ODE
SUR LE ï8 BRUMAIRE m VIII.
Quelles tempêtes effroyables Grondent sur les flots déchaînés P Dieux! quels torrens épouvantables Roulent ces rocs déracinés ?
EXPOSÉ
Les fleuves n'ont plus de rivages ; Couvert d'écume et de naufrages , L'Océan mugit dans les airs ; Sur ses fondemcns ébranlée , La terre va-t-elle , écroulée , Se détacher de l'univers !
Ah ! plutôt , pour se faire absoudre D'une trop longue impunité , Les cieux peut-être avec la foudre , Vont protéger la Liberté.
Dieux du peuple que l'on opprime , Vengez cette auguste victime De l'audacieux attentat.
Qu'aux jours malheureux de brumaire, Les lois ont , dans leur sanctuaire , Vu consommer par un soldat.
Trop vain espoir de la vengeance !
Peuples , livrés aux oppresseurs , N'auriez-vous , dans votre souffrance , Que vos bras pour libérateuce , Le ciel est aveugle ou barbare , Et lorsque sa foudre s'égare , Portée au hasard par les vents , Qu'elle dévaste les campagnes , Ou frappe d'arides montagnes , Elle respecte les tyrans.
Jouets des flots et des orages , Voyez ces utiles vaisseaux De leurs débris couvrir vos plages.
Ou s'abîmer au fond des eaux :
Tandis que la nef criminelle Qui porte ce Corse rebelle , Déserteur des champs africains , Tranquillement vogue sur l'onde , Et de César annonce au monde , Et la fortune et les desseins.
EXPOSÉ
De la France , 6 honte (éternelle !
G<5sar, au bord du Rubicon , A contre lui , dans sa querelle, Le Sénat , Pompée et Caton ; Et, dans les plaines de Pharsalc , Si la fortune est inégale , S'il te faut céder aux destins , Rome , dans ce revers funeste , Pour te venger , au moins il reste Un poignard aux derniers Romains,
Mais sous quelles viles entraves A succombé notre vertu !
Quoi ! l'univers nous voit esclaves Sans que nous ayons combattu !
Au sein d'un sénat parricide , La noire trahison préside, Fière encore de nos revers ; Le pouvoir sans appui, sans force , Tombe à sa voix , et c'est d'un Corse Que le Français reçoit des fers !
Muse inflexible de l'histoire , Toi qui , seule , fais les héros :
Toi qui des palmes de la gloire N'ornes pas de lâches complots ; Des artisans de tant de crimes , Ah ! si les noms souillent mes rimes , Et s'ils échappent à ma main , Conserve-les , ces noms parjures , Muse , et que les races futures Les retrouvent sous ton burin.
Revêts la plus sombre nuance :
Choisis tes plus sombres couleurs , Saisis ce traître que la France Compta parmi ses défenseurs.
De Sinon la fameuse trame Abattit les murs de Pergame ,
EXPOSÉ
Mais Grec , il trompa les Troyens.
Combien plus infâme est ce prêtre , Ce Français que Fréjus vit naître î Il trompa ses concitoyens.
Et c'est l'or , promis au courage , Qui devient le prix du forfait !
Guerriers , ressentez-vous l'outrage Qui, pour un traître, vous est fait?
Guerriers, que le traître subisse De Tarpéia l'affreux supplice!
Pour ces biens qu'il vous a ravis ; Pour ces biens , sa honteuse idole , Il a livré le Capitole :
Ecrasez-le sous ses débris!
Du Nantais au double visage , Muse , peins la difformité , Traînant ce spectre , d'âge en âge , Etonne la postérité :
Fais gémir la Nièvre éplorée ; Fais parler la Saône encombrée Du sang versé par ses fureurs ; Montre-le sans foi , sans patrie , L'âme par l'opprobre flétrie , Prêt à servir d'autres ligueurs.
