LA FRANCE INSULTÉE PAR LE ROI GLÉGLÉ
Par un traité signé en mai 1868 et renouvelé le 19 avril 1878, ie roi Gléglé abandonnait à la France le territoire de Kotonou.
Plus tard, les territoires de Grand-Popo et le royaume de Porto-Nuvo furent placés sous le protectorat français.
Le roi du Dahomey ne tint aucun compte du traité qui plaçait les Porto-Novéens sous la protection de notre pavillon.
Tous les ans, à l'époque des Coutumes, et plus souvent encore, le roi fait envahir le royaume de Porto-Novo par ses troupes qui pillent, tuent et amènent en esclavage des milliers de nos protégés.
La mission du docteur Bayol, lieutenant-gouverneur des rivières du Sud, eut lieu dans les circonstances suivantes : I /aimée dernière, les soldats du roi Gléglé ravagèrent Porto-Novo, incendiant les villages, s'emparant de tout ce qui leur tombait sous la cnain et amenant en esclavage de nombreux habitants.
Le Gouvernement français envoya alors M. Bayol à Abomey, avec la mission de s'entendre avec Gléglé pour délimiter le territoire de Kotonou, de mettre un terme aux invasions sur le territoire de Porto-Novo, et demander la restitution des prisonniers.
Eh! bien, non seulement le représentant de la France essuya un échec sur toutes ces questions, mais il fut contraint et forcé d'assister avec les gens de sa suite à Texécution des prisonniers placés sous la protection de la France. M. Bayol eut toutes les peines du monde pour rentrer à Kotonou.
La lettre ci-dessous que M. le R. P. Chautard a bien voulu me communiquer, raconte les horreurs auxquelles notre représentant a dû assister; cette lettre est écrite par l'interprète de M. Bayol et adressée au R. P. Chautard.
Je copie, en respectant le style de Tinterprète, un Dahoméen qui a été élevé par nos missionnaires.
« Porto-Novo, le il janvier 1890 « Mon cher Monsieur le R. -Père,
« J'ai riionneur de vous envoyer ces deux lignes pour « vous faire savoir que nous sommes rentrés de Dahomey « (Abomey) le 31 décembre, à Kotonou, où nous sommes « restés jusqu'au 7 janvier avant de rallier Porto-Novo. « Nous avons séjourné à Abomey du 21 novembre au « 28 décembre.
c< M. le Gouverneur Bayol a été très fatigué en revenant, « mais il va bien mieux à présent.
« Je crois que vous avez déjà su la mort du roi (Gléglé) ; « il a été malade vers le 20 décembre et mourut le 30 dé- « cembre au matin, 7 heures. Son fils Koudo a été nommé « roi aussitôt, d'après la dernière volonté de Gléglé ; si au « contraire on avait gardé le secret de sa mort, selon
« Tusage établi, il aurait fallu au moins deux ans avant « que Koudo montât sur le trône (1). »
« A Abomey, on tue des hommes comme des poules ; à « peu près en quarante jours que j'ai resté à Abomey, j'ai « calculé les tètes coupées en ma présence, de cent cin- « quantc à deux cents hommes.
« Hélas ! maintenant que le roi est mort, on tuera sur sa « tombe des milliers d'hommes, prisonniers faits en guerre.
« La justice du bon Dieu arrivera sur eux un de ces qua « tre matins sûrement ; le monde et Thumanité ne peut « pas souffrir ces cruautés plus longtemps.
« J'ai été à Abéokouta, chez les Nagos ; il n'existe pas ces « cruautés par-là, je n'ai jamais vu des choses pareilles.
« Pour entrer dans le palais du roi Gléglé, le sang « d'homme coule comme une rivière et il faut passer de- « dans.
« Agréez, M. le R. P., etc. »
La presse a fidèlement raconté au public les faits qui ont suivi cet événement ; la captivité de deux agents de la maison Régis, de quatre agents de la maison Cyprien Fabre parmi lesquels l'agent consulaire de France, et de M. le R. P. Dorgère, des Missions Africaines de Lyon, qui a été envoyé en mission aussitôt après sa rentrée de captivité, mission dans laquelle il aurait, dit-on, échoué.
