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Gabriel FALLOPE (1564), connaissant les accidents dûs au mercure n'y a recours que lorsque les autres médicaments ont échoué. Aux fumigations, au mercure précipité per os, il préfère les décoctions de gaïac, de squine et de salsepareille.
Les frictions étaient dangereuses car pratiquées sur tout le corps pendant vingt à treute jours et dans une étuve entrainant la production de vapeurs qui étaient inhalées et déterminant une intoxication parfois mortelle. Aussi, le gaiac fut-il accueilli avec une grande faveur. Tout navire venant d’Hispaniola doit avoir à son bord une charge déterminée de gaïac, décrètent les Rois Catholiques. La cure (cf. la description de la préparation de la décoction et de son emploi par ASTRUC in Traité des maladies vénériennes) s'accompagne de sudation, diète, purgations, et ce, pendant trente à quarante jours. Mais la cure de gaïac tomba rapidement dans le discrédit, ainsi que ses succédanés: racine de salsepareille, de squine ou racine de Chine, bois de Sassafras, non sans de grandes controverses entre ses partisans et les mercurialistes.
La cure mercurielle ‘est une cure héroïque avec diète, purgations, saignées. Dès les premiers jours éclate une violente stomatite. Le traitement n’est pas suspendu pour si peu, et Rabelais nous dit que : «les dentz leur tressaillayent comme font les marchettes d’ung clavier d’orgues ou d’espinette quand on joue dessus et que le gosier leur escamois comme à ung verrat que les vaultres ont acculé entre les toilles.. »
Frictions pendant une semaine sur tout le corps sauf la tête, la région précordiale et l’abdomen et selon BOTAL (1563) le malade doit les premiers jours saliver une chopine, puis trois et vers le cinquième ou sixième une pinte. Certains voulaient qu’ils salivent
Lors
trois à quatre livres quotidiennement. Les éclectiques y ajoutaient de la décoction de gaïac pour activer la sudation et faisaient passer leurs malades « de Bavière en Suède ».
Certains médecins préfèrent les emplâtres sur tout le corps sauf «les parties principales ». Augier FER- RIER (1553), lui, fait des lotions avec une solution de sublimé corrosif à deux onces pour 5-6 litres d’eau.
Les fumigations sont presque aussi anciennes que les frictions. Le malade subissait d’abord un traitement préparatoire par des purgations, puis était placé sous l’archet. Le mercure, sous forme de cinabre, était jeté sur un réchaud, soit en poudre, soit mêlé de térébenthine ou de styrax. La cure était généralement de six à neuf séances de un quart d’heure à une heure, renouvelées tous les deux, trois ou quatre jours jusqu’à apparition de la salivation ou d’un flux de ventre, car, dit FALLOPE, le virus est éliminé par la diarrhée, la salive, la sueur. Cette pratique entrainait de graves accidents toxiques.
Aux frictions et fumigations ne se bornent pas les applications thérapeutiques du mercure. Les ulcères vénériens sont cautérisés avec le précipité rouge, et MAT- THIOLE (1535), le donne par la bouche en pilules à la dose de cinq grains (0,26 G) au maximum. François [”, pour son usage personnel, utilise les pilules de Barberousse au vif argent.
Seul des différents médicaments ‘utilisés, le mercure jouit au XVI" siècle de la faveur de la plupart des médecins et DIAZ DE ISLA le proclame « l’unique moyen de salut des bubas », alors qu’ Ambroise PARE déclare que «le mercure est le véritable antidote de la vérole ».
Durant les XVII" et XVIII siècles, la querelle
thérapeutique se poursuit. Si les sudorifiques sont encore utilisés par quelques-uns, malgré le danger des préparations mercurielles maniées lourdemeni (certains pensent même que les accidents sont dûs au mercure et nou à la syphilis) le mercure gagne du terrain.
