PLAIDOYER DE M. PHILLIPPS
EN LA CAUSE
'DE O'MULLAN
CONTRK
M'KORRILL,
ProDOlicé en la cour du cômté de Galway.
M,.okbsexMess,...s,
Je viens , comme défenseur du plaignant , vous exposer les circonstances sur lesquelles son action est fondée : je ne puis , en commençant, vous dissimuler mon embarras, car je sens que je ne pourrai vous exprimer que faiblement ce que m'a fait éprouver la lecture de sa plainte; néanmoins mon récit, quelque faible qu'il soit, vous sera pénible; tous ceux qu'anime l'amour de la patrie ne verront pas sans douleur ce déplorable tableau de tout ce qui dégrade notre nature, comme
PHILLIPPS. 4.63 hommes , et de tout ce qui a depuis plusieurs siècles perpétué notre abaissement , comme nation. Telle est la triste condition de noire ministère , qu'a chaque instant notre vue est affligée de quelque crime odieux , nos coeurs sont attristés de quelques déclîirans récits; il n'est \ice si difforme, infirmité si repoussante que la dépravation n'étale en spectacle h nos rejjards; ' mais, grâce au ciel! même au milieu de ces scènes de honte et d'avilissement, il se présente souvent des occasions où l'homme se relève dans toute sa dignité, où la vertu reparaît dans tout son éclat; c'est avec une sainte joie que je me crois placé en une telle occasion , et je vous invite sincèrement à partager ce sentiment : oui , messieurs , quoique vous deviez vous préparer à entendre bien des choses honteuses pour notre nature, déshonorantes pour notre patrie; quoique tout ce que l'oppression peut imaginer contre le pauvre, la persécution infliger sur le faible; quoique tous les outrages dont le vice peut accabler la vertu, tout le poison qu'un homme vénal peut distiller sur un bon citoyen, doivent tour à tour vous affliger, vous épouvanter et vous humilier en cette cause; j'espère cependant que du fond de ce sépulcre où la corruption est assise, foulant aux pieds le mérite abattu , une voix se fera entendre, a laquelle se relèvera la victime pour justifier les décrets de la Providence, et prouver que, même dans sa dernière infortune, la vertu conserve toujours sa puissance et son immortalité.
Messieurs, le plaignant, comme vous l'avez entendu, est le révérend Cornelius O'MuUan; c'est un prêtre de l'église romaine, qui a revêtu ce vénérable caractère depuis le mois de septembre i8o4 : ce titre, vous le savez, messieurs, ne conduit en ce pays ni aux honneurs, ni k la fortune; celui qui le possède n'a rien h attendre de ce monde; toutes ses espérances, en cette vie comme en l'autre, sont fondées
sur son travail, son mérite et sa piété, et n'est-ce point, après tout, la plus belle décoration comme le plus impérissable trésor de l'homme de Dieu? Les années se succédaient sur la tête de mon client, et chaque anniversaire ne faisait que lui donner de nouveaux droits à ce titre. Ses préceptes se retrouvaient tout entiers dans sa conduite ; l'incrédule Tentendait, et il était convaincu ; l'ignorant recevait ses leçons, et il était instruit; il consolait les dernières heures du riche; il berçait l'enfance du pauvre. Oh! qu'on ne s'étonne point si les bénédictions publiques l'accompagnaient partout! Ce n'est pas Ih une vaine déclamation. Tels furent les heureux résultats de son ministère, que, dans l'espace de cinq années, près de deux mille livres de souscriptions volontaires furent versées pour agrandir le temple où l'on prêchait ces préceptes, où l'on donnait ces exemples de piété.
Telle était la situation de M. O'Mullan lorsqu*eut lieu la dissolution du parlement, et qu'un débat inattendu pour la représentation du comté de Derry excita, dans ce pays, une commotion extraordinaire. L'un des candidats appartenait à la famille de Ponsomby, famille dévouée aux intérêts de l'Irlande , et chère a tous les cœurs. Il crut naturellement que sa conduite lui donnait droit aux votes de tous les catholiques de la contrée: il obtint non-seulement la voix de tous les catholiques, mais de tous les chrétiens qui préfèrent la propagation de l'évangile au triomphe d'une secte, et le maintien des principes de la constitution aux prétentions d'un parti. Peut-être penserez-vous avec moi qu'une espèce d'intérêt posthume s'attache encore à cet événement lorsque je vous dirai que le candidat, en cette occasion , est ce héros si regrette, sur la tombe duquel les larmes, non-seulement de l'Irlande, niais de l'Europe entière, ont récemment coulé, €t qui s'est acquis un nom immortel dans les champs de Wa-
PHILLIPPS. 465 terloo. II demanda a M. O'Mullan de l'appuyer de son credit ; ce crédit lui fut accordé avec plaisir, Tassentiment de son évêqiie ayant été préalablement obtenu.
