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MAANRIYE

fouettant l'air ; là, c'est un tigre, la tête dressée qui traverse un amoncellement de roches sous un ciel gris, allégé de flocons de nuages blancs, ciel de particulière qualité dans l’œuvre de Barye.

Delacroix, ami de Lefuel, a regardé bien souvent ces deux œuvres. Il a, en particulier, étudié, dessiné le tigre, comme en témoigne une mine de plomb demeurée dans la famille Lefuel, mais il ne parvint jamais à reproduire pleinement l'allure, les particularités de mouvement du fauve. Un jour, comme pris de dépit, il s’écria en allant raccrocher le cadre : « Non, je ne peux pas, je ne pourrai jamais faire remuer aussi bien la queue de ce diable de tigre. »

Malgré cette absorption des aquarelles de Barye par les musées de France et plus encore par les collections publiques américaines, les amateurs français n'en demeurent pas dépourvus. La preuve, les expositions qui ont précédé les ventes Rouart, Beurdelay, Haviland, etc., les pièces prêtées lors de diverses manifestations par MM. J. Peytel, Antony Roux, Schoœller. Celui-ci, qui a vu passer à la galerie Georges Petit nombre de belles pièces de Barye, a eu tout loisir pour en réserver quelques-unes de la plus rare qualité. Parmi celles en sa possession, signalons un Lion mangeant une proie, profilé sur un ciel tragique et qui rappelle le même sujet peint, conservé au Louvre, un Tigre à l'entrée de son antre à rapprocher de la lithographie exécutée par Barye lui-même, un Tigre se roulant, un Lion qui marche, le Jaguar regardant un serpent qui se trouve ici reproduit, un Lion sur le dos, un Cerf dix cors, de tonalités délicates.

La vente Z... (10 et 11 décembre 1917) a permis à M. Marcel Nicolle d'acquérir aussi une aquarelle comptant parmi les meilleures de l’artiste, Léopard écrasant un Zibet faussement décrit au catalogue : Panthère écrasant un loup.

Comme ses grands émules, Delacroix, Th. Rousseau,

Millet et autres, Barye a été aussi-tenté de prendre la pointe

afin de tracer sur une planche de cuivre quelques traits ineffaçables, et aussi le crayon de lithographe qui permet des effets chauds et veloutés.

L’unique eau-forte de sa maïn fut gravée pour la publication d'Alexandre Decamps, le Musée, revue du Salon de 1834. Elle représente un Cerf attaqué par un lynx, et dénote dans les bonnes épreuves — celles du Musée ne sont que des reports sur pierre — une main ferme, un trait sûr, et un vif sentiment de la couleur.

Ses lithographies s’échelonnent de 1832 à 1836 et même un peu plus tard. Elles furent généralement dessinées à l'intention de l’Aytiste, la publication qui menait alors le bon combat en faveur de l’art vivant. M. Loys Delteil qui les a réunies et cataloguées en a retrouvé onze. Parmi elles, il en est plusieurs qui sont, au point de vue de la lithographie, . des chefs-d'œuvre. Tels, Ours du Mississipi, masse sombre

“aux beaux noirs veloutés et transparents qui opposent leur tonalité puissante au délicat fond rocheux; Jeune Axis, fin quadrupède dont les articulations délicates, les ornements . de la fourrure, sont merveilleusement rendus ; ses figures de tigres enfin: Etude de tigre, précédée de recherches au crayon dont l’une, très belle, est conservée par le sculpteur Fix-Masseau ; Tigre à l'entrée de son antre, Tigre au repos, deux merveilles ! La féline force de l’animal est supérieurement exprimée : quel regard dans le tigre debout, quelle nonchalance sournoise chez le tigre au repos!

Ces feuillets, à eux seuls, suffiraient à imposer un nom. Que sont-ils cependant si on les compare à l’œuvre colossale du sculpteur, l’un des plus grands et des plus originaux de cette école française qui compte cependant tant de gloires fameuses !

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