D’aucuns préfèrent les frictions à toute autre méthode: RUDIUS (1604), CORTILIO (1610), BŒR- HAVE qui emploie mercure doux et précipité blanc, ASTRUC. SWEDIAUR conseille de poursuivre la cure quelques pours après la cessation des symptômes. La Faculté se prononce pour le traitement mercuriel modéré des femmes enceintes et MAURICEAU, à l’encontre de la plupart de ses confrères, fait frotter les femmes pendant les quatre premiers mois de leur grossesse.
Les fumigations n’ont plus guère d’adeptes et AS- TRUC ne doute pas qu’elles soient nettement inférieures aux frictions.
A partir du début du XVII siècle, le mercure est prescrit par la bouche sous des formes diverses: colomel, turbith, précipité blanc, rouge, cinabre... que des astucieux incorporent plus tard à des pâtisseries, du chocolat. La deuxième partie du XVIII" siècle voit la querelle des partisans du sublimé (SANCHEZ, VAN SWIETEN. PRINGLE) et de ses adversaires.
Dès le XVI" siècle, les avis sont partagés sur la nécessité d’une salivation abondante. SYDENHAM, BŒRHAVE, ASTRUC en sont partisans. Ce dernier ne réclame pas plus d’une à deux livres quotidiennes de salive. Mais Daniel GEYER, CHICOYNEAU, HA- GUENOT démontrent que le flux de la bouche est inefficace, inutile et nuisible.
Quelques rares médecins des XVII et XVIII siècles préconisent l’emploi d’autres spécifiques que le
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mercure: arsenic, antimoine, plomb intus et extrait de Saturne, eauxide Barèges. De MARCHETTIS n'hésite pas à faire forer des trous dans le crâne de ses malades pour combattre de violents maux de tête.
Les médecins n'étaient pas les seuls à traiter la syphilis. Les premiers besogneux qui entreprirent de soigner la vérole étaient issus des plus basses classes. Au XVIII siècle les charlatans appartiennent à toutes les classes de la société, quelques médecins même se glissent parmi eux, usant d’écrits et se prévalant de lettres-patentes délivrées par l'autorité. Nous citerons les pilules de BELLOSTE encore au Codex de 1884, Roger DIBON qui échangea avec ASTRUC d’acerbes diatribes, LEFEBURE DE SAINT-ILDEPHONT et son chocolat au sublimé, les lavements mercuriels de FER- RAND et autres mercurialistes à la petite semaine. Les accidents mercuriels entraînèrent la vogue des « guérisseurs sans mercure », tels NICOLE, LAFFEC' TEUR qui, de l’avis de SWEDIAUR, fabriquait un rob contenant du sublimé corrosif. En Angleterre, en Allemagne, on pourchasse les charlatans; en France, ils jouissent souvent de privilèges royaux vers la fin de l’ancien Régime.
Le XIX° siècle voit le triomphe du mercure et l’apparition de l’iodure de potassium. Sous l'impulsion de FOURNIER les règles du traitement mercuriel s’établissent.
R Dans la première moitié du siècle les syphilitiques sont surtout traités par frictions à l’onguent napolitain ou au sublimé; femmes enceintes et nourrissons recoivent aussi de la liqueur de V AN SWIETEN.
Entre temps, l'arsenal thérapeutique s'enrichit d'un nouveau médicament utilisé dès 1822 par BRERA et qui doit sa renommée aux publications de W ALL ACE
à Dublin et de RICORD.
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Vers le milieu du siècle, le mercure intus devient de prescription courante: pilules au vif argent de SE- DILLOT, au sublimé de DUPUYTREN, au protoiodure opiacé de RICORD et FOURNIER.
FOURNIER codifie les règles générales de la thérapeutique antisyphilitique. Abandonnant la technique des opportunistes qui, avec DIDAY, ne traitent les malades que jusqu’à disparition des accidents, il les traite systématiquement pendant cinq années coupées de périodes de repos, associant mercure et iodure de potassium. Après avoir démontré l’origine spécifique du 1abes, de la P.G., de la leucoplasie, il étendra encore la durée de ce traitement jusqu’à la dixième année.
