Vit. Ignal.. p
2. Léon Gramimn.. p. 1092: Georges Moine, p. 1084. 3. Vi, S. Theoph., χας p. 7 ; note 10, p. 54.
ἡ. Sym. Magist., ch. xvu, 756.
ET L'EMPIRE BYZANTIN | 190 de ses intérêts. Miracles et prophéties, philtres et impostures de tous genres avaient sur l'imagination byzantine trop d'empire et d'attrait pour, qu'en habile homme, il ne profitât pas de ses connaissances auprès de ceux qui voulaient bien s'y laisser prendre. Basile était de ceux-là. Lorsque Photius eut retrouvé grâce auprès de l'Empereur, il lui présenta son ami Théodore qui ne tarda pas à être compté parmi les familiers du palais. Bientôt même l'ascendant de Santabarenos sur l'esprit malade de l'Empereur fut si complet qu'il se crut assez fort pour jouer la grande comédie qui devait, dans sa pensée, assurer pour toujours son influence et sa réputation : il proposa à l'Empereur de lui faire voir son fils Constantin, Un jour done, il entraina Basile, sous prétexte de chasse, dans un bois et se mit en mesure d'accomplir sa promesse. La scène avait été préparée d'avance. Basile, convaincu du pouvoir magique de Théodore, attendait avec joie l'instant où il pourrait embrasser son fils quand, tout à coup, à quelque distance, Constantin apparut à ses regards. Troublé, ému, Basile voulut courir vers son fils, mais il avait disparu avant que son père n'eût eu le temps de le rejoindre. La pièce, néanmoins, était jouée. Elle avait produit son effet. Sur l'emplacement miraculeux, Basile fit construire une église οἵ un monastère dédié à saint Constantin. Il était prêt à accepter tout ce que Théodore pourrait lui dire, à faire tout ce qu'il pourrait lui demander, même à disgracier ses meilleurs serviteurs comme le domestique des scholes André, favorable à Léon !.
C'est que toutes ces impostures el toutes les calomnies qui les accompagnaient avaient leur raison d'être et concouraient à un plan déterminé : celui de faire disparaître Léon pour qu'à la mort de Basile un autre lui succédât. Et c'est ici que se laissent deviner, par un côté, les plans cachés de Photius. Le Patriarche tenait par alliance à l'ancienne famille impériale. Dans son âme il pouvait retrouver quelques-uns des traits caractéristiques qui font l'homme de gouvernement, S'il avait accepté une première fois le trône patriarcal et engagé la lutte avec Rome, c’est qu'il espérait bien être, un jour, maître du pouvoir. L'Empereur Michel, par sa conduite et son impopularité, pouvait servir ses rêves ambitieux ; l'Empereur Basile les avait
τ. Léon Gramm., 1093 : Georges Moine, 108% ;: Sym, Mag., ch. xv1, 753.
brisés d'un seul coup en le destituant. Du reste ce n'était pas avec un [6} homme comme souverain que Photius avait chance de réaliser ses projets. Aussi ne trouva-t-il rien de mieux, lorsque la faveur impériale lui permit de rentrer au Palais, que de conspirer pour perdre Léon. L'heure était propice. L'Empereur malade n'avait plus son énergie d'autrefois: de plus il détestailt son fils. Tout pouvait donc servir les desseins du Patriarche. Théodore ἴα! chargé de mettre le plan à exécution. Il commença par circonvenir Léon — qui le haïssait et ne se faisait point faute de le traiter devant son père comme il le méritait! — et l'engagea, maintenant qu'il était d'âge à le faire, à porter dans ses bottes un poignard dont l'utilité pourrait être grande à l'Empereur, soit à la chasse. contre les bètes sauvages. soit contre ses ennemis?. Le conseil plut à Léon qui ne se méfia pas de ce grossier piège. Il ne se doutait pas que Théodore le représentait à Basile comme un factieux, comme le chef du parti de Michel, comme prêt à Luer son père et qu'il donnait, pour preuve incontestable de la vérité de ses dires. le poignard dans les bottes de Léon. À son tour. une fois de plus. l'Empereur se laissa prendre. Peut-être, du reste, était-il heureux de trouver ce motif pour définitivement écarter du trône le fils de sa viclime et laisser le pouvoir à Alexandre. son véritable fils. En tous cas Léon fut convaincu de vouloir attenter à la vie de son père et, pour ce fail, enfermé lui, sa femme Théophano et son petil enfant dans une étroite prison ὃ. L'Empereur parla même de lui crever les yeux. ΠΠ fallut, pour l'en empècher, l'intervention de Photius et de Stylianos. futur beau-père de Léont. Théodore était donc arrivé à ses fins. La place était libre car Alexandre était encore un enfant. Malheureusement Photius et ses amis avaient compté sans le parti de Michel. Au cours des trois mois que dura l'internement de Léon eut lieu la révolte de Kourkouas dont le but était la délivrance du prince héritier. Elle échoua, en vérité. mais l'opinion publique remuée obtint ce que la conspiration ne put gagner. Au cours d'un dîner auquel la cour assistait. on entendit un perroquet,
a l'éns καὶ ἀπατεών», Vila Basil,, ch. €, p. 365.
