‹ BaryeChapitre 17 sur 21 · BA RIM E · texte numérisé non relu

BA RIM E

le Lion devenu vieux, le Corbeau et le Renard; Millet prenait neuf fables, dont le Laboureur et ses enfants, la Mort du

Bâcheron, le Berger et la Mer, la Forêt et le Bûcheron, l’Ane :

et les deux voleurs ; et Daumier : le Vllageois et son seigneur, l’Ecolier et le pédant, le Savetrer et le Financier, l’Huitre et les Plaideurs, le Cygne et le Cuisinier, l’Astrologue, l’Ivrogne et sa Femme. Rousseau lui-même interprèterait sept fables : le Chêne et le Roseau, le Loup et l'A gneau, la Cigale et la Fourmi, le Coche et la Mouche, la Mort et le Curé, les Grenouilles qu demandent un roi, les Lapins.

Le recueil fut commencé, mais se trouva vite abandonné. Dans tous les cas, Barye n’y peignit rien. Non par nonchalance, certes, car le maître n’était jamais si occupé que pendant ses séjours à Barbizon, ne cessant de dessiner et de laver ses aquarelles, même l'heure de la causerie venue.

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En effet, il y a en Barye, à côté du sculpteur, un aquarelliste également puissant quoiqu'employant un mode d'expression à lui moins familier et dont il ne joua jamais avec une pleine liberté.

On se rappelle que Barye, débutant, avait été demander

à Gros, des conseils de dessin et aussi de peinture. Durant

les années qui suivirent, il prit souvent la brosse, exécutant

au Louvre de remarquables copies d’après Rubens. Pour sa .

part, notre grand musée possède en peintures de sa main un portrait de Jeune fille et aussi, pour revenir à ses sujets habituels : un Lion dévorant une proie, un Combat de Cerfs en forét ;

surtout, entré avec la collection Thomy-Thiéry, Lions près de

leur antre, vigoureux morceaux dont le paysage est comme d'habitude, inspiré de la forêt de Fontainebleau. Ces pein-

tures, en dépit de la vigueur de l’accent, sont un peu privées

de ces recherches de lumière, de ces accords de valeurs qui

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donnent aux études des professionnels éclat et atmosphère. La plus curieuse est, assurément, le Combat de Cerfs avec son fond de rochers, ses squelettes d’arbres tourmentés, le rythme de leurs branches répondant à l’enchevêtrement des bois cerviers. Ajoutez à cela, une ambiance dramatique s’accordant avec la ligne sévère et sombre des genèvriers, seuls témoins du duel. C’est Fontainebleau vraiment, et par une de ces grises journées d'automne où le ciel évolue au tragique. Mais qu'est ceci à côté d’une toile de Rousseau !

Par contre, dans ses aquarelles, Barye ne ressemble à personne, il y affirme une intensité de vision, une puissance d'expression qui égale celle de ses beaux bronzes. Elles sont, d’ailleurs, aujourd'hui presqu’aussi recherchées. On en aime l'accent puissant, le caractère tragique, les particularités d’évocation. Cependant, dans leur exécution, nul attrait ; son art pris en lui-même est, techniquement, pénible. Théophile Gautier, qui les admirait, écrivait : « Ce ne sont pas de vulgaires aquarelles que les dessins lavés par Barye. Le pinceau du maître y acquiert la fermeté de l’ébauchoir. On dirait qu'il est fait avec des moustaches de lion, tant il raye rudement le papier grenu qu'il emploie de préférence ». Mais il ne manque pas de constater que « dans ces études si fermes, si naïves malgré leur science profonde, où l’ostéologie, les muscles, la peau, le pelage, s'indiquent en quelques coups de crayon ou de pinceau, l'artiste néglige quelquefois la couleur avec une insouciance de statuaire ; certaines nuances rappellent trop la terre glaise dont il se sert habituellement, les fonds de paysage manquent d’air ; mais toutes ces aquarelles, même les moins heureuses, portent la griffe du lion ».

