CHAPITRE I
L'ADMINISTRATION INTÉRIEURE DE L'EMPIRE. — ÉVÈNEMENTS DIVERS D'ORDRE INTÉRIEUR.
Une révolution comme celle qu'avait suscilée à son profit Basile, ne pouvait pas n'avoir aucun sombre lendemain. Malgré l'évidente bonne volonté dont il fit preuve dès le premier jour. malgré ses efforts pour réparer le passé et améliorer l'avenir, l'Empereur traînait derrière lui ce terrible boulet qu'étaient les deux cadavres de Bardas et de Michel, Or, un peuple a beau mépriser et haïr un régime, il ἃ beau appeler de ses vœux l'heure des suprêmes délivrances, lorsqu'il voit couler le sang, il est pris de dégoût et il se révolle : son sauveur même lui devient haïssable. Du reste, un gouvernement. si déshonoré qu'il puisse être. a forcément ses adulateurs, ses parasites, ses obligés et si toujours un certain nombre de ses partisans se trouve prêt à accomplir toutes les palinodies, à opérer tous les ralliements, il en est d'autres qui, parce qu'ils ont eu à souffrir du nouvel état de choses, deviennent inévitablement, à leur tour, des révoltés. Basile n’échappa pas à cette loi. Bardas comptait beaucoup d'amis ; Michel, de nombreuses créatures qui lui devaient fortune, honneurs, fonctions. Sacrifiés par le nouveau règne, déçus dans leurs espérances, ceux-là ne manquèrent pas de s'insurger contre l'Empereur et de chercher à répéter pour quelqu'un des leurs l'immorale leçon qui venait de leur être donnée. C'est bien, au demeurant, ce qui explique. outre les conjurations dont nous allons parler, la double et très distincte tradition que se passèrent, d’un siècle à l’autre, les chroniqueurs el les historiens de Byzance. Les uns sont partisans de Basile et. à la suite de Constantin Porphyrogénète, louent à l'envi, sa sagesse, son illustration. sa grandeur el sa bonté ; les autres demeurent partisans de Michel et n'ont garde d'oublier les crimes, les cruautés, les faiblesses, l'ignorance et Ja
basse origine de leur nouveau maître : histoire secrète qu'on se racontait sous le manteau de la cheminée et qui nous permet à dix siècles de distance de nous faire une idée à peu près exacte des origines de la maison macédonienne.
Ce sont là, en vérité, vengeances d'historiens qui ne durent pas beaucoup émouvoir Basile. S'il pouvait lui être désagréable d'entendre murmurer à ses oreilles l’histoire tragique des chàtiments qui ne tâärdèrent pas à fondre sur ses amis, les meurtriers de Michel — on racontait, en effet, que Jacobitzès ayant un jour laissé tomber son épée à la chasse voulut descendre de cheval pour la ramasser, que son cheval prit peur et qu'embar rassé dans son étrier il fut traîné ainsi à travers vallées el précipices et écartelé : que Jean Ghaldos, ayant comploté contre l'Empereur dans son thème de Chaldée, fut crucifié par le stratilate André ; que des deux amis de l'Empereur, Asvléon οἱ Marianos, l’un fut {tué par ses serviteurs et l’autre mourut de la gangrène, elc.! — il dut se sentir plus directement atteint par les conspirations qui s'’ourdirent contre lui.
A peine Bardas était-il mort et Basile empereur que les colères s’allumèrent contre lui. Basile, en effet, avait indignement trompé le gendre même de Bardas, Symbatios, en lui faisant croire que l'Empereur voulait le couronner César et que seul son beau-père mettait obstacle à sa fortune naissante. ἃ n'en fallut pas davantage pour décider Symbatios à donner son adhésion au projet que lui proposait Basile de faire assassiner Bardas. C'était là pour le Macédonien uræ brillante recrue. Symbatios était patrice et logothète du drôme et son exemple ne manqua pas, sans doute, d'amener à la conjuration un cerlain nombre de seigneurs toujours en quête de fonctions à remplir, de grades à posséder et dont. souvent, le meilleur espoir d'avenir était de découvrir par avance l'heureux successeur du Basileus régnant pour s'attacher à Jui, Aussi quand tout ce monde se vit berné et dut prêter hommage au nouvel Empereur, chacun put-il avoir quelque raison d'être parfaitement mécontent. Symbatios lui, première dupe d'un valet d'écurie, ne se confint plus. Il donna sa démission de logothète et demanda un commandement militaire. Le thème des Thracésiens lui fut tout de suite accordé el c'est là, qu'avec le stratège
τ. Sym. Mag., Vif. Basil., ται, 540.
de l'Opsikion, Georges Piganis, il recommença à comploter, cette fois contre Basile. Aux cris de « longue vie à Michel, mort à Basile » les deux stratèges brûlèrent les moissons et saccagèrent les propriétés des grands seigneurs de Byzance. Il fallut aller réprimer la révolte avec l’armée. Symbatios et Piganis furent pris ; on leur creva un œil et on les amputa d'une main. Basile aurait pu les faire mettre à mort, mais il avait trop besoin d'affermir son autorité, il avait trop de crainte encore de voir tous ses plans échouer pour n'agir pas avec condescendance. Il se contenta de ce supplice et envoya ses ennemis en exil.
La leçon était dure pour Basile. Il comprenait que c'était à son autorité qu’en voulaient ses ennemis et que plutôt que de le supporter, s'ils ne pouvaient rendre à Michel et à sa famille son pouvoir impérial, ils étaient décidés à lui susciter un autre prétendant, usurpateur comme lui. C'est pourquoi, dès qu'il fut maître de l'Empire par l'assassinat de Michel, s'empressa-t-il d'associer au trône ses deux fils, Constantin et Léon, « afin, dit son petit-fils, d'enlever toute espérance et de donner à son pouvoir des racines plus nombreuses et plus fortes ?. » Et cela lui réussit. Toutefois, pour autant, ses ennemis ne désarmèrent pas. Au lendemain du meurtre de Michel, l'amiral Oryphas se mit ouvertement à la tête du parti de l'Empereur défunt et ne songea qu'à le venger. Il fallut qu'habilement Basile le gagnât à sa cause. |
Sur la fin de sa vie enfin, peut-être l’année qui précéda sa mortt, le domestique des Icanates, Jean Kourkouas, releva de nouveau l'étendard de la révolte. Soixante-six conjurés, presque tous hauts fonctionnaires ou membres du sénat, se groupèrent autour de Léon qu'ils savaient fits de Michel et ourdirent une nouvelle conjuration. Comme la première elle fut découverte. Kourkouas eut les yeux crevés, les autres furent frappés de verges. lous furent envoyés en exil5. Cette fois encore Basile
1. Vil. Basil., ch. χνυ et xvin, p. 252, 256; ch. xxx1v, p. 280 ; Sym. Mag., ch. τὴν, p. 541 : Georges Moine, p. 1064.
a. Vil. Basil., ch. xxx1v, p. 280. ᾿