‹ Barbey d'Aurevilly et la MédecineChapitre 27 sur 44 · CS LES · texte numérisé non relu

CS LES

Si l’on étudie attentivement la vie de Barbey d’Aurevilly, on distingue, en effet, deux périodes très distinctes et différentes : avant et après quarante ans”.

Il est né en 1808 et c’est en 1851 seulement qu’il publie ses deux premières œuvres vraiment fortes : les Prophètes du Passé et la Vieille Maîtresse. Et encore celles-ci font-

. 1. D’ J. GRASSET, Op. cit.

2. « César née fut rien avant quarante ans qu’un très spirituel cochon romain », écrivait-il un jour à Trébutien.

elles voir, comme un miroir de son âme, la dualité des sentiments qui ont dominé, tour à tour, les deux parties de son existence : d’abord l’orgueil de l’incroyant et du dandy, puis les convictions puissantes du catholique et du traditionaliste.

Il y a beaucoup de dandysme et de mauvais romantisme dans la Vieille Maîtresse; la seconde partie seulement, de beaucoup la meilleure, qui se passe en Basse-Normandie, baigne dans l’atmosphère du pays ancestral de Barbey. Et il y a encore beaucoup d’orgueil dans les Prophètes du Passé, dans un certain mépris qui est plus d’un païen que d’un chrétien. Partout où, dans ce livre, Barbey d’Aurevilly juge l’histoire d’un point de vue seulement et vraiment catholique, il est étonnant de sûreté et d’ampleur de vues. Ailleurs, au contraire, c’est le partisan orgueilleux qui sacrifie au préjugé de caste, mais qui, en y sacrifiant, ampute quelque chose de son génie et se fait voir sous un jour moins aimable.

Retenons donc ce fait capital, la coupure doive qui sépare en deux la vie de l'écrivain, et cette coupure nous intéresse au point de vue psychologique : c’est la conversion de Barbey d’Aurevilly, disons mieux son retour au catholicisme.

M. Paul Bourget a écrit dans sa très belle étude sur « l’Art de Barbey d’Aurevilly » :

& La foi de son père et de tous les siens, Barbey l’avait perdue à vingt-cinq ans pour ne la retrouver que plus tard.

Il avait dépouillé l’élément fécond : les fortes croyances,

pour ne garder que l’élément dangereux : le désir passionné d’une existence d’outlaw, hors la loi commune!. » Est-ce bien à vingt-cinq ans que Barbey perdit la foi? M. Bourget ne justifie cette date par aucun texte. Il ne cite aucun fait. Ou plutôt, il écrit quelques lignes plus loin :

« À quinze ans, il envoyait des vers à Casimir Delavigne. Quelle ironie! C'était une ode aux Héros des Ther-

mopyles, avec une épigraphe empruntée à Voltaire. Luce autre ironie! »

1. Paul Bourçer : Pages de critique et de doctrine. To p. 50. Paris, Plon, 1912. : Re

M. Bourget n’attache peut-être pas à cette épigraph= empruntée à Voltaire l'importance qu’elle a et que nous tenons pour un indice révélateur de la psychologie de Barbey d’Aurevilly aux environs de la quinzième année. À cet âge déjà, ce n’était plus un enfant. Il avait une ma- turité intellectuelle au-dessus de la moyenne et il affirmait un penchant littéraire précoce. Or, si on relit l’ode aux Héros des Thermopyles, on est frappé de n’y trouver aucun accent chrétien. Le jeune poète parle des Bourbons, de « ses rois » et de la France, auxquels il doit « son sang tout er:tier ». Mais il contemple la mort d’un œil sec, sans une pensée spiritualiste. $’il mourait, une seule chose le consolerait, l’orgueil : c’est que la gloire...

De l’oubli sauverait son nom!

C’est étrange qu’un adolescent, élevé dans une famille aussi foncièrement catholique que la sienne, n’ait pas, en un tel sujet, le moindre mot qui exprime ou indique un sentiment religieux. N'est-ce pas un aveu implicite?

Il ÿ a plus. Dans les Disjecta Membra', nous avons remarqué ces vers : ù

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