A la vertu dans l'indigence Offre un tableau consolateur ; Dis les causes de l'opulence Du suppôt de l'usurpateur. Ouvre à ses yeux cet édifice Sorti de la fange du vice , Et que le crime a cimenté ; Quand tour à tour , avec scandale , Aux joueurs il vend la morale, Aux coupables , l'impunité.
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EXPOSE
Transfuge de Rome moderne , Celui que la Meurthe enfanta , Nous instruit dans l'art qui gouverne , A l'école de Loyola.
Muse, décris sa .... ^ Dis comment sa louche doctrine Au pouvoir ouvre un large champ :
Et pourquoi des rois l'adversaire, Et du peuple le mandataire , D'un despote il est l'instrument.
Quand , dans un même deuil plongées , Sous les traits de la vérité , Un jour tu verras outragées Et les mœurs et la liberté ; Dessine auprès de l'insulaire Le double avorton consulaire :
L'un de Maupeou le nourrisson , Fidèle aux maximes du trône ; L'autre qu'eût convié Pétrone Au festin de Trimalcion.
Mais de l'honneur , de la patrie , Quand des traîtres brisent les nœuds , Ceux formés par la perfidie Seront-ils phis sacrés pour eux P Sous quelle inviolable égide Ont-ils mis leur pacte homicide i* Par quel frein, de l'ambition Ont-ils su maîtriser la rage i' Et qui garantit le partage Qu'ils ont fait avec le lion i*
Lâches , dont le bras sacrilège Au despotisme s'est vendu l Yous voilà tombés dans le piège Que pour nous vous aviez tendu !
' Ce mol manquait dans la copie manuscrite envoyée en Angleterre.
EXPOSE
Vous aviez , dans votre démence , Du glaive invoqué l'assistance \ Et le glaive exterminateur , Le glaive, appui de rinjustice , Des tyrans éternel complice , Est votre seul législateur.
Quel est ce respect dérisoire , Peuple , qu'on affecte pour toi i' Tel que le Messie au prétoire , On t'outrage en te nommant roi.
Devant toi quand ils s'agenouillent , Ces hypocrites te dépouillent De tes comices souverains.
Us ne te laissent qu'un limtôme :
Ne cherche plus les droits de l'homme =, Déchirés par tes assassins.
Rome, dans cette ombre traîtresse.
Ce simulacre de sénat , On veut que mon œil reconnaisse Les conservateurs de l'état ; Mais toi qui vis à ta naissance Ton sénat briser la puissance De son orgueilleux fondateur ; Dans le nôtre , troupeau docile , Que vois-tu? l'instrument servile Du pouvoir de l'usurpateur.
Des magistrats de Rome antique , En vain vous usurpez les noms :
Les noms font-ils la république P Tombez , vaines illusions !
De tes tribuns, de leur courage, Rome , retrouves-tu l'image Dans ce débile tribunal ?
Et dans ce consul qui nous brave , Ne vois-tu pas le fier Octave Plutôt que ton Publicola P
EXPOSÉ
En quoi donc le surnom d' August Par Octave est-il mérité ?
Il vi'est d'empire heureux e l juste Que celui de la Liberté.
Artificieux politique , Il enchaîne la république En proscrivant ses défenseurs ; Et, quand le pouvoir arbitraire Dans Rome n'a plus d'adversaire , Il met un terme à ses fureurs.
Voit-on d'une source fétide Jaillir de salutaires eau? ?
Caché sous un cristal limpide , Le poison coule dans ses flots ; La mort habite ses rivages ; Il n'y croît que des fruits sauvages.
L'usurpateur , quelques instans , Peut abuser par des prestiges :
Le temps détruit ces vains prodiges Rien n'est vertu dans les tyrans.
L'usurpateur court à la gloire , En haine de l'égalité, il ne cherche dans la victoire Que la suprême autorité.
S'il montre un courage intrépide , C'est celui d'un brigand avide De la dépouille des humains :
Sa clémence n'est qu'une injure , Sa sagesse qu'une imposture ; Ses dons ne sont que des larcins.
