NOTICE SUR PHILLIPPS
Angleterre, quoique moins poétique, moins passionnée qu'en Irlande : on pourrait attribuer avec quelque pro- LîiLililc ce caractère au génie de la nation que distingue sa sagacité logique et son indépendance morale 5 ces causes , on ne peut le nier , ne sont pas entièrement sans résultat , mais l'effet general doit être attribué à de plus vulgaires motifs.
« En Angleterre, le petit nombre de tribunaux et de juges, compare à la richesse, la population et la multitude d'affaires , ont fait de la concision une qualité', non-seulement utile , rnais indispensable pour l'avocat : fout ce qui n'est que pur ornement du discours est sévèrement proscrit 5 mais le temps judiciaire, pour employer ici l'expression de Benlham, n'a pas la même valeur, soit en Ecosse, soit en Irlande, et les avocats de l'un et l'autre pays peuvent sans crainte donner carrière à leur goût pour les longs discours.
a Si leur abondance a pris un caractère diffe'rent, c'est là un résultat non du génie des orateurs, mais de l'auditoire auquel ils s'adressent : en Irlande c'est presque toujours devant un jury que l'orateur du batreau est appelé à exercer sa verve j elle doit avoir par consequent quelque chose de plus populaire : l'avocat écossais parle le plus souvent à des juges, dès-lors il doit tendre surtout à faire impression par la sagacité et l'exactitude du raisonnement. En général, l'avocat parle toujours aussi long-temps qu'on consent à l'écouter; la quantité de son éloquence dépend du temps qu'on lui accorde, sa qualité , de la nature de l'auditoire auquel il s'adresse. » Curran a plus que personne contribué , par l'éclat de
NOTICE SUR PHILLIPPS. 455 sa brillante imagination , à accréditer cette sorte d eloquence; Phiilipps est venu après lui : plein d admiralion pour son ami, il a voulu l'imiter et reproduire sa manière; mais, ainsi qu'il arrive toujours aux imitaleurs , il l'a exagérée.
Il semble avoir voulu introduire à la barre ce genre nouveau , qui , protege' par d'illustres renommées , envahit aujourd'hui toutes les autres branches de la littérature : comme les poètes de cette école, il ne connaît d'autre règle que les elans de son imagination j comme <lans leurs poèmes, les descriptions abondent dans ses discours; comme eux, idéalisant toutes les images, et matérialisant toutes les pensées, il confond toutes les notions reçues jusqu'à ce jour, et ne redoute pas de choquer le bon goût, qu'il dédaigne, s'il peut éblouir par l'éclat des pensées, ou entraîner par la chaleur des mou- Temens.
Une telle éloquence peut bien obtenir quelques succès passagers; elle ne fondera jamais une gloire durable : l'ordre, la régularité, la convenance sont des mérites indispensables à toutes bonnes compositions; ce sont eux qui les font vivre , parce qu'ils sont de tous* les tempi cl de tous les lieux.
Scribendi rectc sapere est et prtndpium et Jons.
Si Horace donne ce précepte aux poètes , avec quel soin ne doivent point l'observer ceux qui cultivent l'éloquence, le plus sévère de tous les arts!
Phiilipps a pressenti les reproches qu'on peut lui faire,