M. Ponsomby réussit : un dîner , auquel toutes les parties furent invitées, duquel on devait s'attendre de voir exclure tout esprit de parti, fut donné pour célébrer une victoire commune, le libre exercice du droit d'élection. En d'autres pays , une telle exclusion serait toute naturelle \ l'exercice d'un droit constitutionnel , le ti ioraphe de la cause populaire , pourrait sans troubles être célébré par un repas, et réunir tous les cœurs dans les joies d'un festin. Mais bêlas! messieurs, en cette malheureuse contrée, tel a été le résultat, soit de nos fautes, soit de nos infortunes, qu'une détestable désunion change en poison la liqueur qui remplit la coupe , et trouble les plus belles fêtes. Mon client assistait à ce dîner; il était intolérable qu'un catholique souillât , par sa présence , la fête civique du loyal Londonderry. La sainteté reconnue de son caracière ne pouvait excuser tant d'audace; il devint nécessaire de l'insulter. Il est un toast que peu de personnes, en cette contrée , ont l'habitude d'entendre, mais qui est l'invariable mot d'ordre des orangistes ; il est conçu en peu de mots : « A la glorieuse , pieuse et immortelle mémoire du grand et hou roi Guillaume. « Je ne doute point que, dans la simplicité de vos ames, vous n'ayez peine à découvrir quelle offense peut renfermer la mémoire du héros de notre révolution. Les royalistes de Derry pensent bien autrement. Lorsque quelqu'un d'entre les adeptes de leurs bacchanales veut détourner les fâcheuses réminiscences que leur rappelle leur souvenir, ils commencent par violer la mémoire du roi Guillaume
» Ce loast royaliste transmis par la faction d'Orange est ainsi conçu : « A la glorieuse, pieuse et immortelle mémoire du grand et bon roi Guillaume qui nous a délivrés du |)ape et des papistes, de Jacques et de l'esclavage, de la monnaie de cuivre et des sabots! la mort au pape et la 2. 3o
Ceux de la confrérie qui , pai hasard , ont des souliers ou de l'argent, chose assez rare, remercient sa majesté de ce que leurs souliers ne sont pas des sabots, et de ce que la monnaie n*est pas de cuivre; on donne ensuite une pieuse bénédiction au pape, et le toast se termine par un vœu patriotique en faveur de tous ses partisans, qui, s'il était exaucé , donnerait de l'occupalion a tous les fabricans de corde de la contrée.
Tel est, messieurs, le sentiment libéral et éclairé qui se trouve implicitement renfermé dans ces premiers mots, que Ton se contente ordinairement de prononcer. Je ne dois pas omettre de dire que ce toast est toujours porté debout, autant néanmoins que faire se peut, par la compagnie. En cette circonstance, ce toast eut visiblement pour but d'insulter M. O'Mullan. Naturellement ennemi de toute altercation^ il n'avait d'autre parti à prendre que de sortir : c'est ce qu'il fit immédiatement; cependant on le rappella sur-le-champ en lui apprenant qu'un toast avait été porté en faveur de la cause des catholiques par sir George Hill , le recorder de la cité. Mon client n'avait point de fiel dans l'ame ; il accepta aussitôt cette ouverture amicale, et il exprima sa reconnaissance en quelques termes simples que son cœur lui inspira : Pauvre O'Mullan ! tu avais l'ingénuité de croire qu'un compliment d'un politique est l'expression de sa pensée , et qu'un toast de table est un prélude certain de son vote dans le parlement ! En dépit de toute expérience, il appliqua au patriote irlandais cet adage : Cœlum non animum mutant , qui trans mare currunt. Je n'ai pas besoin de vous peindre la consternation de sir George en entendant une interprétation si extraordinaire et si peu parlementaire; il désavoua avec indignation l'intention qu'on lui imputait, repoussa l'induction perfide qu'on
corde pour les papistes! » On porte ce toast à genoux quand on ne peut se tenir debout, a\ ec différentes cérémonies , que les initiés seuls peuvent comjircndrc.
PHILLIPPS. 467 en tirait ; el agissant d'après les principes d'une iuipartiale politique, il appuya l'un des partis de son vote, et l'autre (ce qu'il regardait sans doute comme une compensation suffisante), de tout le poids de son éloquence; transaction assez ordinaire parmi nos modernes politiques.
Ce qui avait eu lieu a ce dîner, devint bientôt public. Sir George, comme on peut en être certain, ne voyait pas avec grand plaisir cette divulgation. Il est rare, messieurs , que les souffrances des grands n'excitent pas quelque sympathie; s'ils ne reçoivent jamais les consolations d'une amitié sincère ^ et désintéressée, ils sont du moins sûrs d'obtenir toujours en compensation les doléances d'une sordide hypocrisie. Qui aurait pu s'imaginer que les consolations réservées k sir George, c'étaient les catholiques qui devaient les lui offrir ? Voilk néanmoins ce qui eut lieu. Deux hommes de cette communion eurent le courage et la bassesse de lui présenter une adresse injurieuse pour le pasteur qui fait l'ornement et l'orgueil de ce culte : celte adresse , avec d'insultans commentaires , fut aussitôt publiée par le journal de Derry , qui, depuis ce moment , jusqu'à l'instant de la ruine de mon client, n'a cessé de le persécuter par tout ce que la calomnie la plus envenimée peut inventer, et la bigoterie la plus cruelle peut exécuter.