Telles ont été les causes du conflit dahoméen.
Il serait très possible de trouver dans le passé d'autres griefs contre le roi du Dahomey; les commerçants, les agents français de Whyclah, de Kotonou et de Porto-Novo ont cruellement souffert de la tvrannie de ces barbares despotes; mais, nous en tenant aux faits récents ci-dessus, nous estimons qu'il est temps d'en finir. La raison, le droit et la force sont de notre côté ! Quel est donc le Français
(1) l\ est d'usago au Dahomey de garder pendant une durée de deux ans l(î sf^cret de la mort du roi. Tout le monde sait que le roi est mort, mais on feint de l'ignorer et le mort régne et gouverne jusqu'à l'élection du nouveau roi. Gléglé est le premier roi qui ait rompu avec cet usage.
qui ne crierait pas vengeance devant ces faits, succinctement mais fidèlement racontés?
Beaucoup de personnes qui s'occupent de colonies reconnaissent que la France a mille fois raison de s'emparer du Dahomey, mais elles font les objections suivantes :
P Quel intérêt aurait-elle à occuper cet Etat , et ({ue rapportera-t-il ?
2" Le Dahomey est trop éloigné; en cas de guerre en Europe, il faudrait ou sacrifier la colonie ou disperser ses forces pour la défendre.
3" Enfin, comment débarquer à Kotonou, puisque la barre est mauvaise, que des soldats viennent de s'y noyer, et comment pénétrer dans les marais et les maquis de fintérieur ?
Ces trois objections paraissent assez sérieuses pour qu'on les discute.
Première objection
INTÉRÊTS DE LA FRANCE DANS l'OCCUPATION DU DAHOMEY
Le Dahomey, par sa situation géographique, donne les mômes productions que le Bas-Niger : môme climat, môme faune, même flore, môme commerce. Il est inutile de répéter ici ce qui a été dit pour le Bas-Niger et la Bénoué.
Dans une conférence que le R. P. Chautard a faite à Lyon sur le Dahomey, le 18 mai dernier, nous relevons les chiffres suivants (1):
« En 1888, le chiffre des importations s'est élevé à neuf millions de francs; ces chiffres ont été empruntés au relevé officiel des douanes et extraits de l'intéressant ou\Tage de M. d'Albéca, administrateur de Grand-Popo en 1888, ouvrage intitulé: Les Etablissements français du golfe de Bénin, page 114.
(1) S« trouve à la lihrnirie Emmanuel Vitte à Lyon, 3, place Bellecour, 1890. Le bureau des iV/w/o/?.*» catholiques^ 6, rue d'Auvergne. Prix : 1 franc au profit de la Mission du Dahomey.
« C'est donc un commerce annuel de vingt millions de francs pour Grand -Popo, Porto-Novo et le Dahomey.
« Le mouvement des navires entrés ou sortis en 1888 est de 321 et représente près de 300,000 tonnes. »
Tout ce que nous avons dit au chapitre commerce peut parfaitement s'appliquer au Dahomey ; Thuile du Dahomey est très renommée. En 1888, on en a exporté pour onze millions de francs.
D'après ce qui précède, la possession du Dahomey ouvrirait à la France d'énormes débouchés commerciaux et le pays fournirait à nos colonies des soldats, des marins et des travailleurs indigènes, comme ceux que l'Angleterre utilise avec avantage dans ses colonies.
De plus, la possession du Dahomey nous ouvrirait, par le nord, la route des Sables, *que le traité anglo-français nous a livrés... généreusement, a dit Stanley!
Jusqu'ici j'avais écrit et dit dans diverses conférences que, par le Dahomey, nous aurions pu atteindre le Niger moyen ; mais, à présent que toute cette belle partie de l'Afrique est anglaise, en vertu du traité anglo-français, j'ai dii modifier ma pensée et ma phrase. Il faut dire : les Anglais ont eu en partage les provinces très peuplées, habitables, exploitables, cultivables, possédant des cours d'eau navigables, enfin la partie riche du pays. Ils ont bien voulu nous laisser une grande partie du Soudan, depuis Say sur le Niger jusqu'à Bouerra sur le lac Tchad; qu'il nous soit au moins permis de nous ouvrir un chemin pour aller exploiter le sable qui se trouve au nord des possessions anglaises, sans quoi je me demande par où les Français pourraient pénétrer chez eux?
