‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglais (volume 3)Chapitre 30 sur 35 · NOTICE SUR PHILLIPPS · texte numérisé non relu

NOTICE SUR PHILLIPPS

et il a tente de s'en justifier. Voici comme il s'exprime

dans la preface du Specimens of Irish bar :

« Dans la série des grands maîtres dont j'ai réuni quelques fragmens , on reconnaîtra d'e'videntes traces d'une origine commune j la même chaleur de sentimens, la même hardiesse d'images , la même puissance de pathétique ou d'ironie, c'est là incontestablement l'un de leurs traits distinctifs : la persuasion plutôt que la conviction est le but de leurs efforts; l'une et l'autre voie est ouverte à l'orateur, et peut-être, s'il fallait prononcer entre elles, la première serait-elle considérée comme plus efficace et plus naturelle.

a Un autre trait également saillant qui a donne lieu à de nombreuses critiques, c'est leur abondance d'images; l'abus en ce point est condamnable sans doute, car quel abus ne l'est pas ? mais leur emploi , rtiême prodigue , fascine toujours les yeux, et parmi les personnes qui fréquentent les reunions publiques, il en est peu qui puissent nier son effet ; une ame libre parle toujours par images : c'est le premier langage de l'enfance d'une nation , et, comme tous les souvenirs d'enfance, il conserve je ne sais quel charme secret. C est le vocabulaire de la nature même, et jusqu'à ce que la civilisation ait tellement endurci le cœur de l'homme qu'il soit devenu sourd à cette voix, elle ne se fait jamais entendre en vain. Il faudrait que la nature entière changeât de face, avant que le génie de l'Irlande cessât de s'exprimer par images; dès que son œil s'ouvre à la lumière, il est frappe des plus sauvages beautés de la création , le roniiiiitiqiie et le sublime s'identifient avec son imagina-

NOTICE SUR PHILLIPPS. 457 tion, l'esprit ne peut plus repousser leur assemblage, et pour embellir les pensées de Tâge mûr , il a encore recours au rocher, au torrent et à la montagne, qui firent les délices de ses premiers ans

« La grande erreur dans laquelle sont tombes nos critiques modernes , au sujet de l'éloquence , est qu'ils ont voulu soumettre aux mêmes règles les morceaux composes pour être lus , et le discours destine à être prononce'. Il n j a pas deux choses au monde plus différentes : ce qui paraît extravagant dans l'un est raisonnable dans l'autre ; une allusion qui enflammera la multitude, paraîtra de mauvais goût dans la retraite du cabinet, le lieu de scène, les objets qui environnent, l'auditoire qui vous écoute , le but que l'on veut atteindre, les moyens dont on doit user, tout est different; le lecteur , dans le silence de sa retraite , ne voit que son livre , et peut s'arrêter à la fin de chaque période pour faire ses observations; l'auditeur, au contraire, tout jeux et tout oreilles, entraîne' par la rapidité de ses sentimens , échauffe par la sj mpathie de ceux qui l'environnent, n'a ni le temps de critiquer une image, qui , fugitive comme le plaisir qu'elle cause, doit peutêtre tout son succès au ton avec lequel elle est prononcée, ou au geste qui l'accompagne. Ainsi le critique qui analyse un discours ne doit exiger rien autre chose qu'un effet momentané. Si le but de l'orateur est atteint, sa tâche est remplie, et ce n'est rien ôter de son mérite que de dire qu'il a triomphé par des moyens qu'une raison plus froide désavoue. Quelque lantastiques et même extravagans que soient 1rs rcssoi ts

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mis en œuvre, qu'il épouvante par un fantôme, qu'il trompe par un sophisme, qu'il égare par une illusion, peu importe , s'il a su vaincre toute resistance : ce système ne s'accorde point avec ces règles et cette ordonnance à laquelle, selon une étroite critique, toute perfection doit s'ajuster; mais le ve'ritable génie les de'daigne , et ces Procustcs littéraires qui voudraient le plier ainsi à des dimensions prescrites trouveront rarement qu'il survive à leurs opérations.

(f Les efforts de l'orateur , comme ceux du poète dramatique, doivent tendre à produire sur le public ua grand effet plutôt qu'à satisfaire un vétilleux pédant : avec de pareils censeurs^ Curran est trop sauvage, Démosthène trop étudié, et Shakespeare, parlant le langage de la nature, est la victime des unités. »

Tel est le système nouveau que Phillipps a adopté j ce passage en fournit à la fois le précepte et l'exemple : est- il nécessaire de montrer le sophisme sur lequel il repose? Les règles n'ont point été faites pour entraver à plaisir la marche du génie, mais pour la diriger ; loin de réprimer ses élans , elles les secondent en les soutenant : ce ne sont pas les rhéteurs qui les ont fondées , c'est le génie qui les a consacrées d'inspiration , et qui en a fourni le type en s'y conformant sans les connaître.

Néanmoins, au milieu de tous ses défauts, on rencontre dans Phillipps de véritables beautés ; ce n'est jamais à un homme ordinaire qu'il est donné de tenter Une roule non encore foulée et de créer un genre nouveau. Phillipps possède une imagination riche, de la chaleur, de l'abondance, de l'élévation j il raille avec

NOTICE SUR PHILLIPPS. ^Bg finesse, il invective avec amertume : ce sont toutes ces qualités qui lui ont valu les succès qu'il a obtenus.

Phillipps a réuni en un volume ceux de ses discours qu'il a' juges dignes d'être soumis aux regards du public : jeune , et lorsque ses titres à la renommée lui sont encore contestes, peut-être eût-il dû attendre que le temps les eût consacres; cet empressement à se faire connaître trahit une secrète vanité dont il est difficile de le justifier.

Le recueil de ses œuvres oratoires renferme, outre ses plaidoyers, quelques discours prononces à des assemblées publiques sur l'émancipation des catholiques ; tous respirent les sentimens de la plus généreuse tolerance; ses plaidoyers, presque tous relatifs à des causes d adultère ou de seduction , offrent peu de variété dans le stjle et dans le fonds des pensées ; nous avons cru devoir en restrehidre le choix : ceux que noux offrons au public suffiront pour le faire connaître à nos lecteurs.

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