Je dois vous dire dès maintenant ce qu'est ce journal , c'est une de ces nombreuses feuilles que les malheurs de notre pays ont fait éclore. 11 n'est village en Irlande qui ne soit infesté de l'un de ces démons officiels, composant un journal rempli de mensonges et de calomnies contre toute personne qui a le courage de défendre les intérêts du peuple , ou de maintenir son ancienne religion; ennemis du gouvernement sous prétexte de lui prêter leur appui ; la hq^nte du nom irlandais, qu'ils prétendent défendre; écrivains sans instruction, sans morale, sans religion, gorgés des dépouilles publiques et couverts d'opprobres; ni talent ne peut les retenir, ni pitié les
loucher, ni infortune les allendrir, ni bienveillance les désarmer; la réputation des vivans , non plus que la mémoire des morts , ne leur est sacrée; le sépulcre lui-même n'est point nn asile contre leurs coups : hîÈnes humaines, ils vont jusque dans les réceptacles de la mort satisfaire leur faim brutale du souvenir de nos calamités passées : telle est la trop véritable peinture de ce qui s'appelle , en Irlande ( et j'aime a croire que c'est a tort ) , la presse ministérielle. C'est h vous de dire quel rang le Loudonderrj-Journal occupe dans cette presse servile. Quand cette adresse fut publiée au nom des catholiques, ce corps calomnié en ressentit, ainsi qu'on devait s'y * attendre, une indignation universelle.
Vous n'avez point oublié, messieurs , qu'entre les nombreux expédiens employés par l'Irlande pour recouvrer ses droits, après avoir, à chaque session , fléchi le genou a la barre de son parlement, et, toute couverte de glorieuses blessures, supplié qu'on brisât les chaînes qui en avaient été la récompense ; vous n'avez point oublié , dis-je, qu'entre ces vains et nombreux expédiens de supplications et de remontrances , sa population catholique délégua une assemblée pour délibérer sur cette importante affaire, et présenter une pétition. Loin de moi de parler de cette assemblée avec le mépris qui semble aujourd'hui devenu de mode; elle renfermait beaucoup de talens et d'intégrité , et elle offrit un spectacle qui sera toujours intéressant pour moi , celui d'un grand nombre d'hommes et de chrétiens, mes semblables, réclamant la jouissance de cette constitution que leurs ancêtres ont fondée par leur valeur , et a laquelle ils ont droit comme a leur héritage. Ce n'est ici ni le temps ni le lieu de discuter cette question; et puisqu'elle se présente, je me contenterai de dire que, comme, d'une part , je ne puis comprendre de despotisme plus impie ni plus inhumain qu'une exclusion politique fondée snrcelte croyance qui promet à Thommc une éternité de bor.heur après celte
PHILLIPPS. 469 vie 5 de même je ne puis concevoir de plus divin spectacle que celui de noire sainte croix toute rouge du sang des martyrs, et radieuse de nos espérances, portée par les mains d'un véritable patriote chrétien a Tavant-garde d'une troupe d'hommes déterminés à être libres.
Les deux personnes qui avaient rédigé l'adresse dont j'ai parlé, faisaient, par hasard , partie de cette assemblée j le corps qui les avait députés se réunit aussitôt, et déclara leur délégation nulle. Vous supposez peut-être, messieurs, qu'après un acte si décisif de réprobation, ces officieux mandataires auraient évité d'en provoquer une nouvelle en désertant un lieu , duquel leur nature et leur éducation les excluaient entièrement; mais , loin d'obéir a ce sentiment de pudeur, ces proscrits provoquèrent une décision nouvelle , pour appeler de la sentence que l'opinion publique avait prononcée contre eux. L'assemblée se réunit, et après une délibération d'une journée presque tout entière, le premier jufjement fut unanimement confirmé. Ces hommes ne crurent pas prudent de s'y présenter eux-mêmes ; mais, sur le soir, quand la délibération fut fermée; lorsque le fauteuil du président fut abandonné ; lorsque déjà la multitude se dispersait, ils tentèrent, avec quelques partisans des orangistes, de s'introduire dans la chapelle qui, dans les grandes villes , telles que Derry , est le lieu ordinaire des réunions. Un vif mécontentement se manifesta parmi le peuple. M. O'Mullan, ainsi que son devoir l'y obligeait, ferma les portes pour préserver la maison du Seigneur de toute profanation , et s'adressant a la foule , il l'engagea à se retirer paisiblement dans ses demeures. Il n'est besoin de vous peindre de quelle fureur cette résistance méritée enflamma ces hommes. L'enfer tout entier agitait leurame, et dès-lors ils tramèrent, contre la tranquillité de mon client, la conspiration la plus vile , la plus coupable , la plus infernale que jamais le vice ait conçue et les démons exécutée. Empêchés par lui d'exciter une
4/0 liARREAU ANGLAIS.
sédition, ilsjurèienld'enexciterunecontreluijils le poursuivirent jusqu'à sa condamnation , égarèrent l'intelligence affaiblie de son évêque pour le priver de son appui , enflammèrent l'esprit public par les plus atroces libelles, et conduisirent enfin ce pieux et innocent prêtre dans une obscure prison, où les verroux qui l'enfermaient étaient moins inflexibles que les tyrans dont il était environné.