A moins que ce ne soit par le transaharien !
Cette digression est trop grave pour que je recule devant la crainte de la continuer; il faut, puisque je suis le seul Français ayant habité cinq ans le Moyen-Niger, que je parle un peu de ce fameux transaharien.
Quel sera Tingénieur français et les hommes qui acceptoi'aient la responsabilité d'entreprendre de tels travaux ?
Un chemin de fer partant d'Alger, de Gonstantine ou de Tunis, pour aboutir au lac Tchad, est une œuvre chimérique que seuls nos petits-enfants pourront peut-être voir.
Eh quoi? On établirait un chemin de fer dans des pays que Ton ne connaît pas? que les blancs n'ont pas encore explorés? dans des plaines de sables qui ne sont sillonnées que par des caravanes et des pillards ?
Que Ton parle de Paris port de mer, d'une mer intérieure en Afrique et autres choses qui se conçoivent, c'est à merveille; mais un chemin de fer transaharien, de plusieurs milliers de lieues, à travers des sables, dans un pays peu peuplé, parcouru dans tous les sens par des Touaregs et des Arabes, ennemis implacables des blancs, voilà une idée qui me paraît absolument barroque et peu digne d'être discutée.
Comment se fait-il que les Anglais qui possèdent la Gambie, Sierra-Leone, les bouches du Niger et la Bénoué navigable, qui les mène presque au lac Tchad, et enfin tous les plateaux fertiles du Soudan, ne parlent pas d'établir un chemin de fer transaharien?
J'espère bien que mes compatriotes ne se laisseront pas prendre leur argent pour une entreprise matériellement irréalisable.
Gette question de transaharien est une utopie, qui fait le pendant à l'autre utopie qui consiste à combattre l'esclavagisme par les moyens exposés à la conférence de Bruxelles; cette idée généreuse est irréalisable; quatre armées de cent mille hommes aux quatre points cardinaux de l'Afrique, ne suffiraient pas à venir à bout du beau rêve de Mgr le cardinal Lavigerie ; je le dis avec tout le respect dû à un prince de l'Eglise ; l'esclavage ne peut êti^ combattu que par le commerce et les missionnaires; les Etats européens bornant leur action à défendre l'exportation du bois d'cbène, c'est-àdire les malheureux esclaves.
Revenons au Dahomey, nous occuper d'une question plus pratique.
La France, disions-nous, a un grand intérêt à occuper le
Dahomey, ne serait-ce que pour la question commerciale et les richesses renfermées dans le sol.
Deuxième objection
LE DAHOMEY EST TROP ÉLOIGNÉ; EN CAS DE GUERRE EN EUROPE, H. FAUDRAIT OU SACRIFIER LA COLONIE OU DIS- PERSER SES FORCES POUR LA DÉFENDRE.
Le Dahomey est loin, c'est exact; mais il est moins loin que les Indes, la Cochinchine , Madagascar, etc., etc. Ce sont les raisons que les ennemis de Dupleix invoquaient* contre Toccupat ion des Indes; TAngleterre n'a pas trouvé les Indes trop éloignées, puisqu'elle les a prises et qu'elle ne s'en plaint pas ! Elle ne se plaint pas non plus du Canada que nous avons trouvé trop loin.
Lors de l'expédition d'Alger, en 1830, il s'est trouvé une catégorie d'hommes d'Etat, qui n'avaient jamais vu la mer sans doute, qui trouvaient qu'Alger était aussi trop loin, et ils ont combattu fièrement cette brillante expédition qui devait nous donner tout le nord do l'Afrique et nous rendre pour ainsi dire les maîtres de la Méditerranée.
Les ennemis du Tonkin disent aujourd'hui la même chose. Il est trop loin !
