pas du petit nombre de mm. qui raccompagnent, Barbès pénètre dans te ^nd sal<^.
Des secrétaires officieux s'improvisent et} pendant une demi-heure, on copie des listes indiquant lé nom des membres du gouvernement. On présente ctes ordres écrits à Barbès, qui les signe ; puis on ouvre les fenêtres, et Ton jette des proclamations à la foule qui régarde ce mouvement bizarre. Elle se demande si les hommes qui agissent ainsi ont bien toute leur raison : elle leu^oit presque seuls au milieu de ce palais rempli d'une garnison immobile et entouré de garde natbnde, -
Quatre hmtm saunent à la grande
horloge.
Tout i coup m aperçoit, poussint des
la Manche se montrait aussi honnête que brave ; mais chez lui la cervelle absente faisait tort aux qualités les plus précieuses de Tesprit et du cœur.
Barbes, à son exemple, s'est battu toute sa vie contre des moulins à vent.