WILKINS
l'RONONCÉ DANS LA COUR DU COMTE DE GALWAY.
Messieurs,
L'avocat du plaignant vient de m'apprendra, a ma grande surprise, que sa défense est terminée : le moment est donc arrivé d'établir celle du prévenu. Vous avez entendu quelle est la nature de cette cause. L'action qu'on nous intente est du nombre de celles qui , selon moi , doivent se présenter rarement, et que l'on ne doit accueillir qu'avec la plus grande réserve j elle est fondée sur des circonstances extrêmement
' Il nous a paru inutile d'exposer dans une introduction préliminaire les fails de cette cause, rappelés fort exactement dans ce plaidoyer. Ce morceau donnera à nos lecteurs une idée de la manière dont les orateurs irlandais manient le sarcasme : il est digne d'atlenlion sous ce rapport.
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délicates ; elle a pour but d'infliger des peines a la violation d'un engagement de la plus haute importance pour la société , un engagement qui, s'il est volontaire, judicieux et désintéressé , produit généralement les plus heureux résultats , mais qui, s'il est ou peu sortable ou contraint, non-seulement est line source de malheurs individuels , mais entraîne les plus fâcheuses conséquences pour le public.
Il est peu de contrats entre deux êtres humains qui veuillent èire plus mûrement réfléchis que celui du mariage. J'avoue qu'on ne doit en faire la promesse qu'avec la plus grande réserve ; mais, même cette promesse faite, je suis loin de reconnaître qu'elle doiveêtreinévitableraentaccomplie. Mille circonstances peuvent faire naître des empêchemens au mariage ; une vicissitude de fortune peut le rendre imprudent ; un changement d'affection peut le rendre coupable • la partie même à laquelle la loi donne le droit de se plaindre , est peut-être celle qui a le plus de motifs de se féliciter 3 elle doit se féliciter de ce que son bonheur n'a point été mis au hasard d'un caprice, de ce que la religion n'a point forcé un acquiescement involontaire, ou rendu un inévitable abandon doublement criminel ; elle doit se féliciter de ce que sa postérité n'a point été sacrifiée a une contrainte déloyale , de ce qu'une secrète aversion ne lui prépare pas dans l'avenir d'irrémédiables dégoûts.
Vous conviendrez néanmoins avec moi que s'il peut être quelquefois excusable d'introduire une telle action , c'est surtout a une femme : l'intérêt d'une femme étant plus exclusivement renfermé dans l'enceinte de la maison, les douleurs d'une espérance déçue lui sont plus cruelles; cette même circonstance, tendant a concentrer tous ses sentimens, la rend plus sensible à leurs blessures ; en outre, son trésor le plus cher, sa réputation , peut avoir reçu quelque atteinte des liaisons qui ont existé; les chances de réparations sont peu nombreuses pour elle; sa réclusion habituelle la porte a ressentir plus vive-
5oo BARREAU ANGLAIS.
ment cet affront; enfin l'injustice de son abandon s'aggrave encore de toute la déloyauté d'un pareil procédé.
Mais qu'un homme demande l'exécution d'un pareil engagement, il n'est personne qui ne conçoive tout ce qu'a de choquant une pareille réclamation. Je ne cherche point a comparer la justesse de Wm ou l'autre raisonnement; mais qui ne comprend qu'il y a quelque chose d'odieux à vouloir imposer à une femme une union qu'elle déteste? N'est-ce pas lui dire : « J'exposerai à la risée publique cette crédulité dont j'ai abusé, ou bien vous me payerez, écus complans , les profits de lïia vile spéculation ; je me suis joué de vos affections, je vous ai arraché un écrit, je m'en prendrai soit k votre bourse, soit à votre réputation.» Et je suppose ici le cas où les circonstances sont pareilles, où les années, la fortune, le rang sont les mêmes, où nulle disproportion d'âge ne peut faire supposer un vil calcul, nulle disparité de fortune rendre cet engagement suspect. Voyons cependant si l'action actuelle présente ces circonstances atténuantes, ou si plutôt elle ne nous offre point un tableau de fraude et d'avarice, de bassesse et d'hypocrisie si ridicule , qu'il est presque impossible d'en exprimer son indignation, et cependant si honteux que la fierté humaine se refuse presque d'en rire.
Je suis obligé de défendre ma malheureuse cliente contre la double attaque de l'amour et de la loi, attaque si inopinément dirigée contre elle a l'âge de soixante-cinq ans. Oh ! messieurs, combien est vain l'orgueil de la beauté! combien inutiles sont les charmes de la jeunesse ! Si les rides des années peuvent ainsi lui ravir ses conquêtes , dépeupler nos flottes de nos guei^riers, et priver le barreau de ses orateurs, quelle n'est pas l'erreur de ces poètes qui préfèrent la fraîcheur de la rose, le chant du rossignol au teint pâle et à la voix cassée d'une vieille de soixante-cinq ans !
La royale sagesse a dit que nous vivions dans une ère nou-
PHILLIPPS. Sôï
TELLE, le règne des vieilles femmes a commencé; et si Johenna Soulhcoleconvertit TAngleteriea sa croyance, pourquoi l'Irlande, non moins pieuse peut-être, mais tout aussi passionnée, ne fléchirait-elle pas le genou devant le sanctuaire de l'irrésistible VEUVE Wilkins?
Il paraît, messieurs, qu'il était dans son heureux destin de plaire surtout aux professions amies du sang : c'est ainsi que, dans les épisodes de la mythologie païenne, Mars et Vénus sont toujours inséparables. Je ne sais si quelques-uns d'entre vous ont jamais vu une belle gravure représentant lâ fatale bataille de Quebec et les derniers raomcns de son immortel général : vous devez avoir observé la figure du chirurgien d'état-major , dans les bras duquel le héros est représenté expirant. Ce même personnage , milords , est l'heureux mortel qui, il y a quarante ou cinquante ans, reçut ^ pour prix de sa valeur et de son habileté , la main virginale de ma vénérable cliente. Le docteur vécut un peu plus d'un siècle. Pendant la plus grande partie de sa carrière , mislriss Wilkins fut 6a compagne. Hélasî messieurs, quelque longue qu'ait été sori existence , il a trop peu vécu pour être témoin de sa beauté.
« Cette beauté, comme la fleur de i'aloès, n'a fleuri qu'après quatrc- "lingts ans. »
Cependant , il en était épris a tel point , qu'il lui légua ce dont l'avaient enrichi ses malades lorsque son tour fut venu de les suivre. Loin de moi d'insinuer que raistriss Wilkins soit redevable de ses attraits à cette circonstance-, cependant elle était riche , et sans doute elle le serait encore si elle n'eût jamais connu la famille du plaignant. Je ne fais point à cette famille unciimedesa pauvreté; mais je lui reproche, comme une coupable ingratitude , après avoir vécu de la générosité de leur amie et avoir épuisé sa libéralité, de venir produire ses fai-
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bleçses aux yeux du public, dans le fol espoir de faire oublier
leur méprisable avarice en attirant tous les regards sur sa folie.
