‹ Basile Ier, empereur de Byzance (867-886)Chapitre 33 sur 409 · Tlicopli. Coiil., 17/. Midi., th. m., p. l'n · texte numérisé non relu

Tlicopli. Coiil., 17/. Midi., th. m., p. l'n

mais de mauvaise réputation : le patriarche Jean et tout cela, semble-t-il, contre le vœu des populations qui restaient secrètement atlacliées au culte des images. Là était pour la régente et son fils le point noir de la situation et le véritable danger.

L'Impératrice (jui prenait, à cette heure, les rênes du gouvernement était une femme de tête : intelligente, capable de grands desseins et d'audacieux projets qu'elle savait réaliser, avant tout habile administratrice. Née d'une famille de fonctionnaires paphlagoniens, elle avait épousé, peu après la mort de Michel II d'Amorion, le jeune Empereur Théophile ^ Tout entière à ses devoirs d'épouse et de mère, elle ne semble pas avoir joué grand rôle politique du vivant de son mari qui, sans doute du reste, ne l'eût pas toléré ; mais elle dut observer et, tenace comme elle Tétait, profiter des leçons qu'elle pouvait recueillir au fond de son gynécée impérial. Personne n'ignorait, en effet, que Théodoia comme sa famille était restée fidèle (( iconodoule ». Théophile lui-même savait que sa femme possédait des icônes qu'elle vénérait et baisait en secret- : il n'ignorait pas même qu'elle élevait avec soin ses enfants dans l'amour du culte défendu, et qu'en cela, elle était aidée par sa bellemère elle-même, l'impératrice Euphrosyne. Il s'en fâchait : interdisait les visites au monastère de Gastria -^ : jurait de punir sévèrement les transgresseurs de ses lois ; mais c'était bien eji vain. Les images continuaient à être honorées au palais impérial, grâce à riiabileté de Théodora, qui, patiemment, attendit des jours meilleurs.

Déjà aussi apparaissait chez l'impératrice, si du moins il faut en croire les chroniqueurs, ce goût pour les spéculations financières et ce perpétuel souci d'augmenter sa fortune qui fut un des traits caractéristiques de son gouvernement. La légende rapporte même, qu'elle avait des bâtiments de commerce qui sillonnaient les mers à son profit et qu'un jour. Théophile apprit à son grand étonnement qu'un magnifique vaisseau qui venait d'entrer dans le port et qu'il a\ait remarqué était la

I. Theoph. Goni., Vit. Theopli., ch. v, p. lo; ; Syiii. Mag., ibid., cli. i. p. 685 ; Georg. Moine, col. 1008.

3. Theoph. Coni.. ibid., ch. v, p. ioA-io5 ; Syiii. Mag., ibid., ch. vi, p. 689; Cedrenus, i, col. 988-989.

3. Theoph. Cont., ibid., ch. v, p. 10^ io5 ; Syni. \hig., ibid., cli. m, G89 ; Cedrenus, i. col. 988-989.

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possession de la Basilissa elle-même. Celait là pour un B\zantin une inconcevable dérogalion à la dignilé impériale. Il se rendit donc le lendemain au port, fît décharger le navire et ordonna, à la grande colère de Théodora qui fut pour ce fait sévèrement admoneslée, de melire le l'eu à la cargaison, o Jamais jusqu'ici, dit-il, on n'avait vu un empereur romain faire métier de négociànl^ ». Vraie ou fausse, cette histoire peint en pieds l'impéra- Irice qui allait, durant près de quinze ans, gouverner l'Empire comme tutrice de Michel 111.

Aces rares qualités de l'intelligence, Théodora joignait aussi celles du cœur. Très attachée à son mari qu'elle pleura et regretta longtemps, on la vit, dès les premiers jours de son gou vernemenl. liésiter entre la sagesse politique et les promesses qu'elle avait faites à Théophile à l'heure de sa mort. Son souvenir l'accompagna au-delà de la tombe et c'est un spectacle bien byzantin que celui de cette femme, maîtresse du plus grand empire alors existant, s'humilier devant de pauvres moines comme devant de puissants évéques pour obtenir de ceux a qui détiennent sur terre les clefs du paradis » la rémission des fautes terrestres de son impérial époux. On essaya bien, en vérité, de jeter plus tard sur la conduite de la veuve quelques légers soupçons ; mais quand on songe à la facilité avec laquelle les chroniqueurs racontent tous les bruits qui circulaient de leur temps sur les mœurs privées des souverains, quand on songe, par ailleurs, à la conduite de la plupart des basilissai qui s'assirent sur le trône impérial, de la première Théodora à Zoé en passant par Théophano. on ])eut négliger, ce semble, ces racontages intéressés pour reconnaître, qu'en somme, la femme de Théophile resta fidèle à la mémoire de son époux. Du reste. Théodora était trop lière de caractère, trop religieuse aussi pour s'abaisser ainsi à de vulgaires amours. On le vit bien à la mort de Théoctistos, son premier ministre. Autoritaire et vindicative, sa colère fut grande contre les meurtriers, car elle se rendait com|)te que par derrière l'autorité du ministre cpi'on brisait, c'était la sienne jiropre qu'on attaquait. Comme une fois déjà, à propos du patriarche Jean, elle ne

