P. BOURGET, op. cit., p
grossiers adversaires qui l’ont accusé d’être un alcoolique, voire même un ivrogne..
Seulement le byronien, le dandy qu'est Barbey d’Aurevilly s’ennuie. Il n’est pas encore à cet âge — variable, du reste, selon les tempéraments — où l’on vainc l’ennui par un travail à force. Il a hérité d’un oncle une toute petite aisance qui lui suffit et lui laisse des loisirs. D’autre part, c’est un solide Normand, qui ne boude pas devant un bon dîner, une bonne bouteille, et une bonne eau-de-vie. Peutêtre parfois en abuse-t-il un peu, et la nuït, il a des cauchemars affreux (zoopsie éthylique) ;, il souffre de douleurs gastriques; au réveil, l’appareil digestif présente un certain état nauséeux. Voilà l’explication toute simple de la « névrose » chère à MM. Seillière et Bachelin.
C’est si vrai que Barbey d’Aurevilly ne manque pas une occasion de vanter les vertus de l’alcool et du vin :
« Si j'étais poète, je ferais une ode à l’alcool, ce feu de Prométhée qui nous coule la vie dans notre misérable et flasque argile. »
« Le vin du Rhin, ce sang profond ét pur d’un astre (le soleil) que l’on se coule dans son sang de mortel pour doubler la vie et embraser la pensée!.… »
L’ode à l’alcool, il la fera, un jour que cette idée lui « accroche le cerveau avec sa griffe mystérieuse et l’enlève. sans le bouger de son fauteuil », écrira-t-il à Trébutien. C’est la Maîtresse rousse. « Deux minutes avant d'écrire les premiers mots de cette Maîtresse rousse, je n’y pensais pas. »
Voici ce curieux poème :