Le père du plaignant, vous ne pouvez l'ignorer , a vécu longtemps dans un état complet d'indigence : il est peut-être utile de vous apprendre qu'il trouva, dans mistriss Wilkins, une bienfaitrice généreuse 5 il fut assisté , soutenu par elle jusqu'à ce qu'enfin sa misère, toujours croissante, l'obligea d'avoir recours a un acte d'insolvabilité. Durant leur intimité, souvent il était question d'un fils que mistriss Wilkins n'avait jamais vu depuis son bas-âge , et qui s'était élevé au grade de lieutenant de marine par la protection de leur parent, sir Ben j amin Bloorafield. Dans la boucbed'un père, ce vaillant lieutenant était tout ce qu'on peut désirer de plus accompli , jeune, héroïque et désintéressé, l'orgueil de notre armée, l'espoir de notre patrie , indépendant comme le souffle qui enflait sa voile, superbe comme la vague qui le portait. Je crains, messieurs, de vous surprendre beaucoup en vous disant , après tout cela , que c'était du plaignant qu'il s'agissait. L'éloquence de mistriss Blake ne se bornait pas exclusivement a l'éloge du lieutenant; elle s'étendait, quelquefois par forme d'épisode, sur les félicités du mariage; elle dépeignait les délices de l'amour, et insinuait vaguement que l'hymen, avec son flambeau, était le portrait exact de son fils Pierre portantjune mèche allumée sur un vaisseau de sa majesté.
Tandis qu'on pratiquait toutes ces manœuvres à l'égard de mistriss Wilkins , une intrigue se conduisait à bord du vaisseau V Hydre ^ et M. Blake revint dans son pays, attiré, comme il dit, par son affection pour ma cliente, mais, en réalité, forcé par sa mauvaise santé, peut-être aussi par les absurdes spéculations de sa mère. Quelle perte pour l'armée ! quels regrets pour lui-même ! Mais béias ! messieurs , il ne pouvait résister à sa passion pour une femme qu'il n'avait jamais
PHILLIPPS. 5o3 vue, l'amour éclipsait en son ame tout l'éclat de l'ambition. Tra. falgard et Saint- Vincent s'effacèrent de sa mémoire ; il abandonna tout pour une femme, ainsi que Marc-Antoine Pavait fait avant lui, et comme le Cupidon d'Hudibras,
« 11 choisit pour demeure la maison d"'une riche douairière ; son tendre cœur soupirait après cent raille livres de rente, et ses languissans désirs ne rêvaient que contrats, hypothèques et billets. ».
Oh ! messieurs , qu'on se le représente sur les lacs de l'Amérique: au milieu de l'inclémence des saisons et des vicissitudes de la guerre, une seule image occupe son ame ; la tempête se soulève-t-elle en furie, ce sont les accens de la veuve Wilkins qu'il entend dans la voix de l'orage j l'Océan est-il calme, son miroir lui réfléchit l'aimable veuve Wilkins - la bataille est-elle gagnée , il éclaircit les lauriers de sa couronne pour que la veuve Wilkins puisse y mêler les niyrlhes de l'amour j le tonnerre du canon se fait-il entendre, il invoque la veuve Wilkins qui , ^
« Comme un doux chérubin, voltige aulour de lui pour veiller sur les jours du pauvre Pierre. »
Hélas! combien son sort est digne de pitié! combien ne sera-t-il pas récompensé ! Qui peut ne pas donner une larme à ce sublime, à ce généreux patriotisme? qui peut ne pas sympathiser avec une affection si vive et si pure, celte affection trop confiante pour demander même une entrevue , celle affection trop ardente pour se plier aux formalités d'une présentation ? Son amante elle-même semblait regarder son amour comme beaucoup préférable dans l'éloignement ; car , à sa première visite, elle refusa de le voir : celle qui le charmait se trouvait alors malade, elle se faisait soigner dans la maison de son frère , après être restée tout l'hiver sans sortir, plus occupée de se préparer a la mort qu'à sa noce. L'avarice de
5o4. BARREAU ANGLAIS.
mjstriss Blake prit aussitôt l'alarme , et elle écrivit la lettre que je vais maintenant vous lire,
M. Vandelear. Milord, quelque peu disposé que je sois à interrompre une plaidoirie qui paraît produire une sensation si universelle, j'espère cependant que votre seigneurie s'opposera à ce que M. Phillipps lise une lettre qui ne peut être produite en la cause.
M. O'Gonnel se leva pour soutenir le droit qu'avait l'avocat du prévenu de lire cette lettre.
M. Phillipps reprit alors : Quoiqu'il soit entièrement impossible pour mon savant adversaire de dire quel rôle cette lettre pourrait jouer aux débats; cependant ma cause est trop riche pour que je doive m'arrêter k de pareilles chicanes. Je suis satisfait de pouvoir épargner ainsi les momens du public, et je renonce a faire usage de cette pièce; mon adversaire lui a certainement donné, en la supprimant, une importance qu'elle n'aurait peut-être pas eue après sa lecture. Vous jugez , messieurs, quelle est cette cause dans laquelle les parties se voient obligées de repousser un document émané d'elles-mêmes. Je suis loin de contrarier une aussi impoliiique insistance. J'accorde à mon adversaire , puisqu'il m'en supplie , la faveur de mon silence ; toujours est-il certain qu'une lettre de mistriss Blake a été reçue, qu'immédiatement après miss Blake s'introduisit à Brown ville, où se trouvait mistriss Wilkins, y demeura deux jours, se plaignit amèrement de ce qu'elle n'avait point reçu le lieutenant lorsqu'il était venu lui faire visite, lui dit que sa pauvre mère avait pris cette alliance h cœur, que certainement, la chère femme ^ elle en mourrait si son espoir était trompé; en un mot, qu'il n'y avait point d'alternative entre la toihbe et l'autel : à tout cela , mistriss Wilkins répondit seulement que les parties intéressées ne se connaissaient point encore, et que lors même que son inclination la porterait à s'unir avec un étranger ( la
PHILLIPPS. 5o5 pauvre vieille folle), les deltes dans lesquelles l'avait jetôe sa générosité formaient, du moins quant à présent, un insurmontable obstacle. Cela ne suffisait pas : en moins d'une semaine, l'infatigable miss Blake retourna à la charge armée d'un ancien litre de famille qui devait servir a éloigner tout ce qui faisait quelques difficultés, et lui renouvela ses représentations sur les angoisses de sa mère, et le désespoir de son frère. N'oubliez pas, messieurs, que , tandis que cette conspiration de femmes se tramait ainsi , l'amant lui-même n'avait point encore vu l'objet de sa passion : semblable a ce fou de la comédie , il devint amoureux du portrait de sa grand'mère, et, comme un prince du sang, il voulait faire la cour et se marier par procuration. Pour satisfaire son avarice, il se soumettait à accepter la vieillesse, la maladie, i'infirmité, le veuvage ; a marier sa jeunesse a ce cadavre que réclamait déjh la tombe. Elevé dans une profession dont la générosité est le plus bel apanage, il offrait d'échanger tous ses avantages pour de l'argent; vendant ainsi son honneur au plus offrant, et maintenant il vient solliciter un respectable jury de se rendre complice de sa honteuse cupidité.
