‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 183 sur 354 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

condamnant ce que le Pape avait condamné. approuvant ce qu'il avait approuvé, que, tout à coup. à brûüle-pourpoint, Baanès posa aux légats la plus forte objection qu'on pût faire à Hadrien — celle autour de laquelle toute la politique de Basile allait pivoter : comment avait-on pu condamner Photius alors qu'il était absent ? Les apocrisiaires romains esquissèrent une réponse qui nous paraît assez embarrassée οἱ qui dut l'être, en vérité, car l'affaire fut de nouveau discutée à la quatrième séance et d'une façon plus orageuse. Pour l'heure, Baanès s'en contenta el la séance fut levée. Cette première session avait donc été tout entière consacrée à prendre contact et à régler de pures questions de forme et de protocole. Rien de sérieux n'avait encore été fait et cependant tout esprit perspicace pouvait deviner, sans beaucoup de peine, à quelles irréductibles oppositions on allait se heurter.

Si les deux réunions suivantes n'eurent pas un beaucoup plus grand intérêt du point de vue où nous nous plaçons — la politique religieuse de Basile ! — il n'en va pas de même de la quatrième qui compte parmi les plus importantes du concile, et dans laquelle nous saisissons à merveille le rôle occulte de Basile. Cette session eut lieu le τ octobre. II s'agissait de savoir ce qu'il convenait de décider au sujet de deux prélats bien connus : Théophile et Zacharie, ceux-là même qui avaient été envoyés à Rome par Photius après son avènement., Leur situation élait, en effet, spéciale. Ordonnés autrefois par le Patriarche légitime, Méthode, ils avaient passé au schisme. Forts de leur ambassade auprès du Pape, ils répandirent partout le bruit que Nicolas avait reconnu Photius. C'était là chose grave, parce qu'elle avait trompé beaucoup de monde. De plus, ils refusaient de se détacher de la communion du Patriarche déposé. Baanès proposa donc de les introduire devant le Concile pour qu'ils fussent

1. Π εν ἃ d'intéressant à noler pour l'histoire générale de l'Eglise byzantine à cette époque, que la réconciliation, au cours de la deuxième session, des évèques et antres clercs autrefois ordonnés par Méthode et Ignace, mais qui passèrent ensuile au schisme, Nicétas a beaucoup blàmé cette indulgence du concile, I rend responsable des malheurs qui suivirent — c'est-à-dire le retour de Photius au pouvoir — les légats et l'empereur qui auraient dû exiger une définitive déposilion. Au lieu de se conformer aux canons on a, dit le biographe d'Ignace, préféré donner une place au synode à ces évêques tombés et c'est grâce à eux que Photius put revenir au pouvoir. Nous allons voir que Basile joua, en cette dernière affaire, un rôle beaucoup plus important que les évêques.

jugés une seconde fois!; mais les légats s’y opposèrent. Sur leur demande, une commission fut choisie pour les aller interroger et leur demander s'ils rompaient avec Photius. Leur réponse fut négative. Aussi les Pères déclarèrent-ils qu'ils seraient jugés comme Photius : « Sit portio Theophili et Zachariæ cum Photio ». C'est alors que Baanès se leva et commença le plus curieux discours qui soit. Insensiblement il laisse deviner toute la politique cachée de Basile et le point faible sur lequel va porter toute la discussion : le jugement prononcé par Rome en l'absence des accusés. Sans ambages Baanès confessa qu'il était envoyé au concile ainsi que ses collègues — « c’est ce qu'on appelle le Sénat? » — pour être les auditeurs sévères des choses qui s'y font « ut simus districti corum quæ geruntur auditores ». Si donc les Pères veulent que le saint synode soit sanctionné par la signature des empereurs, il faut que Photius et les évêques coupables entendent leur jugement et puissent se défendre à l’occasion. En cas contraire, il sera inutile de demander des signatures : « Si hoc autem factum non fuerit, scimus quia nostri non egelis ad scribendum in fine ἃ vobis gestorum 3.» Ce que Basile voulait donc, c'était et une seconde discussion et dn second jugement. Or, il savait très bien qu'à cela il y avait de graves diflicullés et que les légats n'allaient pas revenir sur le jugement porté par le Pape. Néanmoins, par condescendance, les apocrisiaires acceptèrent la demande de Baanès, non sans faire marquer de quelle hypocrisie toute cette affaire était empreinte : « Excusationem quærunt, » dirent-ils, ils cherchent une excuse, ils veulent fuir le jugement « fugere volunt judicium ». Et il semble bien, en effet, qu'il y avait quelque chose de fondé dans cette observation. En tous cas, toute la scène parail avoir été arrangée d'avance, car dès que les deux évêques se trouvèrent devant le concile et qu'on leur eut parlé du « Libellus » ils se récrièrent : « Nous ne désirons pas entendre la lecture du Libelle, dirent-ils, et nous ne voulions pas venir ici. L'Empereur nous a ordonné de nous rendre au palais et en sa présence, et c'est ainsi que nous nous trouvons icit. » Baanès leur répondit alors : « N'avez-vous pas dit . Mansi, xv1, 54.

