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BARBEY D'AUREVILLY ET LA MÉDECINE 135 mort aimé sous la terre (et qui n’en a donc pas?) devrait courir comme on court au feu! |
L’une est l’enterrement des vivants, cette épouvantable hypothèse, sur la possibilité et même la probabilité de laquelle non seulement l'imagination, mais le bon sens peut trembler toujours. Et l’autre, c’est l’invasion qui s’avance sur nous des grands cimetières, effroyable manière d’appliquer l’axiome : le mort saisit le vif, à laquelle n'avaient pas pensé les jurisconsultes, car, avec les immenses cimetières qu’on nous promet, foyers inévitables de tous les genres de corruption et d'infection accumulés, nous serons biéntôt saisis et dévorés par nos morts!
Oui, être enterrés vivants, — être dévorés par nos morts, — deux perspectives qui écrasent tous les autres intérêts d’un livre comme celui que le D° Favrot a voulu faire; deux questions qu’il fallait nécessairement traiter à fond, et d’autant plus à fond que les hommes ont plus de peine à les oublier. Créatures de courte mémoire, qui ne peuvent pas même avoir peur longtemps, et dont les sensations ne sont que des éclairs qui passent, les hommes oublient ces deux questions redoutables, malgré l'impression qu’ils en reçoivent quand on les soulève devant eux. En vain on leur montre un jour ces deux têtes de Gorgone; en vain on leur casse le museau contre les cercueils où les êtres qu’ils ont le plus aimés se sont peut-être tordus dans d’inexprimables agonies, que le lendemain, brutes légères, ils n’y pensent plus, et souriants et - tranquilles se tournent d’un autre côté; l’impression qu’on a fait naître en eux est perdue. Il n’en reste absolument rien dans leurs nerfs ou dans leurs esprits, et c’est véritablement à faire croire que la superficialité humaine, qui paraissait si monstrueuse à Pascal, est peut-être tout le secret de vivre, et que si les hommes étaient plus profonds ils mourraient de leur profondeur.
Eh bien, c’étaient là, avant tout, les questions qui devaient prendre la plus grande place dans le livre du D° Favrot! C’étaient là les deux terreurs que le livre devait respirer, les deux drapeaux noirs qu'il fallait arborer et déployer sur ce sujet des sépultures. Par la manière dont le livre aurait été fait, il devait nous rappeler à l’horrible réalité qui nous menace tous si nous ne nous armons contre elle, et nous infliger cette pensée puisque nous sommes si incompréhensiblement superficiels! Mais le D’ Favrot n’a pas procédé de cette façon pathétique et violente qui était ici de rigueur. Chose étonnante! il nous parle seulement des avantages relatifs du cimetière de Méry, à cette heure en projet, et ne touche nullement à la question générale des grands cimetières, qui n’est, en somme, que la question retournée des grandes villes, de ces grands centres de population, les hyper-
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trophies dont les peuples moderhes, si on h’y prend garde, pour: raient bien mourir. Capitales et nécropoles sont, en éffét, dés chosés ët dés riüts congénères. Ce qui se passé sur la terré dans ces furieux entassemients d’hômmes, en un éspace déterminé, & pässe idéfitiquéiiiént dessous, ét la conception dé la mort est PEU adéquate ainsi à là corruption de la vie. Pourquoi donc le 1 AN NA D' Favrot n’ä:t-il pas mis une main püissanté, urie main d’actou- fe NES cheur sur ce problèine, qui n’ést au fond qu’une des formes du NE if RS stand problème dé la civilisation présente? Il à été, je le ie TE es reconhais, plus explicite sur la question des entérrements vivants, ; qu’il a exposée et qu'il a cherché à résotdre; imais franchemefit, Fans ( était-ce un rapport, limpide comme l’eau, je le veux bien, mais Pete SEE froid comme elle, qui pouvait suffire pour traiter cette effrayante APT question qui convulse jusqu’à la pensée, et qu’à force de talent, ar d'émotion, d’éloquence, de griffe de feu dans l’éloquence, il fau- CNT CAT drait; dans l’intérêt de sa solution absolue, attachér, cormimé une ; flamme, à nos esprits et à nos cœurs! !