L'expérience des Indes, du Canada, d'Alger ne leur a pas encore ouvert les yeux.
Nous devrions donc abandonner le Tonkin, la Cochinchine, la Guyane, Madagascar, les Antilles et toutes nos colonies, sous prétexte qu'elles sont trop éloignées et qu'en cas de guerre nous serions enfermés dans ce dilemme : Perdre nos colonies oudiviser nos forces pour les défendre, ce qui pourrait compromettre les opérations en Europe.
Mais s'il prenait fantaisie à l'ennemi, en cas de guerre, d'aller au loin attaquer nos colonies, ne serait-il pas obligé, lui aussi, de diviser ses forces? Et que devient alors cette objection ?
Si nous avons raison de tenir ces discussions byzantines,
les Anglais auraient donc tort de garder les Indes et le Canada qui sont des colonies éloignées ?
Il est bon de noter que l'Angleterre a beaucoup moins de soldats que la France et que si elle est arrivée à ce degré de puissance et de ricbesse, c'est grâce à son système colonial.
Toutes les nations ont donc la berlue en ce moment, de chercher à obtenir le plus de territoire possible dans le partage de l'Afrique ?
Les Français qui ne veulent pas de colonies, voudraient donc une F'rance sans marine, enfermée entre les Alpes et les Pyrénées? Heureusement que ces hommes ne sont pas au pouvoir, car ils nous feraient une bien petite France! Une chose étonnante, c'est qu'il y ait des officiers de la marine anticoloniaux. Ils doivent être très rares assurément, mais n'y en aurait-il qu'un seul, ce serait un de trop. Je ne veux rien dire de désobligeant pour personne et encore moins pour nos brillants officiers de marine, mais il me semble que tous, sans exception, de\Taient, aussi bien dansTintcrêt du pays que dans le leur, pousser au mouvement de l'expansion coloniale. Si les Indes étaient restées françaises, si le Canada nous appartenait encore, si la belle colonie de Lagos, qui a été française sous Louis XIV, et tant d'autres colonies que nous avons perdues, faisaient partie de notre domaine colonial, qui oserait dire que nous ne serions pas les maîtres du monde ?
Les Français cpii ont beaucoup vo\^gé sur mer et qui ont rencontré plusieurs fois par jour le pavillon britannique, alors qu'ils restaient des semaines entières sans [)OUVoir saluer leur cher drapeau, peuvent-ils ne pas partager cette
opinion 1
Kt les commerçants et les industriels, comment ne sentent-ils pas que la production en France a acquis des proportions tellement considérables qu'il y a urgence à chercher des débouchés au dehors ?
Nous avons vu dernièrement le Portugal se fAcher contre l'Angleterre pour une motte de terre. Pourquoi ? Parce
qu^ils sont les dij^ncs descendants de Vasco de Gania et qu'ils se souviennent que leur pays fut grand et prospère pai' leui*s colonies.
N'est-ce pas grùce à ses colonies que TEspagne fut, au seizième siècle, la puissance prépondérante de l'Europe i
VA, en remontant l'histoire, ne voyons-nous pas les anciens peuples briller par la puissance de leurs colonies ? Nous n'avons pas la prétention de faire un cours d'histoire, nous nous permettons seulement d'en citer la morale.
Je sais bien que certains historiens et d'autres beaux parleurs, nous diront que c'est précisément à cause de leurs colonies que ces nations ont succombé; mais on pourrait leur répondre que c'est surtout par leurs faules. Comme sur ce point la discussion serait interminable, hàtons-nous de revenir au Dahomey, qui serait français, si nos ancêtres avaient su conserver Lagos.
Il reste la troisième objection
COMMENT DÉHARQUER A KOTONOU PUISQUE LA BARRE EST TELLEMENT MAUVAISE QUE DES SOLDATS S'y SONT NOYÉS TOUT RÉCEMMENT ET COMMENT PÉNÉTRER DANS L'iNTÉ- RIEUR 1
La barre de Kotonou est, en effet, fort mauvaise, et les requins y pullulent. Néanmoins, il y a des joui*s où cette barre est bonne et permet d'opérer des débarquements de troupes sans craindre d'accidents ; du resle, les Anglais ne s'opposeront pas au passage de nos troupes par Lagos.