Ainsi, obsédée, harrassée, tourmentée, leur malheureuse victime souscrivit le contrat que vous avez entendu; contrat fondé sur la bassesse, extorqué par la fraude, et que Ton veut faire exécuter par les plus odieux moyens : suivez-le dans tous ses progrès, dans son origine , dans ses moyens et dans ses effets, depuis le moment oià la mère en jette les bases sur le sacrifice de son fils , l'exécute par le vil intermédiaire de sa fille, jusqu'à celui où ce fils lui-même ne rougit pas de tremper dans l'atroce combinaison dont le résultat devait être de tromper la vieillesse en se déshonorant , et d'unir , par les solennités de la religion , la décrépitude a l'avarice. Sont- ce les exemples que, comme pères, vous devez sanctionner? sont-ce la les principes que vous adopteriez pour vous-mêmes.?
5o6 BARREAU ANGL\IS.
N*avez-vous donc jamais été témoins des misères d'un mariage mal assorti ? n'avez-vous jamais admiré les bénédictions dont au contraire cette union est la source quand le flambeau de l'hymen , allumé sur l'autel de l'amour , donne , au midi de nos années , sa chaleur et son éclat , et éclaire leur couchant d'une lumière plus douce et non moins aimable? Vous sentez-vous donc disposés a proclamer que ce rite divin, révéré en tout pays, chéri de tous les sexes , cette solennité de tous les cultes, et ce sacrement de l'un d'eux, doit être converti, par une odieuse profanation , en une cérémonie d'obscénité et d'avarice?
A peine ce contrat, le fruit de leur bassesse et la preuve de leur honte eut-il été extorqué a la victime de cette conspiration , que leur but devint manifeste. Ils se déclarèrent les geôliers de cette malheureuse- tous ses mouvemens furent surveillés: on lui prescrivit toutes ses actions; toute communication avec son propre frère lui fut interdite ; ils la forcèrent d'accepter des lettres-de change , et la laissèrent arrêter faute de paiement ils exercèrent sur elle la plus cruelle tyrannie, la menaçant tantôt de divulguer ses folies, tantôt de la contraindre a exécuter un engagement dont elle prévoyait déjà toutes les douleurs. Peut-on imaginer un plus dégoûtant étalage de toutes les faiblesses et de toutes les indignités de la nature humaine ? D'un côté, Tàge et le sexe réunis pour violer les plus saintes obligations , fouler aux pieds les plus tendres liens pour assouvir une ardeur de gain que ni pudeur ni reconnaissance ne peuvent apaiser.
Lucri bonus est odor ex re qualihet.^
D'autre part , les misérables restes d'un corps qu'animaient autrefois la jeunesse et la santé, sollicitant des embrassemens et des caresses au milieu de ses infirmités, rongés par des reptiles humains en attendant que la mort les livre aux vers
PHILLIPPS. 5o7 du tombeau: quel objet de spéculation pour l'avarice! quel ange offert au culte de la jeunesse !
Messieurs , lorsque cette misérable dupe de sa ridicule vanité et du vice des autres reconnut h quels dégoûts elle était réservée 3 lorsqu'elle se vit censurée par la mère, obsédée par la fille , dépouillée par le père , traitée par le fils avec les derniers dédains 5 lorsqu'elle vit que tout commerce avec ses parens lui était refusé, que le plus léger souvenir de ses anciennes amitiés lui était interdit , qu'on lui prohibait même Pexercice de ses charités habituelles, que tout ce qu'elle possédait de biens devait être livré à celte famille, et qu'elle était ellemême garoltce des liens du mariage pour servir d'exemple à toutes les douairières surannées , sur la folie desquelles pourrait calculer l'avarice, elle adopta la plus sage détermination qu'elle ait prise de sa vie, elle résolut de reprendre la disposition de sa fortune : en conséquence elle écrivit à M. Blake, se plaignant de la cruauté avec laquelle elle avait été traitée, lui demandant la restitution du contrat qu'on lui avait arraché , et déclarant que l'unique moyen de s'assurer ses respects était de se réserver la surveillance de ses biens. A cette lettre, adressée au fils, une réponse verbale ( remarquez la conspiration ) fut faite de la part de la mère, par laquelle on lui refusait tout consentement.
Celte malheureuse femme ne put soutenir ce débat; elle tomba sérieusement malade, et demeura, pendant plusieurs mois, enfermée dans la maison de son frère, duquel on avait cru si cruellement la séparer, jusqu'à ce que les dettes dans lesquelles on l'avait jetée, et de nouvelles circonstances l'amenèrent a Dublin. Elle y fut reçue avec une extrême bonté par son parent, M. Macnamara , auquel elle confia tout ce que sa situation avait de délicat et de malheureux. Cette personne, agissant en qualité de mandataire et d'ami , partit aussitôt pour le Galv^^^y où il eut une entrevue avec M. Blake : c'était
5o8 BARIVEAU ANGL/VIS.
long-temps avant qu'aucune action eût été introduite. Une conversation s'engagea sur un point qui doit, h mon opinion, éteindre entièrement cette poursuite, parce qu'il démontre que la non-exécution du contrat provient entièrement du plaignant lui-même. M. Macnamara demanda s'il n'était pas vrai que la famille de M. Blake elle-même refusât de rien conclure, à moins que mistriss Wilkins ne consentît a leur transporter toutes ses propriétés? M. Blake répondit que oui. M. Macnamara lui fit observer que son contrat ne portait rien de pareil. Il est vrai , répondit M. Blake; cependant dites à mistriss Wilkins que je sais qu'elle a environ cinq cent quatre-vingts livres de rente par an, et que je consentirai à lui abandonner l'apoint de quatre-vingt livres pour lui tenir lieu d'épingles : c'est ainsi que se termina cette conversation. M. Macnamara la rapporta, comme on l'en avait prié, à mistriss Wilkins qui repoussa cette offre avec tout le mépris qu'elle excitera , je l'espère, dans toute ame honnête.
Il s'éleva néanmoins un incident pendant cette entrevue, qui dévoile les motifs et le caractère de M. Blake , beaucoup mieux que toutes les observations que je pourrais faire : il proposa, comme un motif qui devait l'engager a conclure le mariage projeté, l'espoir d'une pension de cinquante livres, a laquelle elle aurait droit comme veuve d'un officier, en cas qu'il vînt à mourir. Je ne m'arrêterai point a remarquer toute la délicatesse de ce motif; je ne m'étendrai point sur le ridicule de cette supposition , ni sur Tevidenle folie qu'il y avait de présenter a une femme de son âge l'espoir d'une survivance aussi improbable; mais, je vous le demande, quel peut être cet homme qui avilit ainsi la libéralité nationale? Quoi donc! ces récompenses de la valeur qui ont donné à nos flottes le monopole de la gloire maritime; ces offrandes que la patrie verse dans le sein de la veuve de ses défenseurs ou dépose sur le berceau de leurs orphelins ; ces consolations généreuses que
PHILLIPPS. 509 la reconnaissance nationale prodigue h ses héros expirans en leur montrant leurs fauiilles soutenues, illustrées par Therilage de leurs hauts faits, doivent-elles devenir la honteuse amorce de la prostitution? Non, je ne connais rien qui égale l'avilissement d'une pareille action , si ce n'est le courage dont aurait hesoin un honorable jury pour la justifier.