On m*a dit que sa condamnation est un sujet de triomphe pour eux. Je ne chercherai point à attaquer le verdict de ce juryj je ne doute point qu'il n'ait agi selon sa conscience ; je ne dirai point que tout partisan de la religion de mon client a été exclu de ce jury; je ne doute point qu! il n'ait agi selon sa conscience ; je ne dirai point que les jurés appelés pour juger ce prêtre étaient , tous sans disiinciion , proteslans, et cela dans une ville si influencée par ses préjugés, que, peu de temps auparavant, en vertu de la loi des conspirations, nul catholique n'osait respirer librement dans ses murailles ; car je ne doute point que le jury iCait prononcé selon sa cons^ cience ; je ne dirai point que, trois jours auparavant, on avait entendu l'un des jurés déclarer publiquement qu'il persécuterait les papistes jusqu'à la mort 3 non, je ne doute point quil li'ait prononcé selon sa conscience ; je ne dirai point que l'esprit public avait été tellement enflammé par ce libelliste qu'il était entièrement impossible qu'un jugement impartial fût rendu : que nos adversaires jouissent de leur triomphe ! Quant à moi, connaissant mon client comme je le connais, je ne crains pas, sous le poids même de cette condamnation , de déclarer que je préférerais être cet homme ainsi humilié, emprisonné, persécuté, et posséder sa conscience, que d'occuper la place de l'un de ces êtres vils qui, toujours prosternés aux pieds du pouvoir, n'ont jamais cessé de vivre des dépouilles du peuple et des aumônes du despotisme. Oh ! qail sera court cet infernal triomphe ! oh ! qu'elle est aveugle et frcle lespé-
PHILLIPPS. 471 ranee du vice, qui croit que sa victoire durera plus d'un moment ! Ce jour même , je l'espère , va prouver que , si la vertu souffre, sa souffrance est passagère, et que tôt ou tard, quand sa patience a été éprouvée et sa pureté reconnue, une prospérité inaltérable est sa récompense.
Peut-être vous pensez, messieurs, que mon client emprisonné, son état détruit, ses espérances ruinées^ et ce qu'il avait de plus cher, son caractère diffamé, la malice de ses ennemis suspendit ses poursuites. Non , quand on a fait le mal, ie pire reste à faire. Ecoutez, je vous en supplie, ce qui suit, car l'instant est arrivé de vous parler du libelle que nous avons choisi entre les innombrables calomnies de ce journal , et sur lequel j'appelle une aileniion toute particulière. Une affaire du moment , et dont il sera de mon devoir de vous faire connaître la Jialure, appela M. O'Mullan dans la capitale. Le journal du défendeur l'avait , à celle époque, mis en défaveur auprès de son évêquc, et le bruit s'était répandu qu'il ne devait plus revoir son ancienne paroisse. L'évèque, pendant cet intervalle, revint a Derry, et , Je dimanche suivant , alla officier à la chapelle paroissiale : les personnes de tout rang se pressaient en tremblant autour de lui ; l'aveugle lui redemandait son prolecleur , l'orphelin son soutien, le pauvre son bienfaiteur, le riche son guide, l'ignorant son pasteur, tous, d'une seule voix, sollicitaient son rappel. Pouvez-vous imaginer un plus intéressant spectacle? L'esprit humain n'a jamais conçu, la main de l'homme n*a jamais exécuté un plus instructif et plus délicieux tableau j cependant, le croirez-vous , sur cette même circonstance,^ le défendeur fabrique le plus audacieux et, s'il est possible , le plus cruel de ses libelles. Ecoulez son langage: O'Mullan , dit-il , fut condamne et dégradé pour avoir attaqué son propre évêque et le recorder de Derry dans la chapelle paroissiale Vojez tout ce qu'a de dégoûtant ia maliguilé lîc ce libelle
BARREAU ANGLAIS, observez tout ce qu'il accumule de reproches sur la tète de mon client j considérez combien de crimes il embrasse : d'abord il a attaqué son vénérable évêque , son supérieur ecclésiastique, auquel il a juré obéissance, contre lequel il n'a jamais conçu ni articulé la moindre irrévérence; puis il a attaqué le recorder de Derry, uii membre du conseil privé, le chef de l'autorité municipale de la cité, et il les a attaqués , en quel lieu? Dieu tout-puissant! c'est en votre temple même, c'est-a-dire, à en croire l'inhumain libelliste, un citoyen, un prêtre a insulté a la fois les autorités civiles et son supérieur ecclésiastique a la face des hommes et dans la maison de prière , foulant aux pieds toutes les lois humaines, au milieu des saints autels, oii le Dieu tout-puissant assistait à sa profanation. L horreur que m'inspirent ce blasphème et cette abominable turpitude me laisse à peine asse2 de force pour continuer.