Le R. P. Chautard, dans sa conférence, s'exprime ainsi :
« Ici, dit-il, nous ne voulons pas faire de stratégie, nous voulons simplement montrer comment nos canonnières peuvent transporter nos soldats à sept ou huit lieues d'Abomev.
« La base d'opération est Kotonou, point parfaitement fortifié, communiquant avec l'Europe par le télégraphe. et la mer, avec Porto-Novo et le Dahomey par voie fluviale.
« Voici, à notre avis, le meilleur moyen de vaincre la difficulté du débarquement.
« Chenal de Kotoiiou. — Qu'on jette les yeux sur la carte marine anglaise, relevée par MM. de Mayne, Owen, Violai et Denliam, de 1812-18-1(5, et publiée à Londres, chez J.-l). Potter, 31, Poultry; cette carte a toute Tautorité désirable. Or, elle nous montre le lac Denham se dévei^sant dans la mer, à Kotonou, par un clienal aussi large et plus profond que celui de Lagos ; sept brasses d'eau à rentrée du clienal de Kotonou, deux seulement à l'entrée de celui de Lagos. Le chenal de Kotonou se présente donc dans des conditions plus avantageuses que celui de Lagos.
« Les navires négriers le travei'saient autrefois et venaient charger les esclaves dans le lac Denham. Plusieurs négrière portugais me Tout affirmé, notamment Hyacinthe Rodriguez, père du fameux Candido Rodriguez, de Whydah.
« Fermeture du chenal. — Si les dernières cartes marines ne donnent plus ce chenal, c'est qu'il a été fermé par le Dahomey. Nous en avons pour preuve :
V La tradition universelle des habitants du pays. Tous les noirs l'affirment.
2**L'étymologie môme du mot Kotonou qui signifie « lagune des morts ». D après la tradition locale, le Dahomey, profitant de la baisse périodique des eaux, fit jeter dans le chenal des arbres, des broussailles et du sable; mais ce travail périlleux coûta la vie à de nombreux esclaves, d'où le nom de « Kotonou », lagune des morts. Nous omettons d'autres preuves.
« Le Dahomey voulait, par la fermeture du chenal :
1* Ravager à son aise la presqu'île allant de Kotonou à Lagos.
2" Empocher les navires européens de s'introduire dans son pays. C'est pour la môme raison qu'il interdit aux blancs de remonter le fieuve Ouémé ou Ocpara.
K Réouverture du chenal. — Mais qu'importe, dira-t-on, que le chenal ait existé, puisqu'il n'existe plus ? — On peut le rétablir avec quehjues coups de pioche. Une lagune de
sable mesurant 10 mètres environ et à peine élevée de quelques pieds au-dessus du niveau de la mer, voiK'i l'isthme de Kotonou. Bien mieux, le chenal s'est rouvert de luimeHne, en 1885. A cette époque, les factoreries Cyprien Fahre, Daumas-Béraud, etc., ont été emportées dans la mer, malgré tous les efforts faits pour contenir les eaux de la lagune. L'ouverture mesurait 50.0 mètres de largeur et plusieurs mètres de profondeur. Des navires d'un certain tonnage y ont pénétré, notamment VEmeraude^ canonnière française, et môme un navire de guerre allemand.
« Ce chenal a existé de 1885 à 1888, malgré les efforts des Dahoméens pour le refermer. Cependant ils y ont réussi en 1888, grùce à la diminution des pluies. Mais maintenant que la France est définitivement maîtresse de Kotonou, rien de plus facile que de rouvrir et de maintenir ouvert l'ancien chenal.
« Nécessité du chenal. — Y Au point de vue stratégique. La capitale du Dahomey n'est accessible que par l'Ouémé ou Ocpara et le chenal de Kotonou est son embouchure naturelle, la seule qui soit en territoire français.