La lettre suivante de M. Antoine Martin , le procureur de M. Blake, dévoila les plans futurs de la conspiration * [)eutêtre les adversaires désireraient-ils aussi me faire supprimer ce document. Je m'aperçois que non. Je vais donc lire cette lettre; elle est adressée à mistriss Wilkins,
Galway, 9 janvier 1817.
« Madame,
« Le lieutenant Peter Blake m'a chargé de diriger contre « vous une poursuite d'une nature très-fâcheuse; mais les « lettres que vous avez écrites et autres documens, ensemble « les pertes que M. Blake a éprouvées en abandonnant sa « carrière par suite des propositions que vous lui avez faites, « le mettent dans la nécessité de vous demander des répara-» « tions : en ces circonstances , je suis obligé de vous dire « que j'ai reçu des ordres pour vous poursuivre immédiate- « ment si vous ne l'indemnisez en quelque façon de votre « refus d'exécuter le contrat et vos promesses. Je serais heu- « reux , madame, que vous voulussiez bien ne pas me met- « tre dans la nécessité d'agir contre vous en accommodant « cette affaire ( vous le voyez , messieurs , de l'argent , de Tar- « genl , de l'argent ; c'est ce qu'on aperçoit toujours dans celle M passion), et, en empêchant ce procès, de faire éclat; car 51 je « dois en croire la consultation qu'en a fait faire M. Blake, « et ce que j'en sais , elle ne peut que se terminer honorable- « ment à son avantage et avec une perte pécuniaire pour
5io
« vous. J\ii l'honneur d'etre, madame, votre très humble M serviteur , Antoine Martin. »
J'aime a croire cependant que le sieur Antoine Martin s'est trompé ; j'aime a croire qu'il ne se rencontrera pas douze hommes qui ( même en admettant la vérité de ses assertions ) déclareront, sous sermetit, qu'il soit honorable a un officier anglais d'abandonner la flotte pour une telle spéculation, de déserter une profession si noble, de renoncer a l'ambition qu'elle inspire, au rang auquel elle conduit , a la gloire qu'elle promet, dans le dessein d'extorquer d'une vieille femme qu'il n'avait jamais vue, le prix de son infamie^ mais j'absous le plaignant de son odieuse imputation. Je ne puis croire qu'un membre d'une profession non moins remarquable par la valeur que par la générosité ; une profession aussi prodigue de ses biens dans le port que de son sang dans les batailles ; une professsion toujours disposée à jeter sa fortune aux vents , ne leur demandant autre chose que de faire flotter dans tout l'univers son immortelle bannière couronnée du souvenir de raille victoires j non, non, messieurs, malgré l'imposante autorité de M. Antoine Martin , je ne puis croire qu'il puisse exister un homme capable de chercher, dans l'éclat de ses nobles services, un honteux moyen de prostitution pour sa jeunesse.
Le fait est que sa mauvaise santé , jointe au peu d'avancement qu'il pouvait espérer, le déterminèrent a solliciter sa demi-solde. Vous trouverez cette assertion confirmée par la date de sa démission , qui suivit immédiatement la bataille de Waterloo, dont l'époque fixa (n'importe comment) les destinées de l'Europe. Sa santé allait chaque jour s'affaiblissant; la carrière de l'avancement se fermait pour lui j il résolut, en désespoir de cause, d'attaquer la veuve Wilkins.
Il voulut d'abord obtenir sa fortune avec sa personne par riiitermédiaire de l'église : ce projet ayant échoué, il attaque
PHILLIPPS. 5ii maintenant sa fortune sans sa personne en invoquant Tappui de la loi.
Cependant, si je suis bien instruit, il ne peut imputer à d'autres qu'à lui-même d'être déçu de son espérance : observez que je n'affirme pas rauthenticilé de ce fait , mais je puis vous certifier que mistriss Wilkins en était persuadée ; vous connaissez toute la fragilité de notre nature ; le vaillant lieutenant avait sa part des faiblesses humaines ; peut-êlre vous imaginezvous que quelque jeune ou plutôt quelque beauté plus vieille encore l'avait dégoûté de la veuve. Non, en vérité, il n'avait point de cœur a donner, et cependant (devinez Ténigme) son mal était aussi de I'amoi r ; car , comme dit le poète , l'amour , encore Tamour ! mais ce n'était point à Vénus , c'était a Bacchus qu'il sacrifiait j plein d'une idolâtrie toute païenne , il commençait ses libations avec l'aurore; et, jusqu'à la nuit, telle était l'ardeur de son zèle , qu'à moins d'être sur ses genoux, il ne se tenait jamais sur ses jambes; lorsque j'en suis arrivé à ce passage, je n'ai pu m'empêcher de m'écrier involontairement :
« O Pierre! Pierre! soit pour Taniour, soit pour le vin, à qui te comparer, si ce n'est à toi-même? »
Mais, messieurs, essayons de parler sérieusement , et permettez-moi de vous demander sans raillerie sur quel fondement soUicite-t-il votre verdict? est-ce pour la perte de sa profession ? mérite-t-il une indemnité s'il Ta désertée dans un pareil dessein , s'il a renoncé à ses devoirs envers son pays pour abuser de la faiblesse d'une riche douairière? Mais ce prétexte, quelque honteux qu'il soit , est-il du moins plausible ? ]\'existe-t-il aucune circonstance qui puisse en faire soupçonner la vérité ? n'existe-t-il rien dans l'état des affaires publiques, dans la paix qui venait de se conclure, dans l'incertitude d'être conservé, dans l'impossibilité de tout avancement? n'exisle-t-il wen , dis-je, qui puisse vous faire
5i2 BARREAU ANGLAIS.
soupçonner que ce qu'il attribue à ses projets de mariage fût le résultat manifeste d'événemens étrangers ?
Vient-il vous demander le prix d'une affection sacrifiée ? Oh ! messieurs, daignez seulement vous figurer ce qu'il aurait perdu, s'il ne s'était agi pour lui que des enivrans transports de la première nuit des noces ; ne croyez pas cependant que je veuille ici vous les décrire. J'abandonne ce soin au savant défenseur qu'il a choisi pour composer son épithalame. Je ne vous dépeindrai point sa vénérable et tremblante épouse, a laquelle chaque année donne une nouvelle grâce, et chaque nuit un nouveau charme , affectant de se dérober aux ardeurs de son impatience , et excitant sa flamme avec l'haleine embaumée de ses soixante-cinq ans. Je ne vous peindrai point les indomptables transports de la lune de miel se changeant par degrés en une affection plus chaste , plus durable, ajoutant, tous les neuf mois, un anneau a la chaîne qui les unit jusqu'au moment, hélas , trop rapide! où la faux de la mort, moissonnant le lieutenant , laisse, pour consolation , à son antique moitié (assez vieille alors pour être la dernière femme de Mathusalem) une rente de cinquante livres, prix de la gloire acquise au service de sa majesté.