Octave commande à l'empire : Sous ses lois il tient le sénat; Octave permet qu'on respire Quand il est maître de l'état.
De Janus il ferme le temple , Et Rome qui dans lui contemple
EXPOSÉ
L'unique arbitre de son sort^, Rome esclave , l'aveugle Rome Dresse une statue au grand homme , Et dans ses fers elle s'endort.
Elle s'endort ! fatale ivresse !
Elle n'aura plus de réveil....
Des arts l'illusion caresse Quelque temps encor son somuieiL Des Nérons le règne s'avance; Celui de Tibère commence ; Et les neveux des Scipions , D'abord mutilés par des maîtres , Bientôt abrutis par des prêtres , Sont le rebut des nations.
Loin des sentiers de la justice Quand un peuple s'est écarté , De précipice en précipice Il court en aveugle emporté.
O Rome ! à tes mains souveraines César eùt-il donné des chaînes , Si de tes lois qu'il viola 11 n'eût vu les saintes barrières Tomber sous les mains meurtrières De Marius et de Sylla ?
Tels sont , délirante anarchie , Les fruits de ton souffle empesté :
Toujours marche la tyrannie Près de ton char ensanglanté.
Monstre vomi par le Ténare , Du peuple adulateur barbare , Tu l'enchaînes avec ses droits ; Tes pas font frémir l'innocence ^ Et ta dévorante puissance Fait regretter celle des Rois.
EXPOSÉ
Naguère tes torches funèbres , Par leur infidèle clarté , Dans le crime et dans les ténèbres Ont égaré la Liberté.
Aux cent bras nouveau Briarée , Hydre de meurtre altérée , Monstre ! enfin tu meurs à ton tour ; Mais sur ton horrible passage Tu nous as laissé l'esclavage, En rentrant dans le noir séjour.
Et ce serait la destinée D'une nation de héros !
Elle ramperait prosternée Devant d'injurieux (aisceaux 1 Peuple , au milieu de tes trophées ^ Tes vertus seraient étouffées *, Et de leurs fronts triomphateurs Détachant le laurier des braves , Tu verrais tes enfans esclaves Le marche-pied des oppresseurs!
Tu verrais le luxe coupable Insulter à la probité !
Et la puissance inviolable Erigée en divinité î Tu la verrais punir , absoudre , Verser ses dons , lancer la foudre , En se jouant du frein des lois ; Et , pour couvrir ses injustices , Et ses erreurs , et ses caprices , Imposer silence à tes droits !
Tu verrais rendre à l'imposture Ces temples qu'elle profana!
Et le maître de la nature Céder aux dieux des Borgia !
Le fanatisme sanguinaire Qui de pleurs inonda la terre »
EXPOSÉ
Relever ses autels affreux , A la voix de ces mêmes prêtres Qui massacrèrent tes ancêtres , Qui massacreront nos neveux !
Tu verrais des temps monarchique La servile immoralité Remplacer les devoirs civiques Et les mœurs de la Liberté !
Et , pour expier ta victoire , Et venger les rois de ta gloire , Les arbitres de tes destins Récompenser d'une couronne Cette terre où , chassés du trône , Furent accueillis les Tarquins !
De quinze siècles d'esclavage Quand le joug fut brisé par toi, De tes tributs régler l'usage , Fut ton premier vœu , fut ta loi.
Tu fermas ces canaux immondes Où tes richesses infécondes Coulaient pour des dissipateurs; Et , muet , tu verrais la France Abandonner son opulence A d'indépendans dictateurs î
Quand tu ne peux payer la dette Contractée envers tes enfans , Et quand tu dois de la conquête Encor le prix aux conquérans ; Lorsqu'un gouvernement cupide Et la malveillance perfide Ont tari les dons de Cérès , Tu verrais l'orgueil consulaire De ton or grossir le salaire De ses innombrables valets!
O vous sur les bords de l'abirne Qui nous laissâtes entraîner , Osez lutter contre le crime.
On peut encor vous pardonner....