Que direz- vous, messieurs, quand je vous apprendrai qu'au moment même qu'on lui impute d'avoir commis cette atrocité, il se trouvait a Dublin, c'est-à-dire à plus de cent vingt milles loin de là? Mais quoi! lorsque la calomnie a commencé son œuvre, les obstacles de temps et de distance ne l'arrêtent point, le souffle empesté de son haleine flétrit toute la nature, et Tâge, et le sexe, et l'innocence, et le rang succombent sous l'effort inaperçu, mais certain, de ses coups? Faut-il vous étonner si M. O'Mullan ne put résister a ces calomnies accumulées? faut-il vous étonner si la faiblesse fut intimidée, le doute convaincu et la prévention confirmée? 11 fut oublié par son évêque; il fut dénoncé par ses ennemis , ses amis même l'abandonnèrent consternés j il fut banni du lieu oii il avait passé son enfance, où s'attachaient les souvenirs de sa jeunesse, où se déployait sa juste et honorable ambition ; en vain eut-il recours aux étrangers pour demander sa subsistance ; la calomnie le précédait partout, comme porté sur l'aile des vents, et depuis lors jus-
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qu'à ce jour, trop véritable apôtre, il a été un homme de douleur, ue sachant pas où reposer sa tête. Je ne veux point soulever vos passions- hélas I combien ma voix est impuissante a vous dépeindre ses souffrances; c'est d'après les preuves produites qu'il faut vous en former une idée : je vous ai dit qu'au moment où cet infernal libelle fut fabriqué, le plaignant était a Dublin, et j'ai promis de vous faire connaître le motif de son absence.
11 avait observé, dans le cours de ses fonctions ecclésiastique, l'ignorance déplorable, j'ai presque dit l'ignorance organisée des paysans irlandais; celte ignorance, Source de tous leurs crimes et de toutes leurs souffrances ; il avait également observé qu'il n'existait aucune institution liliéraire publiquement établie pour venir à leur secours , excepté ces écoles de charité où Ton offre aux indigens le savoir, comme le prix de leur apostasie à la foi de leurs pères : résolu s'il était possible de leur donner la science de ce monde, sans la leur faire acheter aux dépens de leur liéritage dans l'autre, il composa le prospectus d'une école pour l'éducation de cinq cents jeunes enfans, et se rendit dans la métropole pour solliciter des souscriptions.
Il n'est besoin de m'étendre sur les résultats généraux et les avantages particuliers à ce pays qu'aurait produits le succès de ce plan y sans doute vous êtes tous convaincus , sans doute vous avez tous personnellement éprouvé que de tous les biens que la Providence nous a permis de cultiver, il n'en est aucun qui exhale un plus pur parfum ou qui offre un plus céleste aspect que l'éducation c'est une compagne que nulle infortune n'éloigne, nul climat ne rebute, nul ennemi n^aliène^ nul despotisme n'asservit 3 c'est un ami au dedans, une recommandation au dehors, dans la solitude une consolation, dans la société un ornement; elle purifie le vice, elle
guide la vertu , elle orne lout h la fois et fortifie le génie : sans elle, qu'est-ce que l'homme? un magnifique esclave, un sauvage raisonnable ; flottant entre la dignité d'une intelligence émanée de Dieu, et des appétits qui l'assimilent à la brute; tremblant à la pensée d'un avenir, ou embrassant avec joie l'horrible espoir du néant , selon que l'une ou l'autre de ces puissances triomphe. Qu'est-ce que ce monde, ce monde admirable où il réside? un magnifique chaos , une sombre caverne : mais que le flambenu de la science vienne l'éclairer, quelle merveilleuse révolution î les saisons changent, le paysage s'anime^ la terre étale ses fruits, l'Océan soulève ses vagues dans sa magnificence, le ciel déployé son pavillon étoile , et ce grand spectacle de la nature se révélant à nos regards, nous montre son immense variété soumise a l'ordre, et ses mystères expliqués! Les phénomènes qui épouvantent, les préjugés qui déshonorent, les superstitions qui asservissent, disparaissent devant l'éducation j comme le symbole sacré qui apparut au milieu d'un nuage aux yeux de Constantin hésitant encore , si l'homme obéit a ses préceptes , nonseulement elle lui assurera les victoires de ce monde, mais elle lui ouvrira la porte de l'éternelle félicité. Jetez les yeux sur l'antiquité : qui donc a pu faire de l'étroite ville d'Athènes une république puissante; qui plaça dans ses mains le sceptre de la législation , et ceignit son front de l'impérissable couronne des beaux arts; qui porta Rome, ce repaire de brigands, à l'empire du monde; qui anima Sparte de cet invincible courage dont l'ardeur dompta la nature ellemême , et lui a valu d'être proposée aux siècles futurs comme le plus beau modèle d'esprit public et d'indépendance nationale? ce sont leurs sages institutions, qui fortifiaient les arnes def ces peuples dès leurs premières années, qui instruitaienl leur enfance de tous les vrais principes de conduite, et
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Jes envoyaient dans le inonde, trop vigilans pour se laisser amollir dans ses momens de calme, trop endurcis pour être ébranlés par ses orages.