Permettez-moi de vous le demander : est-ce la l'un des cas pour lesquels a été introduite cette action toujours rare et délicate que l'on nous intente aujourd'hui ? est-ce là l'un de ces cas où une parfaite égalité de fortune, d'âge ou d'affection, jette au moins une apparence de raison sur le contrat? We croyez pas que je veuille insinuer qu'en aucune circonstance une pareille demande ne doive être accueillie; ne croyez pas , bien que j'aie dit en commençant que cette action appartient plus naturellement à la femme, qu'une personne de notre sexe ne puisse jamais l'introduire. Supposez un homme au printemps de sa vie : alors que la sensibilité est la plus vive y et les passions sont les plus afdentes , il s'attache h quel-
PHILLIPPS. 5i3 que objet jeune, aimable, paré de tous les dons de la nature et de réducation , dont la raodesiie relève encore tous les charmes en les voilant ; ses vœux sont encouragés, peut-être son affection est payée de retour, chacun de ses soupirs lui est compté, l'univers n'est plus pour lui que la résidence de son amour; cet amour est le principe qui anime tout à ses yeux y un seul sourire d'elle suffit pour dissiper tous ses chagrins , et ce monde d'inquiétudes , de misère et de crime se transforme , comme par enchantement, en un paradis anticipé ; supposez, dis- je, que cette divine affection soit tout à coup anéantie , que cette vision céleste s'évanouisse dans les airs au soufle empesté de l'avarice d'un père qui sacrifierait la jeunesse, la santé, le bonheur à de mercenaires caprices : loin de moi de prétendre qu'en pareille circonstance une expiation ne fût pas nécessaire, surtout lorsque la punition doit frapper sur le vice même qui a causé tout le mal.
Cependant une ame élevée mépriserait peut-être ce vil abandon. Oui, j'en suis certain, un cœur généreux préférerait s'ensevelir dans le tombeau sans se plaindre, que de solliciter une ridicule compensation ; mais, dans la cause qui vous est soumise , peut-on supposer l'existence d'aucune affection ? pouvez- vous croire que si quelque accident eût privé la défenderesse de sa fortune, son persécuteur lui tiendrait la foi promise? pouvez-vous croire que ce mariage, auquel on veut la forcer, fût fondé sur la morale et la vertu? pouvez-vous croire qu'il en ait jamais espéré ces fruits délicieux qui adoucissent les chagrins de la vie domestique et les inquiétudes de la paternité? pouvez-vous penser qu'une pareille union offrît le spectacle de cet amour réciproque et de cette affection qui honore et consacre cette sainte cérémonie? N'êtes-vous pas plutôt persuadés que ce contrat a été préparé par l'avarice, exécuté par la fraude , et que quelques mois se seraient 2. 33
5i4 BARPxEAU ANGLAIS.
a peine écoulés qu'il aboulirait peut-être à uu coupable
abandon ?
Messieurs , voilà les questions que vous examinerez dans le lieu de votre délibération. Je ne redoute point votre décision. Rappelez- vous que je ne vous demande pas de modérer les indemnités ; rien autre chose qu'un verdict d'acquittement pourra me satisfaire : par ce verdict , vous maintiendrez la dignité de notre sexe; par ce verdict , vous conserverez intact l'honneur du caractère national j par ce verdict, vous apprendrez non-seulement a cette multitude qui remplit cette enceinte, mais a toute la génération naissante de notre pays qu'il ne peut y avoir dans le mariage ni honneur ni félicité, s'il ne prend sa source dans une affection mutuelle. J'abandonne avec confiance ma cause à votre décision.
Aux assises du priraptemps, en 1806, Morgan William avait été accusé d'avoir volontairement tué Margaret TVilliam^ sa domestique; le fils du prisonnier avait été enveloppé dans la même poursuite* mais le grand jury ne prononça pas de bill contre lui.
Il paraissait , d'après les preuves produites au soutien de l'accusation, qu'un matin du mois d'octobre 1806, le prisonnier , revenant cbez lui pour souper , ordonna à sa servante de lui apporter du beurre et du pain 3 que n'ayant pas été satisfait de la quantité , quelques paroles eurent lieu entre eux , et que la servante ayant observé que l'ombre de son frère lui était apparue , et qu'il avait appris de plusieurs personnes qu'elles l'avaient vue pareillement, le prévenu se leva, la saisit , la secoua violemment , la frappa du poing sur le côté, la jeta par terre, et la foula aux pieds. Pendant que cette malheureuse éiait en cet état, elle demanda du secours à l'un des domestiques du prisonnier 3 mais Morgan William le fils s'y opposa , disant que cette femme avait fait beaucoup de mal dans la famille^ bientôt après elle parut morte, et fut
» Le juge , en Angleterre, ne prononce jamais la sentence sans adresser quelques paroles à Paccusé ; ces exhortations sont toujours pleines de noblesse et de pathétique : nops a\ons cru devoir en fournir ici quelques exemples,
5i6 BA^IUIEAU ANGLAIS.
placée sur une chaise : alors le prévenu parut accablé de douleur ; il hjppela sa clière petite Peggj'^ la priant de lui répondre et l'embrassant sur la joue. Puis elle fut portée dans une chambre haute, sur les épaules de Morgan William le fils.
Différens témoins attestèrent tous ces faits, et le jury ayant prononcé un verdict de coupable d'homicide , le juge Hardinge, avant de prononcer la sentence, adressa au prisonnier les paroles suivantes:
Morgan William, vous êtes convaincu de simple homicide sur une accusation de meurtre : la cour pensait que vous deviez être déclaré coupable de ce dernier crime, si Ton ajoutait foi aux faits dont on a fourni la preuve : ainsi le jury doit avoir préféré sa propre opinion à la nôtre sur l'interprétation de la loi j ou bien il doit avoir mal compris la loi, telle que je la leur ai expliquée ; ou il doit avoir refusé d'ajouter foi aux témoins; ou bien enfin s'être laissé égarer par la considération de votre caractère, comme homme paisible et honnête. Que le jury ait préféré sa propre opinion à celle de la cour^ je ne puis, je ne veux le croire; en d'autres termes, je ne puis ni nè dois croire qu'il ait abusé de son pouvoir et méconnu ses obligations. Si j^ai été mal compris, ce n'est pas faute d^avoir fait tous mes efforts pour imprimer dans son esprit les règles et les principes avec tout le soin et toute la précision que j*ai pu leur donner : quant au refus d'ajouter foi aux témoins, aucun d'eux n'a été contredit par vous-même, et jamais témoins, du moins à ma connaissance, n'ont déposé avec une plus consciencieuse réserve. Uun d'eux, prévenant même toute question , a fait observer que lorsque vous frappiez cette femme, vous n'aviez pas de souliers : la différence est , en résultat , de nulle importance ; mais , dans sa pensée, elle semblait pallier le crime. La déposition de ce jeune enfant, auquel vous avez recommandé de faire un faux récit de
FRAGMENS. Siy cette mort , est confirmée par celle de la femme qui releva U victime , laquelle atteste que vous lui dîtes le même mensonge.
Le témoignage du coroner et du chirurgien, M. Grifith, relativement a la cause de cette mort, qu'il a démontrée avoir été occasionée par la violence, a sans doute convaincu le jury, lorsqu'il vous a déclaré coupable d'homicide; il doit avoir pensé, comme moi, que la déposition du docteur Turton devait être écartée : ce témoin a signalé certaines causes de mort qui pouvaient s'adapter aux mêmes symptômes, mais que rien ne justifiait dans la cause : ce témoignage aurait donc pu être supprimé.
