Basile Ier, empereur de Byzance (867-886)
Ce travail sur le règne de l'empereur Basile et Tadministration impériale à la fin du ix'' siècle doit sa naissance et son achèvement aux leçons et aux conseils de M. Charles Diehl, professeur à la Faculté des Lettres de Paris. C'est lui qui par son enseignement a éveillé en moi, comme en plusieurs de ses élèves, le goût des choses de la vieille Byzance et m'a initié au dur labeur d'une préparation technique qui ne va pas sans d'assez grandes difficultés. Aussi, arrivé au terme de cette étude est-ce à lui que s'adresse toute ma reconnaissance, sachant bien que vsi ce travail porte en lui quelque mérite c'est à la direction et à l'intérêt qu'a bien voulu y prendre ce maître des études byzantines en France que je le dois.
Le règne de Basile I" n'avait pas eu encoi^e son historien. Moins bien partagés en cela qu'une foule de petits seigneurs obscurs d'Occident dont nous savons^ jusque dans le détail, la vie, la politique et rinfluence, les grands basilcis de Byzance attendent, presque tous sans exception, un biographe qui fasse revivre leurs règnes souvent très glorieux, toujours très civilisateurs. Parce qu'ils parlèrent grec et s'occupèrent de théologie, parce qu'ils vécurent sous d'autres cieux et s'habillèrent à l'orientale, parce qu'ils s'entretuèrent parfois d'assez brutale façon et se livrèrent à trop d'intrigues de cour, on les a laissés dormir en leurs sarcophages, méprisés et oubliés. Flagrante injustice de l'histoire — une des plus grandes et des plus inexplicables — qui pèsera longtemps encore, sans doute, sur la mémoire des empereurs byzantins et que cependant ils n'ont
II I.NTUODUCTION
point méritée. On l'a remarqué bien souvent, en efï'et. Si l'Europe moderne est ee qu'elle est, fille de la Grèce et de Rome par la culture intellecluelle comme par les traditions politiques, c'est en partie aux empereurs byzantins qu'elle le doit. Sans eux, l'Islam eût passé sur nos terres, détruisant les trésors artistiques et littéraires de l'antiquité, imposant par la force a nos pères une civilisation qui n'était point faite pour eux, créant pour des siècles peut-être, en nos étals d'Europe, une société factice dans laquelle l'Arabe eût été le maître et l'indigène l'esclave. Si Basile P' avait été vaincu tout à la fois en Asie et en Italie, Musulmans et Manichéens auraient infailliblement envahi une à une toutes nos provinces d'Occident et de la civilisation chré tienne comme de la civilisation antique il ne fût rien resté. Là est le vrai service qu'a rendu à l'Occitlent l'Orient byzantin ; là le véritable intérêt de cette histoire, dramatique et émouvante à ses heures comme une vivante tragédie.
Et ce n'est pas même tout. Grâce aux efforts des Basileis, durant neuf siècles, Rome a continUt5 à vivre, Rome avec ses institutions, ses traditions, sa législation. Tandis que, péniblement, après les invasions, l'Europe occidentale cherchait à se reconstituer, luttant contre la barbarie, là-bas sur les rives du Bosphore un grand empire organisé, en possession d'une très haute civilisation et d'une sève de vie très riche, continnait à se développer ou du moins à se maintenir, apportant à la Russie, aux Etats balkaniques, voire même à l'Italie, à l'Allemagne et à la France, son art, sa science, sa jurisprudence et sa foi religieuse, formant ainsi, bien plus tôt et bien plus directement qu'on ne le croit d'ordinaire. l'Europe du moyen âge et celle des temps modernes. Et cependant, aujourd'hui encore, tous ces efforts, toutes ces luttes, tous ces triomphes et tous ces revers, sont ensevelis en de méchants textes, souvent mal édités, quelquefois même tout à fait inédits. La France du xvii" siècle chercha, une première fois, à faire au sein de cette histoire inconnue une féconde expédition qui fut sans lendemain. Il fallut le renouveau des études historiques au xix'' siècle pour ((ue de jeunes savants en quête de thèses de doctorat