Elevez vos voix courageuses , Qu'elles tonnent , victorieuses , Sur le pouvoir et ses suppôts ; Foudroyez tant d'actes sinistres , Tribuns , et que pour les ministres On dresse enfin des écliafauds !
Déjà, dans sa rage insolente,
Le despote ose menacer
Tel des flots la vague écumante Se brise contre le rocher.
Est-ce pour vous donner un maître , Est-ce pour couronner un traître , Que la France a puni ses rois?
Non , non ; l'ambition coupable Saura qu'il n'est d'inviolable Que les droits du peuple et ses lois.
C'est par les lois que l'Angleterre Affermit sa prospérité :
Là , sous leur abri tutélaire , On peut braver la royauté ; Là , devant leur toute puissance , Et le pouvoir et la naissance Baissent un front religieux ; Là , l'homme pense sans contrainte , Et, satisfait, jouit sans crainte Des mêmes droits que ses aïeux.
Du pouvoir censeur nécessaire , L'Anglais n'en peut craindre les coups Des lois jamais sur l'arbitraire Il n'invoque en vain le courroux.
Fière de sa charte sacrée , De gloire et de biens entourée,
Albion règne sur les mers ; Elle chérit sa destinée , Et la Tamise fortunée Fixe les yeux de l'univers.
Cependant encore affligée Par l'odieuse hérédité, Londres , de titres surchargée , Londres n'a pas l'égalité ; Mais son rempart impénétrable Est dans le pouvoir responsable De la volonté de ses rois :
Tandis que la main despotique Qui conduit notre république Est plus puissante que les lois.
Tant que dans ses digues profondes Circulant avec majesté , Un fleuve maîtrise ses ondes , Il répand la fécondité.
Mais , s'il renverse sa barrière , Et si sa fougue aventurière Sur nos champs porte la terreur, Jadis , père de l'abondance , Dans sa funeste indépendance.
Il n'est plus qu'un dévastateur.
De l'autorité despotique Ainsi découlent to^us les maux , Quand d'une langueur léthargique Elle a su verser les pavots.
Tandis que le peuple sommeille , Autour de sa proie elle veille , Mais sans apercevoir l'écueil.
Semblable au temps qui se dévore , Les fléaux qu'elle a fait éclore Ont creusé son propre cercueil.
Contre le joug fie la licence Et de l'injuste autorité , Peuple , qui prendra ta défense La loi qu'a fait ta volonté.,..
Que, suprême dominatrice,
La loi règle donc tes destins.
O peuple ! si Gracchus t'entraîne , Ou si l'éclat d'un nom t'enchaîne , Grains un maître, ou des assassins.
Dans le Vœu â!un patriote hollandais rinformalioii îi accusait que les quatre derniers vers ainsi conçus :
Pour moi, loin qu'à son sort je porte quelqu'envie . Qu'il nomme, j'y consens, son digne successeur; Sur le pavois porté, qu'on l'élise empereur! Enfin (et Romulus nous rappelle la chose) Je fais vœu dès demain, qu'il ait l'apothéose!
Cette cause excita à Londres le plus vif intérêt : pendant toute la semaine qui précéda le jour du jugement , le bruit général , à la bourse , fut que l'acquittement du prévenu serait regardé comme une déclaration de guerre au premier consul j il y eut même , dit-on , des paris qu'un verdict de non -coupable ferait baisser les fonds publics de cinq pour cent.
Telle était même la crainte qu'inspirait le premier consul , que le prévenu crut devoir renoncer à réclamer un jury de medietate liiiguœ.
La défense que prononça M. Mackintosh est considérée , à juste titre , comme un des plus beaux morceaux
Ce vers manquait également dans la copie envoyée à Londres.
EXPOSÉ. 5o9 de l'éloquence anglaise. Le succès ne couronna point ses efforts, et le prévenu fut de'claré coupable; mais elle valut à l'orateur une reputation immense , et au client un nouvel accroissement de conside'ration.
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