« Par ce chenal seulement nous pouvons introduire nos canonnières et débarquer en tout temps du matériel de guerre ; quand la barre est bonne, sur des chaloupes à vapeur. Quand la barre est mauvaise, les eaux sont hautes et des vapeurs d'un certain tonnage la traverseront aussi facilement qu'à Lagos. Dans tous les cas, chaloupes ou bateaux à vapeur pourront aller directement de la mer à Porto-No vo et remonter le fleuve Ouémé ou Ocpara.
« 2^ Au point de vue commercial. — On peut arriver à Porto-Novo par Lagos, mais, c'est une perte de temps de deux jours, et les douanes anglaises écrasent les marchandises françaises.
« On objecte que le lac Denham n'est pas assez profond pour permettre aux vapeurs d'aller directement de Kotonou à Porto-Novo, pendant les eaux basses ; nous répondons par une lettre de Porto-Novo, datée du 1" mars :
« Le dimanche 23 février, M. Ballot, une cinquantaine
de miliciens et près de 300 porteui-s partirent poui* Kotonou dans des pirogues iHiniorquées par la canonnière VEnieraude.
« Or, le 23 février est l'époque on les eaux sont les plus l)asses. Donc (l(*s embarcations de la force de VEmcraïule peuvent aller de tout temps de Porto-Novo à Kotonou.
« Elles le pourraient encore plus facilement après l'ouverture de Kotonou, car elles profiteraient de la marée qui se fait sentir jusqu'au delà de Porto-Novo et augmente d'une manière notable la profondeur des eaux.
« 3* Au point de vue hygiénique. — Le fleuve Ouémé ou Ocpara, privé de son emboucbure naturelle, est obligé de refluer vers Lagos, à travers un terrain absolument plat. Son déversoir actuel, la lagune de Porto-Novo à Lagos, déborde cliaque année. Cette inondation périodique a les plus fùcheux efl'ets au point de vue bygiénique. Les eaux, en se retirant après la crue, laissent à découvert un terrain marécageux où végétaux et animaux tombent en putréfaction et empoisonnent l'air de miasmes délétères. L'ouverture du cbenal de Kotonou, en rendant au fleuve son embouchure directe et naturelle, empochera, ou du moins diminuera ces fâcheux efl'ets.
« Voilà, à ce qu'il nous semble, la meilleure solution des diflîcultés de pénétration dans les royaumes du Dahomey et de Porto-Novo.
« L'ouverture du chenal est bien préférable à la construction d'un wharf, construction assurément fort coùtease, obligeant à des transbordements, et qui ne rendra jamais les mêmes services que le chenal.
« Conclusion. — On a discuté la possibilité de l'obstruction du chenal par les sables.
« Le chenal a existé pendant plusieurs siècles ; il peut avoir au moins les mêmes dimensions que celui de Lagos ; le chenal de Kotonou serait, en effet, le déversou* du lac Nokoué et du fleuve Ouémé ou Ocpara, bien plus considérable que le lac Cradou et le fleuve Ogoun aboutissant à Lagos. Or, le chenal de Lagos, loin de s*ol)struer, s'appro-
fondit. Pourciiioi C(*Iui do Kotoîioii so coiuhkM'îiit-il ?C\'st le nuMiie fond sabloniuMix, çv sont les ni(^nu»s vents, k\s ine^nies courants, aussi bien à Lagos qu'A Kotonou.
« D'ailltMiiN, si lo clioual venait à s'ensabler, un haleaudrajjjueur aurait vite enlevé l'obstacle.
« Notre conclusion s'impose :
« L(» cbenal de Kotouou vsi facile, il est nécessaire au triple point de vue stratégiqui», coinnuM'cial, byjjjiénique.
« Si rAnj^det(MTeétai:à Kotonou v{ Porto-Novo, le clienal serait fait demain.
« Le fleuve Ouéméou Ofjtarn. — Le chenal de Kotonou nous mtMHMlans le lac Deidiain, ofi se déverse une des branches du fleuve Ouémé ou ()c|)aia. Tue autre branche, qui siMik^ devrait jjorter le uom de Ouémé, après avoir traversé le pays de ce nom, se jette dans la lagune cFe Porto-Novo, à AîJ:uégué (voir la carte de M. Ballot, résident de France à Porto-Novo). On peut pénétrer dans le fleuve par l'une ou l'autre embouchure.