Mais certes, s'il est un peuple dans le monde pour lequel les bienfaits de l'éducation soient surtout désirables, c'est le peuple irlandais; vif, ardent, spirituel et sensible, presque tous ses actes sont le résultat d'une direction étrangère ; celte impulsion , peu importe comment elle a été donnée, elle est sur-le-champ adoptée, et l'exécution la suit immédiatement: c'est ce principe, si toutefois on peut lui donner ce nom, qui fait alternativement de l'Irlande le plus misérable et le plus illustre pays du monde; tantôt la précipitant dans l'ahîme du crime, tantôt l'élevant au faîte de la gloire; c'est ce principe qui, chez le paysan catholique, pauvre et proscrit, encombre les prisons et fournit le gibet, qui, chez le protestant, plus heureux parce qu'il est plus éclairé, enchaîne la victoire a son char et tient Vécho muet aujc accens de son éloquence : faisant pour ainsi dire de la renommée un monopole national , comme si toutes les perfections de l'univers devaient se naturaliser en ce pays.
Afin qu'il ne manquât rien à ce libelle de ce qui pouvait l'aggraver , le défendeur le publia lorsque mon client était absent, absent pour exécuter les projets de son patriotisme, absent pour accomplir une œuvre de vertu ; il le publia comme ayant de ces faits une connaissance personnelle , lorsque celte même connaissance devait lui dire que ce qu'il écrivait était dépourvu de toute ombre de fondement : poùvez-vous imaginer une plus odieuse complication de ce que la méchanceté a de plus noir et le crime de plus dépravé?
Je vous ai promis, messieurs , de ne pas déchirer vos ames de tout ce qui tourmente la mienne à la vue de cette souffrance individuelle; il est cependant un sujet qui se lie à celle cause , public par sa nature , universel par son intérêt , lequel
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exige impérieiisernent un verdict exemplaire i c'est lâ liberté de la presse. En considérant tout ce que nous avons déjà vu, tout ce que nous n'avons peut-être que trop de motifs de redouter, j'embrasse cette dernière sauvegarde avec uneaffeclion que nulles tentations ne peuvent séduire, avec une terreur que nulle assurance ne peut calmer, avec un courage que le péril ne fait qu'exalter; lorsque je tourne mes regards sur le despotisme essuyé, et que j'aperçois le hideux avenir que nous réserve son réf ablissement possible , je la serre entre mes bras avec le désespoir d'une veuve qui, dans la désolation de sa maison et la destruction de sa demeure, emporte, au milieu des flammes , son plus jeune enfant, sa dernière joie, sa dernière espérance et le dernier souvenir de son bonheur.
Ce nous est un devoir pour tous de veiller a la conservation de cet inestimable privilège; il ne peut être détruit que par la licence de ceux qui en abusent : non, ce n'est point l'arrogance du pouvoir; non, ce n'est point les artifices de la loi ; non , ce ne sont point les caprices des princes; non, ce n'est point la vénalité des parlemens qui pourraient anéantir ce droit précieux : aujourd'hui renversé, bientôt il se serait relevé; détruit, il revivrait; enseveli dans la tombe, il renaîtrait encore; les mêmes efforts faits pour l'opprimer deviendraient un témoignage de son immortalité. Les puissances de ce monde ne peuvent prévaloir contre lui; il ne saurait périr que par sa propre dépravation : quel sera donc le destin de celui qui se rend l'instrument de sa ruine; quel sera le destin de celui qui, chargé de veiller à sa sûreté, travaille au contraire à sa perte; quel sera le destin de celui qui fait servir a persécuter la vertu, cette puissance qui n'est déléguée que pour le bien public, contre lequel le mérite calomnié, la morale diffamée, la piété déshonorée par ce qui devait faire leur protection , crient vengeance; quel sera son destin? Oh! je voudrais traiter un tel monstre si protégé et
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si coupable, comme je traiterais ce démon qui^ la consécration sur le front, le nom de Dieu sur les lèvres et le poignard sous sa robe , attend le premier soupir de la piété confiante, comme un signal de carnage pour lui arracher le cœur et boire son sang.
Mais n'existe- l-il aucune excuse pour pallier tant d'horreur : peut-être le prévenu fut-il égaré par de faux bruits? non , il demeurait sur les lieux , où il a recueilli les renseignemens les plus positifs. Pensez-vous qu'il croyait à la vérité de ses paroles? non , il savait que chaque syllabe était une fausseté. Croyez-vous qu'un zèle réel pour la religion catholique ait pu l'enflammer contre une injure imaginaire faite à son défenseur? non, la prévention forme l'essence de son journal. Croyez-vous que , dans son ardeur pour la liberté, il ait pu en dépasser les limites? non, chaque ligne respire une servileadulation. Je ne vous demande point d'apporter dans votre examen une rigueur stoïque : si vous pouvez découvrir dans ce libelle un seul motif honnête, une seule vertu aux égaremens de laquelle il ait obéi , qu'il profite de l'indulgence due a l'erreur ; je ne veux point mettre votre foi a l'épreuve jusqu'au point de vous faire croire que par je ne sais quel miracle, notre constitution pourrait être consumée par l'honorable ardeur d'un enthousiasme égaré ; cependant le prévenu pourrait un moment avoir ressenti celte frénétique inspiration des esprits sublimes qui, possédés de quelque illusion surnaturelle, se sentent transportés d'une ambition si brillante, si funeste, et cependant si magnifique qu'elle laisse le monde incertain entre l'admiration et la douleur, entre l'adoration et les larmes. Mais non , vous ne chercherez pas seulement en vain ces circonstances atténuantes^ vous reconnaîtrez que cet écrit a pris sa source dans les plus odieux motifs, qu'il est défiguré par les plus atroces faussetés, fondé sur une bigoterie dont l'enfer entier se réjouit, empreint
d'une bassesse qui ferait rougir le plus vil flatteur; et , pour couronner toutes ces infamies, composé sous l'égide sacrée de la liberté de la presse, comme si ce vil calomniateur ne pouvait attaquer les droits des particuliers sans souiller les privilèges publics; insulter le caractère de l'homme pieux, sans profaner ce qui fait la protection de Thomrae libre; empoisonner la liberté et la religion, sans remplir son calice à celte > même source où elles doivent s'attendre a puiser les eaux du salut.