Déjà, à l’occasion du Salon de 1831, des aquarelles de Barye avaient rencontré l'approbation de la critique. En 1833, l'Arhiste écrivait : « Voici Barye que nous retrouvons donnant aux animaux la même vie et la même vérité dans ses aquarelles que dans ses plâtres. Comme l’expression de la force domine dans

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ces deux lions au repos, l’un allongeant ses griffes, l’autre la tête appuyée sur la terre et les yeux fixes. Et ce tigre qui dévore un cheval, qu’il est horriblement beau, savourant sa proie ! Comme le frisson de la joie et de la férocité court dans tous ses membres. Et les jaguars et les panthères |! »

Grâce à des donateurs généreux, M. Zoubaloff et d’autres, le Louvre est maintenant suffisamment riche en aquarelles

de Barye. Dans la petite salle où elles s'accumulent, il semble

vraiment que, par les hublots de quelque tank parvenu au cœur du désert, on surprenne les fauves dans la quiétude de leur pleine liberté et la fièvre de leur chasse. Ici, sur un sol désertique, borné à l'horizon par de hautes montagnes, passe une panthère noire, elle va à pas de velours, sans un cri, mesurée et implacable. Là, dans un cirque de rochers, sur un matelas de gazon, un tigre colossal voluptueusement se roule. Mais il y a pire, c'est ce tigre étendu, si nonchalamment étendu que ses articulations et ses muscles fondent dans la poche de la fourrure ample, lâche semble-t-il, presque vidée à l’arrière-train. Mais que passe quelque proie, comme la bête va se ramasser, reprendre son élasticité, bondir. Voici encore, au seuil de leur repaire, deux panthères : l’une somnole, l’autre veille, l’œil inquisiteur et mauvais. Tout cela exprimé dans une gamme sobre : des gris, quelques roux, des verts décolorés, un ciel sombre ou paré d’un bleu triste.

Du fait du legs de l'écrivain d’art Pierre Goujon, mort pour la France, le Louvre s’enrichit encore de deux belles pièces : un Cheval galopant dressé sur un ciel bleu-noir d'orage, une Antilope. Enfin, la collection Comondo présente un morceau de premier ordre : un Tigre cherchant une proie, qui a figuré à la Centennale de 1900 alors qu'il appartenait à MTiutz:

La forêt de Fontainebleau, sa faune, sa flore sans adjonction romantique, séduisit bien souvent aussi Barye qui la représentait telle quelle ou profilait parmi les rocs, sous les iron-

daisons puissantes, des cerfs, des chevreuils aux articulations nerveuses et légères. Alors, plus de sombre décor : la nature se pare, le ciel s’éclaire, un voile perlé s’étend sur les êtres et sur les choses, faisant valoir l'éclat des tapis de verdure, l’exquise parure rousse des chers hôtes de la forêt. Dans la plaine toute verte, infinie, voici un cerf aux bois fièrement dressés ; parmi l’amoncellement des grès, près des bouleaux délicats, surgit un chevreuil.

Le Musée de Bayonne, grâce au legs de Léon Bonnat, n'a rien à envier au Louvre en fait d’aquarelles de Barye. Peut-être est-11 même plus riche. On sait quelle passion avait, en effet, Bonnat pour le grand animalier. Il n’a cessé de rechercher ses plâtres originaux, les belles épreuves, ses aquarelles, ses moindres dessins, et sa passion a été récompensée. C’est lui qui seul, ou presque, a assumé la charge agréable de fournir d'œuvres du maître l'exposition Centennale de

1900. Pour les aquarelles, onze numéros sur quatorze, et

c'étaient : Serpent et tigre, Elan aux prises avec une panthère, Tigre et faisan, Serpent dans un arbre, etc. Est-ce celui-ci, est-ce un autre, nous nous souvenons aussi d’avoir vu dans une exposition où Barye se trouvait encore à l'honneur, un Serpent dans un arbre, petite merveille qui était exprimée dans une matière exceptionnellement claire et riche. Le reptile se paraït de taches vibrantes à reflets bleus, d’un puissant effet.

Grâce au collectionneur Alfred Bruyas, le donateur de tant de magnifiques Delacroix, Courbet, Tassaert, etc, le musée de Montpellier possède également un lot de haute qualité de belles aquarelles de Barye : Lion du Sénégal en arrét devant un serpent python, Lion cherchant une proie, Tigre à l’affüt.

Mme Henri Lefuel conserve, provenant de l'architecte du nouveau Louvre à qui Barye les avait offertes, deux aquarelles d’une grande beauté : ici, c’est un lion colossal dont la masse sombre se silhouette sur un désert crayeux, la queue

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