‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 190 sur 354 · Mansi, xv · texte numérisé non relu

Mansi, xv

avait tant travaillé, n'avait pas craint, malgré les pressantes exhortalions des légats, de sacrer un archevêque pour la Bulgarie. C'était Lout à la fois outrager le siège apostolique el porter atteinte à ses droits. Cette fois c'en étail trop ; Hadrien répondit à Basile par une lettre datée du τὸ novembre 87r! dans laquelle après lui avoir adressé quelques compliments d'usage, il lui reprochait amèrement son inconcevable négligence à l'égard des légats et blämait énergiquement l'usurpation d'Ignace, en Bulgarie?, puis, avec une sévérité peut-être excessive, refusait tout pardon pour ceux en faveur de qui l'Empereur οἱ Ignace avaient intercédé. Un acte de clémence qui aurait eu du reste des précédents * eût été sans doute plus habile car il aurait eu l'avantage de briser le parti de Photius : mais Rome était froissée, elle voulait le laisser voir. Pendant ce temps Basile agissait énergiquement à Byzance. Il avait exilé Photius dans un couvent du Bosphore à Skepi et, s'il faut en croire les lettres du Patriarche déposé, la vie qui lui était faite aurait été dure pour lui. Et cela est possible. Basile voulait à tout prix en finir avec l'agitation religieuse. Il pouvait espérer qu'en traitant durement un chef que, du reste, il n'aimait pas. ses partisans rentreraient dans le devoir. Cette politique, sans doute, aurait eu un plein succès sans la réponse de Rome qui rejetait, bon gré mal gré, les schismatiques dans les bras de Photius et empêchait toute union définitive. Et c’est ce dont l'habile Patriarche sut profiter. Tandis qu'Ignace reprenait en d'assez mauvaises conditions son bâton pastoral, Photius agissait. D'abord il écrivit à ses amis pour les encourager, les affermir et les préparer à des jours meilleurs ÿ ; puis il chercha par mille moyens à gagner ses pires adversaires. Par deux fois. il écrivit à Basile pour lui exposer sa silualion, lui demander des adoucissements, Jui rappeler les liens mystiques qui, ensemble, les unissaient®, Bien plus. Pholius, très habilement. se remit en relations avec Rome. Hadrien était mort en 872 οἱ son successeur, Jean VII, n'aurait peut-être pas les mênies

. Jafté, I, 374.

. Mansi, XVI, 206.

. Héfelé Delare, VI, p. ἃ.

. Mansi, x\1, 431. Sym. Mag., VIE, 549.

. Lettre XV, Migne, CIT, p. 564.

. Lettres XVI et VIE, p. 565 et seq.

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raisons que son prédécesseur de tenir rigueur à l'exilé. Par l'intermédiaire d'Anastase!, Photius se ménagea donc quelques sympathies à Rome et, s'il faut en croire un fragment de lettre au bibliothécaire, tout un plan aurait été conçu pour rendre à Photius le trône dont il était dépossédé ?. En tout cas, une chose est certaine -: c'est que, dès avant la mort d'Ignace, Photius était rentré à Constantinople.

Le biographe d'Ignace, Nicétas, et la Chronique dite de Syméon Magister, ont raconté l'un et l’autre par quel stratagème le Patriarche exilé rentra en grâce auprès de son auguste maître 3. Photius aurait, paraît-il, compôsé une généalogie fantaisiste sur la famille de Basile. Sans vergogne il l'aurait fait descendre des Arsacides, de Tiridate, premier roi chrétien d’Arménic. Sous forme de prophétie écrite en caractères alexan:drins sur un très vieux papier et reliée avec la couverture d'un ancien codex, il racontait par avance les gloires de la famille et de ses membres. Arrivé au père de Basile il prophétisait que de lui naîtrait un grand prince du nom de « Beclas » qui serail grand et heureux. Beclas était un anagramme représentant la première lettre de chacun des noms de la famille impériale: Basile, Eudocie, Constantin. Léon. Alexandre, Stephane. La prophétie, une fois composée, fut placée secrètement dans la bibliothèque impériale par un ami de Photius. le clerc Théophane, qui se chargea d'attirer l'attention de Basile sur le mystérieux ouvrage, tout en lui faisant remarquer que seul Pholius, avec sa grande science, serait sans doute en mesure de le déchiffrer. Basile. intrigué, envoya tout de suite l'ouvrage au Patriarche qui déclara que la prophétie se rapportant directement à Basile, il ne pouvait la lire que devant lui. Photius vint donc au palais et y lut son propre tra-

à | vail à la grande joie de l'Empereur, Aussi sa récompense ne 1. Cette intervention subile d'Anastase est assez curieuse après sa conduite à l'égard de Photius. Voici, en réalité, ce qui dut probablement se passer. On sait que Photius avait noué de bonne heure des relations assez intimes avec Louis IT. ἢ chercha même à l'associer à sa campagne contre Nicolas "τς Or, Anastase était, lui aussi, en excellents termes avec l'Empe reur franc et ne manquait aucune occasion de lui ètre agréable. IT est probable que c'est à l'instigation de Louis IT, ou, du moins, pour lui faire plaisir, qu'Anastlase essaya de s'entremettre en faveur de Photius (Cf. Duchesne, Origines du pouroir ponlif. Revue d'Histoire et de Litt. relig., 4, 320). a. Lettre LXVI, p. 877.

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