. Ibid. xv1, 59 . Ibüt.

. Ibid. p. 58.

se D tu —

au palais que vous pouviez prouver que vous aviez officié « comministravimus » comme prêtres avec le très saint pape Nicolas? » C'était — il importe de le remarquer — changer la question première. Cette fois, il ne s'agissait plus des bruits qu'ils avaient pu répandre sur les rapports du Pape et de Photius. mais bien d'eux-mêmes. Naturellement ils maintinrent leur affirmation et les légats la repoussèrent. ἢ] fallut lire les deux lettres du Pape Nicolas à l'Empereur Michel — celles de septembre 860 et de mars ὅθι — pour rendre évidente aux yeux du concile l'erreur des deux évêques. Il n'y avait pas. en effet, grand'chose à répondre aux deux lettres. Comme Théodore de Carie le fit remarquer à Théophile : du moment que le Pape appelait Photius « adultère » c'élait bien la preuve qu'il ne l'avait pas reçu. Quant à eux, quelles preuves pouvaient-ils alléguer en faveur de leur dire? Théophile ne répondit pas à la question, mais, chose étrange, il en appela à l'Empereur. Si celui-ci l’autorisait, par écrit, à parler, il le ferait avec clarté!. N'était-ce pas avouer la complicité de Basile en toutes ces tergiversations ? Aussi, les légats ne s’y laissèrent-ils pas prendre et, profitant de l'effet produit par la lecture des lettres sur un certain nombre d'assistants comme Théodore, métropolitain de Carie, s’'empressèrent-ils d'affirmer que Photius, déjà trailé de « moechum et invasorem » par le Pape, n'ayant pas écoulé sa voix, avait été suspendu (obligatus), repoussé et réprouvé£,

Le coup portait droit. Baanès posa encore quelques questions, demanda quelques éclaircissements, avant de lever la séance; en fait, il était battu. Pour la première fois, il n'approuva pas de sa parole le langage des apocrisiaires. Une gêne évidente s'aperçoit du côté des sénateurs, même au travers des actes assez secs du concile.

Durant ces quatre premières séances, Photius n'était point venu au concile et personne n'avait songé à le demander. C'esl alors que l'Empereur lui-même l'envoya chercher pour qu'il se rendit au synode ὅς οἱ qu'il y fût jugé. Là encore apparait donc la main cachée, mais vigilante de Basile, et sa volonté bien arrêtée. Au fond, l'Empereur — οἱ peut-être avec justice — voulait un jugement en règle. I comprenait à merveille que

1, Mansi, p. 68 οἱ 73.

ἃ. Ibid, XY1, 73.

rien ne serait terminé tant que Photius et ses adeptes pourraient alléguer quelque faute de procédure !. Et à tout prix il désirait en finir avec cette affaire. C'est pourquoi il avait exigé que les principaux chefs du schisme, Photius, Zacharie, Théophile, fussent appelés au concile. Les légats, d'autre part, estimaient qu'ils n'avaient pas à rouvrir un débat et à juger une seconde fois un procès terminé par le Pape. En venant en Orient, ils avaient pour unique mission de faire connaître à tous le jugement d'Hadrien IT et d'absoudre, à certaines conditions, ceux qui se repentaient. Cette double conception des choses fut une des causes de l'échec réel du concile et une des causes du profond mécontentement de Basile, qui ne devait pas tarder à se manifester?. La cinquième séance tenue le 20 octobre fut donc consacrée à interroger, maisen vain, Photius. Le Patriarche resta muet. Tous les efforts tentés pour le. faire parler demeurèrent inutiles et ce fut, sans qu'il se soit défendu, qu'il entendit sa condamnation. Les légats, par la voix de l'asecretis Théodore, affirmèrent qu'ils ne jugeaient pas de nouveau la cause « nos ergo non novum aliquod vel recens judicium judicabimus aut introducemus » mais publiaient le jugement formulé longtemps auparavant par Nicolas etconfirmé par Hadrien. Photius était anathématisé. On lui laissait un certain temps pour revenir à de meilleurs sentiments et accepter la décision du souverain pontife, De cette séance, les légats sortaient donc apparemment vainqueurs: mais chacun sentait bien que l'affaire n'élail pas terminée. D'abord, il fallait exécuter la sentence romaine, puis, en supposant qu'elle pût ramener à l'Eglise les partisans du Patriarche déchu, il n'en demeurait pas moins qu'un recours était toujours possible contre elle, puisqu'en fait Photius pourrait arguer en sa faveur qu'il ne fut pas jugé. Néanmoins, pour l'heure, la situation s'éclaircissait. Ignace était définitivement reconnu et Photius expulsé.

A partir de ce moment, Basile vint lui-même présider les dernières séances du concile. C'est, qu'en fait, la mission

Page 1