Cette fin de siècle voit également apparaître la médication mercurielle par voie parentérale: sublimé sous-cutané (HEBRA et Ch. HUNTER, 1863). calomel (SCARENZIO, 1864), cyanure intra-veineux (ABADIE ), huile grise intra-musculaire (LANG 1866.
Les premières années du XX° siècle voient se produire une révolution dans le traitement de la syphilis permettant les plus grands espoirs aux médecins et aux malades. Quelques dates méritent d’être citées.
1905: THOMAS et BREINE, de Liverpool, découvrent l’action remarquable d’un composé arsenical pentavalent, l’atoxyl, sur la trypanosomiase. Essayé dans le traitement de la syphilis, HALLOPEAU conclut: « l’arsenic est le troisième spécifique de la vérole », mais sa toxicité le fait abandonner rapidement.
1909: BALZER préconise l’hectine de MOUNEY- RAT, rapidement délaissée au profit des composés trivalents. .
1910: EHRLICH ayant remarqué l’inactivité invitro de l’atoxyl, suppose que l’organisme le réduit.
AO
Il réalise cette réduction de la formule de l’atoxyl et obtient un corps trivalent, le fameux 606, & therapia magna sterilisans » bientôt suivis du 914 et autres composés. à
Mais l’enthousiasme suscité par les découvertes de EHRLICH tombe rapidement. L’arsenic n’est plus la « magna therapia sterilisans », il n’est plus que le premier des anti-syphilitiques jusqu’à ces dernières années.
Autre ‘anti-syphilitique contemporain de valeur. le bismuth que BALZER le premier, dès 1889, a l’idée d’appliquer au traitement de la syphilis. Mais il l’abandonne très rapidement à cause de sa toxicité sur les animaux en expérience. En 1916, SAUTON et RO- BERT en reprennent l'étude et lui découvrent une action préventive et curative jusqu’à un certain point dans la spirillose des poules; ils obtiennent des résultats favorables dans les trypanosomiases animales. SAZERAC et LEV ADITI, en 1921, montrent l’action curative du bismuth sur le nagana, la spirillose du lapin, la, syphilis humaine. L. FOURNIER et GUENOT l'appliquent à la clinique sous la forme du trépol, suspension huileuse le tartro-bismuthate de sodium. Dès lors, les syphiligraphes se rallient à un traitement arsénobismuthique bien codifié avec seulemért quelques variantes personnelles.
Mais depuis quelques années, trois modifications importantes se sont produites remettant tout en question :
1°) les dangers et les accidents des arsenicaux trivalents sont considérés comme plus fréquents et graves assez pour les faire rejeter du traitement syphilique d’une manière quasi-systématique d’autant que
2°) le bismuth, dont l’action avant 1945 était considérée comme insuffisante lorsqu'il était employé seul,
a, sous l’impulsion de l’Ecole Lyonnaise, été jugé suffisant à traiter la syphilis à l’exclusion de tout autre médicament.
3°) Enfin et surtout la révolution thérapeutique que fut la révélation de l’activité tréponémicide de la pénicilline à la suite des travaux de MAHONEY et de ses collaborateurs en 1943. Elle est considérée par la majorité des auteurs américains comme capable à elle seule de guérir rapidement et définitivement la syphilis.
De ce fait les syphiligraphes se sont trouvés devant quatre grands problèmes à résoudre et sur lesquels l’accord n’est pas parfait
1) En raison de ses dangers faut-il proscrire l’arsenic trivalent du traitement d’attaque?
2) le bismuth peut-il être avantageusement substitué au novar dans le traitement arsénobismuthique classique et constituer à lui seul un traitement correct et complet de la syphilis?
3) la pénicilline mérite-i-elle la confiance que lui accordent les auteurs nord-américains?
4) peut-on traiter la syphilis par la seule pénicilline en une cure plus ou moins intense ou faut-il faire suivre la cure de pénicilline (avec ou sans bismuth simultané) de cures répétées de bismuth, c’est-à-dire d un traitement de consolidation plus ou moins long?