Maintenànt , messieurs, quant a la mesure des indemnités qui sont dues, vous pouvez en juger mieux que personne. L'on m'a demandé , et je n'ai point entendu cette question sans surprise, pourquoi nous avons introduit cette cause devant vous ; à cela , je pourrais faire une invincible réponse : je pourrais dire que la loi nous le permet, mais je veux agir plus loyalement avec vous. Nous avons introduit ici la cause, parce qu'ici nous sommes aussi éloignés que possible du lieu où s'exercent les préventions, parce qu'il ne peut exister ici aucune partialité, parce qu'en cet heureux comté règne moins qu'autre part cet esprit de bigoterie qui désole le reste de l'Irlande , parce que la nature de l'action que nous avons introduite au lieu d'une poursuite criminelle qui est la voie ordinairement suivie aujourd'hui, du moins contre la liberté de la presse irlandaise, donne k nos adversaires le pouvoir de se justifier s'ils en ont les moyens, et je m'aperçois que, dans ce dessein, ils ont dépeuplé les comtés du nord de près d'une moitié de leurs habitans ; mais je ne veux point anticiper une objection qui, sans doute, ne vous sera pas présentée ; si ce libelliste donnait mission à son avocat de la proposer, son savant défenseur a trop de sagesse pour y consentir, et il doit vous connaître trop bien pour ne pas craindre de vous insulter en vous la soumettant.
Quels dommages-intérêts pouvez-vous donc accorder, mes-
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sieurs? Je consens a laisser les crimes du défendeur hors de ligne; mais qijel sera le prix des souffrances de mon client ? combien estimerez-vous son inappréciable réputation ? La réputation est l'empreinte qui donne aux actions humaines toute leur valeur; sans elle, nous vivons méprisés, déshonorés, dépréciés. Quel sera le prix de l'injure qui lui a été faite? comment rachèterez- vous sa perte? Oh ! combien est juste et vrai le sentiment du plus profond de nos poètes lorsqu'il regarde tous les biens du monde comme un vil rebut auprès d'une bonne renommée; sans elle, l'or n'a plus de valeur, la naissance de distinction, le rang de dignités, la beauté de charmes, Tâge de respect; ou, pour mieux dire, sans elle, les trésors appauvrissent , la grâce enlaidit , la dignité dégrade, et tous les arts , tous les ornemens , toutes les perfections de la vie sont comme un fanal sur im rocher pour avertir que son approche est périlleuse, que son contact donne la mort; le malheureux qui l'a perdue est condamné à une éternelle quarantaine : plus d'amis pour le consoler, plus de toit pour le recevoir, le voyage de la vie devient pour lui une triste et dangereuse traversée; et au milieu de tout ce que Tambition peut atteindre et l'avarice amasser , il est ballotté sur l'océan du monde comme un homme frappé d'une contagion morale.
Mais, messieurs, ne dégradons point ce principe si universel en le transformant en un égoïsme inspiré par le sentiment de notre sûreté individuelle : il descend d'une plus noble origine ; c'est lui qui , sanctifiant l'humble cercle du foyer domestique, s'étend aussi quelquefois jusqu'aux bornes du monde, qui arme le bras du citoyen pour le salut de la patrie, qui allume la lampe dn philosophe pour l'instruction de l'homme, qui, s'il n'inspire pas, du moins enhardit le martyr à mériter l'immortalité, qui, lorsque l'agonie de ce
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monde louchant à s» fin , les premiers rayons de la gloire d'un autre nous éclairent , rappelle au prophète, déjà sur son char de feu et à l'aspect du ciel ouvert devant lui , de laisser h celle terre le manteau de sa mémoire.
O divins! ô délicieux bienfaits d'une réputation sans tache, que ta possession est désirable ! que ton héritage est riche ! que les espérances que tu inspires sont précieuses et pures ! Pouvez- \'0us concevoir une plus cruelle injure que d'enlever cet inestimable bien a celui qui le possède, de frauder la société de ses charmes , la solitude de ses consolations? Ce n'est pas seulement flétrir la vie , c'est déshonorer la mort , c'est convertir le tombeau, cet asile de toutes les souffrances, en un lieu de honte et d'infamie. Non , je ne puis concevoir de crime plus atroce. Celui qui pille ma propriété m'enlève ce que je pourrai recouvrer; mais ma réputation ruinée, comment la rétablir ? Celui qui mutile ma personne méfait un tort auquel l'art du médecin pourra porter remède ; mais les blessures de la calomnie, quel baume salutaire pourra les fermer? Celui qui se rit de ma pauvreté, qui tourne en ridicule ma profession, me fait un reproche dont mon industrie et mon intégrité pourront me laver j mais quelles richesses pourront racheter une réputation perdue? quelle puissance pourra rendre à mon honneur souillé son premier éclat? Est-il un crime plus cruel? il est sans remède, sans antidote, sans préservatif? La tortueuse calomnie se tient toujours éveillée; nul ne peut échapper à la fascination de son regard, ne peut guérir du poison de sa morsure; elle n'a d'autre joie que le crime, d'antre proie que la vertu. Combien pitoyable serait donc la destinée de l'homme de bien, si la Providence ne vous eût donné le pouvoir, comme vous en avez le désir, je l'espère, d'écraser la tète de ce serpent !
