LA CONDITION DES TERRES. ESCLAVES ET AFFRANCHIS
Trois choses semblent essentiellement caractériser la civilisation byzantine aux ix*" et x^ siècles : l'organisation sociale de l'Empire, la renaissance artistique et littéraire du moment, l'expansion commerciale, enfin. L'étude de ces trois éléments distincts de la vie byzantine achèvera de nous donner une idée de ce que pouvait être la u Romanie » sous l'autorité du premier des Macédoniens.
Gomme nous l'avons remarqué déjà au chapitre concernant les finances de l'Empire, à l'époque oii vivait Rasile P% une grave question se posait alors qu'il fallait essayer de résoudre au plus vite, la question des riches et des pauvres, la question sociale. Xous avons vu les remèdes que l'Empereur essaya d'apporter au mal qui ruinait la société et qui restèrent insuffisants. Il faut maintenant examiner sur quelles bases reposait cette société. A Ryzance, comme partout au Moyen- Age, c'est la terre qui donne à ceux qui la possèdent fortune, puissance. De l'organisation du régime des terres dépend donc la forme dont se revêt la civilisation. Si elle est morcelée, la petite propriété, très répandue, d'acquisition facile, permettra à l'homme de vivre librement sur son bien, sans beaucoup se soucier de son puissant voisin ; si, au contraire, elle ne se répartit qu'entre de grands seigneurs très riches, si elle forme les vastes latifundia de l'époque impériale, forcément les hommes libres de la classe moyenne tendront à disparaître, à devenir serfs ou vas-
saux et l'esclavage sera tout naturellement une des formes caractéristiques de celte civilisation. Or, c'est précisément ce que nous remarquons à Byzance au temps qui nous occupe. La grande propriété un instant désagrégée et appauviie par le régime de la responsabilité des curiales, se reforma dès que ce régime fut abandonné ^ et nous voyons, sous le règne de Basile, de grands propriétaires comme Danielis vivre dans l'Empire sur un pied tout royal. Qu'est, en effet, cette femme, maîtresse d'une fortune territoriale immense? C'est une véritable souveraine. Elle a en pleine propriété des champs, des villes, des esclaves en grand nombi'c. Sur ses terres, on travaille à tous les métiers. Elle a des paysans pour la culture, elle a des ouvriers pour tisser les belles étoffes qu'elle envoie à Basile ; elle a des esclaves pour son service personnel. Or, Danielis, n'est pas seule de son espèce. Les parents de saint Eutliyme le Jeune paraissent bien avoir eu, eux aussi, une fort grande situation à Ancyre^. Dès lors, une question se pose. Quelle est dans cet état social la situation de ceux qui ne sont pas grands propriétaires ? Gomment la propriété est-elle organisée P
Nous n'avons pas, à ce sujet, pour le règne personnel de Basile, de renseignements précis. Ce que nous connaissons le mieux par le Procliiron, c'est la condition légale des esclaves. On dirait, à première vue, que le législateur macédonien a pris à tâche de nous cacher toute la législation sociale de son temps. Or. à ce fait, il y a une raison qui n'a peut-être pas encore été donnée. La voici : Jusqu'à l'époque de l'avènement des Isauriens, il existait à Byzance deux sortes de paysans. Les uns vivaient dans les villages en propriétaires communs du sol ; les autres étaient établis sur des biens seigneuriaux 3. Les premiers (y topba!.) étaient des gens libres, payant leur cote-part de l'impôt fixé pour la commune, pouvant avoir recours à la justice civile. Suivant une ancienne coutume, cette commune (y/op^a sàsjOspLxà) avait son patron, choisi parmi les dignitaires de l'Empire, homme de haute situation et de grande influence, chargé de représenter la commune et de la défendre à l'occasion ^, quand il ne profitait pas de son patronage pour commettre lui aussi