FAR Le talent, le plus grand talent, pris à la sourcé où le talent se puise, à la source Sacrée des émotions profondes, n’aurait donc pas été dé troÿ dans cé tragique sujet des inhumations précipitées car s’il f’est pas tout à fait impossible, hélas! d’empêchér lés homimes d'oublier, c’est au talent, au éri du taleñt, à Ce cri qui résontié ét qui duré iüujours quand il à été poussé uñe fois, qu'il est réservé de faire ce miracle. J'ai parlé de l’étonnante frivolité humaifie, mais où né peut jamais âssez y revenir... Le livré du D' Favrot, tout animé qu'il est d'intentions éxcéllentes (jé l’eñ voudrais passionné ét vibrant), donne dix fois la preuve de cetté frivolité qui n’appuie pas, quand il séfait si nécéssaire de forte: ment appuyér. [Il nous rapporté la discussion récente du Sénat sur cette quéstiof des inhumätions prématurées, et les solutions iñsuffisantés auxquelles 6h s'arrêta. Et lui, l’homme dé science, qui connaît fnieux qué pérsonné l’incomplét ét le hasatdé dé ces solutions piètréinent ädministratives, il s’en contenté à péü dé chôsé près, au lieu d’n démüôntrér härdiment ét rigoureusément l'insuffisance. Le médeéin ne va pas béaucoup plus avañit que lés législateurs. Eux comme lui, lui éomimé eux, n’ont résolu éomplè: térnénit, pérémptoirément, une fois pour toutes, cetté question des iñhumations précipitées qui pend comme un poids étouffant sur nos têtes et sur hôs poitrines, et qui dévrait êtré l’anxiété, la
à laquelle tout homimé de séhs devrait éterhiéllèment ét infatiga
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os Ft PA At ann À DAME TEN ETE . L'EUT ue fi PSC % | ment revenir jusqu’à sa solution complète, si les hommes de sens eux-mêmes n'étaient, quand il s’agit de mort, les plus incon-
séquents des étourdis!
. Et quand je dis la mort, é’est bien pis que la imbrt, cette ques-
tion des enterrements vivants! La mort comme nous la cotinaissons, qu’estelle vraiment, quelle qu’en soit l’agonie, en compa- raison de cette torturé iënorée, qui peut être la nôtre, à chacun de noûs, de la vie reprise tout à coup au fond d’une tombe fermée dont ün sent sur soi ce poids affreux, autour dé soi lés ténèbres affreusés et le froid affreux? Le D’ Favrot parle de cadavres par hasard déterrés ét qui, en des angoisses que l’imägination épouvantée n’a pas dé peine à se réprésenter, s'étaient, dans léurs cércueils, mangés les bräs de furéur vaine et de désespoir! Mais ceux qu'on n’a pas retrouvés? Il n’en païle pas, et il ne peut pas en parler. La terre, qui couvre les fautes des médecins, comme a dit uñ plaisañtin de théâtre, à couvert peut-être aussi les plus grandes douleurs de la vie pour tes malheureuses créaturés qu’on croyait mortes, qu'on croyait avoir soldé pour leur compte avec la douleur! Ah! jé fe crois pas que dans ce siècle dé progrès, qui fait des questions de toutes choses ét qui s’imagine être uñ grand améliorateur du sort des hommes, il ÿ ait question plus importante, plus pressante, plus meénäçänte, plus épouvantable que celle-là, si nous avions la force virile de regarder fixément dans cet abîme et si, comme des femmes, nous n’en détournions pas les yeux. o
Je né crois pas que depuis que la sâgéssé d’un temps profondémént mätérialiste, et qui, par-dessus le märché, se donne les grands airs d’être athée, à supprimé d’un trait cetté éapucinade de l’enfer chrétien qui fut la terreur de tout lé moÿen âgé, il y ait dans lä consciente du moine une idée plus féconide en terreur, une idée pareille à celle d’être énterré vivant!... Maïs c’est du il y aura toujours des enfers! Paséal, lorsqué au xvn° sièéle la foi de l’homme en ses fins dernières 8’affaiblissait, poussait, pour réveiller des térreurs salutaires, lé fameux éri dé sés Pensées. Eh bieñ, nous, les matérialistes du xix siècle, nous n’avons plus qu’à poussér le nôtre! Le pauvre Edgar Poé l’a poussé cotime Pascal avait hôrreur de l’autré enfer; Edgar Poe, qui eut le cerveau timbré de cette terriblé idée, qui en timbra ses œuvres, qui en timbra sa vié, et qui én mourut fou plus encore que du deliriur tremens!