« Jusfpi'à ces dernières années, le fleuve Ouémé ouOcpara était resté à peu près inconnu, le Dahomey en défendant la navigation aux Européens. C'est seulement en 1875 quci le Père Baudin, des Missions Africaines de Lyon, réussit à tr(jnqjer la surveillance des gardiens dahoméens, et put remonter le fleuve jusipi'à um» certaine distance dans Tintél'ieui'. Ai)i)renant ce voyage, les Anglais remontèrent le fleuve mystérieux avec le Xellf/^ vapeur calant au moins deux mètres d'eau.
« (]'était enjuin 1877, au commencement de la crue. J'ai vu moi-même, l'année suivantt», à Porto-Novo, le pilote du AV//y, et il m'ailh'ina que TOuéiné ou Ocpara était plus profond et j^lus rapide ipie la lagune de Porto-Novo. M. Dorât, résident de France à Porto-Novo, et ADL Foa, TrallouxetSiciliano, explorèrent aussi le fleuve.
« Mais la plus hni)ortant(» de ces ex])loi'alions (»st celle (pie lit M. Ballot, en novembre 1888.
« A bord de la canonnière VEmeraude^ U» résident de
- lî)l -
Fi'aiico rt'inonla \v llmivi' jns:|ifà Aj^oiiy. ivshIimic..» du r'ui iW Dîilioinry |H*ii(laiit mu* pai'tie de ranui't».
'( M. Ballot <li''|)assa iikmih' (;i»lti' villi' vi cnnstata i|ue h» llriivo iiu\suiail ciKMji'i», au nonl (TAIioiucy, 40 mètivs do lai*'^iMiiM*t T) inrti'rs dt» prnfoiidLMii*.
« ]']{ pourtant c'rtait (Mi unvtMuhrr, rpoqui» nù lis oaux f)ut dt'-jà haisst» JH^aucoup, surtout dans rintiM'ieur.
« La uavi^^^djililM di' TOucMur ou ()c]>ara jusipTau nurd d'Ahoiurv l'sl doue ci4'taiiir.
«< Mllo est uucorc couslaliM* par deux vnyayeui's anjîlais, Duucau et SkerlchJy, les rieux seuls lMU'()|)êeiis cjui aient tait le vovaj^edWlHjniev au lleuveOuénié.
« Il rest(M'ail luainleiiant à «iécrin» le cheniin de rOuéniê à Al)oniey. dette di'scription nous mènerait trop loin. On peut, du reste, la ti'ouver dans Duncan et Skertclily. — Le |)ays, généralement découviM't, n'est arrosé que par de petits ruisseaux. Pas le moindre marais, (Tajirès Duncan, qui a ci'pendant pai'couru deux fi)is la route, (»n juillet et août 1X40. »
La carte ci-jointe, que nous devons à la bienveillance de Mj^r Morel, nous montre que .NL Ballot, ivsitient de France au Bénin, a mouillé Y Emeraude au nord d'Ahomev en Jiovemhre 1SS8.
Ce (|U(î VEinerniule a fait, tl'autres canonnières [courraient le faire; ce ne serait quun jcMi, [Hjur nos olliciers de marine.
L'ennemi le |)lus redoutable au Dahtjmey, c'est le climat. Il ne faut jcas soni^u'r à demander à nos soldats de l'armée de terre, de louj^m^s mai*clu\s dans ce pays; ils tomberaient connnr' drs mouches.
L'ex])édilion doit éti'e menée très pronq)tenient et parla voit» lluviale; plus on attendra et plus «grandes seront les ditlicultés.
Ouelqucs conqcaj^iiies d'infanterie d(* marine i*t trois mille noirs (lirailleui"s sénéj^alais et tirailleui's algériens), choisis paiMui \\\< plus robustes, ayant <lépassé vin^t-cinq ans, doivent I.M'i^cment sutlire à iiivndn' Abonu^y au pas de
coiirs(\ dc's qu'on les aurait (lél)ar(iiiés à Towé ou Aj^(jny.