I. Cedreiius, p. 985. Tlicopli. (.'ont. lit. Tlieoph., i\, loi-io^. Cette histoire a un intérêt tout particulier parce qu'elle tend à montrer qu'aux débuts du IX" s. le monopole de l'Etat sur la vente du blé élabli par Jusiinien, élait alors tondx' en désuétude.

recula pas dc\aiit les moyens violents pour perdre son i'rère Bardas ; mais quand elle vit qu'il était inutile de résister, elle descendit noblement du trône, ne voulant pas troubler davantage l'Empire et voir, à cause d'elle, couler le sang de ses propres sujets ^

A côté de l'Impératrice, Théophile mourant avait eu soin de placer un conseil de tutelle. Sans doute la situation générale était assez bonne et l'empire suffisamment affermi pour qu'on n'eut pas à craindre les agitations révolutionnaires qui. d'ordinaire, troublaient si profondément à Byzance toutes les minorités. ^éanmoins. Théophile avait pris ses précautions. Avant sa mort, il avait demandé solennellement au Sénat et à tous les grands dignitaires de la cour de reconnaître la régence de sa femme et de respecter l'enfance de son fds, comme aussi de continuer à proscrire les images et de maintenir Jean sur le trône patriarcal. Mais cela ne pouvait — et à juste titre — lui paraître suffisant. Il choisit donc son premier ministre, le logothètc Théoctistos, le magistros Manuel, et Bardas, frère- de la régente, pour aider Théodora, la diriger dans le maniement des affaires de l'Etat et l'empêcher^, comme il le pressentait, de donner à ta politique de la maison phrygienne une nouvelle direction. La jeune Impératrice pouvait cependant se passer de conseillers. Elle était assez intelligente et assez habile pour gou- Acrner toute seule. Elle le prouva bientôt. Du reste. Tliéoctistos était un homme médiocre. Général infortuné, il n'était guère plus heureux diplomate : mais c était un souple instrument entre les mains de la régente. Elle le garda donc et rapidement sa fortune alla grandissant. Fidèle à l'impératrice, celle-ci pouvait agir par elle-même, sûre qu'il n'entraverait pas ses desseins et qu'il approuverait tous ses actes ; aussi, malgré les colères et les haines que ses défaites répétées et en Crète et en Asie-Mineure lui avaient justement méritées à Constantinople, Théodora conserva-t-elle son logothète et s'appuya-t-elle cons-

I. Thcoph. Coiit.j Mt. Midi, \x, p. i83 ; Sjiii. Mag., \iii, p. 720; Cedrcnus, p. io44-

'2. Theoph. Cont., Ml. Mich., i, p. i64 ; (îcnesios et Cedrcnus ne nomment pas Bardas ; mais à voir l'importance de son rôle au début du règne de Michel, il semble bien que la continuation de Theophane a raison de le nommer parmi les tuteurs dujeune souAcrain. LaChroni([uc dite de Siméon Ma^nst., f.éon Granun., (leorg. Moin(^ Tonl même mourir Manuel avant Théophile.

tammcnt sur lui. De conseiller, il devint confident et tandis que les autres tuteurs de Michel, plus gênants par leurs capacités mêmes, se voyaient relégués au secoud plan, Théoctistos, lui, entrait si bien et si à fond dans rartection de la régente que le jourviid où sa présence continuelle à la cour fut jugée nécessaire. Des appartements spéciaux lui furent réservés, une garde lui fut donnée et sa faveur s'étala assez ostensiblement pour que les méchantes langues fissent courir le bruit qu'une union illicite s'ébauchait entre l'impératrice et son premier ministre, prélude, évidemment, d'un mariage qui donnerait le trône à Théoctistos au détriment du souverain légitime ^

On ne comprendrait guère cette imméritée faveur donnée à Théoctistos par une femme aussi clairvoyante que l'était Théodora sans l'hypothèse qu'elle y trouvait son avantage pour gouverner plus librement. Car si Théoctistos était un incapable, toujours prêt à approuver, certes il n'en allait pas de même du magistros Manuel. Sous le règne de Théophile, il s'était couvert de gloire dans les campagnes militaires qu'entreprit l'Empereur contre les Perses et les Sarrasins. Par deux fois, il avait sauvé son maître'-, grâce à sa valeur et à son énergie, et il avait donné aussi trop de preuves de son dévouement à l'ordre établi pour être suspecté d'ambitions impériales. Déjà âgé quand Théophile mourut, il avait courageusement refusé la couronne que le peuple, par ses acclamations, voulut lui offrir^ et sa parenté avec Théodora devait, ce semble, lui ouvrir toutes grandes les portes du palais. Ce fut cependant, le contraire qui arriva. Seul, il résista d'abord au désir qu'avait l'impératrice de rétablir les images^ et, peut-être bien, faut-il voir là la raison de sa retraite presque immédiate. Tandis que l'influence de Théoctistos grandissait, la sienne diminuait. Le premier, il dut quitter la cour pour aller habiter sa maison près de la citerne d'Aspar et ne vint plus au palais que lorsque les affaires de l'Etat le réclamaient. Sa demi-disgràce dura jusqu'à sa mort qui précéda celle de Pétronas à très courte distance 5.

1. Theoph. Cont., Vit. Mich., ch. xix, p. i84. Genesios, iioi.

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