AMIN
ièrent, sous Nicolas I'^', dos affaires de Photius. Ils furent cet sures publiquement et ce fut Marin, son futur successeur, que Jean VIII chargea de porter à Constantinople les deux lettres dont nous venons de parler. L'histoire ne dit pas quelle réception fui faite au légat, mais ce qui paraît certain c'est que l'accord, un instant réalisé, fut de courte durée. Probablement, à l'instigation de Photius, et pour répondre, sans doute, à la nouvelle politique du Pape, Basile écrivit une fois encore à Hadrien III une lettre très violente aujourd'hui perdue. Etienne V, en 885, lui répondit à son tour S mais quand la lettre arriva à Constantinople, Basile n'était plus. Un autre avait déjà pris sa place et s'apprêtait à venger Rome, en se vengeant lui-même de l'homme qui, durant sept années, fut par son grand prestige et son audacieuse fermeté le véritable maître de l'Eglise et de l'Etat. C'est, en effet, à partir de l'époque où Basile eut perdu Constantin, que Photius et Théodore organisèrent le complot qui devait porter le Patriarche, ou à son défaut un de ses parents, au souverain pouvoir. Dès le Concile de 879, Photius avait acquis, comme nous l'avons marqué, l'omnipotence religieuse au détriment de Rome. Fort de ce premier triomphe, il marcha à la conquête du second, qui pouvait lui paraître, vu les circonstances, plus aisé à tous égards. Il eût alors réalisé le véritable but de sa vie : celui de créer en Orient un autre Etat pontifical dans lequel il aurait été en même temps Pape et roi. Il échoua, en vérité ; mais pour autant son idée ne fut pas perdue. Deux siècles plus tard, Michel Kerularios essaya de la reprendre. S'il ne fut pas plus heureux au point de vue politique que son prédécesseur, il réussit, du moins, au point de vue religieux, à constituer une Eglise autonome dont il devint le chef incontesté. Mais, à son tour, il ne pouvait prévoir que le jour viendrait, dans la longue suite des temps, où son exemple serait suivi et que, de son Eglise, péniblement délivrée de l'autorité romaine, d'autres Eglises se détacheraient, qui revendiqueraient à leur tour avec autant de raison, leur autonomie et leur liberté.
I. La lettre d'Etienne V à Basile, datée de 885, est très obscure. Le Pape y parle de mauvais traitements endurés par Marin lors de son séjour à Byzance ; mais à lire attentivement le texte, on peut se demander si le fait ne se rapporte pas au prciuier voyage de Marin en 8(39, car dans tout le passage il s'agit de Nicolas I" et des premiers événements qui suivirent le concile. (Mansi, p. .424 ad fin.).
Telle fut donc l'œuvre religieuse de l'Empereur Basile. Plus qu'aucune autre, elle occupa son activité, parce qu'aucune n'avait pour lui une importance plus considérable. Par elle, surtout, ce semble, nous pouvons juger ce que fut riiomme et ce que fut le roi. Incontestablement, il essaya de terminer axec justice le conflit qu'il trouva à son avènement; incontestablement aussi, il essaya d'imposer avec loyauté la paix à son Eglise. Son amour de la justice et de la paix ne saurait donc lui être équitablement refusé. Mais si grand que fut son désir de conciliation, si sincères que furent ses efforts pour y parvenir, il ne consentit jamais à leur sacrifier et son autorité et ses prérogatives. Homme de gouvernement avant tout, Basile chercha, comme c'était son droit, à faire plutiM œuvre politique que religieuse, d'où parfois ses revirements, ses prétendues faiblesses et son activité cachée.
Les événements que nous venons de relater font date dans l'histoire byzantine, non seulement par leur importance et leur durée, mais aussi et surtout par les idées qu'ils éveillèrent et les habitudes qu'ils engendrèrent. Désormais la vie intérieure de l'Eglise orientale, qu'elle soit byzantine, russe ou bulgare, sera dominée tout entière par cette double conception qui a ses origines premières dans le schisme de Photius, à savoir que l'Empereur, suivant ses convenances politiques, fait et défait les Patriarches, c'est-à-dire, pratiquement, qu'il est maître de l'Eglise et véritable Patriarche, et. en second lieu, que Rome n'a pas à intervenir en ces sortes de conflits, n'ayant sur l'ensemble de l'Eglise, aucun pouvoir judiciaire, aucune primauté effective. Quels genres de rapports existe-t-il donc à l'époque de Basile, soit entre le Patriarcat et le Palais d'une part, soit entre le Pape et l'Empereur, de l'autre, c'est la double question qu'il s'agit d'examiner. Commençons par la seconde de ces deux questions, ^ous retrouverons la première un peu plus bas, en étudiant l'organisation de l'Eglise séculière.
Lorsque s'ouvre la lutte entre Ignace et Photius. il peut paraître, à première vue. que l'union la plus complète règne
entre l'Eglise de Rome et celle de Constaiitinople. La primauté du Pape est recounue par maints témoignages ' et la conduite que tiennent Patriarches, moines et empereurs, en toutes circonstances, semble confirmer par des faits les textes les plus précis. Cependant il ne faudrait pas s'y trop laisser prendre. D'abord, ce furent surtout les moines qui se montrèrent résolus partisans de la primauté pontificale, et cela pour conserver leur indépendance vis-à-vis de l'Empereur comme vis-à-vis du Patriarche. S. Théodore de Stoudion, comme Ignace et ïhéognoste s'adressent au Pape, non pas peut-être tant parce que leur foi religieuse leur faisait un devoir d'en appeler au souverain Juge, que parce qu'ils savaient fort bien qu'à Rome seulement ils trouveraient appui et protection dans la lutte engagée en faveur du dogme de tous admis. Puis, incontestablement, le côté politique des choses joua toujours un grand rôle à Byzance. Les uns allaient au Pape parce que les autres s'en séparaient, parce qu'il représentait la seule autorité vraiment forte qu'on pût opposer à l'Empereur, parce qu'enfin il vivait loin de tous et qu'ainsi sa personnalité n'était point trop gênante. En fait, dès la fondation de Byzance, la primauté romaine fut attaquée avec violence et amertume ; jamais l'Eglise grecque, dans son ensemble, ne la voulut pleinement et franchement admettre. Néanmoins, ce n'est qu'au ix*' siècle, à l'époque précise, comme on l'a remarqué ^, où commence véritablement au point de vue politique le « byzantinisme » que la scission s'opère et que les bases du schisme sont à tout jamais posées. L'époque de Photius est donc encore une période de transition où, plus ouvertement que par le passé, les deux tendances — unioniste et séparatiste — se combattent et s'afQchent. Oificlellement, en effet, la primauté romaine est encore respectée. Le Patriarche notifie au Pape son élection et lui envoie le symbole de sa foi. A cette règle, Photius ne manqua pas^; mais c'est bien en vain qu'on chercherait en sa longue lettre le moindre témoignage de subordination. D'un bout à l'autre de l'épître, Photius se place sur le même rang que le Pontife de Rome, et s'il lui envoie le symbole de sa foi, c'est uniquement, comme il le dit lui-même,