C’est l'imagination d'Edgar Poe qu'il fallait pôur écrire un livre (qui aurait produit son foudroÿant effet) sur les inhüumiätions précipitées. Si la miässe cofnmune des esprits était organisée comme Edgar Poe, la question qui nous occupé aujourd’hui serait depuis longtémps résolue; mais, avec la pincée de cérvelle de poulet qie noüs ävons dans nos trânés frivoles, éllé ñé le séra pas entore démaiñ!
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Ils ont essayé cependant. Le livre du D° Favrot en fait foi. Ils ont inventé des médecins vérificateurs des décès, se contrôlant les uns les autres. Ils ont prescrit les vingt-quatre heures à attendre pour qu’on fût sûr que la vie, ce mystère qui se joue des hommes, eût dit, à point nommé, sans une minute de plus, son dernier mot! Ils ont liaïdé ces vingt-quatre heures de répit par peur pour la santé publique, qui peut bien prendre ses précautions pourtant contre le danger de quelques autres heures! Ces bâtisseurs de lazarets pour les morts. Ils se sont fiés aux premiers signes de putréfaction, qui ne prouvent pas toujours la mort, disent les médecins, dans le jeu de casse-tête de leurs opinions ignorantes et contradictoires. Ils ont autorisé ce massage de la mort, ces horribles exercices de clown, auxquels les médecins doivent se livrer sur un pauvre cadavre pour en constater la rigidité souvent trompeuse. Et après cela? Après cela, tout a été fini —-et ils sont allés, fiers comme des paons, écouter la Patti et souper, croyant avoir fait une grande œuvre, insoucieux de la mort qui a déjà la main sur eux ou sur leurs proches!
Le D’ Favrot, qui ne trouve pas que ce soit tout à fait assez que cela, lance, vers la fin de son ouvrage, l’idée des chambres mortuaires de l'Allemagne; mais il ne nous les décrit pas, ne les examine point, et n'ajoute rien à cette idée de chambres mortuaires, avec leur système plus ou moins ingénieux de sonnettes, correspondant, comme on le sait sans le D’ Favrot, aux doigts du mort et mises en vibration au moindre mouvement qui s’éveillerait dans le cadavre.
Le D'° Favrot ne se livre là-dessus à aucune espèce de critique. Comme il se tait sur l’organisation des chambres mortuaires, il se tait naturellement et conséquemment sur la question de surveillants qui est si importante avec l'intervention de ces chambres, et qui en constitue la garantie et la sécurité. Quels sont, en effet, le choix e la moralité de ces surveillants, quand on songe qu’il faut toute l’organisation d’une armée, avec la trame de son admirable hiérarchie, pour seulement empêcher quelques sentinelles de dormir, on se demande comment on peut obtenir la vigilance de surveillants abandonnés à eux-mêmes dans la solitude et dans la nuit. Assurément l’Allemagne est un pays excellent et peut-être le plus naturellement moral de l’Europe; mais moi qui ne crois absolument qu'aux moralités surnaturelles, je m'imaginl qu’il ne peut y avoir qu’un Ordre religieux qui puisse faire avec perfection ce fatigant service de nuit et de jour des chambres mortuaires. |
Oui! un Ordre religieux déjà créé, — ou, ce qui vaudrait mieux, qu’on créerait spécialement pour cet office et qu’on appellerait l'Ordre des Morts! Mais le D° Favrot, qui, en sa qualité de maté-
rialiste, ne se préoccupe pas beaucoup d'ordres religieux, passe outre sur cette question, dont il ne se doute pas, comme sur toutes les autres, et son livre finit tout à coup sans que sur aucun point on soit, comme on le voudrait, édifié.
