Partie historique
Le Dahomey, tout le monde le sait, fait partie de la C6te des esclaves; il compte environ cinquante kilomètres de fi'ont maritime et cent cinquante de développement vci-s le
Nord.
(t) lk>iilcrencc taite parM. Hattcl à la Mairie de OrcnoLle, le 24 mars 1890.
(2) Itenseigiiements puittéa dnns : SoiivenirB île voyinje et île mimion, par le l\. P. LnlfltCc ; L'Evanijile au Dahotney, ou l'iiistoirc des Missions AIricuines lic Lyon, par l'ab))é E. Desribes.
Cilons aussi : StertMei/ Dahcmey an il if ; les RR. PP. Chaussp, Chautard et P;ignon qui ont liabitË le Dohoniuv jieiidnut loiiglempH.
Au dix-huitième siècle, il comprenait trois monarchies dont les capitales étaient Whydah, Tancienne capitale du royaume de Juda, AUada, antique Ardra, et Canna. Cette dernière était gouvernée par le roi Dà, ce qui veut dire Serpent. La capitale Allada, placée entre les deux auti*es sur une helle colline, était la plus importante, tant par sa position stratégique que par le nombre de ses habitants et la fertilité de son sol ; c'est encore aujourd'hui une ville considérable, bien qu'elle ait été presque détruite en 1724 ou 1725 par les Dahoméens.
On raconte qu'à la mort du roi, ses trois fils se firent la guerre, chacun d'eux voulant régner ; la fortune favorisa le plus jeune.
L'aîné prit la fuite vers le littoral, entre Whydah et Badagry. Le second s'engagea dans les marais de Cô ou Lama et se confia au roi de Canna qui Taccueillit princièrement, lui fit don d'une partie de ses Etats, et, comme il demandait toujoui's à son bienfaiteur des augmentations de territoire, le roi de Canna, fatigué de ses obsessions, finit par lui envoyer la réponse suivante :
« Prince d' Allada, tu es un ingrat, ton intention est de bûtir des cases juscjue sur mon ventre. »
C'était là, en effet, le projet de l'aventurier. Dès qu'il se sentit assez fort pour entrer en campagne, il attaqua le roi de Canna à l'improviste et le fit prisonnier. Il fit jeter son bienfaiteur, tout vivant, dans une fosse creusée au centre de ses terres qu'on nomma Abomey.
Comme le malheureux roi l'avait pressenti, son ventre fut la première assise d'un palais dont les murs sont encore debout, et ce palais porte le nom de Dahomey (ventre de Dû), nom qui a passé à tout le royaume actuel.
Cet heui'eux barbare rôva de nouvelles conquêtes ; il alla surprendre son frère le roi d'AUada, lui fit subir plusieurs défaites et l'immola de sa j)ropre main.
Tels sont les jolis ancêtres de Gléglé et deBéhanzin qui, du reste, marchent sur les traces de leurs pères.
Encouragé par ses victoires, ce nouveau Barberoussc
marcha contre le roi de Whydah et, comme son armée était aguerrie, il eut facilement raison de la bande de pillards qui occupait le littoral.
Le royaume du Dahomey fut de ce fait définitivement constitué et devint une seule monarchie.
Gouvernement actuel
Le gouvernement actuel du Dahomey est la monarchie héréditaire, dans ce qu'elle a de plus absolu et de plus despotique. •
Les sujets les plus élevés dans Tordre hiérarchique, ne sont, devant le roi, que ses premiers esclaves dont il peut d'un signe faire tomber la tôte, ce dont il ne se prive guère.
Il n'y a que les prêtres du fétichisme qui savent, quand ils le veulent, tenir en échec Tautorité du redouté monarque et surtout le grand-prôtre.
Dire du mal du roi, il y va de la vie.
Le premier de tous les dignitaires est le cuisinier en chef, parce que sa position exige la plus haute confiance ; car, en donnant une certaine pilule à son maître, il peut l'envoyer rejoindre ses ancêtres; puis vient le méhou suprême ou ministre d'Etat ; c'est celui qui a Toreille du roi. Cependant la plus grande influence appartient à la mère du roi.
Il se dresse autour du trône une douzaine de poètes qui chantent perpétuellement la gloire de leur monarque, la force de son armée, la noblesse de ses ancêtres.
Enfin, il y a aussi à la cour un personnage qui ne paraît que de loin en loin et qui, dans certaines occasions, se fait obéir même du roi ; c'est le grand féticheur.
Le roi choisit lui-même les chefs des autres villes, comme font les rois de l'empire de Sokoto ; le plus important est celui de Whydah, à cause de son contact avec les blancs.
Le récit suivant du R. P. Chautard, des Missions Africaines de Lyon, le prouve suffisamment :
« La population de Whydah est acquise aux Européens.
Les habitants, en butte aux tracasseries et à la rapacité des Dahoméens, souliaiteraient de pouvoir secouer le joug qui les opprime. Le chacha (gouverneur de la ville) nourrissait le secret désir de livrer Whydah aux Européens ; ses desseins transpirèrent-ils, ou bien eut-il Tiniprudence de s'en ouvrir à un des nombreux espions que le roi du Dahomey entretient auprès de tous ses chefs ? Quoi qu'il en soit, il fut mandé un beau jour à Abomey, et, depuis, personne ne peut dire ce qu'il est devenu.
« A son voyage à Abomey, M. Bayol logea dans la maison qu'occupait le chacha et où se trouvaient encore une douzaine de ses femmes. Mais le chacha avait disparu. »
L'armée
L'armée occupe la première place dans TEtat ; les chefs exercent divers pouvoirs civils et militaires.
Elle est divisée en armée masculine et en armée féminine (les amazones).