Quant à votre caractère, si ce qu'on en a dit est vrai , et j'aime a le croire, cela ne prouverait autre chose, sinon que vous avez trompé vos voisins, et que vous méritez une réputation tout opposée a celle que vous vous étiez faite. Mille témoins seraient-ils venus vous proclamer un homme honnête et paisible , ce seul acte d'orgeuil et de vengeance suffirait pour les confondre. Le jury peut avoir cru que vous n'avez pas eu l'intention de tuer , et que dès-lors vous n'êtes point coupable de meurtre; en d'autres termes, que vous avez eu l'intention de maltraiter cruellement cette femme sans défense ; mais non de lui donner la mort. Si les faits ici supposés sont vrais , l'opinion qu'il n'y a pas eu meurtre de votre part est fausse , elle a été repoussée par l'un deux avec toute l'énergie qu'armé de la loi j'ai pu donner k l'opinion que j'ai émise.
Mais comment le jury a-t-il pu croire que vous n'avez pas eu l'intention de tuer; vous qui avez dit à cette femme, au moment de votre première attaque, que sa vie était entre vos mains? Peut-être a-t-il cru que vous n'étiez pas maître de votre raison ; mais que vous étiez transporté par la passion , depuis le moment où la colère s'empara de vous , jusqu'à celui de la mort de celle pauvre créature. Mais comment le penser ? '
5i8 BARREAU ANGLAIS,
comment voir en vous un homme transporté de colère , lorsqu'après une si légère provocation , vous assaillîtes une personne sans défense? Elle ne leva pas même la main sur vous; mais vous l'avez frappée du poing sur le sein et sur les cuisses ; vous Tavez frappée du pied , et lorsqu'elle a été renversée, appuyant le genou sur le milieu de son corps , vous Tavez couverte de contusions. A-t-il pu vous croire égaré par la passion, lorsque, la voyant implorer Tasssistance d'un autre domestique, vous fîtes défense de la secourir? a-l-il pu croire que vous ne nourissiez pas dans votre arae une méchanceté préméditée , parce qu'il a reconnu en vous des signes de repentir? Mais votre douleur n'a été qu'une terreur panique d'un moment, et elle est venue trop tard; en outre, elle fut bientôt suivie par l'ordre de publier une insigne fausseté donnée de sang froid à votre domestique, fausseté reconnue le lendemain par vous-même : mille personnes ont été exécutées comme coupables de meurtre, moins odieuses, moins dépravées, moins cruelles que vous! Depuis que j'exerce les fonctions de juge dans le comté de Glamorgan, c'est le second exemple (et je crains qu'yprès ce jugement ce ne soit pas le dernier) de la tyrannie d'un maître sur son serviieur, poussée jusqu'à lui donner la mort. Quel que soit le motif de raison et de conscience qui ait engagé le jury a rendre ce verdict, ou regardera long-temps comme une tache pour le comté, qu'un tel crime ait pu éviter la punition , quoique je m'abstienne de Llâmer une pitié que je ne puis comprendre.
Vous avez instruit vôtre fils à vous ressembler j il se hasarda a vous supplier d'arrêter votre main [meurtrière; mais quand? après que la victime eut expiré : il avait tout premièrement excité votre colère contre cette malheureuse créature, en vous rapportant celte ridicule histoire du spectre. Quand il lui adressa la parole, en supposant qu'elle vivait encore, ce fut avec les expressions d'une insensible cruauté : vous
FRAGMENS. 519 avez lait assez de mal, dii-il , allez dans votre lit. Dieu de bonté! est-ce ainsi que doivent être traités nos domestiques? est-ce dans cette île que l'on doit entendre parler de pareilles tyrannies? Si le jury vous eût déclaré coupable de meurtre , toute votre opulence, et l'intérêt qu'elle peut faire naître, n'eût pas ajouté une heure au court intervalle qui eût séparé votre sentence de votre exécution. Qui pourrait s'imaginer que je ne parle en ce moment que d'un simple homicide, qui , dans son acception légale , est le résultat d'une passion aveugle ou d'un acte qui n'avait pas pour but de mettre la vie en péril, mais qui produit la mort par un accident imprévu?
Les jurés eux-mêmes nous diraient, sans avoir approfondi la cause, que si ce n'est pas là un meurtre, c'est un crime qui en approche beaucoup, que c*est le plus odieux de tous les homicides, qu'il réclame une exemplaire punition. Dans la vérité, c'est là un meurtre , ce n'est rien autre chose. Aucune circonstance ne peut être invoquée pour l'atténuer; c'est, en nieliaiU le tout au mieux, un abominable et cruel outrage qui a eu pour but d'attenter à la vie de celte malheureuse , el , pour résultat, de procurer une mort que Ton souhaitait ; en mettant les choses au pire, c'est un crime délibéré de sang froid avec la détestable intention de tuer ; dans l'un et l'autre de ces deux points de vue, c'est également un meurtre ; cependant, comment le punir^comme homicide? C'est là une difficulté qui nous arrête, et cette difficulté ne doit pas être le sujet d'un reproche contre la loi , car elle ne pouvait jamais supposer qu'un cas comme celui-ci fût déclaré, par un verdict, n'être qu'un simple homicide. Nous ne pouvons vous condamner pour l'offense déclarée par le jury, qu'à une année d'emprisonnement. La peine de brûler la main a l'homicide (dans la véritable acception de ce mot) était à la fois absurde et cruelle j mais, dans un cas comme celui-ci, on est tenté de regretter qu'elle ait été abolie.
Cependant , vous n'en serez pas moins flétri ; la conscience vous infligera votre peine ; l'horreur qu'inspirera votre caractère dans toutes les ames troublera votre vie entière; un jour viendra où ce meurtre ( et je ne crains pas de l'appeler ainsi , c'est son véritable nom ) s'appesantira sur votre ame, a moins qu'un repentir profond n'ait effacé votre faute avant que ce moment soit venu. L'unique punition que la cour peut ajouter à l'emprisonnement , au lieu de vous faire brûler la main, est une amende. Comme votre fortune est considérable, et que nous désirons exprimer toute Thorreur que ce crime nous inspire, nous devrions rendre cette amende exemplaire aussi bien que pénale. Mais ici de nouvelles difficultés nous arrêtent; car la loi, prenant en considération la nature de Thomicide ( mais non , le crime dont vous vous êtes rendu coupable ), a prescrit que cette amende fût modérée.
En conséquence , etc.
Nous avons cru devoir joindre a cette allocution celle non moins énergique d'un juge des Etats-Unis d'Amérique.
Jugement prononcé par le juge TVilds contre John Slater, déclaré coupable d'avoir inhumainement mis à mort son esclave au mois de janvier 1806.
John Slater, vous avez été déclaré coupable par un jury de votre pays d'avoir volontairement tué votre esclave, et je le dis avec douleur, les témoignages non contredits par vous, sur lesquels cette déclaration est fondée , ne permettent guère de douter de sa justice.
Les annales de la dépravation humaine n'offrent rien qui égale une action aussi noire, aussi atroce que la vôtre.