Maintenant, messieurs, après vous avoir fait le récit de
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ces persecutions aussi odieuses qu'injustes , je remettrais avec plaisir le sort de mou client entre vos mains, si un plus impérieux devoir ne me restait encore k remplir, celui de le justifier de tout intérêt personnel dans l'action qu'il a introduite : non , au milieu des calomnies , des souffrances et des persécutions sans exemple qu'il a essuyées, il n'a jamais eu qu'une seule pensée; de même que ses ennemis ont montré tout ce que la méchanceté peut faire, il a voulu donner l'exemple de tout ce que la religion sait endurer j il a voulu que si sa piété ne pouvait toucher l'oppresseur , son exemple du moins pût fortifier l'affligé : il est tel que le rocher de l'écriture, a la face des infidèles j la pluie du déluge est tombée, et elle a seulement adouci ses aspérités , le vent de la tempête a soufflé, et il a seulement blanchi son front; la verge, non du prophète, mais de la persécution, l'a touché, et le désert, brillant d'une évangelique rosée, a présenté un miracle de cette foi mise à de si rudes épreuves.
Non , messieurs, ce n'est point par un sentiment personnel qu'il en a appelé à ce tribunal , mais son culte tout entier attaqué en sa personne, mais son auguste caractère déshonoré, mais les doutes de l'incrédule enhardis par son acquiescement , mais la fidélité du faible ébranlée par sa longanimité, voila ce qui l'a arraché de sa solitude pour le produire sur le théâtre d'une accusation publique ; sa répugnance résultait en lui d'une délicatesse bien naturelle; en nous, ce serait le comble de l'injustice. Non , messieurs , quoique sa présence nous rappelle tout a la fois et la morale outragée , et la religion avilie, et la loi violée, et le caractère de prêtre déshonoré, et la presse trahie, et tout ce qui peut exister d'injures contre l'ordre public, nous ne devons pas cependant oublier les torts de l'homme privé. Représentez-vous un jeune homme placé soit par les sacrifices de l'amour paternel , soit par son propre 2. 3i
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travail, dans une profession honorable; le pieux exercice de ses talens lui promet en ce monde une bonne renommée avec toutes les douceurs de cette vie comme un avant-coureur de sa félicité dans Tautre ; ses préceptes sont un trésor pour le pauvre ; sa conduite , un modèle pour le riche : figurez-vous-le messieurs , dans Texercice de toutes ces vertus; puis imaginezvous, si vous le pouvez, le vice privant le monde d'un être si bienfaisant ; anticipez, pour un moment, les douloureuses preuves que nous allons vous soumettre ; voyez-le dépouillé , par une infâme calomnie , de cette profession qu'il avait tant travaillé à obtenir, enlevé a ce troupeau qu'il avait pris tant de soin pour améliorer , arraché à cette école oii l'enfance pleure vainement le père qu'on lui a ravi , chassé de la maison qui l'a vu naître, condamné a un exil solitaire, vivant des dons précaires de la piété d'un petit nombre de personnes auxquelles la compassion arrache ce que ce calomniateur voudrait forcer la justice à lui refuser.
Je ne poursuivrai point ce tableau ; je ne différerai point le plaisir qui doit compenser les douleurs que vous avez ressenties ; car il est divin le plaisir qui vous est réservé; la joie que vous éprouverez sera plus chère à vos cœurs que ne le sera votre orgueil et la dignité que vous en ressentirez. Oui, bien que déjà le peuple salue de ses acclamations les sauveurs de son pasteur, bien que tout le clergé bénisse les protecteurs de leur frère; bien qu'une foule de laboureurs puissent célébrer votre nom , que plus d'un enfant puissent bénir ceux qui ont rendu à la vie et à l'honneur le vénérable ami qui forma leurs lèvres tremblantes à bégayer les premières paroles de religion et de vertu; cependant, la conscience de votre boime action vous sera plus chère encore; mais, croyez-moi, mes concitoyens, ce ne sera pas là notre unique récompense. Oh î non. Si la ràison n'est pas un guide trompeur; s'il est quelque vérité
PHILIPPS. 483 dans la révélation, croyez-moi , en ce moment terrible où vous attendrez votre dernière et inévitable sentence, l'espoir ne brillera pas dans vos regards d'un éclat moins vif, et Taltente de votre jugement ne sera pas plus inquèle, parce que vous aurez, en ce jour, arraché l'apôtre du Seigneur a la persécution d'une insatiable malice et à la fureur de ses ennemis.