L'armée masculine est composée, à la guerre, de quatre brigades, dont deux à Taile droite, commandée par le Mingan, qui est à la fois ministre, préfet de police et même bourreau.
Les deux autres brigades sont à l'aile gauche, commandée par le Gaou.
Celui-ci est sous les ordres du Mingan et ne remplit que des fonctions militaires.
Ces brigades sont composées de baïonnettiers, espingoliers, chasseurs royaux, archers, etc.
Les amazones marchent avant les guenners, sous le rapport hiérarchique ; tous les trois ans, les sujets du Dahomey sont obligés de présenter leurs filles devant un conseil de revision qui désigne celles qui sont aptes au senice militaire et qui sont engagées comme officiers, soldats ou ou\Tiers, selon la condition de leurs parents. U y a beaucoup de désertions.
Les amazones sont vouées au célibat, excepté celles que le roi donne en mariage aux soldats les plus vaillants ; luimême choisit souvent ses épouses dans les rangs de son armée féminine. Leur rôle, dans le combat, consiste siu'tout à exciter les soldats ; elles sont généralement armées de toutes sortes d'armes tranchantes.
Les Dahoméens, comme tous les noirs, combattent rarement en rase campagne ; ce sont les villages et les villes qu'ils cherchent à surprendre, et s'ils échouent dans leurs machinations, ils investissent la place, vivent sur les récoltes, s'emparent des bestiaux et des personnes qui s'aventurent au dehors, et attendent la soumission des assiégés.
Lorsque les vivres commencent à manquer, si les assiégés n'ont pas capitulé, ils livrent l'assaut. S'ils réussissent, ils tuent tous ceux qui résistent et entraînent .en esclavage ceux qui se rendent.
Pendant l'action, la musique, les fétiches, les drapeaux restent dehors avec le général qui commande la réserve ; mais à mesure que la victoire se dessine dans l'intérieur de la ville, la réserve s'avance progressivement jusqu'à la place.
Le roi seul, avec une réserve spéciale, reste hors de l'enceinte où on lui envoie les armes, les drapeaux, les rameaux des vaincus, suivis des chefs et notables captifs. Finalement toute la population sort de la ville et vient se prosterner devant son nouveau maître.
L'armée victorieuse exécute alors devant le roi des danses militaires.
Si, au contraire, les assaillants sont repoussés, ils perdent la tête et fuient dans le plus grand désordre.
On ne pourrait pas citer un seul cas, où les noirs de n'importe quel pays, de tout le Soudan, aient livré deux assauts consécutifs ; s'ils sont refoulés au premier assaut, ils ne reviennent plus à la charge.
On raconte que le roi Gléglé, ayant attaqué la ville d'Abéokouta, dans les Egbas, fut repoussé vigoureusement par les assiégés qui sortirent de la place et se mirent à la poursuite des fuyards.
Le roi Gléglé, celui qui vient de mourir, ne dut son salut qu'aux trésors qu'il répandit tout le long de la route aux soldats qui le poursuivaient ; il jeta tout ce qu'il possédait et jusqu'à ses chaussures dorées. Beaucoup d'amazones prolitèrent de ce désordre pour passer à Tennemi avec armes et bagages.
Mon honorable ami, le R. Père Chautard, qui a habité le Dahomey et qui- le connaît à merveille, m'a raconté riiistoire suivante :
« Pendant la fête des Coutumes, les amazones demandè- « rent au roi Gléglé, avec mille protestations de dévoCi- « ment, à marcher contre la ville d'Abéokouta, pour « reprendre leur revanche.
« Gléglé leur aurait répondu : Je sais bien pourquoi « vous me demandez à marcher en guerre contre Abéo- « kouta ; ce n'est pas pour vous venger, mais bien pour « déserter et passer à l'ennemi. Non, je ne vous conduirai « plus à Abéokouta. »
Les quelques citations qui précèdent suffiront à donner une idée assez exacte de ce Dahomey, dont tout le monde parle et que, en réalité, peu de personnes connaissent.
Le plus important, en ce moment, est de savoir ce que la France devrait faire au Dahomey et comment elle devrait faire.
Nous n'avons pas la prétention de nous substituer aux hommes d'Etat qui dirigent les destinées de nos colonies ; ils voient l'ensemble de notre système colonial qui les oblige quelquefois à faire des sacrifices sur un point, pour obtenir des avantages sur un autre; mais, comme nous l'avons dit en commençant, il faut pétrir l'opinion publique ; il faut faire passer dans l'Ame de tous les Français l'amour de l'expansion coloniale, en les persuadant que c'est pour la grandeur et la richesse de la patrie.
C'est ce que nous nous proposons de démontrer.
Quelques personnes hostiles aux colonies, qui m'ont fait l'honneur d'assister à la conférence du 24 mars, m'ont demandé en vertu de quel droit nous irions empêcher les
Dahoméens de commettre, chez eux, toutes les atrocités qu'il leur plaît. Qu'importe aux Français, disent-ils, que le roi du Dahomey fasse couler le sang à flots pendant les Coutumes, qu'il permette le cannibalisme, Tesclavage et le reste ? N'est-il pas chez lui ? Permettrions- nous aux autres nations de venir se mêler de nos affaires ? Etc., etc.
Nous nous garderions d'ouvrir une discussion sur ces étranges objections si elles étaient rares ; malheureusement elles ne sont que trop répandues, même dans l'armée, et s'il n'est pas nécessaire de prouver que la civilisation a des droits sur la barbarie, il est urgent d'apprendre à tous les Français que la France a été insultée par les Dahoméens, non pas une fois, mais cinquante, et qu'il est temps de nous fùcher. Remontons à la source.
Causes du conûit Dahoméen