Vous avez fait attacher par les mains et parles pieds votre esclave, innocent et sans défense; par un raffinement de cruauté,
vous avez forcé son compagnon, peut-être son ami, à lui abattre la tête d'un coup de hache , a jeter dans l'eau son cadavre encore en convulsion , et cette atrocité vous avez osé la commettre dans la rade de Charlestown, a quelques toises de la rive, à la face du soleil et sans pâlir.
Si votre bras meurtrier se fût levé contre votre égal , que le droit de légitime défense , que les lois plus efficaces du pays se réunissent pour protéger, votre crime n*aurait pas été sans exemple , et nous aurait paru moins horrible ; le risque auquel vous vous seriez exposé aurait du moins prouvé que, quoique meurtrier , du moins vous n'étiez pas un lâche ; mais vous saviez trop bien que ce malheureux, soumis par le hasard a vos caprices, ne pouvait pas invoquer, comme vous , les saints droits de la nature consacrés par les lois du pays ; qu'une dure mais nécessaire politique l'avait désarmé du droit de légitime défense. Vous saviez trop bien que, de vous seul, il pouvait implorer protection, que votre bras seul pouvait le garantir de l'oppression ou venger ses insultes , et c'est ce même bras qui s'est levé pour sa destruction.
Le conseil qui a consenti à vous prêter volontairement son secours, repoussé par l'énormité de votre offense, a cherché a ménager ses propres senlimens , comme ceux de toutes les personnes présentes, en essayant de prouver que votre raison était dérangée. Plusieurs témoins ont été examinés pour établir ce fait ; mais le résultat de leurs dépositions a été aussi peu satisfaisant pour lui que pour le jury auquel il s'adressait. Je désirais sincèrement que cette défense réussît, non point que je souhaitasse vous sauver de la peine qui vous attend, et que vous avez si bien méritée, mais pour pouvoir absoudre mon pays du reproche d'avoir produit en son sein un monstre tel que vous.
D'après la situation particulière de ce pays, nos pères ont cru devoir ne soumetre qu'à une très-légère punition l'homme
qui tue un esclave. L'état présent de la société exige-t-il le maintien de cette police si opposée aux droits apparens de l'humanité ? C'est ce qu'il appartient au pouvoir législatif de décider. Son attention se serait depuis long-temps dirigée sur ce sujet ; mais , pour l'honneur de la nature humaine , les coupables, tels que vous, viennent rarement troubler la société. Le grand jury de ce district , profondément indigné de votre audacieux outrage contre les lois de Dieu et des hommes, a fait, sur ce sujet, une très-énergique adresse au pouvoir législatif. La justice et la sagesse de ce corps font espérer a tous les amis de l'humanité de voir bientôt ce crime, l'un des plus atroces, puni des peines qu'il mérite.
En prononçant la sentence que la loi me dicte dans votre intérêt, j'avoue que je regrette vivement de manquer de puissance pour faire respecter les lois dont je suis le ministre. Vous avez déjà violé la majesté des lois; vous avez indignement invoqué le texte qui vous condamne , comme une justification de votre crime ; tenant notre code d'une main, et brandissant de l'autre votre hache sanglante, vous avez dit : celui-là me donne le pouvoir d'user de celle-ci sans réserve.
Mais , bien que votre personne ne doive pas être touchée par la sentence que je vais prononcer, n'espérez pas l'impunité. Votre crime a imprimé sur votre front un signe qu'une vie entière de bonnes actions ne pourrait pas effacer peutêtre. Vous serez en horreur h tout l'univers, évité, comme un monstre, par tout honnête homme. Votre innocente postérité portera la peine de votre iniquité, frappée du sceau d'une origine maudite. Vos jours, peu nombreux , s'écouleront dans la misère, et si votre conscience n'est pas morte à toute vertueuse émotion , si vous n'êtes pas entièrement abandonné a l'endurcissement du cœur, le cadavre mutilé de voire pauvre esclave sera toujours présent à votre imagination^ se
FRAGMENS. 523 jetant a travers de tous vos délassernens , et troublant toutes vos heures de silence et de repos.
Mais dussiez - vous mépriser les reproches d'un monde offensé ; dussiez-vous être insensible aux remords d'une conscience coupable, cependant rappelez-vous, et je vous condamne à ne jamais l'oublier , qu'un moment fatal approche , qu'il est déjà suspendu sur votre tête , où vous devez comparaître devant un tribunal, delà puissance duquel vous ne pouvez point espérer l'impunité; et puisque vous^devez lever votre main sanglante devant ce juge impartial et tout-puissant , rappelez-vous, oh! je vous en supplie, rappelez-vous que Dieu est juste, et que sa vengeance ne dormira pas toujours.
uidresse de M. le juge Hardinge avant de prononcer l'a sentence sur Marie Morgan , convaincue du meurtre de son enfant naturel».^
Marie Morgan : sur des preuves qui ne peuvent laisser aucun doute dans les esprits, vous avez été convaincue d'avoir assassiné votre fille, enfant nouveau-né, fruit d'un amour secret et déshonnète, de l'avoir tuée avec un couteau préparé pour ce dessein , avant même que cette victime infortunée fut venue au monde.
Votre haine contre cette innocente créature n'a pu être votre motif- elle ne vous offensa jamais 5 elle ne pouvait être par conséquent l'objet de voire ressentiment. Il est vrai que si cet enfant eût vécu , il aurait prouvé votre crime par sa naissance , et votre honte aurait été la conséquence de cette preuvemais était-ce la une raison de le tuer ? Si ses premiers cris élevés vers vous pour demander de la nourriture et des soins, le rendaient votre accusateur vivant, était-ce une raison d'étouffer la voix de ce témoin qui vous trahissait , sans le savoir, en lui plongeant un couteau dans le cœur? S'il eût vécu , peut-être
eussiez-vous perdu votre place, peut-être en eussiez- vous perdu bien d'autres, peut-être eussiez-vous langui dans la pauvreté et l'infamie, mais était-ce la une raison de tuer votre enfant ? était-ce une raison d'acquérir un faux renom de vertu , avec une conscience coupable, qui aurait troublé votre sommeil et fait retentir sans cesse a votre oreille les cris de votre pauvre fille ?
Quand donc a«t-elle commencé cette crainte de la honte et de la pauvreté? a-t-elle fait obstacle à votre criminel commerce avec votre amant? non : quand vous aviez de honteuses passions a contenter, de coupables plaisirs a goûter, vous ne redoutiez rien; mais ces passions satisfaites, lorsque les fruits amers de vos plaisirs devinrent vos accusateurs , alors vous avez eu la lâcheté de sacrifier la vie de votre enfant, la paix et l'intérêt de votre ame en ce monde et en l'autre, a cette crainte si nouvelle. Hélas ! combien funestes sont les ravages du crime , quand il va toujours croissant dans ses débordemens ! Vous avez commencé par une inconduite coupable en elle-même , mais pleine de risques dans sa tendance a de plus graves erreurs. Votre seconde faute a été d'avoir caché votre grossesse, ce qui, outre l'imposture que renferme cet acte, mettait en danger l'enfant que vous aviez conçu ; votre dernier crime a été cet enfant égorgé de votre propre main.
Vous avez frappé cette créature humaine qui de toutes les autres sur la terre avait le plus de droit h votre amour et a votre pitié; cet enfant de vos débauches, dont il portait déjà la peine par la honte de son origine ! A votre âge, dépravée tout autant qu'ignorante, avec d'aussi précoces habitudes du vice, il n'est pas possible qu'une religion, comme celle du Nouveau Testament, dont chaque page respire l'amour maternel, ait pu faire impression sur votre ame.
