‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 166 sur 354 · ADMINISTRATION DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE L'ÉGLISE

En s'occupant de finances, de justice et d'administration, Basile essayait de réparer, dans la mesure du possible, des maux qui n'étaient pas chose nouvelle à Byzance. Plaintes contre l'aggravalion des impôts, la rapacité des riches, l'avidité brutale des agents du fisc, on les avail entendues monter nombreuses el répélées vers le souverain, dès le jour où Constantinople fut fondée ; loyaux et sincères efforts des Basileis pour faire régner en leur Empire un peu de justice οἱ d'équité, on les trouvait inscrits en lettres ineffaçables sur presque chacune des pages législatives que tracèrent de leurs mains si souvent malhabiles Justinien et ses nombreux successeurs, En cet ordre de choses, Basile n'innovait donc pas. Il ajoutail seulement avec éclat un nouvel anneau à la chaîne de traditions qu'il avait trouvée dans le patrimoine de ses prédécesseurs. En allait-il être de même de la question autrement plus grave qui dût, dès le premier jour, solliciter son attention : la question religieuse ἢ C'est ce qu'il faut maintenant étudier ?.

À l'avènement de Basile, la situation religieuse de l'Empire élait singulièrement complexe. L'Eglise sortait à peine d'une lutte aussi longue que douloureuse, lorsque l'affaire de Photius vint de nouveau agiler les esprits et diviser les âmes. Deux camps se reformèrent sur l'heure comme aux plus beaux jours de l'iconoclasme et la guerre fut une seconde fois déclarée. Elle devait durer longtemps.

1. ἢ est presque inutile de rappeler que je n'ai pas à faire ici l'histoire complète du schisme de Photius. Ce que je dois montrer, c'est la conduite de Basile 155 dans les affaires religieuses. Je ne rappellerai donc que les fails essentiels et leur enchaîinement, chose nécessaire pour bien comprendre la situation religieuse du imomeut et la politique de l'Empereur.

Tant que Michel vécut, Photius resta le maître de l'état de choses qu'il avait. sinon créé, du moins accepté. Le patriarche Ignace, son prédécesseur, fut exilé et honteusement persécuté ; ses adhérents durent quitter évêchés ou fonctions et, comme si toute cette révolution s'était accomplie d'après les règles canoniques, Rome ful requise pour en sanctionner le

résultal. Photius, en effet, suivant l'usage. expédia — bien qu'assez lard el nous allons voir pourquoi — à Nicolas [°', une

lettre pleine de respect contenant sa profession de foi, l'annonce de son élévation au trône pontifical et la demande d’un Concile pour meltre fin à l'hérésie des iconoclastes, Si Photius s'imaginait fléchir par cette démarche tardive et de pure déférence, la rigueur d'un Pontife comme Nicolas I‘, il se trompait étrangement. Il fallait bien peu connaître le Pape régnant, son caractère el ses idées pour croire qu'il laisserait passer sans mot dire une si belle occasion d'affirmer sa souveraine autorité.

Quoi qu'il en soit, une année après l'avènement de Photius, Constantinople décida d'envoyer à Rome une ambassade solennelle, chargée d'aller porter à Nicolas [ἢ avec de riches présents, la lettre du Patriarche. Cette ambassade se composait de Méthode, métropolitain de Gangres, de Samuel, évêque de Chonae ! et de deux autres prélats déposés par Ignace : Zacharie et Théophile d'Amorion?, auxquels on avait adjoint un laïque, le protospathaire Arsavir*. Tous étaient partisans convaincus de Photius. Ainsi choisie, la légation partit de Constantinople vers la fin de 859 et arriva à Rome cn ὅθο #. Elle avait pour mission officielle de demander au Pape des représentants pour le Concile qu'on voulait tenir, afin de terminer définitivement la querelle iconoclastique ; pour mission officieuse de faire reconnaître Photius *. Malheureusement pour Byzance, les choses ne marchèrent pas comme elle aurait pu l'espérer. Le Pape était-il prévenu par ailleurs des irrégularités qui s'étaient commises lors de l'élection de Photius et des graves événements qui s'étaient accomplis au cours de l’année écoulée ? Les ambassa-

1. Chonae était un simple évèché de la province ecclésiastique de Laodicée, Photius éleva Samuel à la dignilé d'archevêque. fil. Ignat., p. 516). | . il. Ignal., p. 516. | Liber Pontif. ἘΠ. Nicol., 1, p. 154 et 168, note τή.

. Ibid., note τῷ.

. Lib, Pontif. Εἰ. Nicol., p. 155.

Qt an Ce

deurs laissèrent-ils trop clairement lire dans leur jeu! 3 Nul ne le sait. Ce. qui est certain, c'est que Nicolas [ἢ promit d'envoyer des légals, mais se réserva l'affaire de Photius qui devait être simplement instruile devant ses représentants lors du fatur concile ?. |

La mission byzantine avait donc échoué. Elle emportait pour toute réponse deux lettres datées du 25 septembre ὅς l'une pour l'Empereur et l'autre pour son Patriarche. Dans chacune, Nicolas s'élevait contre la prétention qu'avait eue un synode privé de déposer, sans son consentement, le pontife Ignace, et surtout d'élever au souverain pouvoir, sans les épreuves préalables, un simple laïque. si savant qu'il put être.

Une telle réponse était une fin de non-recevoir, adroitement déguisée. Nicolas, en effet, se rendait très bien compte de Ha situation, s'il ne la connaissait pas. I était peu naturel qu'un vieillard dont le gouvernement depuis douze ans avail toujours été ferme el sage, sinon aimable et doux, οἱ dont la haute personpalité n'avait jamais été atteinte par l'ombre même d'un soupçon, homme de discipline et d'auslérité, saint de vieille et dure roche, fut subilement déposé, envoyé en exil et promptement remplacé, si derrière l'affaire religieuse ne s'agitait pas une affaire politique. Aussi. tout en refusant de confirmer, avant toul procès canonique, une aussi extraordinaire déchéance, Nicolas ne voulut-il pas prendre parti. Ignace pouvait avoir

— ΟἹ c'était probable ses sympathies personnelles : mais il se garda bien d'en rien laisser voir. Très canoniquement, il réunit à Rome un synode pour le choix des légats qui devaient prendre part au concile ΟἹ exposa les instructions qu'il allait leur donner. Les ambassadeurs désignés, Rodoald et Zacharie, devaient continuer à traiter Ignace en évêque et Photius en laïque, terminer le schisme iconoclastique et simplement réunir les pièces du procès en cours au sujet de l'élection patriarcale. Lui seul, Nicolas, déciderail en dernier ressort sur ce qu'il convenait de faire ἡ,

1. Les ambassadeurs étaient chargés de dire au Pape qu'ignace vieilli avait abdiqué et s'élait reliré dans un monastère où lous les égards dus à son rang lui étaient assurés. (Fil, Jgn., 516),

a. Mansi, xv, p. 165. Lettre IE Liber Pontif., p. 158.

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