‹ Barreau anglais; ou, Choix de plaidoyers des avocats anglaisChapitre 2 sur 42 · DE SIR THOMAS MORE · texte numérisé non relu

DE SIR THOMAS MORE

EXPOSÉ

Ce fut sous le règne de Henri viii que la reforme s'introduisit en Angleterre 3 elle eut le sort de toutes les sectes nouvelles 5 elle fut long-temps persécutée avant de devenir victorieuse.

Les disciples de la reforme jouirent de quelque repos durant le ministère de Wolsej, qui, quoique prêtre , portait néanmoins trop peu d'estime à l'ordre ecclésiastique pour servir d'instrument à sa tyrannie.

Sir Thomas More lui succe'da. Un esprit elegant et luie profonde connaissance de l'antiquité lui avaient donne des sentimens ëlevës , même dans les premières années de son administration, il professa des principes qui seraient aujourd'hui regardes comme trop indëpendans • mais, pendant le cours des e'vënemens , l'hahiiude 3. ^ . ' I

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clc la polémique l'avait tellement ligri en lui inspirant un attachement superstitieux à son ancienne foi, que peu tFinquisiieurs se sont montres coupables de plus de violences en poursuivant l'iieiesie.

Henri portait à More beaucoup d'affection et d estinie, autant toutefois que son esprit impérieux et la fureur de ses passions le lui permettaient envers un liomme qui , dans toute occasion , s'opposait à ses inclinations violentes. Mais on ne put jamais obtenir de More qu'il adoptât une opinion aussi contraire à ses principes que celle de la suprématie du roi j et, quoique Henri exigeât cet acte de soumission de toute la nation, il ny avait cependant pas encore de loi qui obligeât de prêter serment sur ce point.

Le procureur -gene'ral Rich fut envoyé' pour con-ferer avec More, alors prisonnier, qui garda un silence prudent sur la suprématie : tout ce qu'on put lui arracher fut que toute question relative à la loi qui établissait la supre'matie était une epëe à deux tranchans ; car si l'on repondait dans un sens, on perdait son ame, si dans un autre , on risquait son corps : on n'en n'exigea pas davantage pour prononcer un acte d'accusation contre le prisonnier. Son silence fut appelé malicieux, et fit partie de son crime 5 ces mots qu'il avait laisses échapper par hasard furent interprètes comme étant une dénégation de la suprématie. Les jugemens n'étaient que de simples formalités pendant ce règne. Le jury prononça un verdict^ de condamnation contre More, qui attendait

* Le verdict, composé de deux mots latins , vere dictum , est la décîa- Fation pronoucée par un jury pour ou contre un accusé.

son sort depuis long- temps , et qui n'eut besoin d'aucune preparation pour se fortifier contre les terreurs de la mort.

Non-seulement sa constance , mais sa gaieté et même son esprit de plaisanterie ne l'abandonnèrent point j il sacrifia sa vie à sa conscience avec la même tranquillité qu'il aurait mis à l'action la plus ordinaire.

11 n'a manque à la gloire de sa mort qu'une cause meilleure , exempte de faiblesse et de superstition ; mais comme il obéissait à ses principes et au sentiment de ses devoirs , il n'en est pas moins digne de notre admiration.

Il fut décapite, le 6 juillet 1555, dans la cinquantetroisième année de son âge.

PROCÈS

DE

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