ANIMAUX DOMESTIQUES
Le cheval, le mulet et l'àne ne peuvent pas vivre dans le delta.
Les naturels prétendent qu'il y a dans les fourrages une herbe qui les empoisonne. En effet, j'ai perdu trois chevaux
(1) Les chiens n'aboient pas au Niger, et pour cause. Ma petite chienne était française et naturellomcnt elle i<;norait la loi.
à Onitcha en deux ans, malgré la précaution que j'avais prise de les faire soigner par un indigène d'Kgga, où je m'étais procuré ces animaux.
Pour trouver le cheval arabe, il faut remonter jusqu'à Egga. Le prix d'un cheval est d'environ deux cents francs en marchandises.
Le chameau, le dromadaire et le mulet sont inconnus dans ces contrées, l'une y est fort rare.
Les bœufs sont de deux espèces, les bœufs ordinaires qu'on trouve dans le Niger moyen, et les bœufs ii bosse, zébus, qui vivent (mais en très petit nombre), dans le delta et môme à Brass; ils errent en liberté, l)ien qu'ayant leurs propriétaires, en sorte qu'ils sont très sauvages; pour les prendre, il faut user d'une foule de stratagèmeset quelquefois employer le fusil, car ils se défendent.
Beaucoup de chèvres et de moutons dans les hauts plateaux, ces derniers à poil soyeux. Le porc n'a presque pas de valeur, les indigènes ne lui donnent aucun soin.
Le lapin et le lièvre sont introuvables; à plusieurs reprises, j'ai transporté de Paris des lapins de garenne, que j'ai placés à Brass, à Onitcha, h Lokodja, et, malgré tous les soins qu'on leur a prodigués, ils sont morts au bout de quelques mois.
Dans le Noupé, la tortue est d'une grande ressource dans l'alimentation, et, bien que j'aie souvent remarqué chez les noirs de ce royaume, l'observance rigoureuse de certains articles de la Bible, ils ne semblent guère se soucier de celui qui défend de manger des animaux qui marchent sur leur ventre, car ils en font une très grande consommation.
L'écaillé de tortue deviendra certainement une des richesses de ce pays dès que les naturels en connaîtront la valeur.
Dans le monde des oiseaux, citons parmi les gallinacés, les poules, les dindons, la pintade, b pigeon, la tourtei*elle. La perdrix et la caille n'habitent pas le pays.
Dans l'ordre des échassiers: le héron, le marabout, l'ibis, raîgrette blanche, le pélican, le courli, la bécassine, les
pluviei*s variés, puis les serpentaires, les faucons, les buses, les canards, une infinité de petits oiseaux du genre passereau de toutes les couleurs, et enfin des perroquets griscendrés, à la queue rouge, qup Ton apprivoise facilement, à condition qu*on les prenne fort jeunes dans leurs nids. Cet oiseau, à l'état libre, est excessivement sauvage. Jamais je n'ai pu l'approcher à une portée de fusil.
Dans les mares et dans les rivières, on trouve beaucoup de gibier d'eau et du poisson en abondance.
A Brass, nous mangions souvent des huîtres que nous ramassions sur les troncs immergés des palétuviers, et des crevettes rouges qui auraient fait honneur à Chevet.
Les reptiles sont représentés par les caïmans, très nombreux dans le fleuve et les marigots. (Les noirs prétendent que le fiel du caïman est un poison extrêmement violent. Je n'ai pas vérifié le fait.) On voit aussi des pythons et autres serpents et des lézards de diverses espèces.