Ce ne sont pas là questions faciles à trancher. Pratiquement. il importe de savoir si le bismuth peut suffire, à l’exclusion de tout autre médicament, à traiter la syphilis et s’il convient ou pas de l’adjoindre à la pénicilline. Les syphiligraphes français se sont ralliés de plus en plus nombreux au traitement bismuthique, mais l’accord est loin d’être parfait entre la majorité des syphiligraphes français et nord-américains en ce qui concerne la pénicilline, divergences d'opinion
Ce es
bien mises en lumière à l’occasion du congrès de Bruxelles-Liège et des communications et leçons faites par le Professeur MOORE lors de son récent voyage à Paris. +
Curabilité de la Syphilis
Le traitement de la syphilis vise à faire disparaître les manifestations en cours et à prévenir les accidents ultérieurs de la maladie. En l’absence de preuve certaine de guérison et malgré l’intérêt des travaux de TURNER, de NELSON, en collaboration avec la clinique de MooRE, traiter la syphilis reste encore la meilleure garantie que l’on puisse avoir contre les retours offensifs de la maladie, comme l’a établi FOURNIER, sans cependant les rendre inévitables. De nombreuses années de recul sont nécessaires pour parler de guérison : marifestations inattendues chez des sujets considérés comme guéris, accidents survenant après un silence prolongé qui peut durer toute la vie, ne se manifestant que dans la descendance. GOUGEROT et BURNIER ont publié deux cas de neuro-récidives survenues à l’âge de 78 et de 80 ans; NANTA a signalé un cas de syphilis cardio-vasculaire survenue 44 ans après le chancre. FOURNIER admettait un recul de 8 à 12 ans pour la syphilis cérébrale. Pour SÉzZARY et M Rouninesco, le malade ne peut être considéré comme guéri que si, avec des séro-réactions négatives de longue date, il ne présente, à la 25° année, aucun signe de neuro-syphilis
soit avéré, soit monosymptomatique (par exemple signe d’ArGyLL ROBERTSON), aucun signe d’aortite ou de toute autre äffection viscérale spécifique. Il n’est pas douteux que le recul est manifestement insuffisant pour la pénicilline dont l’usage ne s’est généralisé que depuis quelques années seulement. Aussi bien n’est-il pas besoin d’un temps aussi long pour juger de l’efficacité d’un médicament: l’absence de récidives cliniques précoces, la réduction rapide (en moins de 6 à 8 mois) des séro-réactions à un pourcentage élevé sinon absolu et le maintien de ces résultats, l’absence d’anomalies du L.C.R. à la fin de la première année de traitement permettent de distinguer rapidement les médications insuffisantes.
Cependant, les réveils tardifs sont exceptionnels chez les sujets soumis à un traitement régulier et ne se produisent pas fatalement chez les autres, pas traités ou insuffisammert. Sur 100 syphilitiques non traités, 23 meurent ou sont sérieusement atteints par la maladie, 12 souffrent de syphilis tardive bénigne, 64 ne semblent pas être affectés (Dinay, BrRuusGAARD). Ces chiffres sont confirmés par la statistique de Rosa. Sur 198 syphilitiques non traités il trouve des lésions anatomiques de syphilis dans 38,9 % des cas, mais c’est seulement dars 23,2 % que la syphilis est la cause de la mort; dans 61,1 % des cas il ne découvre pas de lésions spécifiques. Considérant des patients suivis pendant cinq ans et plus et traités dans les deux premières années de l’infection, PADGET trouve que 65,7 % sont guéris, 14,9 % ont ure sérologie positive, 12,3 % sont atteints de neuro-syphilis, et 7 % de lésions cutanées; par contre, des malades non traités vus après plus de dix ans, 35 % seulement paraissent indemnes de toute avarie. La syphilis est donc, en partie, spontanément curable chez l’homme.