Aïnsi, dans cette Histoire des Inhumations, vous le voyez! pas une idée au compte du D’ Favrot, pas une initiative de cet esprit vif et allègre qui aime d’ordinaire à grimper à la difficulté et qui n’en craint pas l’escarpement! Beaucoup d’érudition sans pédantisme, un style clair, mais nul point de vue ouvert, en profondeur ou en largeur, même sur le fonds faux et nulle chaleur d’âme (les matérialistes en ont quelquefois malgré eux) dans un sujet qui en demandait une immense. Certes! je m'attendais à autre chose, et j'ai été ce qu’un homme ne doit jamais être, disait Bolingbrocke; j’ai été étonné. J’ai cherché mon D° Favrot et je n’ai rien trouvé qu’un candidat d’Académie; car on m’a conté que le docteur se présentait comme candidat à l’Académie des Inscriptions. Ceci m'a fait admirer une fois de plus l’influence des Académies, qui atteint toujours en plein cerveau avant qu’ils n’en soient, les hommes d'esprit qui veulent en être. Ah! je la connais, l’influence des Académies! de ces bienheureuses cages à chapons dans lesquelles on n’entre qu’à la condition de s’être préalablement opéré!
| NOTES J À + Je eh. Husirit, médecin anglaiés né à Halberton à se fin an RIT siècle, mort en 1768. Docteur de l’Université de Leyde, il fut & ile disciple de Boërhaave. Il exerça la médecine à Plymouth Fi avait la réputation d’un savant et habile praticien. Il étudia spé. cialement la nature inflammatoire des fièvres. C’ est à ce titre que son autorité est invoquée par Pontas du Méril dans sa thèse de baccalauréat en médecine. i Huxham, dans le traitement de la fièvre, administrait du vin de quinquina, dont il a laissé une formule. ( mn Ses œuvres forment trois volumes éditées à Leipzig en 1764 (Opera physica-medica). On a traduit en français un Essai sur les fièvres et les maladies.
Lo Gorrarus, cité par Pontas du Méril dans sa thèse de Caen, est un médecin fr-naçais, Jean Gorris, né à Paris én 1505, mort en 1577. Il étain pe d’un médecin Fete de Boürges, Pierre Gorris. 7 FRE ATOME)
Jeant à ris iut. doye .& au lavuin de Y{é :cine a Paris. ‘Calviniste notoire, c’est par miracle qu’il échappa au massacre
de la Saint-Barthélémy.
Son fils, Jean Gorris, médecin de Louis XIII, a édité ses œuvres qui forment un grand volume in-4° et sont un Dictionnaire grécolatin de tous les termes Fpies en médecine depuis Hippocrate. En voici le titre exact :
Joannis GORRAEI medici parisiensis Opera definitionum medicarum libri XXIII a Joanne GoRRxo filio. Luvoyicr XIII Francorum et Navarrorum regis medico ordinario, locupletata et acces-
mp ré d > cet a nvrage e à le bibliothèque.
de TU Jean-Joseph 1 DE Core né à Coblentz Je 25 janvier 17766, “ mort à Münich le 27 janvier 1848. Est connu surtout comme pamphlétaire, publiciste et historien: Æ: ut aussi un savant naturaliste et physicien. | AH 1 joua un rôle ue important. D'abord libéral et paci: ja fiste, vint à Paris comme chef de la députation des provinces rhénanes, chargée de demander ou leur réunion à la France ou la formation d’une Rhénanie indépendante. Arrivé quelques jours après le coup d’Etat du 18 brumaire, il ne put obtenir d’audience de Bonaparte et s’en retourna très irrité.
Il se retira momentanément de la politique pour se consacrer aux sciences naturelles et fut nommé professeur d'histoire natu- relle et de physiqte à Coblèntz. Puis il enseigna à Héidelberg. is En 1814, fl fonda leWercure rhérean que Dip Poe appelait la cinquième puissance d'Europe.
Devenu monarchiste cofftitutiénmel, il prit parti contre Técé monie de la Prusse èn ÂAllémagne et fut poursuivi par le Gouvernement prussien à cause dé son pamphlet : Ness et la Révolution.
” Converti au câthôlicisme, il se rétira à Münich, où il reprit :soà eñséiénement dés sciences naturelles, Il écrivit un grand La sur la Mysfique divine, natärelle et ditbolique (1836- 1842
Barbey d’Aurevilly avait étudié Goëires, dont les vavriges Satisfaisaient Ga éüriosité pour les questions dé physiologie ‘et de 1dia- bolisme. Les Disjecta Membra contiennent de nombreuses réfé-
| rences à Goërres.
: ! Vu : Le Doyen, Vu : Le Président de Thèse,
"HBTES Y pe L 14 7! Le Ca
Vu et permis d'imprimer :
Le Recteur de l’Académie de Paris: CHARLETY. NT