‹ Bas-Niger, Bénoué DahomeyChapitre 11 sur 25 · VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX

On dirait que le très humide climat du Niger, si perfide pour l'existence de Thomme blanc, a réservé toutes ses faveurs pour la végétation.

Les arl>res qui, au point de vue commercial, paraissent les plus importants, sont : Tarbre à beurre (le karité) et le palmier.

« Le karité, dit M. le général Faidherbe, dans V Atlas colonial j porte un fruit, une amande, qui, pilée et traitée par l'eau bouillante, donne une matière grasse, un véritable beurre : le beurre de galam employé par les indigènes dans leur alimentation.

« Ce beurre se conserve pendant fort longtemps.

« Cet arbre remarquable fournirait, en outre, par incision, un suc qui pourrait remplacer la gutta-percha. »

Dans le delta du Niger, il n'y a pas un seul de ces arbres, ce n'est que dans le Noupé et le Haut-Niger qu'il pousse à profusion. Cet arbre ressemble au chêne d'Amérique. Le fruit est bon à manger; sa pellicule fine et verte ressemble h une prune ; on extrait le beurre du noyau qu'on jette dans l'eau bouillante après l'avoir exposé au soleil.

Il est très propre à la fabrication du savon et des bougies.

Les Anglais le désignent sous le nom de schea-lmtter (arbre à beurre), et les Français l'appellent chabota.

Généralement, on échange du sel contre du chabota. L'exportation se fait par milliers de barils. L'ivoire, le chabota et l'huile de palme, sont les produits (jui rapportent le plus, ainsi que nous le verrons plus loin.

Après l'arbre à beurre, nous citerons le palmier i^ huile ; cet arbre est au Bas-Niger ce que Tarbre à beurre est au Moyen-Niger.

Les régimes de ce palmier fournissent un fruit vermeil dont la pulpe est soigneusement récoltée par les femmes

qui fabriquent l'huile de palme. I/aniande du fruit donne également une liuile plus fine, dont nous nous sommes souvent servis à bord de nos bateaux pour graisser les machines, lorsqu'il nous arrivait parfois de manquer d'huile d'FiUrope.

Kn Algérie, nous ne possédons en fait de palmier que le dattier; njais ici les palmiei-s sont représentes par de nombreuses espèces, et c'est précisément le dattier que nous n'avons pas. Je n'ai |)as vu une datte durant les cinq années que j'ai passées au Niger.

Citons : le rônier (jui est à l'abri des insectes et qui fournit l)ar consécpient un excellent liois de construction, le cocotier (jue tout le monde connaît, le chou palmiste, le tamarinier dont le fruit entre dans la composition d'une espèce de bière appelée pito^ et le bois sert aux constructions.

Conmie arbres fruitiers, nommons : le cognassier, qui fournit de nombreuses espèces, l'oranger, le citronnier, dont les fruits restent verts même lorsqu'ils ont atteint leur maturité et dont les fleurs et les fruits ornent simultanément et perpétuellement les branches; le bananier, dont les espèces varient selon les lieux; le papayer, des amamons et des ananas en très grand noml)re.

J'ai vu et extrait moi-même par incision, faite avec un canif, rarl)re et liane fournissant le caoutchouc. Le cotonnier et l'indigotier sont en grand nombre, mais le coton laisse beaucoup à désirer; le fromager atteint deux mètres de circonférence, huit à dix mètres de hauteur.

Comme bois de construction, nous avons : les bois de fer, Tacajou, qui sert à faire des pirogues, le santal rouge, etc.

Dans le Niger moyen, des forêts de bambous servent aux constructions et à la fabrication de meubles. Ces bambous atteignent dix mètres do hauteur et quinze h vingt centiriiètres de diamètre au tronc inférieur. C'est au moyen d'assemblages par superposition que les indigènes construisiMit des meubles fort curieux et d'une certaine solidité.

Citons aussi le fameux baol)ab, le géant des forêts, qui atteint jusqu'à trente-cin(( mètres de circonférence; on

mange son fruit (jui est vert, la feuille est un fébrifuge qui rend de grands services aux noirs; enfin le bois sert à faire des pirogues, mallieureusement il est mauvais. L/arbre est creux, il peut abriter les voyageurs et souvent les fauves et les reptiles.

Le café, la canne à sucre, le tabac, le ricin, le sésame, diverses qualités de riz, le maïs, le mil, les ignames, le manioc, les patates douces, le piment, les courges poussent à merveille dans tout le Niger moven.

L'arachide, qui, comme plante oléagineuse, est une des plus grandes ressources du Cayor, est cultivée avec succès, mais simplement comme plante légumineuse; les indigènes la mangent comme des haricots. Kspérons (jue les Anglais sauront bientôt initier k\s noirs à la cultiver sur une très grande échelle, comme à la côte du Sénégal.

J'ai semé avec succès à Brass, à Onitcha et à Lokodja des graines de France, et j'ai rai)idement obtenu : radis, tomates, haricots, choux, oignons, salade, persil.

Les graines provenant des légumes ci-dessus n'ont presque rien donné Tannée suivante. Il faut avoir soin de n'employer que des graines d'Europe. J'ai essayé plusieurs fois et en divers lieux de planter des pommes de terre, sans jamais réussir.

La vigne pousse trop vite ; elle se développe en bois et en feuilles, sans jamais donner de fruit.

Il existe un arbre qui est bien connu dans les royaumes du Noupé, du Gando, du Sokoto et du Haoussa. Tous les musulmans du centre africain vénèrent cet arbre, appelé Kola, à cause de sa légen<le qui a traversé les siècles et qui est encore aujourd'hui en honneur (1).

Cet arbre fournit un fruit à gousse verte de la grosseur d'un gros coco, mais de forme ovale. Lorsqu'on partage le fruit en deux parties égales, dans le sens longitudhial, on trouve dans la membrane interne sept ou huit amendes logées de chaque côté; soit une dizaine dans chaque fruit.

(1) 1^1 léf^ende dit que le Prophùto sVst assis sous uu Kola ot qu'il a offert des fruits ù tous ses disciples.

Ces amandes sont de la grosseur d'un marron, de couleur rougeAtre ou blanche, et ont un goût ùpre connnie celui du gland de cliène.

Les rois, les grands chefs et les gens riches mâchent des kolas toute la journée, n'avalent que le suc du fruit; ils disent que c'est un fébrifuge.

Lors(|u'un étranger de distinction vient leur faire visite, les rois et les princes lui offrent une poignée de kola en signe d'alliance et d'amitié.

Lorsqu'un roi vassal de Sokoto meurt, le sultan envoie à son successeur des kolas blancs, avant la cérémonie du couronnement qui n'a lieu que plusieurs mois après.

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