LILLE
LM P R L\l E R 1 E L E F E B V R E - D U C R O C Q
Baprême arîtbr^étîcîei) et poète.
ES inventions reçoivent souvent, de la consécration populaire, le nom même de leurs auteurs. Il serait facile d'en multiplier les exemples. Le contrôleur des finances Silhouette, l'intendant Poivre, l'architecte Mansart, le général anglais Raglan, le chapelier Gibus, le philanthrope Richard Wallace^ le préfet de la Seine Poubelle et beaucoup d'autres, ont été, à des époques diverses, les parrains si complets de leurs créations, que le public a fini par oublier les personnes pour ne se souvenir que des choses.
Parmi tant d'objets, ainsi baptisés du nom de leurs inventeurs, il n'en est pas dont la qualification ait été plus complètement adoptée que celle des tables de calculs tout fiiits, providence des gens à qui l'arithmétique n'est pas familière. Quand on dit un Barrême, tout le monde sait ce dont il s'agit. Il est vrai que bien peu savent, parmi ceux qui prononcent ce mot, que Barrême était un homme avisé, qui fut l'auteur d'une série d'ouvrages dont d'innombrables éditions se sont succédées, depuis plus de deux cents ans, et sont encore utilisées par certaines personnes.
Cet homme était, en son genre, une manière d'homme de génie qui sut découvrir, s'approprier et exploiter une mine dont lui et ses successeurs tirèrent de grands profits. Et, cependant, il est aujourd'hui très difficile de trouver sur sa vie des renseignements autres que ceux qui résultent de son
œuvre même.
Né à Lyon vers 1640, il mourut à Paris en 1703 . Son portrait, gravé par Desrochers, nous le représente avec les caractères généraux communs à tous les personnages de son temps, sous une énorme perruque qui absorbe et voile en quelque sorte les traits principaux de sa physionomie.
Ses biographies sont courtes. Le Dictionnaire de Michaud lui consacre une notice d'une vingtaine de lignes dont le principal intérêt est dans les dates et la nomenclature des premières éditions de ses divers ouvrages.
Le Magasin Pittoresque ^ a résumé dans un article les rares épisodes de sa vie qu'on peut glaner en parcourant les premières éditions de ses ouvrages. Il nous apprend qu'avant de se tixer à Paris, François Barrême voyagea et que, se rendant de Toulon à Rome, par mer, il faillit perdre la vie dans Tattaque d'un corsaire qui pilla le navire qu'il montait. Il reçut dans la bagarre un coup de sabre et sauva miraculeusement sa vie et sa liberté.
En 1668, il était à Paris, installé comme conférencier et professeur de comptabilité, ayant trouvé sa voie et cherchant par tous les moyens possibles à faire sa percée.
Par un phénomène assez ordinaire qui éveille dans la cervelle des mathématiciens le goût de la poésie, sans doute par le sens du rythme et de la mesure, Barrême se piquait de faire des vers. Son œuvre poétique est assez importante, mais, il faut l'avouer, d'une sécheresse et d'une médiocrité remarquables. Ses vers sont construits suivant les règles et c'est ce qu'on peut en dire de mieux.
C'est sous leurs auspices qu'il plaça son premier ouvrage^ en 1668.
« Le vendredy 27 janvier, nous dit-il, six jours avant que le Roy partit » pour la Franche-Comté, Sa Majesté estant à Paris dans le Louvre, je me » mis à genoux devant luy, luy présentant sur un grand vélin mes Stances » chrétiennes et royales^ le suppliant très humblement de m'en accorder le » privilège et pour les livres des Comptes faits pour le public.
» Il prit le vélin et, après en avoir lu quatre lignes, le donna à Monsei- » gneur le duc de Saint-Aignan en disant ces mots : « Je l'accorde pourveu y> que ce soit bon ». Le lendemain, je me donnay l'honneur d'aller saluer » Monseigneur le duc de Saint-Aignan dans son appartement au vieux » Louvre et luy ayant demandé s'il avait pris patience de lire les stances que » j'avais présentées à Sa Majesté le jour précédent, il me répondit qu'il estoit ^f aisé de prendre patience à lire de belles et bonnes choses ».
Son œuvre principale était donc lancée. Elle consiste en une sorte de petite bibliothèque de volumes contenant des tables de calculs, des renseignements utiles aux comptables, aux commerçants, aux banquiers.
Presque tous sont précédés de dédicaces à de grands personnages du temps, le plus souvent en vers. Son IJvre facile pour apprendre Varith7né' tique suit une ode de trente-trois strophes de dix vers chacune ; son ode à La Reynie, en tête du Livre nécessaire à toute sorte de condition^ a quarante-six strophes de dix vers. Son traité de Géométrie servant à Varpentage contient aussi une ode de vingt-trois strophes.
Barrême avait une prédilection pour les sonnets et certains jeux d'adresse littéraire comme les anagrammes. On en trouve des échantillons variés dans un opuscule sans date qui porte le titre de Cayer Curieux de