Les remparts de la ville, composés de plusieurs enceintes, sont en terre et fort mal entretenus; l'armejuent desDalioméens consiste en fusils à silex, flèches et ai'mes tranchantes; c'est une vraie plaisanterie. Reste la supériorité du nomhre.
Cette supériorité se changera en cause de désastre aux I)r(Mniers ohus cpii pleuvront dans la place.
Ce n'est un secret pour personne, que les noirs sont très sujc^ts à la paiiique et ({u'ifs finissent par avoir peur de leurs propr(\s cris.
Il est inutile vraiment de faire entrer en li*;ne de* compte la résistance de la ville. Mlle n'aura pas litni, elle ne peut pas avoir lieu.
Ajoutons que les Mj^has, qui confinent à Test du Dahomey, sont les ennemis jurés des Dahoméens et que l'on trouverait parmi eux dexc(*llents auxiliaires, pour nous aidei' à mener à hien cette expéditidu et à garder ensuite le pays, sans avoir à craindn» des révoltes dans l'avenir.
Je ne dis pas que les Kghas s'engageront comme soldats au service de la Franct», au déhut de la campagne, car 1rs noirs (h* c(*s pays sont (craintifs et prudents comme des sei'penis. I.e prestige» (M les forces de la France leur étant inconmis. ils ne viendront ])as s'enrôler au déhut des hostilités comnn» \v feraient des Français j)our défendre le sol de la Patrie. Ce n'est rpi'après l'occupation flu pays, (|uand ils verront ([ue nous sommes les plus forts, (ju'ils s*eni'ùlei'()nt, et ils feront alors d'aussi hons soldats que nos tiraill(Mii's sénégalais, car, au dire de nos missionnaii'es ((ui ont instruit de jeunes Dahoméens et de jeunes Fghas dans huirs écoles, ils les ont trouvés généralement piiis intt»llig(Mits que les noirs des auti'es points de la cote. J'en ai tMi moi-même à nvm service», pendant cinq ans, et telle est aussi mon opinion.
Quoi ([u'il en soit, les Fghas étant sourdement hostiles aux Dahoméens, pourront nous rendre des servises nuiltiph's |)endant les o[)ér'ations. et j«» ne ci'ains pas d'allirmtn*
r.tîl.îis i.'iir l<>tii]>m>iil ili'ssiis p..iii- Us [lill.T i-t li's .l.'lruirtsîins laoïri.
I.a ijm'stÎKii ries ii]K''r:i(ioiis mililaii-cs rcyjii'ilc mis suju''- [■iciii's; ils la irn''in'i-(iiil m iru'rvi'illr, ji' ilrrnainli' à l'ii faire
lui ivsunii'', luiiis nr cniyuiis ])as (|ii'il cxislr un seul FnuH-:<is. ;i la cnlc dr CiiiirK'i-. i[iii ne |iartan«* •■■l'S npiuiuiis :
1" Qu'il csl l('ni|.s i|Ui> la Fivuici' Miv voii^îcaiicu' «It'S DaliiHiimis;
ii' Que tniis It's traili^s de paix ijik; nous ]nnin'tiii)s passiT avec les mis i\v ci' pays stTniit vinlés;
3" Que la ]*'i"iiu'f a iiii très fïraini iuti'ivt à oci-'upi'i' cet l",tal, sui'toiit liopuis ([lie les Aiiy;Iais sont iiiallrcs di-s Iioiiclu's (lu Nt^iT ul lii' tous les nclies pays t|ui s'étomlcnl l'u fcdiil inai-iliiini de Lajiiis à (^ami'Ton. et dans l'iiitéi'ioni- <li'|niis Say Jiisrin'au lac Tcliad. c'rst-à-'lin.' un vaste Mnrpirc <{iii cinlii-assc phis de terrains fertiles ijuc n'en |n)SSÎ'doiit li's llt'S Uritaniiiriues.