. ibid,
. Vi S. Théoph., $ 12, p.8.
. Ibid., $ ταῦ et seq., p. τὰ el seq. ; ἘΠ. Basil., ch. ας p. 365 ; Georges Moine, p. 1084 ; Sym. Mag., ch. xx1, p. 760.
savamment éduqué, réclamer l'élargissement de Léon. Chacun donna raison à l'oiseau, tort au souverain et, devant l'unanime volonté des grands, racontent les chroniqueurs. les sages averlissements de Slylianos, dit l'anonyme auteur de la Vie de sainte Théophano. Basile rendit à Léon sa liberté et ses droits !. Pour une fois Théodore était battu. ἢ comprit qu'il n'avait qu'à fuir. Sacré évèque d'Euchaïte dans le Pont, durant le second pontificat de Photius, ils'en alla dans son diocèse avec l'espoir d’y trouver la sécurité ?., Malheureusement pour lui ses projets ne lardèrent pas à être dévoilés. Aussi dès que Basile cut expiré, un tribunal. sur l'ordre du nouvel Empereur, se réunit-il pour juger Photius et Santabarenos. Sans ambages, ils étaient accusés d'avoir voulu susciter à Léon un compétiteur dans la personne d'un parent de Photius. Le Patriarche fut, de nouveau, destilué el s'en alla mourir, exilé dans un couvent : Théodore, frappé de verges et aveuglé, fut envoyé en Asie, puis à Athènes. Il mourut sous le règne de Constantin et de Zoé à Constanti- nople, où, longlemps après son avènement, Léon l'avait rappelé*. Si le procès qui fut fait à Photius et à Théodore ne parvint pas à démontrer juridiquement que le but qu'ils poursuivaient élait la destruction de la maison macédoniennue, l'opinion publique, elle, n'en resta pas moins convaincue de la réalité du complot, à tel point que Stylianos, évèque de Néo- Césarée. écrivait formellement au pape Etienne peu après l'avènement de Léon, que le projet de Photius et de Santabarenos avait été d'éloigner Fhéritier afin de pouvoir prendre en mains l'Empire et, soil par eux-mêmes, soit par un autre, toute l’admi nistration, « αὐτοὶ xaflé£ourt τὴν βασιλείαν ἡ δὲ ἑαυτῶν. ἢ, δὲ ἑτέρου, οἵου βούλονται. προσώπου ταύτην οἰκονομοῦντες À, à Basile. cependant, au cours de son règne n'eut pas que des sujets d'angoisse et de tristesse. Bien des jours vinrent. parfois. éclairer d'un soudain et gai rayon le ciel si souvent triste et menaçant de son existence et lui faire oublier. par un instant de bonheur. de quel prix il payait la réalisation de ses rèves ambitieux. Ce furent les joies orgueilleuses du souverain faisant sa triomphale entrée à Byzance après avoir vaincu ses
τ. bit. Basil., ch. ct, p. 368 : Sym. Mag., ch. xx1, p. 760. 4. il. Sie Theoph., 16, p. τι. 3. Léon Graimim., 1097,
4 Stlian, Mansi, XVI, p. 433.