Mais le Dieu de la nature a écrit un livre que tout homme peut lire : vous l'avez lu ce livre; ses lettres se trouvaient
empreintes dans voire ame à votre naissance; cette loi , gravée sur les vivantes et glorieuses tables du cœur de l'homme, vous disait combien il est injuste de punir le fruit de votre prostitution! Pour adoucir cette vie que vous lui avez imposée , vous auriez dû employer chaque moment de votre vie, a expier, par des attentions redoublées envers elle, les calamités de sa naissance.
Au lieu de vous dévouer tout entière a cette expiation , vous avez été sourde a ses cris, et vous les avez réprimés avec une main meurtrière.
Au milieu de ces difficultés', dans ce conflit de chances , qu'avez-vous fait? Vous avez échangé le péril d'être découverte et punie, contre une mort ignominieuse , comme meurtrière de votre enfant. Vous avez accepté le risque de mourir impénitente ou avec une conscience mal préparée à un aussi terrible changement que celui de cette vie a l'éternité ; vous avez accepté le risque , fussiez- vous parvenue à tromper les hommes , de languir dans les tourmens d'une vie agitée de remords.
Ainsi , il advient toujours qu'un crime conduit a un autre, surtout chez votre sexe, lorsqu'il s'abandonne à de coupables liaisons avec le nôtre. La délicatesse naturelle et la modestie des femmes enchaînent toutes leurs fautes a une première, et forment une succession de crimes accumulés, que renouvelle sans cesse la crainte , si ce n'est le sentiment de la honte. Toute l'énergie de l'arae succombe enfin sous la confusion des expédiens toujours nouveaux employés pour échapper a l'œil importun du monde; mais il est un autre œil auquel nulles ténèbres ne peuvent nous dérober , auquel nul secret ne peut se cacher. Cet œil ne se ferme jamais , et produit en lumière les attentats comme les vôtres par des moyens qui défient toutes les conjectures de la sagacité humaine.
Le crime est toujours lâche; il pousse le coupable à
s'accuser lui-même et a fournir des preuves contre lui dans un moment de désespoir, de terreur ou de suprise. Une douleur comme la vôtre vient trop tard ; elle est l'effet et la condamnation du crime et non pas son appui. Vous ne pouvez alléguer que cet acte a été le résultat d'un mouvement soudain (et cette excuse, fût-elle prouvée, ne vous sauverait pas) ; votre action a été préméditée; dès long-temps l'instrument de mort était préparé et mis en réserve pour votre odieux projet. Si vous eussiez été acquittée, plusieurs autres filles légères et imprévoyantes comme vous auraient pu être encouragées à commettre un pareil forfait avec l'espoir d'une semblable impunité; voire exemple les arrêtera. De pareils actes échappent souvent h la punition; la compassion du jury, la compassion de la loi, la compassion des juges, offrent de nombreuses occasions à cette impunité. Si c'est là un abus, j'espère qu'il ne se renouvelera point; mais le même jury, la même loi et les mêmes juges sont fidèles à leur devoir dans un cas comme le vôtre.
L'enfant que vous avez détruit a perdu sa mère naturelle au moment où vous l'avez frappé pour un crime qui vous appartient tout entier : il en a retrouvé une dans le sein de Dieu j il n'est pas d'objet plus cher a son amour qu'un enfant nouveau-né, fait a son image; son sang est comme celui d'Abel ; il crie du fond de la terre qu'il a arrosée , et sa plainte " est entendue du ciel. Quel motif vous a poussée à immoler ce gage de votre amour et de vos crimes ? Nous ne pouvons le décider ; votre conscience le sait bien; mais , quel qu'il soit , nous pouvons affirmer qu'il est atroce.
Je vous ai parlé jusqu'ici comme un juge qu'un pénible devoir oblige k prononcer la peine de mort contre le prévenu condamné devant lui ; mais levez vos yeux sur moi , il est des consolations que je puis vous offrir; je puis vous dire, sans alléger le poids de votre sentence en ce monde, que vous
devez tourner vos regards vers votre juge suprême, dont la miséricorde est sans bornes : nul pécheur ne l'implora jamais en vain si ses accens de pénitence et de repentir sont profonds et sincères.
Vous deviez vous attendre à votre sort , et j'espère que vous vous y étiez préparée par un cœur régénéré pour un monde meilleur, et par raccomplissement de toutes les expia tiîons qui étaient en votre pouvoir sur cette terre. Condamner une jeune créature, comme vous au matin de ses jours (car la vie estelle autre chose qu'un jour pour le plus vieux d'entre nous ? ), c'est pour moi une affliction que je ne puis décrire ni supporter, comme je le devrais peut-être. Vous ne devez pas voir en nous des hommes cruels. Nous voulons sauver d'autres enfans comme le voire, peut-êtreaussiquelqu'aulre jeune fille comme vous , du précipice oii vous êtes tombée. Votre sentence de mort est un acte de compassion pour eux; si vous avez ressenti un salutaire repentir, c'est un acte de compassion pour vousmême.
Vous avez vu les larmes et les prières de tous ceux qui vous environnent ; elles vous prouvent l'horreur qu'inspire votre meurtre. Nous n'avons pas perdu toute pitié pour votre destin , ni l'espérance que vous trouverez grâce devant le tribunal de notre souverain rédempteur, qui est mort pour vous, c'està-dire qui est mort afin que les pécheurs pénitens fussent rachetés par lui de la sentence qu'ils avaient encourue, et que leurs souillures fussent lavées par la vertu de son sang.
Je vais maintenant prononcer sur vous la terrible sentence de votre juste et inévitable condamnation en ce monde (le juge alors prononça le jugement d'un ton pénétré ) , puis il ajouta :
Vous avez entendu la sentence et l'impérieuse volonté de la loi ; elle ne touche que votre corps j elle ne peut atteindre votre ame. Cette ame est entre les mains de Dieu. Puisse ce
Dieu d'amour et de bonté se montrer miséricordieux envers vous quand vous paraîtrez devant lui ! Au jour de son dernier jugement , puissiez- vous être acquittée et jouir de l'éternel bonheur !
jldresse d'un juge à un jury contre une femme qui a tué son enfant.
Messieurs, si un homme en avait tué un autre , si un adversaire avait frappé son rival, une femme donné la mort a son ennemi , ces coupables eussent été punis de mort par la loi Cornelia. Si cet innocent enfant, qui ne pouvait avoir aucun ennemi , eût él« assassiné par sa propre nourrice quelles punitions n'aurait pas demandées sa mèreî de quels cris de douleurs n'aurait-elle pas frappé vos oreilles ! Que dirons-nous donc lorsqu'une femme coupable ^'homicide, une mère couverte du sang de son innocent enfant , a réuni tous ces crimes dans un seul : crime détestable par sa nature, prodigieux dans une femme, incroyable dans une mèreî lorsqu'elle a commis cet attentat sur un être dont l'âge appelait la compassion, les lois du sang réclamaient son amour, et dont l'innocence méritait la plus haute faveur !